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Sujet: Re: LA SUPERBE Jeu 17 Déc - 18:33
La superbe : Biolay double et gagne
Ecrit par Jean Marc Jacob, le 17-12-2009 00:00
Il est plus que temps de dissiper le malentendu : Benjamin Biolay n'est pas un ex-beauf fils de Catherine Deneuve surdoué qui fait la gueule mais ce qui est arrivé de mieux à la chanson française ces 10 dernières années. Son nouvel album s'appelle La Superbe. Il l'est
Il est apparu assez sagement il y a une dizaine d'années, en binôme avec Keren Ann, dans le sillage d'Henri Salvador. Son premier disque concept, Kennedy Rose, témoignait déjà d'une réelle ambition. Il a depuis accumulé les collaborations prestigieuses ( Gréco, Hardy, Julien Clerc...) et ses deux derniers albums, A l'origine et Trash yéyé l'ont définitivement propulsé vers des sommets qualitatifs.
Les frasques du personnage médiatique, volontiers arrogant, lapidaire et provoquant ont pourtant maintenu Benjamin Biolay hors de portée du véritable succès public. La méprise est évidente pour qui a eu l'occasion de voir l'artiste sur scène, un peu gauche, simple et touchant. Son nouvel album, La Superbe, a tout ce qu'il faut pour rétablir la balance. Il prouve une nouvelle fois qu'aucun de ses concurrents n'a aujourd'hui la puissance de feu de Biolay. Elle prend la forme rare d'un double album, soit 23 titres, tenus de bout en bout.
Autoportraits
Déployées en une vaste fresque introspective, les chansons de La superbe imposent un constat tranchant du spleen contemporain. Elles sont magnifiques et semblent presque avoir atteint la force sereine des classiques.
Cette pleine maturité n'exclut pas la hargne et les formules chocs. Un flow né du rap librement interprété court tout au long de l'album, scandé par moment avec fougue. Il fraie avec les mélodies imparables et les blessures amoureuses à vif. Dans cette somme impressionnante, on peut surligner quelques titres significatifs, comme la chanson d'ouverture et premier extrait, dont l'ampleur et le lyrisme sont assez représentatif de l'ensemble. Brandt rhapsodie, en duo avec Jeanne Cherhal, accumule les petits mots et fait et défait un amour en quelques minutes sidérantes.
D'un extrême à l'autre de l'autoportrait sans concession, Tout ça me tourmente assume avec crudité "mais dès 20h30 je n'ai pas de cœur je n'ai que ma queue", tandis que les harmonies osent la simplicité sur Ton héritage, superbe et touchante adresse à sa fille. En début et fin de parcours, Biolay répète "Quelle aventure, quelle aventure". Paris, Buenos Aires, Lyon en sont les étapes géographiques et le voyage vaut vraiment le coup.
Jean Marc Jacob (www.lepetitjournal.com) jeudi 17 décembre 2009
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Nine Admin
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Sujet: Re: LA SUPERBE Jeu 17 Déc - 18:40
Du beau, du bon, du Biolay
La Vierge G. Klimt Les poètes n'inventent pas les poèmes Le poème est quelque part là-derrière Depuis très très longtemps il est là Le poète ne fait que le découvrir. Jan Skacel
Grand soir / lundi 14 décembre par Sébastien Bataille
Benjamin Biolay sort un bijou double, "La Superbe", à ranger à côté de "L’Histoire de Melody Nelson".
Il y a des grandes gueules comme Jean-Louis Murat qui sortent de bons disques et il y a des petites gueules qui sortent des disques géniaux.
Ce double de Biolay, « La Superbe », est un chef-d’œuvre (avec pourtant Jeanne Cherhal dedans, je vous raconte pas l’exploit), la gélatine gonflée du négatif de la vie poétisée. L’esprit de Philippe Léotard n’est pas loin.
Benjamin Biolay a bâti le triptyque d’une vie d’artiste avec ses albums « A l’origine », « Trash yéyé » et « La Superbe ». Et il a une fois encore enregistré une chanson parfaite : « Night shop ». Qui a dit que la perfection, cette chose non subventionnée, n’existait pas ?
C’est bien simple, cet album est actuellement LE seul qui vaille si on veut écouter ce que c’est qu’être vivant : un carrefour de vibrations mélancoliques, de bords de mer échoués dans nos affects, des cuivres tragiques, des arrangements cinématographiques (le long plan séquence textuel de « Brandt Rhapsody » - correspondance d’un couple, de la naissance du désir à la fin de la relation, noyée dans les habitudes du quotidien -, sublime et paralysant).
Disque à l’intelligence des sens, des mots, des climats, des mélodies, « 15 août », « 15 septembre », la boucle conceptuelle est bouclée, le Beau est en boîte, Biolay peut mourir.
Voilà ce qui restera de la chanson française quand elle sera lavée de tout le purin contemporain - ce purin d’idéaux où tout fabrique des sots comme dirait Murat -, long travail que seul le temps peut effectuer.
Et les autres chanteurs, que vont-ils faire maintenant que ce disque est sorti ? Vont-ils avoir le courage de démissionner ? De se retirer, de nous foutre la paix, de laisser l’espace radiophonique et télévisuel à Biolay, qu’on respire enfin, comme semble nous y inviter le visuel de l’album.
D’ailleurs, que voit-on sur cette pochette : le grand soir sur la morne plaine ensablée (si si, regardez bien). Suivez le guide Biolay, on y est presque !
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Sujet: Re: LA SUPERBE Ven 18 Déc - 23:23
Biolay Le Superbe
La Superbe, cinquième album de Benjamin Biolay, est déjà considéré par la critique comme le plus réussi de l’année. Retour sur un artiste blanchi.
Artiste très controversé, Benjamin Biolay réussit à mettre tout le monde d’accord avec La Superbe, sorti en octobre dernier. Télérama lui fait sa une et l’encense, tandis que les dates de concerts s’allongent à mesure que les critiques élogieuses tombent.
Le 8 décembre, iTunes communique ses ventes et met dans ses choix éditoriaux La Superbe en meilleur album de l’année. Pour Biolay qui a pris la peine de sortir son double-album en vinyle, la consécration arrive par la plus grosse entreprise de téléchargement.
Depuis son dernier album, Trash yéyé (2007), l’artiste s’est adouci : « Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais, malgré ses revers, le personnage du disque n’éprouve aucune haine. A la fin, il est même plus apaisé qu’au début », explique t-il à Télérama. Cela se remarque dans ses chansons qualifiées de superbes par la critique. En passant de Brandt Rhapsodie (en duo avec Jeanne Cheral) à Ton héritage, cruel auto-portrait - « J’ai un peu dressé le vrai bilan de ce que je suis » -, Benjamin Biolay écrit une boucle allant du 15 septembre au 15 aout. L’album voyage de La toxicomanie à Lyon presqu’île par des rimes internes. Pour se finir par cette conclusion : « quelle aventure ».
Fils d’un clarinettiste, le chanteur qui pratique le trombone, le violon, le tuba et la guitare, a collaboré avec Henri Salvador (le titre Jardin d’hiver), Keren Ann, Juliette Gréco, Françoise Hardy, etc. de 1995 à 2001. C’est en mai de cette année-là que sort son premier album solo, Rose Kennedy, aux accents pop-jazzy.
Suivront Négatif (2003), album folk bien reçu par la critique, puis A l’origine (2005), aux tonalités plus sombres, et enfin Trash Yéyé (2007). Sa maison de disque (EMI) ayant négligé ces deux dernières productions, le succès n’est pas au rendez-vous. Benjamin Biolay quitte donc cette firme pour signer en avril 2009 chez Naïve.
Parallèlement à ses trois derniers albums l’artiste fait ses débuts d’acteur dans Didine, film de Vincent Dietschy, puis embraye avec Sang Froid, téléfilm de Sylvie Verheyde. Son rôle dans Stella lui vaudra en février 2009 une nomination aux Oscars comme Meilleur acteur dans un second rôle.
Hautain, snob, vaniteux, prétentieux, bobo... tout y sera passé pour le désigner. Il déclare à Marie-Claire : "Je préférerais cent fois qu’on arrête de dire que je suis prétentieux et que je me la raconte, plutôt que de vendre un million de disques". En un disque, il réussit les deux avec brio.
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Sujet: Re: LA SUPERBE Ven 18 Déc - 23:25
Portrait 2009 de Benjamin Biolay
Le mois de décemb' venu, l'heure des bilans carillonne à tous les étages. Vous connaissez déjà une partie de notre tableau d'honneur des albums, singles et autres groupes de 2009, le détail restant à découvrir dans le cinquième volume de Hors-série 365 Chroniques actuellement en kiosque. Dans ce même numéro, vous trouverez aussi les portraits de nos dix personnalités de l'année, de Dayve Hawk à Pascal Teixeira en passant par Steve Beckett, Caroline Polachek, Mark Linkous, Luke Haines ou... Benjamin Biolay ! Nous y voilà. Voici le profil nourri du chanteur français le plus acclamé de l'année.
“J’attendais en vain/Que le monde entier m’acclame/Qu’il me déclare sa flamme”. Ces paroles extraites du single Padam resteront prophétiques de l’année 2009. Car à son cinquième (double) album, Benjamin Biolay fait – enfin – l’unanimité critique et publique. Mieux vaut tard que jamais, donc. Pourtant, longtemps, on a cru que le succès populaire et l’enthousiasme médiatique se refuseraient obstinément à lui alors que le prodige de la chanson française suit une courbe artistique ascensionnelle depuis l’inaugural Rose Kennedy (2001), même si le revirement de certains réfractaires constaté à la sortie de Trash Yéyé (2007) pouvait augurer de l’engouement actuel. À la manière d’un Serge Gainsbourg, son modèle avoué avec The Beatles, BB prédisait dans Elle, en octobre, que sa reconnaissance serait “post mortem”. Et bien avant la sortie de La Superbe, les paroles éloquentes de L’Espoir Fait Vivre témoignent du désarroi de l’intéressé : “Combien de temps/Avant l’amour suprême et l’admiration des gens”.
Si le malentendu originel peut s’expliquer par le prisme déformant des médias (la franche timidité de Benjamin Biolay passant à tort pour une suffisance hautaine), doublée du savonnage d’Henri Salvador qui lui dut pourtant son retour en grâce (Chambre Avec Vue, 2000) et par une omniprésence au générique de la production hexagonale (de Keren Ann à sa sœur Coralie Clément, de Juliette Gréco à son ami Hubert Mounier), on ne peut que s’étonner d’assister aujourd’hui à une tellle unanimité autour de son plus ambitieux et plus long album. D’ailleurs, un nouveau malentendu est en train de naître, sur l’air (erroné) de “On a plus parlé de Benjamin Biolay pour ses frasques que pour sa musique” (in Les Inrockuptibles, qui lui offrent seulement sa première couverture en dix ans, après avoir mis à l’honneur des fossoyeurs tels Cali, Vincent Delerm ou M). Or, à l’exception d’une déclaration fracassante ici (mais pas autant qu’on veut bien nous le vendre) ou là (dans des conditions parfois éthyliques à une presse en mal d’épaisseur, comme Technikart), cet homme érudit n’a jamais rien cultivé d’autre que sa frénésie artistique – cinquante-sept morceaux enregistrés pour Trash Yéyé, encore davantage pour La Superbe.
Franc et massif, Benjamin est à l’image de sa discographie : il ne recule devant rien. Après deux disques en forme de Black Album – À L’Origine (2005) et Trash Yéyé (2007) –, Biolay signe un “vrai” double album, édité pour le compte du label Naïve après son départ fracassant de Virgin. En vingt-deux titres dont beaucoup se contenteraient pour une intégrale, l’auteur de Rendez-Vous Qui Sait parcourt toutes ses obsessions musicales : de la pop ligne claire des Smiths (Reviens Mon Amour) au jazz toxique de Chet Baker (La Toxicomanie), de la berceuse ourlée (Ton Héritage, bouleversant) aux envolées orchestrales (La Superbe), du hip pop domestique (Padam) au duo d’un nouveau genre (Brandt Rhapsody avec Jeanne Cherhal). Revers de la médaille attendu, le consensus autour de Benjamin Biolay risque d’en agacer plus d’un, à commencer par ses récents thuriféraires. En attendant, cette forte tête risque de glaner quelques Victoires de la musique, à la cérémonie du 6 mars 2010. On prend les paris ? Franck Vergeade
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Sujet: Re: LA SUPERBE Sam 19 Déc - 8:56
Critique de 'La Superbe'
Dandy tourmenté aux poses introspectives et au maniérisme parfois indigeste, Don Juan des temps modernes cumulant tous les clichés de l'artiste maudit, élevant la dépression et l'alcoolisme au rang de préceptes de vie, Benjamin Biolay agace, irrite autant qu'il peut fasciner. Il le sait, et jouait déjà à se regarder le nombril sans complaisance, à édifier ironiquement un culte à sa personnalité torturée sur 'A l'origine' ou 'Trash Yéyé'. Si cette tête à claques des beaux quartiers n'a apparemment toujours pas réglé ses problèmes d'ego, force est de constater que son nouvel album, 'La Superbe', se distingue par une profondeur inédite. Avec pour fil conducteur la rupture amoureuse, Benjamin Biolay déroule un journal intime en forme d'éducation sentimentale, exorcise ses petites misères et ses grandes peines sans pour autant verser (trop) dans la fausse pudeur. Les mots sonnent souvent justes, même les plus noirs (lorsqu'il aborde le suicide dans 'Tout ça me tourmente'), même les plus crus. On pense notamment à 'Brandt rhapsodie', duo avec Jeanne Cherhal, qui retrace en accéléré la vie d'un couple, de sa genèse jusqu'à son déclin, via un échange de post-it laissés sur un frigo. Et si Benjamin Biolay se laisse encore aller à ses vieux démons, affichant par moment une affectation vocale qui donnera matière à ses détracteurs (chuchotements, chanté-parlé), on retient surtout la richesse instrumentale de 'La Superbe' : cordes douloureuses sur le morceau éponyme, piano lugubre avec le poignant 'Ton héritage' ou intermèdes pop plus ensoleillés ('Prenons le large'). Un grand écart musical étonnamment maîtrisé. par Cécile Rémy
Prochaines dates :
Le 21 Janvier 2010 Théâtre de Longjumeau 91163 Longjumeau 20h00 36,50 euros
Le 22 Janvier 2010 Théâtre Simone Signoret 78700 Conflans-Sainte-Honorine 21h00 de 15 euros à 25,30 euros
Le 26 Janvier 2010 Théâtre André Malraux 92500 Rueil Malmaison 20h45 31 euros
Le 2 Février 2010 Olympia à Arcachon 33120 Arcachon 20h00 27,80 euros
Du 4 au 6 + 9 Février 2010 Casino de Paris 75009 Paris 35,90 euros
Le 24 Février 2010 La Laiterie 67000 Strasbourg 20h30 30 euros
Le 25 Février 2010 Noumatrouff 68100 Mulhouse 20h30 30 euros
Le 2 Mars 2010 Le Cargö 14000 Caen 20h00 26 euros
Le 3 Mars 2010 L'Oasis au Mans 72000 20h00 25 euros
Le 4 Mars 2010 Exo 7 76140 Petit-Quevilly 20h00 21,70 euros
Le 5 Mars 2010 La Cartonnerie 51100 Reims 20h00 29,70 euros
Le 6 Mars 2010 L’Ancienne Belgique 01000 Bruxelles - Belgique 20h00 28 euros
Le 10 Mars 2010 Le Chabada 49100 Angers 21h00 26,70 euros
Le 12 Mars 2010 Espace Malraux de Joué-lès-Tours 37300 Joué-lès-Tours 20h00 26,70 euros
Le 13 Mars 2010 Espace Malraux de Châteaudun 28200 Châteaudun 20h00 26,70 euros
Le 13 Mars 2010 Pasino 13100 Aix-en-Provence 20h30 29 euros
Le 25 Mars 2010 La Vapeur 21000 Dijon 21h00 25 euros
Le 26 Mars 2010 Le Transbordeur 69100 Lyon-Villeurbanne 20h30 33 euros
Le 30 Mars 2010 La Pasino au Havre 76600 20h00 25 euros
Le 31 Mars 2010 Les Gémeaux, scène nationale 92330 Sceaux 20h45 35,20 euros
Le 1 Avril 2010 L'Avant-Seine 92700 Colombes 20h30 39,60 euros
Le 9 Avril 2010 Rockhal à Luxembourg 4361 20h30 27 euros
Le 16 Avril 2010 Théâtre du Casino à Enghien Les Bains 95880 20h30 de 14 euros à 49,50 euros
Le 23 Avril 2010 Le Confort moderne 86000 Poitiers 20h00 26,70 euros
Le 24 Avril 2010 L'Astrolabe 45000 Orléans 20h00 26,70 euros
Le 6 Mai 2010 Le Splendid de Lille 59800 Lille 20h00 25 euros
Le 7 Mai 2010 Espace François Mitterrand 62000 Bully les Mines 20h30 25 euros
Le 27 Mai 2010 Le Bikini 31520 Ramonville-Saint-Agne 20h30 25 euros
Le 29 Mai 2010 Casino Barrière de Bordeaux 33000 Bordeaux 20h30
Dernière édition par liliane le Dim 20 Déc - 7:00, édité 1 fois
Nine Admin
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Sujet: Re: LA SUPERBE Sam 19 Déc - 23:46
LA TRIBUNE DE GENEVE Extrait.
Biolay: du petit-lait
... Ce cinquième album, d’aucuns l’ont rappelé maintes fois, ravira les amateurs de chanson française soucieux de goûter à des textes aussi solides que l’exploration musicale. Chose faite avec La superbe, vingt-deux titres déclinés de la symphonie pop (on songe à Gainsbourg, beaucoup) au truc «electro quelque chose». Avec le rock bien sabré en prime, le Benjamin Biolay nouveau évoque, forcément, le nec plus ultra de la chanson, de feu Bashung au fils d’Higelin, Arthur H.
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Sujet: Re: LA SUPERBE Dim 20 Déc - 0:32
Benjamin Biolay - La Superbe
BRANDT RAPSODIE B. BIOLAY/ J. CHERHAL
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 12 novembre 2009
Le jeune premier à la mèche parfaite a définitivement disparu. Place à un artiste accompli, brisé et remonté, généreux et fétichiste, qui vient de livrer un double album douloureux et époustouflant. Accueillons-le avec les égards dus à son rang, celui d’un type essentiel...
Benjamin Biolay, c’est ce garçon que tout le monde adore détester dans les conversations autour de la machine à café. Cette image médiatique déplorable est un peu de son fait et beaucoup celui de la presse people. Mais la légende du petit bouseux monté à Paris, porté aux nues et cramé dans la foulée a fait long feu. Il est désormais évident que BB est avant tout un écorché constitutif qui éclate enfin au grand jour. Sauf que ce qui ne tue pas rend plus fort. Et le jeune auteur de Rose Kennedy a vite cédé sa place au cynique et brillant coupable de Trash Yéyé.
Il est passé en quatre disques de la fascination provinciale pour les grands de ce monde à un autoportrait au vitriol et sans complaisance — qui n’hésite pas au passage à ravager la belle gueule de ceux qui ont piétiné la sienne.
Ce cinquième disque est donc, logiquement, celui du nouveau départ. Seul, divorcé, abandonné par la caste qui a fait semblant de l’accueillir, lâché par la maison de disque à la fortune de laquelle il contribua un tant soit peu (la triplette Henri Salvador/Françoise Hardy/Keren Ann chez EMI), raillé par ses pairs (qu’il n’a pas ratés non plus) pour ses choix de collaboration (Elodie Frégé, fallait oser), Biolay se reconstruit dans la douleur mais dans l’affirmation de soi, blessé mais guerrier, en lambeaux mais rasséréné.
Et de livrer La Superbe, double album parfait, sans faute de goût ni de frappe. Un grand coup qui risque probablement de faire date, comme un autre double disque hexagonal récemment, celui de Mendelson, se posant un peu comme son jumeau classieux mais tout aussi désabusé et désespérant — l’un décortique les bas-fonds humains, l’autre déchire le rideau de l’hypocrisie reine d’un milieu superficiel et tout aussi impitoyable, avec dans les deux cas un discours plus profond et intime que ce qu’ils donnent à entendre en première instance.
Biolay, avant tout, écrit de la pop, puisant dans ses canons les plus ambitieux et les plus imposants, au premier rang desquels Gainsbourg auquel on le compare d’ailleurs souvent, et pour une fois, pas forcément à tort tant on retrouve chez lui cette quête incessante, cette appropriation de genre à chaque album, cette utilisation des couleurs musicales. Après avoir rendu un vibrant hommage à la grande époque de Michel Colombier à ses débuts, prolongeant dans une veine plus contemporaine et très années 90 sur un Négatif un poil trop lissé — double album, déjà, dont il n’a vraiment pas à rougir —, pour se lancer dans un rock bruitiste, un peu engoncé dans une image de bad boy qui ne lui seyait pas trop sur A L’Origine, BB a enfin éclaté en 2006. C’est cette année-là qu’il livra effectivement Trash Yéyé à son label — il fut finalement publié en 2007 —, un disque frondeur, massif, éclairé et bien plus personnel qu’à l’accoutumée.
La Superbe est logiquement né de la même portion de la cuisse de Vénus, arrachant un peu plus de muscles au passage, mais bloquant son curseur dans les années 1980. La Superbe est aussi l’occasion pour BB de revenir à son premier amour, les cuivres, régulièrement mis à l’honneur ici — notamment via un saxophone à la fois typique de cette époque clinquante et tellement bien calibré, ou la trompette, dont il apprit la version à piston au conservatoire de Lyon. BB s’assume, se dévoile et se découvre. Cela peut ne pas plaire. Mais cela peut aussi bouleverser.
Toujours ce goût pour le grand luxe qui flambe, toujours cet affichage d’un certain monde que peu d’entre nous goûterons — “Sans Viser Personne”, “15 Août”. Et puis cet univers bobo pourrait rebuter sur la foi d’une première lecture un peu trop hâtive. Sauf que se dessine en creux le profil d’un gibier en proie avec ses propres fantasmes et ses cauchemars les plus terrifiants — “La Superbe”, “Padam”, “Si tu Suis Mon Regard”.
La Superbe est avant tout un portrait cinématographique d’un homme détruit, peu importe par quels procédés — “La Toxicomanie”, “Tout ça me Tourmente”, “Night Shop”. C’est aussi la vie qui s’écoule ou qui s’écroule — magnifique et terrifiant duo épistolaire avec Jeanne Cherhal, “Brandt Rhapsodie”.
Et ce sont enfin les espoirs qui rendent cette même vie plus agréable — la fausse légèreté de “L’Espoir Fait Vivre” ou la résurrection dans “Prenons le Large”, la cruauté de “Ton Héritage” malgré tout tournée vers l’avenir symbolisé par sa fille, ou l’amoureuse “Reviens mon Amour”.
La Superbe est un album lucide, celui d’un mâle qui évolue sur une nappe souillée, au milieu des reliefs d’un repas que l’on imagine exorbitant mais un brin écœurant, brutalement ramené à sa propre réalité — “Assez Parlé de Moi”, “Jaloux de Tout”.
Et tout cela par le prisme d’une écriture brutale et sans concession — « Mais dès vingt heures trente[...]/Je n’ai pas de cœur je n’ai que ma queue » sur “Tout ça me Tourmente” —, qui en littérature risquerait de verser dans l’autofiction alors même qu’elle conserve son caractère décisif dans le format chanson. Ce disque s’adresse à tous les hommes qui ont perdu leur naïveté et leur innocence.
La Superbe n’en est pas moins un grand disque de musique. Benjamin Biolay était même avant tout un musicien aguerri et un compositeur affirmé avant de devenir un auteur adulte et singulier.
Il maîtrise tous les codes du discours instrumental, quelque soit le périmètre établi ou le langage adopté. Versant fortement dans les bandes originales des polars des années 80, il parvient grâce à un travail de production particulièrement limpide, déjà éprouvé sur Trash Yéyé, à transcender les genres et les époques.
Tantôt plongeant dans des arrangements amples et ambitieux, tantôt versant dans une mare translucide sur des vignettes de peu, ou même se livrant à un exercice particulièrement optimiste — étonnant hommage à Lyon et son enfance sur la délicieuse “Lyon Presqu’île”, ou comment aimer un peu plus une ville que l’on regrette d’avoir quittée —, BB fait encore étalage de la diversité de sa palette sans jamais n’en faire trop. C’est même paradoxalement dans ce disque, qui pourrait être le plus casse-gueule — le concept sur-exploité des 80’s — qu’il fait le plus montre de ses talents d’équilibriste et de jongleur, alliant brillamment la finesse des alliages avec la richesse des instrumentations. Sans compter ce travail sur sa voix, son point faible le plus souvent pointé du doigt. Aujourd’hui il peut sans hésitation balayer cette critique d’un revers de main tant il a su mettre à profit cette prétendue faiblesse, allant jusqu’à chanter vraiment et souvent avec beaucoup d’émotion. Certes tout n’est pas parfait, mais le changement est palpable, et surtout étonnant.
Benjamin Biolay s’affine de disque en disque, diamant brut à chaque fois taillé un peu plus finement, confirmant avec éclat sa supériorité écrasante au sein d’une génération un peu affaissée sous le poids de quelques aînés ou aïeux.
Benjamin Biolay n’est plus un espoir, il est une référence absolue et un artiste essentiel et complet qu’il convient de réhabiliter dare-dare.
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Sujet: Re: LA SUPERBE Mar 29 Déc - 0:05
PLATINE
Nine Admin
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Sujet: Re: LA SUPERBE Jeu 7 Jan - 18:50
L'Académie Charles Cros
La Grande Sophie et Benjamin Biolay reçoivent chacun un Grand Prix.
Ariane Moffatt et Dominique A sont également récompensés… On l'a surnommé « le Goncourt de la chanson » : L'Académie Charles Cros, du haut de ses 61 éditions, vient donc de décerner son palmarès 2009.
Sont d'abord couronnés La Grande Sophie et Benjamin Biolay.
Chacun reçoit le prestigieux Grand Prix, l'une pour son album Des vagues et des ruisseaux (AZ), l'autre pour son double opus La Superbe (Naïve). On ne s'en plaindra pas : ces deux artistes ont aussi été désignés auteurs des meilleures chansons de l'année .
Egalement distingués par l'Académie Charles Cros : la Québécoise Ariane Moffatt, qui reçoit le prix de la Francophonie ; et Dominique A, récipiendaire d'un prix in honorem pour l'ensemble de son œuvre, à seulement 41 ans !
L'Académie salue ainsi la rigueur et la cohérence d'un répertoire qui a ouvert une nouvelle voie dans la chanson hexagonale, et qui continue de faire des émules au sein de la jeune génération.
Enfin, Hugues Aufray, 80 ans, a lui aussi reçu un in honorem à l'occasion de la sortie de son album de duos et de reprises de Dylan, New Yorker (Mercury).
La commission "chanson française et musiques actuelles" est composée d'une vingtaine de membres, journalistes, auteurs, programmateurs et directeurs de salles ou de festivals.
liliane Admin
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Sujet: Re: LA SUPERBE Mar 12 Jan - 18:35
LA SUPERBE : DISQUE D'OR
Véritable tour de force artistique, le dernier disque de Benjamin Biolay lui permet d’être l’heureux détenteur d’un premier disque d’or depuis fin 2009 puis de se lancer aujourd’hui dans une grande tournée française (à partir du 21 janvier 2010)…
Juste retour des choses, puisque les 22 titres (23 pour l’édition limitée ! ) qui composent le double album qu’est La Superbe permettent de constater que le talent de l’auteur compositeur interprète producteur arrangeur – n’en jetez plus ! – est intact, même s’il aurait sans doute gagné à être moins dilué. Et encore, cela se discute, car à part quelques titres anecdotiques et/ou énervants dans le style « nouveau bobo parigot branchouille », Benjamin Biolay frappe un grand coup avec sa dernière collection de compositions printemps été automne hiver.
Ses détracteurs ne changeront sans doute pas d’avis, car Mr Biolay chante toujours d’une voix grave et fantomatique, les thèmes de ses chansons tournent plus que jamais autour des sempiternelles contrariétés provoquées par l’amour et la tonalité du disque est encore une fois aussi mélancolique que désabusée ou crépusculaire…
Mais tel un Serge Gainsbourg du 21ème siècle, l’auteur de La Superbe est un touche à tout de génie sachant trousser des morceaux réussis dans les styles chanson pop, pop/rock, électro pop et chanson jazz rive gauche, sans oublier de faire chanter ses muses (ici Jeanne Cherhal et Valérie Donzelli, après Keren Ann et Chiara Mastroianni… ) et de signer quelques textes cyniques, décalés et misanthropes, tout en sachant être tendres… Notre tête à claques préférée fait ici oublier toutes ses collaborations passagères destinées à renflouer les caisses – et à joindre l’utile à l’agréable avec des petites pépées –, lâchant dans la nature des titres magistraux, aussi intemporels que richement arrangés (cordes, cuivres, boucles… ) comme La superbe, Brandt Rhapsodie, Si tu suis mon regard, Sans viser personne, Prenons le large, Jaloux de tout, Assez parlé de moi, Lyon presqu’île ou encore Reviens mon amour…
Prochaine étape maintenant : devenir un chanteur assez à l’aise sur scène pour mettre en valeur son répertoire en or massif. Benjamin Biolay est actuellement en concert.
Sites Internet : www.benjaminbiolay.com, www.myspace.com/benjaminbiolay, www.deezer.com/fr/music/benjamin-biolay, www.facebook.com/pages/Benjamin-Biolay.
auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
liliane Admin
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Sujet: Re: LA SUPERBE Ven 15 Jan - 11:52
Tous les mois, Europe 1 invite un artiste à se produire sur la scène du studio Merlin face aux auditeurs de la station. En janvier, c’est l’auteur-compositeur Benjamin Biolay qui est à l’honneur. Il sera reçu par Thierry Lecamp dans “On connaît la musique”, de 23h à 1h, à l’occasion de la sortie de son album La superbe.
La première heure, Benjamin Biolay et ses musiciens interprèteront notamment “Padam”, “La superbe”, “Ton héritage”, ainsi que le titre d’Henri Salvador “Ailleurs”. A l’issue de son live, le chanteur répondra aux questions du journaliste et programmera des morceaux de ses artistes favoris enregistrés auparavant dans cette même émission.
Diffusion samedi 16 janvier de 23h à 1h sur Europe 1.
liliane Admin
Nombre de messages: 8844 Age: 61 Localisation: dans la galaxie Date d'inscription: 02/05/2008
Dernière édition par liliane le Lun 18 Jan - 20:57, édité 2 fois
liliane Admin
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Sujet: Re: LA SUPERBE Lun 18 Jan - 5:29
TARATATA
L'émission enregistrée en novembre 2009 sera diffusée le :
3 février 2010 à 20h35 sur France 4 5 février 2010 à 0h40 sur France 2
Benjamin Biolay y interprètera entre autres une reprise de "Wath a wonderful word" avec Nora Arnezeder
Nine Admin
Nombre de messages: 8798 Date d'inscription: 03/05/2008
Sujet: Re: LA SUPERBE Ven 22 Jan - 9:57
VIVEMENT DIMANCHE
A l'occasion de la sortie de son livre « Droits d'inventaire », François Hollande sera l'invité de Michel Drucker, dimanche 24 janvier à 14:10 sur France 2.
Seront à leurs côtés :
Jean-Pierre Jouyet, Eddy Mitchell, Melody Gardot, La Grande Sophie, Annie Duperey, Sarah Giraudeau, Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Benjamin Biolay, Stéphane Guillon, Le groupe Soft.
liliane Admin
Nombre de messages: 8844 Age: 61 Localisation: dans la galaxie Date d'inscription: 02/05/2008
Sujet: Re: LA SUPERBE Mer 27 Jan - 18:44
Benjamin Biolay: "Je ne suis pas un dandy" Par Gilles Médioni (L'Express), publié le 27/01/2010
Une sensibilité de dentellière et une pudeur de garagiste. Un air d'enfance, des idées noires. Des cigarettes allumées les unes derrière les autres. Un don inné pour la musique. Et des comparaisons flatteuses : Gainsbourg, Bashung... Pourtant, Benjamin Biolay, 37 ans, posé, lucide, débraillé, ne ressemble qu'à lui-même. Avec ses paradoxes et ses vagabondages. Et c'est tant mieux. L'Express mise sur lui depuis ses débuts et, aujourd'hui, cet artiste complet, auteur, compositeur, producteur, arrangeur, acteur, souvent au service des plus grands (Hardy, Clerc, Gréco, Salvador), prend son envol avec un album haut de gamme : La Superbe, grand prix de l'académie Charles-Cros et favori des Victoires de la musique (trois nominations). En pleine répétition avant ses concerts parisiens et sa tournée, Biolay, à la fois indolent, cool et vif, se livre comme rarement. Et en fumant une clope.
Votre concert s'ouvre sur la voix de Michel Aumont déclamant Pour écrire un seul vers, de Rainer Maria Rilke. Quelle signification ce texte a-t-il pour vous ?
C'est une leçon d'humilité à la feuille blanche. Rilke explique ce qu'il faut avoir vécu pour écrire un seul vers : sentir comment volent les oiseaux, rester assis auprès de morts, avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d'amour... Il faut être modeste face à la création, cet artisanat qui repose sur quelques règles et beaucoup, beaucoup de travail. Rilke pointe comment, à force de labeur, d'envie, de porosité par rapport aux événements, aux émotions, on peut devenir un génie ; ou se prendre pour tel. C'est l'antithèse de Rimbaud, qui, lui, l'était naturellement.
Ce constat de modestie, qui parle à tout artiste, renvoie ironiquement à votre parcours. Votre maison de disques EMI s'est séparée de vous en 2009. Or votre album La Superbe, sorti sur un label indépendant, cumule succès critique, public et professionnel...
Recommencer à zéro m'a fait du bien. La routine est mauvaise pour toutes sortes de choses, y compris l'humilité. J'ai produit cet album tout seul, en allant au bout de mes désirs. J'étais comme un défenseur qui dispute pour le plaisir un match de football au poste d'avant-centre et essaie de marquer beaucoup de buts.
Le titre, La Superbe, renvoie-t-il à cet état d'esprit ?
A une attitude très fitzgéraldienne. Garder la superbe dans le chaos, dans mes moments difficiles, puisque, j'ai traversé, à tous points de vue, une sale période de ma vie. Ce double album est une grande épopée intime, un mini-opéra urbain, treize mois d'errance sentimentale et existentielle.
De mauvaises passes surgirait donc une formidable inspiration ?
Non... Oui... Cette loi se vérifie, mais il ne faut pas le dire, sinon la méthode devient systématique. Quand j'écoute ce CD, je me remémore les descentes vertigineuses qui m'ont aspiré, les nuits passées à dériver. Mais, à l'époque, je ne voyais pas du tout cette dépression comme un boulot. Je ne faisais pas de notes de frais.
La mélancolie pointe toujours derrière les cordes lyriques de vos chansons, les guitares électriques et même le flow du rap. Est-elle votre moteur ?
Oui. Même si elle n'est pas mon Graal. La musique que je compose appelle le texte. C'est sûr qu'un accord mineur 6 aura toujours sur moi un effet mélancolique. Souvent, la mélodie m'évoque une situation vécue ou fantasmée, potentiellement angoissante. Du coup, il n'est pas simple de discerner mon côté joyeux et débridé. Ma grande chanson sur le bonheur extatique reste à faire, et c'est très bien ainsi.
En 2000, vous avez cosigné avec Keren Ann un classique pour Henri Salvador : Jardin d'hiver. Et produit Mieux qu'ici-bas, l'album qui a révélé Isabelle Boulay et s'est vendu à 1,5 million d'exemplaires. Finalement, on a connu vos chansons avant de vous découvrir.
Quelle chance ! Dès l'adolescence, j'ai voulu écrire des chansons qui touchent le coeur des gens. Quand j'ai su que j'en étais capable, ce fut un souci en moins. Mais juste sur le moment. Car c'est un éternel challenge. Lorsque mon premier album est sorti, j'étais soulagé. Je connaissais la dynamique du show-biz, je pouvais faire la part des choses.
Vous avez grandi à Villefranche-sur-Saône, dans les années 1970-1980. Comment s'est faite votre éducation ?
C'était le siècle dernier. Je le vois ainsi. Et combien il est difficile de suivre ses rêves quand on naît dans une famille du bas de la classe moyenne provinciale. Pour réussir dans la musique, il est nécessaire de s'exiler à Paris, d'avoir en soi quelque chose de quasi inhumain pour tout abandonner. Mes parents n'étaient pas aisés, mais ils m'ont transmis leur richesse culturelle. De ce point de vue, j'ai reçu une éducation digne des élites. Chez moi, on aimait le théâtre, le cinéma de Fassbinder, de Truffaut, de Visconti, on connaissait la grande musique. J'ai assimilé un mélange savant d'éléments académiques désuets aujourd'hui, parfois très ancrés dans la tradition. Par exemple, enfant, je jouais La Marseillaise tous les 11 novembre devant le monument aux morts avec l'orchestre municipal, dont je faisais partie avec mon père. Il était agent de maîtrise dans une mutuelle, clarinettiste amateur et féru de classique. En rentrant le soir, il s'allongeait sur le tapis, écoutait au casque Wagner, Mozart ou Mendelssohn à fond et il décollait. Où ? Personne ne le sait. Ces images me poursuivent encore. Moi, en rentrant du boulot, j'ouvre une canette et je mets L'Equipe TV.
On ignore que vous êtes un descendant de Joseph Opinel, l'inventeur du couteau de poche. Avez-vous été marqué par cette saga familiale ?
Petit, je constatais seulement que pas un seul Laguiole, le concurrent, n'entrait à la maison, que ma mère et tous ses frères et soeurs collectionnaient les Opinel. Comme ils sont 13, ça faisait beaucoup de couteaux. Je me suis rendu compte en vieillissant que le destin de cet arrière-grand-père a conditionné plein de trucs dans ma famille, qui s'est retrouvée déclassée au fil des générations.
Comment êtes-vous entré au conservatoire de Lyon ?
Quelqu'un m'a repéré dans une fanfare où je jouais du tuba. J'ai intégré le conservatoire vers 15-16 ans. C'était davantage un prétexte pour partir. Adolescent, j'étais en rupture avec mon milieu. Lyon signifiait la liberté totale. Au conservatoire, je vagabondais des cours d'analyse, d'harmonie et d'écriture à ceux de jazz et d'électroacoustique. Je pouvais jouer Le Sacre du printemps à l'auditorium Maurice-Ravel avec l'Orchestre national et, le lendemain, me produire à Nice au milieu d'un groupe de reggae. Finalement, les Beatles ont été mes vrais professeurs de musique, John Lennon particulièrement. Mais mon mentor reste Hubert Mounier. Il m'a aidé et demandé très vite de faire des arrangements de cordes pour son groupe, l'Affaire Louis' Trio.
Paris vous a-t-il bien accueilli à vos débuts ?
J'avais 23 ans et aucune connexion. Il a fallu cogner aux portes, me fabriquer une culture. Pendant deux ans, je suis allé tous les après-midi à la bibliothèque du Centre Pompidou, pour rattraper les matières que j'avais bâclées au lycée, et d'abord l'histoire, que j'adore.
Depuis, vous avez composé et chanté plus d'une centaine de chansons. Et vous en avez signé autant pour Henri Salvador, Juliette Gréco, Françoise Hardy, Elodie Frégé ou Coralie Clément, votre petite soeur...
Arrêtez, c'est flippant ! Ecrire pour un interprète, célèbre ou inconnu, est très intime. Je marche sur des oeufs. Au départ, je me forçais à "tomber" une chanson par jour. Maintenant, l'inspiration me chope sans prévenir. La mélodie de Ton héritage a déboulé dans ma tête quand j'étais au restaurant. Je n'ai pas lâché la chanson : les paroles sont arrivées dans une longue pulsion fatigante. Ça se passe ainsi dans 10 % des cas. Le reste vient en studio ; c'est mon atelier d'artisan. Quand j'écris, je deviens un peu architecte, un peu peintre, un peu paysagiste. La création est un moment définitivement hors du temps. Hors la vie...
Que répondez-vous à ceux qui vous voient comme un héritier de Gainsbourg ?
Moi, je ne veux pas de filiation. Je ne suis pas à son niveau, je n'ai pas son talent, je ne l'aurai jamais. Je démarre, je n'ai pas envie qu'on me compare à des artistes qui ont réussi leur oeuvre de manière somptueuse. Si Gainsbourg m'a mis virtuellement le pied à l'étrier, c'est CharlElie [Couture] qui m'a le plus influencé, avec sa série d'albums concepts. Mais, quand j'ai cherché un référent, Charles Trénet s'est imposé. Et aussi Ferré et Bashung.
Avec Alain Bashung, ce fut un rendez-vous manqué...
Nous nous sommes ratés deux fois. La première, c'était à Bruxelles, un Noël : j'étais amoureux et je voulais rentrer à Paris. La seconde, j'ai bloqué. Alain m'impressionnait trop. Cela dit, ma patte ne manque pas du tout à sa discographie.
Vous avez surgi avec la nouvelle scène française, qui n'est pas la grande famille unie que l'on croit. La presse a relayé vos polémiques à répétition avec Bénabar, et cette bagarre qui vous a opposés en novembre dernier.
Un mec bourré qui vous tombe dessus dans un restaurant... c'est quelque chose qui arrive souvent. Il se trouve que ça s'est passé entre deux chanteurs. Bénabar avait commencé à se payer ma gueule, il y a cinq ans, dans le magazine Chorus. Juger ses congénères et ses confrères du haut du Top 50, c'est grotesque ! D'autant que je ne le connaissais ni d'Eve ni d'Adam. Je lui ai répondu dans les médias. Je déteste l'injustice, l'impunité, la compétition.
Le couple que vous formiez avec Chiara Mastroianni avait aussi attiré en son temps les journaux people. De quelle façon avez-vous vécu ce chapitre "célébrité" ?
C'était horrible. On croit parvenir à gérer et un nouvel épisode survient...
Quand le New York Times vous a consacré quatre pages, en 2005, vous disiez : sans "le packaging de la belle-famille [Catherine Deneuve, Marcello Mastroianni], je n'aurais même pas eu droit à la moitié...". Vous avez toujours été si lucide ?
Oui. J'étais l'époux de Chiara et je voyais bien ce qu'elle vivait. Ma chanson Tant le ciel était sombre en parle : "Ma panoplie ensevelie sous des tonnes d'on-dit, bel ami, belle-famille [...], bel exemple de parfait mépris." Même sortis de leur contexte, surtout sortis de leur contexte, ces mots gardent leur sens.
A 17 ans, vous preniez votre carte au PS... Je ne l'ai plus.
La politique vous passionne-t-elle toujours ?
Mon intérêt n'a pas baissé, mais le monde a changé et je me tourne davantage vers la politique extérieure que vers les atermoiements de la classe politique française, dans l'ombre de Sarkozy.
Dans le titre Sans viser personne, vous pointez : "Il n'y a plus de gauche, il n'y a que des moribonds." Qu'entendez-vous par là ?
La gauche, ce grand mystère... Les clubs de pensée ont pris la tête du PS et l'ont dévoré petit à petit. Dans l'absolu, je serai toujours très Jospin et Hollande. Et pour tous ceux qui semblent les plus compétents, qu'ils soient aux affaires ou non.
Vous avez signé les arrangements de cordes du dernier album de Carla Bruni. La première dame de France vous a-t-elle proposé de rencontrer Nicolas Sarkozy ?
Non. De toute façon, je n'ai pas la légitimité pour débattre avec un chef d'Etat. S'il était disposé à avoir une vraie discussion, et bien que je ne sois pas à son niveau, j'aimerais bien lui poser quelques questions. Par exemple, pourquoi, alors que les Etats-Unis ont élu Obama, lançons-nous ce débat immonde et rétrograde sur l'identité nationale ?
Longtemps, on vous a décrit comme hautain, pédant, prétentieux. Le malentendu se dissipe-t-il ?
J'espère... Un musicien s'exprime avec d'autres codes que les mots. J'ai du mal avec la représentation publique. Quand je donne mon avis, je peux avoir un humour grinçant. Du coup, je constate qu'il faut être plus consensuel dans ses apparitions médiatiques, pour éviter ces malentendus.
Vous entamez une carrière remarquée au cinéma ?
Comme tous les timides, j'ignorais que je pouvais faire l'acteur. Pour moi, les comédiens sont des colosses : Lino, Depardieu, Mastroianni... Sur un tournage, j'y crois à fond. J'ai l'impression d'être dans la réalité. Je me ressemble davantage. Ce qui m'intéresse vraiment, c'est d'être cohérent avec moi-même. Je ne suis pas un dandy. Je suis l'inverse.