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 VENTS ET TOURMENTS

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Nine
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MessageSujet: VENTS ET TOURMENTS   Lun 9 Nov - 18:45

La jalousie
par Raphaël Enthoven




La jalousie, d'une violence aussi forte que son motif est mince, se repaît du passé, d'illusions.
Loin d'être une preuve d'amour, elle abîme les relations et plonge ses protagonistes dans le drame.



Si l'amoureux, dit Pascal, n'aime jamais que des « qualités empruntées »,
le jaloux ne déteste jamais que des vices imaginaires.

Car de quoi est-il jaloux ?
De rien.
Du passé, d'abord, ce fantôme en chef.
De l'autre qu'elle aimait, des joies qui le précèdent et de l'ombre tenace qu'elles jettent sur l'histoire qu'il aimerait vierge (l'amour a le goût des mondes possibles,
la jalousie est fascinée par le monde d'hier)…

Mais il est aussi jaloux de l'amant sans visage, du nouveau venu avec qui, sûrement,
elle aimerait partir, de l'homme aux yeux de qui l'épouse ordinaire est une reine,
de l'inconnu qu'il imagine enlacer la femme qui le regarde moins,
et dont le désir imaginé ranime le sien.

D'une part, le jaloux ressemble à l'impuissant qui jouit de regarder sa femme
coucher avec un autre (leur désir est accru du désir qu'elle inspire).
D'autre part, le jaloux – qui déteste sa femme –, prenant son cas pour une généralité,
voudrait que cette dernière ne soit aimée de personne.

Le contraire de la jalousie ?

Henry Miller, l'amoureux véritable, selon qui
« une femme, si elle est capable de susciter l'amour chez un homme,
doit pouvoir l'inspirer à d'autres. Aimer ou être aimé n'est pas un crime.
Ce qui est vraiment criminel,
c'est d'amener un être à croire qu'il est le seul qu'on puisse jamais aimer… »

Le jaloux a la passion de l'irréel
(de ce qui n'est plus, de ce qui sera,
voire de ce qui peut être) :

il pollue l'ici et le maintenant par l'ailleurs et l'autrefois, et il accomplit, ce faisant,
le double tour de force de rendre haïssable la personne qu'il aime,
et douloureux les plaisirs qu'elle lui procure.

La jalousie, dit Spinoza,

« sera plus grande en raison de la joie que procurait au jaloux
l'amour réciproque de l'objet aimé ».

En d'autres termes, la jalousie convertit l'amour en souffrance,
à l'image de Swann qui, raconte Proust,

« en arrivait à regretter chaque plaisir qu'il goûtait près d'Odette,
chaque caresse inventée et dont il avait eu l'imprudence de lui signaler la douceur,
chaque grâce qu'il découvrait, car il savait qu'un instant après,
elles allaient enrichir d'instruments nouveaux son supplice ».

En dépit des apparences, le jaloux ne veut pas de preuves,
le jaloux ne veut pas savoir, sa fureur suppose le mystère.

Peu importent au jaloux la culpabilité d'Odette et l'innocence de Desdémone,
puisqu'elles sont, l'une et l'autre, coupables par définition.

La jalousie n'exige pas plus l'infidélité réelle, que l'hypocondrie n'a besoin de la maladie.

Tel le fermier de la fable, à qui une fée promet d'accorder tout ce qu'il souhaite
sous réserve que son voisin obtienne le double et qui, passée une nuit de réflexion,
exige finalement, pour toute requête, qu'on lui crève un oeil,
le jaloux cherche moins à posséder sa victime qu'à la priver de ce qu'elle possède.

Ce qui existe étant nécessairement moins douloureux que ce qu'il imagine,
la preuve qu'il est cocu ne saurait avoir, aux yeux du jaloux, la saveur de la suspicion.
De même que l'ufologue brouille délibérément les photos d'ovnis pour
leur donner le grain de l'amateurisme, « l'effet de réel » induit par une image floue et mal cadrée,
le jaloux est convaincu de l'infidélité de sa femme, à la condition qu'on ne la lui prouve pas ;

le jaloux a beau se déguiser en inquisiteur, il s'arrête au pied des évidences,
juste avant de savoir et d'être soit détrompé, soit humilié.

Plus le motif est mince, plus les preuves sont ténues, plus la jalousie est violente,
alors qu'à l'inverse, le jaloux pardonne plus volontiers l'adultère (qui lui donne raison),
que l'innocence (où il voit une preuve irréfragable de la duplicité).

Ainsi, à mesure que Swann découvre les trahisons d'Odette, il cesse d'en souffrir :

« Son tourment, écrit Proust, avait perdu de son acuité en perdant de son vague. »

La représentation claire et distincte de l'infidélité est moins douloureuse que
l'imagination débridée du jaloux qui, faute de certitude, hallucine, pour son plus grand plaisir,
des voluptés insoutenables :

« Ne pouvant épuiser l'infinité des possibles qu'elle invente, dit Nicolas Grimaldi, c'est comme inépuisable que la jalousie se représente la sensualité de la femme entièrement recréée. »

Telle une présomption de culpabilité qui refuse d'être démentie mais redoute d'être avérée,
la jalousie condamne au détriment du doute. Son but n'est pas de savoir, mais de soupçonner,
de dévorer, de réduire l'autre à néant.
Sa fonction n'est pas de sauvegarder l'amour, mais de le détruire. L'essentiel est de souffrir et,
entre deux maux, de choisir le pire : c'est le délice du malheureux.

De là, le décalage entre l'insignifiance de la personne aimée
et l'immensité du drame qu'elle suscite :
plus le jaloux perd la tête, moins l'autre conserve son visage.

Qu'il s'agisse d'Odette, la cocotte que Swann pourchasse sans pourtant qu'elle s'en aille,
ou d'Albertine, la jeune fille en fleur que le narrateur séquestre tout en gardant ses distances,
les femmes de Proust sont des « néants », des « êtres de fuite » dont la présence ennuie,
que leur absence désespère et dont la liberté ravage le tyran qui les désire.
Il dépérit quand elles sont là, mais ne vit plus quand elles s'en vont,
et s'il fait de longues phrases en quittant une femme,
c'est pour retarder le moment de la voir s'en aller…

De même que Platon démontre, après Pythagore, que la philosophie n'est pas la sagesse,
mais une quête indéfinie qui s'échoue, dans le meilleur des cas, au seuil même de la connaissance,
de même Proust, l'écrivain métaphysique par excellence, déclare qu'
« on n'aime que ce en quoi on poursuit quelque chose d'inaccessible ».

Si l'homme ne connaît son bonheur que rétrospectivement,
quand le bonheur défunt se rappelle à la mémoire comme ce qu'on a connu de meilleur,
alors la leçon de l'amour et de son cancer jaloux est que l'autre, parce qu'il « accède à l'infini » (Proust), témoigne, par son altérité, de ma propre impuissance et qu'enfin la vie,

ce drame, ne se répare que dans l'écriture où, à défaut de savoir quoi que ce soit,
on a quand même le fin mot de l'histoire.

Par Raphaël Enthoven


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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Mar 10 Nov - 1:32

LE SOLEIL ET LA LUNE



Il y a bien longtemps,
au temps où monsieur Soleil et madame la Lune étaient amoureux,
il n’y avait jamais eu de nuit.

C’était le jour…
Toujours.

Ils sont seuls dans l’univers.
La Lune grise et frileuse se réchauffe aux rayons de son ami Soleil.
Il ne déteste pas sa compagnie, mais il la trouve parfois un peu grincheuse.
Il ne se doute pas d’ailleurs, que la Lune est jalouse.
Oui, la Lune est jalouse du Soleil. Il est beau, il brille, elle pas.
Il est chaud, elle est froide. Elle rêve de prendre sa place et comme lui de porter des rayons.
Un jour elle demanda qu’il lui prête un ou deux rayons.
Le Soleil refusa tout net, acceptant seulement de lui donner un peu de sa lumière,
pour qu’elle soit moins grise.

Cette lumière ne suffit pas à la Lune, elle veut plus.

Leur amour au fil du temps se détériore.
Aussi le Soleil n’est pas surpris quand elle avance l’idée de le quitter.
- Fait comme il te semble dit-il, mais après ton départ l’univers ne sera plus le même.

La lune riait.

- L’univers ne sera plus le même ? J’aimerais voir cela !
- Tu le verras, nous serons séparés et jamais tu ne pourras revenir vers moi.
- Je veux un autre amour, je veux partir !

Le Soleil ne chercha pas à la retenir.
Elle s’éloigna très vite et brusquement se retrouva dans le noir.

Au loin elle aperçoit la Terre ronde et bleue.
Un nouvel amour se dit-elle.
Elle s’empresse de l’appeler, mais la Terre ne lui répond pas.

Il fait de plus en plus froid, le noir devient de plus en plus épais.
La lune alors tente de rejoindre son amour Soleil.
Malgré tous ses efforts elle n’y arrive pas.
Et depuis ce temps la, la lune tourne inlassablement autour de la Terre,
espérant un jour retrouver son amour.

C’est aussi depuis ce temps là, qu’il y a un jour, où le Soleil est roi et qu’il y a une nuit,
dans laquelle la Lune s’ennuie.
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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Mar 10 Nov - 1:56



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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Mar 10 Nov - 14:07

La jalousie



Léo Ferré

Dis-moi la jalousie comment ça fait comment ça vient
Comment ça va Dis-moi comment ça s'fringue aussi la jalousie dis-moi
Avec des bas tirés dessus comme une arme qui se dégaine
Et qui poursuit des rêves vieux de cent mille ans
Avec au creux des dents de loup
Dis-moi la jalousie quand ça te prend
Au fond d'un lit où tu es seul
Avec dans le plafond des araignées
Qui tissent un peu de ta mélancolie
Que tu prendras demain matin sur l'autoroute
A te traîner aux portes de Paris

Dis-moi la jalousie comment ça fait comment ça vient
Comment ça va Dis-moi comment ça fait des trous la jalousie dis-moi
Avec des yeux qui sont doublés comme un radar qui se souvient
En pleine nuit de mille autres yeux tout cernés
Avec au fond des revolvers
Dis-moi la jalousie quand ça te prend
Au bord du gouffre où tu es seul
Avec au fond dans la vallée du sang
Versé dans les poubelles de l'amour
Dans les fanfares du retour sur l'autoroute
A te rentrer dans ta banlieue Dis-moi

Dis-moi la jalousie comment ça fait comment ça vient
Comment ça va Dis-moi comment ça tue le temps la jalousie dis-moi
Avec le chrono dans le cœur que tu n'arrêteras jamais
A moins qu'il ne s'arrête en plein milieu d'un lit
Meuble à deux à deux sans toi
Dis-moi la jalousie quand ça te prend
Au fond du creux dans la
géométrie de ta banlieue avec ses mains
Qui grattent au ciel Dis-moi les revolvers
C'est pas fait pour les chiens et si tu n'es qu'un chien
T'as qu'à rentrer dans ta niche à moins que

A moins que... A moins que...

Allez... Tire-toi !





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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Mar 10 Nov - 14:41

LA FORCE DU DESTIN
VERDI




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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Jeu 12 Nov - 1:29

LE SYMBOLE HABILE DE LA JALOUSIE



Le colchique est symbole de jalousie.
Offrir des colchiques est un excellent moyen d’exprimer sa jalousie avec habileté et tact,
sans créer de “heurt diplomatique”.


Un peu d’histoire :
Le colchique tirerait son nom du pays de Colchide, sur les rives de la mer Noire,
où résidait Médée, magicienne connue pour ses poisons.
Cette région du caucase était très célèbre pour l’abondance de ses plantes vénéneuses.
Cest dans ce royaume d’Asie qu’était déposée la fabuleuse Toison d’or
gardée par le dragon que tua le héros grec Jason.

Anecdote :
Toutes les parties du colchique sont violemment toxiques
et l’ingestion de la plante produit des troubles très graves et fréquemment mortels
d’où la necessité d’en tenir éloignés les enfants.
La jalousie est donc un poison.
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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Jeu 12 Nov - 2:11

J'HABITE EN JALOUSIE
MARC LAVOINE






Ça me fait mal mais c'est comme ça
C'est beaucoup plus fort que moi,
quand ça prend ça n'me préviens pas
ça me met dans un triste état
il suffit de quoi que ce soit
un petit geste maladroit
une rue, un objet, un endroit,
ça y est j'y est droit

{Refrain:}
Je vis en jalousie,
c'est un drôle de pays
entre le soleil et le gris,
J'habite en jalousie, en jalousie,
Où les visites et les visas
sont interdits

Je suis toujours un peu fébrile
un peu nerveux pas tranquille
A la campagne ou à la ville
Faudrait que j'aille dans une île
Sinon c'est comment s'appelle-t-il
celui qui te faisait du cil
tu me prends pour un imbécile
ou quoi c'est inutile

C'est dur mais on s'en lasse pas
on s'en défait pas comme ça
Même si on se dit parfois
C'est ridicule je m'en sors pas
Il suffit de quoique ce soit
Un mec en bleu trop prés de toi
un inconnu qui te tutoie
Et qui me tue me laissant coi

Je suis souvent, souvent nerveux
Quand tu me quittes un peu des yeux
Si quelqu'un touche à un cheveu de tes cheveux
Alors c'est qui ce petit merdeux
Celui qui joue l'aventureux
Tu crois que j'ai pas vu le jeu ou quoi
Tu m'prends pour un bleu



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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Jeu 12 Nov - 2:36

JE SUIS JALOUSE
Emily Loizeau (Prix Constantin 2009)
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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Jeu 12 Nov - 5:48

JALOUX DE TOUT
BENJAMIN BIOLAY


album la Superbe.

... Je savais bien bébé que tu étais fatale
que tu allais déclencher l'assaut final
j'aurai du m'épancher, passer à table
mais j'étais dépassé et lamentable
j'ai rien compris bébé, j'ai vu le mal
de tous cotés, j'ai lu ton journal
partout j'avais des points de coté, des sueurs froides
sitôt qu'un étranger semblait affable
je me sentais laid, ouais, et incurable
j'étais comme froissé et comme maussade
sitôt que tu parlais aux autres à table ...
********


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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Ven 13 Nov - 1:00

L'ENFER DE CLOUZOT



Passé maître dans l’art de ­distiller l’angoisse, Henri-Georges Clouzot veut, cette fois,
aller beaucoup plus loin, toucher du doigt une forme de paroxysme.
Son obsession ?
L’obsession.
Il sort d’une grave dépression, après la maladie et la mort de Véra, son épouse et égérie.
« Pas une dépression de ­starlette, dit-il, une vraie. »
Il veut mettre en images les malaises anxieux qui l’empêchent de dormir.
Tout cela va se cristalliser autour du thème de la jalousie.
Mais comment faire vivre la terrifiante névrose morbide d’un mari tourmenté,
en l’occurrence Serge Reggiani, afin que chaque spectateur la ressente intimement ?

Au cours de la préparation du film, la jalousie est répertoriée
en dizaines de fiches multicolores.
Chaque couleur correspond à un état d’âme, un moment, une situation.
Une tentative de mise en équation de la folie. Un jeu dangereux.
« Il pensait sûrement qu’on n’avait jamais traité la jalousie comme il le fallait,
explique Catherine Allégret, qui fait partie du casting.
Lui, il est allé dans le gras de la douleur. »

SUJET QUI TRAITE DU FILM :
http://www.artmony.biz/coups-de-coeur-f108/l-enfer-de-clouzot-t2710.htm#16001

La jalousie possède l'étonnant pouvoir d'éclairer l'être unique d'intenses rayons
et de maintenir les autres hommes dans une totale obscurité.
La valse aux adieux
Milan Kundera
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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Ven 13 Nov - 1:22

JALOUSIE ANTI CHAMBRE DE LA MELANCOLIE



"La jalousie est une crispation sur un objet déjà perdu,
c'est l'antichambre de la mélancolie.
L'autre non seulement ne nous appartient plus mais ce qui nous apparaît soudain,
et personne ne l'a mieux décrit que Proust, c'est qu'il ne nous a jamais appartenu.
Illusoire était la perception de cette entre-appartenance à vie d'une peau, d'un regard,
d'un prénom à nous destinés.

Et avec lui (ou elle) c'est un monde qui vacille.
Tout est devenu friable, fragile, incertain.
Il n'y a plus de limites au doute,
au vertige qui saisit soudain le sujet d'une solitude nouvelle, sans bord ni parole fiable.
C'est le monde proche qui est atteint, et avec lui cette sorte de lumière qui le nimbait.
La trahison de l'autre, imaginée, supposée ou réelle, a pris toute la place,
ne laissant qu'un territoire dévasté où le coeur, ce chasseur solitaire, s'est rendu.

Il n'y a pas de trêve, pas de quiétude possible.
C'est l'angoisse de l'abandon qui le plus souvent agit comme une déferlante
prête à attaquer le rivage du sujet sans relâche ;
plus forte que l'amour, plus insistante que le désir.
On oublie même pourquoi l'autre vous était si précieux ;
oubliés les querelles, les défaillances, l'ennui,
il ne reste plus qu'une nostalgie aussi fausse que tout ce qu'on recompose après coup.

La jalousie est une seconde vie, qui s'immisce en vous et prend toute la place.
Comme la mélancolie, elle substitue au sujet fragilisé, composite, brinquebalant,
un objet digne de toutes les attentions. un autre recomposé,
un mannequin de cire prêt à tous les usages, toutes les prières, tous les marchandages.

Construire un objet de fascination et de haine est un recours inespéré
pour un sujet qui ne sait pas où est son désir ;
brusquement l'objet de toutes ses pensées se dérobe :
Où est-il, avec qui ? entre quels bras ? Que lui a-t-elle promis ? Et c'est l'échappée belle.
Tout est happé par ce ballet épuisant, obsessionnel,
ces idées fixes qui vous dévorent.

Vous avez besoin de l'autre et il n'est pas là, il se dérobe.
Ou bien il est là et c'est pire encore car vous le soupçonnez d'être ailleurs.
Ce vacillement au bord du vide est une jouissance,
il vous fait battre le coeur et chercher partout des preuves de ses mensonges."

Anne Dufourmantelle, En cas d'amour, 2009

Philosophe et psychanalyste, née à Paris en 1964,
enseigne la philosophie à l'Ecole d'architecture UP6 La Villette.
Elle est l'auteur de La Vocation prophétique de la philosophie (Editions du Cerf, 1998),
de La Sauvagerie maternelle (Calmann-Lévy, 2001) et d'Une question d'enfant (Bayard, 2002)

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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Dim 15 Nov - 1:26

TOURMENTS

«Certains hommes attendent l'infidélité de leur femme avec la même tension
qu'au cirque lorsqu'ils attendent la chute d'un danseur de corde.»
Henry Miller



L'amour est accompagné d'une indiscutable sensation d'anxiété.
Parce que le plus grand bien que nous avons réussi à atteindre
peut nous échapper, peut s'évanouir.
Parce que nous savons que nous nous ne méritons pas son amour,
et parce que cet amour nous apparaît comme un don,
une grâce et nous craignons que l'aimé ne puisse changer d'idée,
redevenir celui qu'il était avant notre rencontre.
nin@rtmony
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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Jeu 26 Nov - 13:11

PENSEES BLEUES

PULL MARINE
S.GAINSBOURG

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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Ven 27 Nov - 0:21



En manière de prolongement, voici des citations de Jacques Salomé,
trouvées dans :
"Parle-moi, j'ai des choses à te dire"
Editeur : Les Editions de l'Homme

«Comme des étrangers qui n'ont rien à se dire...», chantait Charles Aznavour ...
Malgré la tendresse, malgré l'affection et l'espérance,
deux êtres qui ont fait un bout de chemin ensemble se retrouvent un jour face à face,
incapables de communiquer, d'ouvrir leur coeur,
de dévoiler leurs pensées, de se rendre accessibles.

Pourquoi et comment en sont-ils arrivés là ? Est-il possible d'améliorer leur relation ?

Jacques Salomé, qui anime depuis 20 ans des sessions de formation aux relations humaines,
s'est interrogé sur la désintégration des couples.
Dans son livre, il identifie quelques modalités, quelques processus qui,
dans leur ponctualité, n'ont rien de grave ou de dramatique mais qui, répétés et amplifiés,
ajoutés les uns aux autres vont constituer, au long des jours,
une source renouvelée de pollutions relationnelles
et faire obstacle à la communication entre deux partenaires.
Mais il ne se borne pas à expliquer l'échec.
Il ranime l'espoir en réfléchissant sur des alternatives ouvertes pour développer l'intimité,
la conscience et la spontanéité,
et créer un espace de négociation afin d'aller plus loin ensemble.
Même alors que tout semble s'écrouler, rien n'est jamais tout à fait perdu, soutient-il.
«La vie peut être merveilleuse...
même si la réalité ne l'est pas.»


"Contre la solitude réelle
Contre la solitude inéluctable
Il ne semble pas y avoir dans notre société d'autres solutions que celle du couple.
Mais c'est une solution insuffisante, souvent trop imparfaite.
Tout est encore à inventer."

"La voie de l'amour n'est pas nécessairement la voie du bonheur.
C'est en particulier assumer l'amour et les risques qu'il comporte,
comme la souffrance par le deuil fantasmatique que l'autre est différent,
donc porteur d'un manque qui nous renvoie au nôtre."

"Ma souffrance n'est pas de te perdre,
elle est dans la nostalgie de n'avoir pas su te rencontrer
aux multiples détours de notre vie commune."
***************************
Il me semble que ces citations sont à méditer,
pas seulement à propos du couple constitué, officialisé, perenne,
mais à propos de toute relation amoureuse authentique.
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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Dim 29 Nov - 1:00

JALOUSE
P. KAAS


... Tu n'imagines pas
Je hurle tout bas
Et je me noie
Je fouille tes poches, je lis tes lettres
J'écoute aux portes, oui je te guette
J'ai mal, je pleurs, je vérifie
Non, je n'crois pas tout c'que tu m'dis
T'avais qu'à pas mentir ! ...


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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Mar 12 Oct - 1:08

JALOUX
DAVID LAFORE


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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Mar 12 Oct - 1:22

Jaloux De Tout - Julien Clerc



Ce soir je viens me glisser dans tes rêves
Dans cette mer que le désir soulève
Laisse moi faire de toi mon trésor
Comme Arpagon à genoux sur son or

Tes paupières de fièvre
Sont à moi, sont à moi
Tes frayeurs, tes rêves
Sont à moi, sont à moi, sont à moi

Jaloux
Oui jaloux
Jaloux et jaloux de tout

Quand tu t'en vas seule vers d'autres affaires
Je sais toujours où tu es sur la terre
Je gagne toujours au jeu d'colin maillard
Les yeux bandés méme quand il fait noir
Tes hanches qui m'enchaînent
Sont à moi, sont à moi
Tes yeux en colère
Sont à moi, sont à moi, sont à moi

Jaloux
Oui jaloux
Jaloux et jaloux de tout

Ne venez pas traîner sur mes falaises
Où mon amour se promène à son aise
Même si ce n'est que pour nous regarder
Un accident est si vite arrivé

Tes jours dans la lumière
Sont à moi, sont à moi
Tes nuits, leurs mystères
Sont à moi, sont à moi, sont à moi

Jaloux
Oui jaloux
Jaloux et jaloux de tout
Jaloux et jaloux de tout



Dernière édition par Nine le Mar 12 Oct - 2:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Mar 12 Oct - 1:28

L'ORIGINE INFANTILE DE LA JALOUSIE



L'homme possessif veut enfermer sa bien-aimée et la garder pour lui tout seul.

Il construit des barrières de plus en plus hautes pour éviter le danger,
réel ou imaginaire, qu'elle prenne du plaisir sans lui.

"Tu m'étouffes", crie la victime. "Non, je t'aime plus que tout au monde."

Mais s'il s'agit vraiment d'amour, pourquoi l'aimée a-t-elle l'impression
d'être mangée toute crue ?
la jalousie est souvent une envie masquée que le nouveau-né éprouve
naturellement à l'égard du sein maternel et de sa mère,
dont il dépend et reçoit tout ce dont il a besoin (le lait, la chaleur).

Quand, au cours de la petite enfance,
il ne s'est pas développé un sentiment d'empathie entre la mère et l'enfant,
celui-ci, devenu adulte, aura du mal à accéder à la gratitude envers l'autre,
qui marque le début du véritable amour ou, tout au moins,
de la possibilité de "coexistence".

Et en effet, bien des personnes possessives, plus envieuses que jalouses,
ont au fond d'elles la sensation de ne pas avoir reçu assez quand elles étaient petites."


Willy Pasini, La jalousie, 2004


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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Mar 12 Oct - 1:34

POINT DE VUE PHILOSOPHIQUE


Le Mariage de Figaro de Caron de Beaumarchais

À en croire de Beaumarchais rien ne semble,
de prime abord, plus étranger à l'esprit philosophique que la jalousie.
Il déclare en effet :

« La jalousie n’est qu’un sot enfant de l’orgueil, ou c’est la maladie d’un fou »
(Cf. Le mariage de Figaro).

Folie et orgueil font certes partie de ce que la recherche de la vérité
et de la sagesse combat inlassablement.
Si la philosophie considère généralement la jalousie comme une passion néfaste
(mot provenant du grec pathos signifiant subir),
il faut bien se demander comment le philosophe peut dès lors appréhender
celle-ci tant elle semble aux antipodes des qualités requises
(calme, réflexion, médiation...) pour bien philosopher.

Comment traiter le thème de la jalousie en philosophie ?

- Nous admettrons en premier lieu que c'est souvent de manière critique
et négative que la philosophie traite de cette question.

- Mais la philosophie ne serait pas fidèle à elle-même
si elle ne poussait pas sa réflexion au-delà de l'opinion commune,
voire en deçà des apparences négatives de la jalousie.


Il est vrai que le jaloux est celui qui va accorder trop de crédit à ses suspicions,
comme l'exprime Corneille dans Le Menteur :

« La jalousie aveugle un coeur atteint,
Et, sans examiner, croit tout ce qu'elle craint ».


D'une manière générale, on pourrait définir la jalousie
comme sentiment de dépossession, au profit d'un tiers,
de l'affectivité positive (amour, amitié, estime) que l'on inspire à autrui.

Toutefois, dans l'expérience, deux sens de la jalousie se distinguent :
d'une part, on l'éprouve en constatant qu'un autre jouit d'un avantage
que nous ne possédons pas et que l'on souhaiterait posséder
(un enfant est jaloux du jouet de son camarade),
d'autre part, on l'éprouve dans le cadre d'une relation amoureuse du fait d'une crainte
(ou d'un constat) de l'infidélité de la personne aimée.

Dans l'un comme dans l'autre cas, la jalousie est traitée négativement.
Ainsi les stoïciens et les épicuriens,
qui condamnent unanimement les « troubles » de l'âme qui viennent parasiter
la vie sage et bienheureuse.

La jalousie est bien une « passion » selon ces deux écoles, c'est-à-dire un pâtir.
La jalousie prend possession de l'âme et l'empêche de voir clairement les choses.
Le jaloux est celui qui se laisse posséder et ronger par ce sentiment.

C'est donc moralement que la jalousie est condamnée.
Elle est l'antagoniste de l' ataraxia
(absence de troubles), bonheur véritable.
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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Mar 12 Oct - 1:46

AMADEUS
MOZART & SALIERI


Admirateur et ou jaloux ou les deux ?
les arts sacrés de la tragédie et de la mythologie
nous rapportent :
la jalousie des dieux.
Elle ressemble à celle des créateurs et artistes ...
dévorante, absolue et déchirante.

Un rude combat qui ne s'affiche pas, emprunte des voies cachées
pour quelquefois éclater au devant de la scène.

Salieri et Mozart

La rumeur l'accusant d'avoir organisé la mort de Mozart,
qui a été reprise par Milos Forman dans son film Amadeus
Cette accusation n'est basée sur aucun fait réel,
malgré la jalousie que pouvait légitimement ressentir Salieri
à l'égard de la musique de Mozart.
Le mystérieux commanditaire du Requiem de Mozart aurait été,
en réalité, le fils du maire de Vienne de l'époque qui agissait pour le compte
de Franz de Walsegg.

A l'enterrement de Mozart, Salieri fut l'une des rares personnes présentes.
Il s'évertua à faire connaître la musique de Mozart,
dont il avait, avec Joseph Haydn, reconnu le véritable génie.
Alors vrai ou faux ?
Il y a eu forcément envie terrible, jalousie en coulisse, palpable pour l'entourage.
Je vous laisse écouter ce magnifique extrait vu par Milos Forman le réalisateur
d'Amadeus ou il fait dire à Salieri :

..." Dieu chantait à travers ce petit homme,
le chant du Monde irréprécible
Ma défaite, n'en était que plus amère à chaque mesure" ...


Quel artiste créateur dans quelques disciplines que ce soit,
ne s'est pas murmuré ce soliloque un jour tout au fond de son âme ..

Milos Forman l'a bien saisi et de manière très subtile,
il associé ce moment à la représentation du Mariage de Figaro.
l'opéra de W.A. MOZART.


Nin@rtmony
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