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 DAVID FRAY PIANISTE

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Nine
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MessageSujet: DAVID FRAY PIANISTE   Mer 30 Sep - 12:44

DAVID FRAY
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Avec son visage d'ange ou de jeune homme bien éduqué
sorti tout droit d'une belle aventure amoureuse de la grande époque romantique, David Fray impressionne dès les premiers instants.

Avant même d'avoir écouté son Schubert,
on sait déjà que sensibilité et émotion seront au rendez-vous !

Ce nouvel enregistrement est un modèle de clarté, d'élégance et de finesse !


Moments Musicaux, Allegretto en do Mineur D.915, Impromptus D.899

Après son enregistrement des Concertos pour piano de Bach, qui fut un immense succès international, David Fray se tourne vers Schubert.
Au ton enlevé et tout italien des concertos de Bach,
succède un disque plus intimiste, grave et cependant lumineux,
dans lequel le compositeur, sous les doigts de David Fray, nous parle en confidence.

Enregistré à Berlin, le programme comprend les six Moments Musicaux D.780, les quatre Impromptus D.899 et lAllegretto en do mineur D.915.

David Fray poursuit ainsi son exploration du répertoire pianistique autrichien et allemand pour lequel il se sent de grandes affinités

Le toucher pianistique peut se faire caressant comme extrêmement exubérant dans le sens le plus positif du terme.
David fait chanter son piano avec grâce et délicatesse.
Par ailleurs, il sait respirer, et laisser également respirer son piano à l'image des meilleurs chanteurs d'opéra ou de lieder.

Les moments musicaux, D 780 ;
l'Allegretto, D 915 et l'Impromptu,
D 899 sont de pures merveilles.

On écoute ce disque (doublé d'un DVD) avec un ravissement de tous les instants. Schubert merveilleusement servi par un jeune et talentueux pianiste.

Un Schubert au sommet !

EXCEPTIONNEL SENSIBILITE D'UN PIANISTE ...
(Virgin Classics)


Dernière édition par Nine le Mer 30 Sep - 14:02, édité 6 fois
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Nine
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MessageSujet: Re: DAVID FRAY PIANISTE   Mer 30 Sep - 12:55

David Fray est né le 24 mai 1981 à Tarbes.


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Ses parents, mélomanes, ne doivent pas regretter de l'avoir inscrit, ainsi que son frère, à des cours de piano dès l’âge de 4 ans auprès d'un professeur particulier-Mme Péguilhan.

Celle-ci a vite remarqué ses prédispositions et l'a poussé à continuer.

Elle a convaincu ses parents qu'il fallait passer à l'étape supérieure
"chose à laquelle ils ne s'étaient pas préparés".


"Au départ, comme pour beaucoup d'enfants je pense, cela fut une véritable contrainte et parfois je m'éparpillais mais j'avais déjà un certain orgueil qui me poussait à donner le meilleur de ce que je pouvais faire(comme à l'école).
Tout cela ne serait peut-être pas arrivé sans les friandises que ce professeur m'offrait à la fin des cours qui se passaient bien ! Un peu plus tard seulement j'ai pris conscience que j'avais besoin du piano et il ne s'agissait plus seulement de bien faire."

En 1995, il obtient les Médailles d’Or de piano,
musique de chambre et formation musicale du conservatoire de Tarbes, sa ville natale.

La même année, David Fray remporte le concours des jeunes talents d’Aix en Provence, ce qui lui permet de jouer l’année suivante le concerto de Grieg avec le Sinfonia de Manchester dirigé par Michel Brandt.

"C'était mon premier concours et je me souviens avoir eu beaucoup le trac et avoir été surpris de l'avoir remporté.
Je m'étais bien entendu beaucoup préparé à cette première expérience de jouer en concerto. Le choix s'était porté sur cette oeuvre car techniquement, musicalement et au niveau de la mise en place avec l'orchestre ce concerto correspondait à ce que je pouvais faire de mieux à l'époque. L'accueil du public et de la presse fut très chaleureux.
Je pense toutefois que c'est le plus gros trac de ma vie (jusqu'à présent) !"

La décision de devenir pianiste s'est progressivement imposée à lui :

"C'est un métier qui fait peur mais en même temps j'ai du mal à m'imaginer faire autre chose et puis cela me semble être un métier magnifique et jamais ennuyeux. L'esprit doit être toujours en éveil et je crois être quelqu'un d'assez curieux. Mais je suis également passionné de cinéma et j'aurais certainement adoré être réalisateur, j'admire beaucoup Kubrick, Lynch, Eastwood et Téchiné. J'ai également une grande passion pour la peinture italienne de la renaissance."

Les années suivantes, David Fray tente d'entrer au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris.
" Je voulais entrer au CNSM car j'avais rencontré Jacques Rouvier et je voulais absolument travailler avec lui. J'ai tenté deux fois auparavant le concours mais étais éliminé à chaque fois dans la dernière ligne droite ! La troisième fois fut la bonne et j'ai été admis sans aucun problème,
il faut dire que je travaillais exclusivement avec Jacques Rouvier depuis plusieurs mois et j'avais fait d'énormes progrès avec lui durant cette assez courte période. En y réflechissant je crois qu'entrer à 17 ans a été une vraie chance car je n'envie pas les très jeunes pianistes qui sont admis au CNSM et qui peinent à avoir des rapports avec les autres étudiants plus âgés, sont isolés et sortent au moment où ils auraient besoin d'être encore cadrés."

En 1999, il est admis à l’unanimité au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris dans la classe de Jacques Rouvier où il obtient son diplôme de formation supérieure avec une mention très bien au récital du prix. Il reçoit à cette occasion la bourse Feydau de Brou St Paul attribuée tous les ans à un étudiant particulièrement remarqué par le jury.

En septembre 2002, il est admis à l’unanimité en cycle de perfectionnement dans la classe de Jacques Rouvier et en formation supérieure de musique de chambre (trio avec piano) dans la classe de Christian Ivaldi.

" Jacques Rouvier est certainement la meilleure chose qui me soit arrivée artistiquement (ainsi qu'humainement) et qui m'a appris l'essentiel à savoir le sens du rythme, du style ainsi qu'à me connaître. Je citerai egalement Christian Ivaldi d'une culture et d'une intelligence admirables doublées d'un don de communication exceptionnel et d'une humanité magnifique ou encore Alain Meunier avec qui j'ai déjà eu le bonheur de jouer. "

David Fray a également bénéficié des conseils de personnalités telles que Dimitri Bashkirov, Paul Badura-Skoda et Christoph Eschenbach.

En janvier 2004, il est sélectionné pour participer à la masterclasse de Menahem Pressler au théâtre du Chatelet.

Depuis janvier 2004 il est lauréat, et à ce titre boursier, de la Fondation Banque Populaire. En Novembre 2003, il se voit attribuer le "Diploma of Outstanding Merit" lors du 5ème Concours International de Hamamatsu (Japon). David Fray a obtenu en 2004 le deuxième Grand Prix ainsi que le prix de la meilleure interprétation de l’oeuvre canadienne lors du Concours International de Montréal.

"Je pense qu'un concours sert avant tout à pouvoir exercer son métier. Donc si un concours vous permet de travailler suffisamment il n'y a plus de raison d'en passer un autre. Je ne connais pas grand monde qui éprouve un plaisir quelconque à passer ce type de compétitions mais je dois avouer que l'équipe du concours de Montréal était exceptionnelle et faisait quelque peu oublier l'enjeu.". David Fray n'exclut pas de passer d'autres concours :
"Il y a effectivement deux ou trois concours qui, pour des raisons liées au répertoire qui y est joué, me tentent mais je ne suis pas encore sûr d'y participer".
Il vient également d'être nommé "Révélation classique de l'ADAMI".


Parallèllement, il est invité à se produire sur des scènes prestigieuses : en 2002 à la Cité de la Musique, en 2003 à plusieurs reprises il se produit en récital au théâtre Mogador, Parc du Château de Florans lors du festival de la Roque d’Anthéron ou encore au Alti Hall de Kyoto (Japon). Alain Meunier l’invite régulièrement à son festival d’Entrecasteaux dans le Var où, avec ses partenaires, il se consacre au repertoire de musique de chambre.



En ce qui concerne l'avenir, et bien qu'il ait déjà de nombreux projets (voir paragraphe répertoire), David Fray reste très prudent : "Dans l'idéal j'aimerais faire des concerts dans des endroits variés (mais pas au point de passer ma vie dans les hôtels !), en y apportant le répertoire qui me correspond je crois le mieux et une vision de la musique qui m'est chère ainsi que partager mon plaisir de musique avec des personnes que j'apprécie et/ou admire.
Dans la réalité les choses sont souvent imprévisibles mais je crois et espère ne pas avoir à faire de compromis qui mettraient en danger mon intégrité artistique et mon idéal, je souhaiterais seulement avoir accès aux conditions qui me permettraient de ne pas avoir à les trahir."

Il est déjà inscrit sur son agenda qu'il jouera en mars prochain le concerto en sol de Ravel au théatre Mogador sous la direction de Christoph Eschenbach.

Nouveau : Le 21 octobre 2004 David Fray a également été désigné "jeune soliste de l'année" par la commission des radios francophones publiques(radio france, radio canada, rtbf , suisse romande)..cliquez ici pour en savoir plus

Nouveau : 12/2006 : Le pianiste David Fray vient de signer un contrat d'exclusivité avec Virgin Classics. Son premier disque à paraître en mai 2007 comprendra des partitas de Bach et la suite française en ré mineur ainsi que douze notations et Incises de Boulez...cliquez ici pour en savoir plus(playbillarts)

2007 : David Fray a signé un contrat d'exclusivite avec emi-virgin classics et son premier cd sous ce label (Bach Boulez) est sorti le 7 mai 2007
Nouveau : 01/2008 : le pianiste David Fray est nommé parmi les trois jeunes talents " Révélation soliste instrumental" des Victoires de la musique classique 2008
David Fray enregistrera prochainement pour Virgin Classics des concertos de Bach avec la Deutsche Kammerphilharmonie Bremen. Il retrouvera l'Orchestre national de France et Kurt Masur pour une tournée aux Etats-Unis en avril 2008 (Boston, Washington, Philadelphie, New York), puis à Vienne et Paris.

11/2008 : Disque et DVd Concertos de Bach
01/2009 : David Fray est à nouveau nommé aux victoires de la musique classique, cette fois dans la catégorie "Solistes de l'année".
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MessageSujet: Re: DAVID FRAY PIANISTE   Mer 30 Sep - 13:53

Interview:
retour sur un parcours en musique.
.
.



© Sasha Gusov - Virgin Classics-

Vous avez commencé le piano à 4 ans.
Etait-ce votre idée, ou celle de vos parents ?
- Comme dans de nombreuses familles françaises, mes parents ont pris la décision de mettre leurs deux fils au piano dès l’âge de 4 ans chez un professeur particulier. Mon frère a donc commencé à 4 ans. Quatre ans plus tard, quand j’ai atteint moi-même cet âge, j’ai entamé mon apprentissage. Mais mes parents n’avaient aucune velléité de faire de nous des virtuoses. A l’adolescence, quand mon frère a souhaité s’arrêter, il l’a fait. Pour ma part, j’ai ressenti plus d’atomes crochus avec le piano, et une nécessité plus grande de faire de la musique.

- Vous souvenez-vous de votre premier engouement pour un compositeur, un disque, une œuvre précise ?

- C'est assez lointain, mais je me souviens que mon frère et moi possédions un 45 tours sur la vie de Schubert. Nous l’écoutions en boucle avec beaucoup d’émerveillement. Comme quoi, ce genre de disque peut avoir une certaine utilité pour les enfants ! Je me souviens d’un Requiem de Mozart dirigé par Karl Böhm, qui fait toujours partie de mes disques de chevet. Je me rappelle aussi d’un enregistrement des Variations Goldberg (Bach) par Glenn Gould dans la version de 1981. Il s’agit de l’année de ma naissance, ce qui m’avait marqué à l’époque. Il y avait enfin un enregistrement des trois dernières sonates de Beethoven par Rudolf Serkin. Déjà, à l’époque, il ne s’agissait que de musique allemande, jouée par des interprètes très engagés, aux choix très définis.

- Vous évoquez votre penchant pour la musique allemande dès votre enfance. Entre un parent professeur d’allemand et un autre professeur de philosophie, vous avez baigné très tôt dans un environnement où l’influence de la culture germanique était prépondérante…
- Effectivement, il existe un atavisme familial très clair ! A la maison, la culture était globalement, essentiellement, allemande. Assez tôt, j’aimais parler un peu de philosophie avec mon père, même avec mon petit niveau de l'époque... Mon père me parlait des philosophes allemands avec passion et beaucoup de clarté. D’ailleurs, je continue de lire les philosophes. J’ai la chance d’avoir eu des parents très cultivés, qui rendaient cette culture accessible, totalement naturelle. Ce n'était pas une chose artificielle qu’il fallait coller sur son esprit, mais une sorte de nourriture quotidienne bienfaisante. Je pense avoir hérité de mes parents cette envie de vouloir rendre les choses intelligibles.

- A quel âge avez-vous ressenti, d’une part, le désir de faire carrière comme pianiste, et d’autre part, la prise de conscience de la possibilité de le faire ?
- La nuance s’impose en effet. Il y a dans un premier temps le désir éventuel de devenir pianiste, l’idée qu’on s’en fait. Au stade suivant, surgit la question : «Suis-je capable d’y arriver ?» Cette question, on se la pose tous les jours ! A certains moments, on se sent fatigué, on doute de soi. Par la suite, une autre question survient : «Puis-je vraiment me lancer dans cette voie en toute connaissance de cause ?» Tous les métiers comportent des contraintes, des difficultés propres. De mon côté, le cheminement vers la carrière de pianiste s’est fait par décisions successives. Il y a eu de grandes périodes de doute, et, parfois, des phases de recul par rapport à cette envie. Je suis rentré au Conservatoire de Paris à 17 ans. Au bout d’un an ou deux, je me suis demandé : «Suis-je vraiment satisfait de ma manière de jouer, de servir la musique ?» Alors que l’on commence à avoir les paramètres en main, c'est difficile de se dire que l’on n’est peut-être pas à la hauteur de l'idée qu'on se fait d'un serviteur de la musique...

© Sumyo Ida - Virgin Classics- Un nombre important de pianistes français, jeunes et très doués, se sont révélés ces dernières années. Avez-vous déjà ressenti des rivalités avec vos collègues ?
- C'était plutôt le cas dans le passé. Aujourd'hui, de moins en moins. Durant les années de conservatoire, forcément, il existe un état d’esprit particulier. On garde un œil sur le travail des autres élèves, même si je ne pense pas m’être comporté outrageusement dans cet esprit durant mes études. Quelque part, cet aspect des choses comporte une dimension initiatique. Je venais «de la province», comme on dit. Jusqu’à mes 16 ans, je vivais dans un tout autre univers. Un jour, vous arrivez à Paris, vous découvrez d’autres gens très doués, pour qui la musique est tout aussi importante, et qui veulent en faire leur métier. Vous prenez peur. Vous vous dites : « Je ne suis pas le seul, je ne suis pas indispensable…» Cette prise de conscience est nécessaire. Après, vous passez des concours. Il y a forcément une situation de rivalité. Mais plus tard, au fur et à mesure, vous devenez un artiste -et pas seulement un pianiste. Vous faites vos choix en toute conscience. Vous vous affirmez à travers eux, vous les assumez. Alors, vous vous rendez compte que vous ne prenez la place de personne, et que personne ne peut prendre la vôtre. Si vous croyez à ce que vous faites, si vous avez réalisé un travail juste, alors vous êtes en situation de légitimité à votre place. Comme je le dis parfois, vous ne vous plaignez jamais qu’il y ait trop de bon vin rouge ! Si le vignoble et le cru sont bons, vous serez toujours content d’avoir le choix. En musique, c’est la même chose.

- Au moment où vous traversiez des périodes de doute, le soutien de vos professeurs a-t-il été prépondérant ?
- J’ai eu la grande chance d’avoir un professeur fantastique, Jacques Rouvier. Il serait temps que la France et le milieu musical lui rendent l’hommage qui lui revient. Après l’époque de Marguerite Long (1874-1966, célèbre pianiste et pédagogue française, ndlr), le piano français a connu un renouveau grâce à des pédagogues comme lui. Ce n’est pas un hasard si beaucoup de ses élèves ont fait carrière. Jacques Rouvier respecte à la fois l’élève et la musique. Il a eu l’intelligence de me soutenir, sans me flatter. Le soutien intelligent ne consiste pas à dire à l'élève : «Tu es un génie indispensable au milieu musical, tu dois continuer !» Il consiste plutôt à vous inciter à vous poser les bonnes questions. Ensuite, c’est à vous de trouver les réponses. C’est comme un bon psychanalyste. Jacques Rouvier a eu cette finesse psychologique et ce talent pédagogique qui m’ont permis de me révéler, de me sentir bien avec mon métier et ma musique. Je suis toujours en contact avec lui.

- Sollicitez-vous parfois des conseils ou enseignements de grands professeurs ?
- Non, maintenant, j’essaie d’être mon propre professeur. Mais il est évident que si je ressens un jour le besoin de faire entendre quelque chose à quelqu’un, je me tournerai vers Jacques Rouvier.

- Avez-vous une méthode de travail particulière pour aborder une oeuvre ?
- Quand je décide de travailler une œuvre, je commence par la jouer, peu à peu. Doucement. Je l’apprivoise. On se regarde un peu en coin, l’un et l’autre… Au bout d’un moment, j’ai l’impression qu’elle me tend les bras, comme une femme, et me dit : «Vas-y, je suis prête.» Au moment où l’œuvre est prête, il ne faut pas hésiter à y aller. Dans mon cas, il y a donc cette sorte de parade amoureuse entre le musicien et l’œuvre. J’aime beaucoup ce moment où je découvre l’œuvre, où je la sens se dévoiler progressivement. Plus tard, le concert complète cette découverte de manière belle et mystérieuse. Sur scène, surgissent des choses que le travail en studio ne peut pas révéler ou dévoiler. C'est dû à l’adrénaline, à la présence du public. D’ailleurs, le public joue un rôle beaucoup plus actif qu’il ne le croit. Il peut être totalement responsable d’une grande interprétation. J’ignore si les gens se rendent compte à quel point leur silence et leur écoute participent d’une grande soirée de concert...

- Vous êtes donc très sensible aux bruits émanant du public en concert. Comment vivez-vous les toussotements, les sonneries inopinées de portables ?
- Bien sûr, cela a pu m’arriver d’être un peu déconcentré. Mais il faut aussi accepter que nous ne jouons pas totalement sous une cloche en verre… Lors d’un concert, à Vienne, Alfred Brendel (grand pianiste autrichien, ndlr) jouait dans une salle très bruyante, tout le monde toussait... Au bout d’un moment, il s’est arrêté, il a regardé le public et a prononcé cette phrase assez géniale : «Je vous entends, mais je ne suis pas sûr que vous, vous m’entendiez.» La musique repose sur le silence, écrin idéal et nécessaire à son développement harmonieux. Cela vaut pour le bien de l’œuvre, mais aussi pour celui des spectateurs ! Une personne qui tousse au mauvais moment peut ruiner le plaisir de 2000 autres personnes.

- Vous devez ressentir fréquemment de la frustration si le public ne vous paraît pas assez à l’écoute…
- Au départ, les gens arrivent du métro... Ils ont eu des problèmes au travail, avec leurs enfants... Au début du concert, ils sont un peu agités, nerveux, ils bougent sur leur chaise, ils toussent… Quand l’interprète est inspiré et parvient à capter l’attention, tout se calme au bout d’un moment. L’idée quasiment mythologique d’un concert, c’est aussi celle d’un groupe qui se rassemble et s’immobilise peu à peu autour d’une personne pour l’écouter. C’est une belle allégorie. Après avoir ressenti la nervosité et l’électricité des premiers moments, vous sentez que le public se détend et vient vers vous. Du coup, la musique va plus facilement vers lui. C’est un échange. J’aime l’idée qu’à la fin du concert, les gens soient débarrassés de toutes sortes de parasites, de cet «eux-même» qui s’inquiète, et qu’ils ressortent différents de ce qu’ils étaient avant d’entrer dans la salle.

- Depuis des années, le piano allemand représente votre univers de prédilection. Aimeriez-vous en aborder d’autres par la suite ?
- Il est certain qu’aussi longtemps que je ferai de la musique, je continuerai à creuser le sillon du piano allemand. Mais on n’est jamais à l’abri d’une exception heureuse… Je n’exclus pas d’enregistrer un jour le Concerto en sol de Ravel, que j’aime beaucoup. Cette œuvre fait partie des rares exceptions françaises de mon répertoire ! J’ai déjà enregistré du Boulez, mais les pièces choisies étaient d’une influence plus allemande que française. J’aimerais bien travailler d’autres œuvres de Boulez dans un avenir pas trop lointain. L’éternel problème, c’est le temps.

© Sumyo Ida - Virgin Classics- La gestion du temps est-elle une contrainte pesante du métier ?
- Un musicien doit sans cesse apprendre de nouvelles œuvres. Il faut prévoir d'apprendre des concertos un an, voire deux ans à l’avance. Il faut aussi tenir compte de concerts comportant des programmes tout à fait différents… Il faut planifier les choses de plus en plus tôt. J’avoue que j’ai encore un peu de mal à me faire à cet aspect du métier… Je n’aime pas beaucoup l’idée de me dire: «Dans deux ans, je vais devoir jouer tel concerto.» Moi, j’aime ce qui est improvisé, impromptu. Et paradoxalement, je suis quelqu’un qui travaille une œuvre très en amont avant de la jouer ou de l’enregistrer. Il n’empêche qu’il m’est très difficile de faire la part des choses entre le programme du récital fixé longtemps à l’avance et l’envie de jouer l’œuvre sur le moment, en concert. D’ailleurs, de bienheureux collègues, excessivement fameux, refusent de communiquer le programme de leurs récitals à l’avance. Des artistes comme Maurizio Pollini et Martha Argerich peuvent se permettre de dire «Je viens. La salle sera pleine quelque soit le programme.» C’est une chance formidable, due à l’avantage de l’ancienneté, et surtout de leur immense talent.

Sa vision du métier d'interprète

Virgin Classics«L'une des notions qui me paraît la plus importante en tant qu'interprète, c'est l'idée de choix. Les décisions que vous prenez vous coupent forcément d'autres options possibles. Il s'agit d'assumer sans regret ses choix, sa singularité, parfois. Mais il ne s'agit pas d'une singularité voulue, fabriquée, calculée. La singularité n'est pas une manière de se mettre devant l'œuvre musicale. Il s'agit simplement de dire que l'interprétation d'une œuvre passe à travers le filtre de notre conscience, de notre subjectivité. Notre interprétation est le résultat de choix parfois conscients, parfois moins conscients. C'est ce qui fait la grandeur de la musique et de son interprétation, de ses interprétations possibles, puisqu'elles sont infinies. Si les gens vous font remarquer que votre interprétation ne sonne pas comme quelque chose d’habituel, il s'agit simplement de ne pas en avoir peur et d'avoir le courage de répondre : C'est ce que moi, je pense. C'est l'interprétation vers laquelle mon travail m'a porté.

J'insiste sur le fait que l'on ne se sert pas de la musique, mais qu’on la sert. C'est très différent ! Bien sûr, cela ne signifie pas qu'il faille se cacher en arrivant sur scène, ou ne pas revendiquer le simple fait que c'est nous qui jouons, avec tous nos choix d'interprétation, et pas quelqu'un d'autre. Mais ce n'est pas forcément narcissique, égocentrique ou trop volontariste. Simplement, à la base, une œuvre, c'est a priori de l'encre sur du papier mort. Pour qu'elle vive ou revive, cette œuvre doit passer à travers un être qui, lui, est bien vivant. Les autres musiciens, et moi-même, nous sommes ces êtres vivants qui redonnent souffle à un chef-d'œuvre qui, sans nous, dormirait dans un tombeau.

Concernant la musique de Bach, il n'existe pas un style universel s’appliquant à toutes ses œuvres. Chaque œuvre possède son caractère, ses défauts, ses qualités, comme s'il s'agissait d'une personne. Bien sûr, pour l'aborder, il faut toujours tenir compte d'une théorie générale d'interprétation, de règles de syntaxe par exemple. Or, beaucoup de ces règles peuvent paraître incongrues au moment de s'appliquer à une œuvre spécifique. Il est donc nécessaire de toujours garder un esprit ouvert.

Dans une partition, même quand tout est réglementé, tout ne l'est pas vraiment. Jamais. C'est impossible. Au risque de m'attirer certaines critiques, je vais vous dire que parfois, les compositeurs qui mettent le plus d'indications ne sont pas forcément les plus précis, ou ceux dont les indications sont les plus indispensables. Quand Beethoven a voulu marquer des tempos métronomiques dans ses œuvres, je ne l'ai pas du tout trouvé convaincant. Il ne rendait pas service à l'œuvre. Parfois, il est bon que le compositeur ait le courage de penser que la musique en elle-même recèle ses propres règles, ses lois interprétatives, et qu’il évite de la surcharger... Parce que quelque part, si l'interprète est honnête et fait un vrai travail sur la musique elle-même, il trouvera ces règles par lui-même.»

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MessageSujet: Re: DAVID FRAY PIANISTE   Lun 8 Fév - 23:27

VICTOIRES DE LA MUSUQUE CLASSIQUE 2010

Vainqueur Soliste instrumental de l'année

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MessageSujet: Re: DAVID FRAY PIANISTE   Jeu 11 Nov - 0:58

DAVID FRAY EN SEANCE DE TRAVAIL
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MessageSujet: Re: DAVID FRAY PIANISTE   

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