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 VENTS ET TOURMENTS

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Nine
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MessageSujet: VENTS ET TOURMENTS   Lun 9 Nov - 18:45

La jalousie
par Raphaël Enthoven




La jalousie, d'une violence aussi forte que son motif est mince, se repaît du passé, d'illusions.
Loin d'être une preuve d'amour, elle abîme les relations et plonge ses protagonistes dans le drame.



Si l'amoureux, dit Pascal, n'aime jamais que des « qualités empruntées »,
le jaloux ne déteste jamais que des vices imaginaires.

Car de quoi est-il jaloux ?
De rien.
Du passé, d'abord, ce fantôme en chef.
De l'autre qu'elle aimait, des joies qui le précèdent et de l'ombre tenace qu'elles jettent sur l'histoire qu'il aimerait vierge (l'amour a le goût des mondes possibles,
la jalousie est fascinée par le monde d'hier)…

Mais il est aussi jaloux de l'amant sans visage, du nouveau venu avec qui, sûrement,
elle aimerait partir, de l'homme aux yeux de qui l'épouse ordinaire est une reine,
de l'inconnu qu'il imagine enlacer la femme qui le regarde moins,
et dont le désir imaginé ranime le sien.

D'une part, le jaloux ressemble à l'impuissant qui jouit de regarder sa femme
coucher avec un autre (leur désir est accru du désir qu'elle inspire).
D'autre part, le jaloux – qui déteste sa femme –, prenant son cas pour une généralité,
voudrait que cette dernière ne soit aimée de personne.

Le contraire de la jalousie ?

Henry Miller, l'amoureux véritable, selon qui
« une femme, si elle est capable de susciter l'amour chez un homme,
doit pouvoir l'inspirer à d'autres. Aimer ou être aimé n'est pas un crime.
Ce qui est vraiment criminel,
c'est d'amener un être à croire qu'il est le seul qu'on puisse jamais aimer… »

Le jaloux a la passion de l'irréel
(de ce qui n'est plus, de ce qui sera,
voire de ce qui peut être) :

il pollue l'ici et le maintenant par l'ailleurs et l'autrefois, et il accomplit, ce faisant,
le double tour de force de rendre haïssable la personne qu'il aime,
et douloureux les plaisirs qu'elle lui procure.

La jalousie, dit Spinoza,

« sera plus grande en raison de la joie que procurait au jaloux
l'amour réciproque de l'objet aimé ».

En d'autres termes, la jalousie convertit l'amour en souffrance,
à l'image de Swann qui, raconte Proust,

« en arrivait à regretter chaque plaisir qu'il goûtait près d'Odette,
chaque caresse inventée et dont il avait eu l'imprudence de lui signaler la douceur,
chaque grâce qu'il découvrait, car il savait qu'un instant après,
elles allaient enrichir d'instruments nouveaux son supplice ».

En dépit des apparences, le jaloux ne veut pas de preuves,
le jaloux ne veut pas savoir, sa fureur suppose le mystère.

Peu importent au jaloux la culpabilité d'Odette et l'innocence de Desdémone,
puisqu'elles sont, l'une et l'autre, coupables par définition.

La jalousie n'exige pas plus l'infidélité réelle, que l'hypocondrie n'a besoin de la maladie.

Tel le fermier de la fable, à qui une fée promet d'accorder tout ce qu'il souhaite
sous réserve que son voisin obtienne le double et qui, passée une nuit de réflexion,
exige finalement, pour toute requête, qu'on lui crève un oeil,
le jaloux cherche moins à posséder sa victime qu'à la priver de ce qu'elle possède.

Ce qui existe étant nécessairement moins douloureux que ce qu'il imagine,
la preuve qu'il est cocu ne saurait avoir, aux yeux du jaloux, la saveur de la suspicion.
De même que l'ufologue brouille délibérément les photos d'ovnis pour
leur donner le grain de l'amateurisme, « l'effet de réel » induit par une image floue et mal cadrée,
le jaloux est convaincu de l'infidélité de sa femme, à la condition qu'on ne la lui prouve pas ;

le jaloux a beau se déguiser en inquisiteur, il s'arrête au pied des évidences,
juste avant de savoir et d'être soit détrompé, soit humilié.

Plus le motif est mince, plus les preuves sont ténues, plus la jalousie est violente,
alors qu'à l'inverse, le jaloux pardonne plus volontiers l'adultère (qui lui donne raison),
que l'innocence (où il voit une preuve irréfragable de la duplicité).

Ainsi, à mesure que Swann découvre les trahisons d'Odette, il cesse d'en souffrir :

« Son tourment, écrit Proust, avait perdu de son acuité en perdant de son vague. »

La représentation claire et distincte de l'infidélité est moins douloureuse que
l'imagination débridée du jaloux qui, faute de certitude, hallucine, pour son plus grand plaisir,
des voluptés insoutenables :

« Ne pouvant épuiser l'infinité des possibles qu'elle invente, dit Nicolas Grimaldi, c'est comme inépuisable que la jalousie se représente la sensualité de la femme entièrement recréée. »

Telle une présomption de culpabilité qui refuse d'être démentie mais redoute d'être avérée,
la jalousie condamne au détriment du doute. Son but n'est pas de savoir, mais de soupçonner,
de dévorer, de réduire l'autre à néant.
Sa fonction n'est pas de sauvegarder l'amour, mais de le détruire. L'essentiel est de souffrir et,
entre deux maux, de choisir le pire : c'est le délice du malheureux.

De là, le décalage entre l'insignifiance de la personne aimée
et l'immensité du drame qu'elle suscite :
plus le jaloux perd la tête, moins l'autre conserve son visage.

Qu'il s'agisse d'Odette, la cocotte que Swann pourchasse sans pourtant qu'elle s'en aille,
ou d'Albertine, la jeune fille en fleur que le narrateur séquestre tout en gardant ses distances,
les femmes de Proust sont des « néants », des « êtres de fuite » dont la présence ennuie,
que leur absence désespère et dont la liberté ravage le tyran qui les désire.
Il dépérit quand elles sont là, mais ne vit plus quand elles s'en vont,
et s'il fait de longues phrases en quittant une femme,
c'est pour retarder le moment de la voir s'en aller…

De même que Platon démontre, après Pythagore, que la philosophie n'est pas la sagesse,
mais une quête indéfinie qui s'échoue, dans le meilleur des cas, au seuil même de la connaissance,
de même Proust, l'écrivain métaphysique par excellence, déclare qu'
« on n'aime que ce en quoi on poursuit quelque chose d'inaccessible ».

Si l'homme ne connaît son bonheur que rétrospectivement,
quand le bonheur défunt se rappelle à la mémoire comme ce qu'on a connu de meilleur,
alors la leçon de l'amour et de son cancer jaloux est que l'autre, parce qu'il « accède à l'infini » (Proust), témoigne, par son altérité, de ma propre impuissance et qu'enfin la vie,

ce drame, ne se répare que dans l'écriture où, à défaut de savoir quoi que ce soit,
on a quand même le fin mot de l'histoire.

Par Raphaël Enthoven


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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Mar 10 Nov - 1:32

LE SOLEIL ET LA LUNE



Il y a bien longtemps,
au temps où monsieur Soleil et madame la Lune étaient amoureux,
il n’y avait jamais eu de nuit.

C’était le jour…
Toujours.

Ils sont seuls dans l’univers.
La Lune grise et frileuse se réchauffe aux rayons de son ami Soleil.
Il ne déteste pas sa compagnie, mais il la trouve parfois un peu grincheuse.
Il ne se doute pas d’ailleurs, que la Lune est jalouse.
Oui, la Lune est jalouse du Soleil. Il est beau, il brille, elle pas.
Il est chaud, elle est froide. Elle rêve de prendre sa place et comme lui de porter des rayons.
Un jour elle demanda qu’il lui prête un ou deux rayons.
Le Soleil refusa tout net, acceptant seulement de lui donner un peu de sa lumière,
pour qu’elle soit moins grise.

Cette lumière ne suffit pas à la Lune, elle veut plus.

Leur amour au fil du temps se détériore.
Aussi le Soleil n’est pas surpris quand elle avance l’idée de le quitter.
- Fait comme il te semble dit-il, mais après ton départ l’univers ne sera plus le même.

La lune riait.

- L’univers ne sera plus le même ? J’aimerais voir cela !
- Tu le verras, nous serons séparés et jamais tu ne pourras revenir vers moi.
- Je veux un autre amour, je veux partir !

Le Soleil ne chercha pas à la retenir.
Elle s’éloigna très vite et brusquement se retrouva dans le noir.

Au loin elle aperçoit la Terre ronde et bleue.
Un nouvel amour se dit-elle.
Elle s’empresse de l’appeler, mais la Terre ne lui répond pas.

Il fait de plus en plus froid, le noir devient de plus en plus épais.
La lune alors tente de rejoindre son amour Soleil.
Malgré tous ses efforts elle n’y arrive pas.
Et depuis ce temps la, la lune tourne inlassablement autour de la Terre,
espérant un jour retrouver son amour.

C’est aussi depuis ce temps là, qu’il y a un jour, où le Soleil est roi et qu’il y a une nuit,
dans laquelle la Lune s’ennuie.
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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Mar 10 Nov - 1:56



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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Mar 10 Nov - 14:07

La jalousie



Léo Ferré

Dis-moi la jalousie comment ça fait comment ça vient
Comment ça va Dis-moi comment ça s'fringue aussi la jalousie dis-moi
Avec des bas tirés dessus comme une arme qui se dégaine
Et qui poursuit des rêves vieux de cent mille ans
Avec au creux des dents de loup
Dis-moi la jalousie quand ça te prend
Au fond d'un lit où tu es seul
Avec dans le plafond des araignées
Qui tissent un peu de ta mélancolie
Que tu prendras demain matin sur l'autoroute
A te traîner aux portes de Paris

Dis-moi la jalousie comment ça fait comment ça vient
Comment ça va Dis-moi comment ça fait des trous la jalousie dis-moi
Avec des yeux qui sont doublés comme un radar qui se souvient
En pleine nuit de mille autres yeux tout cernés
Avec au fond des revolvers
Dis-moi la jalousie quand ça te prend
Au bord du gouffre où tu es seul
Avec au fond dans la vallée du sang
Versé dans les poubelles de l'amour
Dans les fanfares du retour sur l'autoroute
A te rentrer dans ta banlieue Dis-moi

Dis-moi la jalousie comment ça fait comment ça vient
Comment ça va Dis-moi comment ça tue le temps la jalousie dis-moi
Avec le chrono dans le cœur que tu n'arrêteras jamais
A moins qu'il ne s'arrête en plein milieu d'un lit
Meuble à deux à deux sans toi
Dis-moi la jalousie quand ça te prend
Au fond du creux dans la
géométrie de ta banlieue avec ses mains
Qui grattent au ciel Dis-moi les revolvers
C'est pas fait pour les chiens et si tu n'es qu'un chien
T'as qu'à rentrer dans ta niche à moins que

A moins que... A moins que...

Allez... Tire-toi !





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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Mar 10 Nov - 14:41

LA FORCE DU DESTIN
VERDI




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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Jeu 12 Nov - 1:29

LE SYMBOLE HABILE DE LA JALOUSIE



Le colchique est symbole de jalousie.
Offrir des colchiques est un excellent moyen d’exprimer sa jalousie avec habileté et tact,
sans créer de “heurt diplomatique”.


Un peu d’histoire :
Le colchique tirerait son nom du pays de Colchide, sur les rives de la mer Noire,
où résidait Médée, magicienne connue pour ses poisons.
Cette région du caucase était très célèbre pour l’abondance de ses plantes vénéneuses.
Cest dans ce royaume d’Asie qu’était déposée la fabuleuse Toison d’or
gardée par le dragon que tua le héros grec Jason.

Anecdote :
Toutes les parties du colchique sont violemment toxiques
et l’ingestion de la plante produit des troubles très graves et fréquemment mortels
d’où la necessité d’en tenir éloignés les enfants.
La jalousie est donc un poison.
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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Jeu 12 Nov - 2:11

J'HABITE EN JALOUSIE
MARC LAVOINE






Ça me fait mal mais c'est comme ça
C'est beaucoup plus fort que moi,
quand ça prend ça n'me préviens pas
ça me met dans un triste état
il suffit de quoi que ce soit
un petit geste maladroit
une rue, un objet, un endroit,
ça y est j'y est droit

{Refrain:}
Je vis en jalousie,
c'est un drôle de pays
entre le soleil et le gris,
J'habite en jalousie, en jalousie,
Où les visites et les visas
sont interdits

Je suis toujours un peu fébrile
un peu nerveux pas tranquille
A la campagne ou à la ville
Faudrait que j'aille dans une île
Sinon c'est comment s'appelle-t-il
celui qui te faisait du cil
tu me prends pour un imbécile
ou quoi c'est inutile

C'est dur mais on s'en lasse pas
on s'en défait pas comme ça
Même si on se dit parfois
C'est ridicule je m'en sors pas
Il suffit de quoique ce soit
Un mec en bleu trop prés de toi
un inconnu qui te tutoie
Et qui me tue me laissant coi

Je suis souvent, souvent nerveux
Quand tu me quittes un peu des yeux
Si quelqu'un touche à un cheveu de tes cheveux
Alors c'est qui ce petit merdeux
Celui qui joue l'aventureux
Tu crois que j'ai pas vu le jeu ou quoi
Tu m'prends pour un bleu



Dernière édition par Nine le Jeu 12 Nov - 5:39, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: VENTS ET TOURMENTS   Jeu 12 Nov - 2:36

JE SUIS JALOUSE
Emily Loizeau (Prix Constantin 2009)