Hommage à Laurent Terzieff Lundi 5 décembre, à 20 heures Théâtre de l'Odéon
"LaurentTerzieff est mort trois mois plus tard" Gérard Caussé
Musicien de renommée internationale, l'altiste Gérard Caussé sort, chez Virgin Classics, l'un de ses plus beaux disques : les fameuses Suites pour violoncelle de Bach, transposées pour le violon alto, le plus confidentiel des instruments du quatuor à cordes.
Pour ce projet, l'acteur Laurent Terzieff (1935-2010) avait enregistré, quelques mois avant sa mort, des textes du poète allemand Rainer Maria Rilke.
C'est ce "Dialogue entre J.-S. Bach et R. M. Rilke" que Gérard Caussé interprétera le 5 décembre dans le cadre d'un hommage à Laurent Terzieff au Théâtre de l'Odéon, à Paris.
Aux sonorités claires et voluptueuses de son Gasparo da Salo de 1570 se mêlera la voix, reconnaissable entre toutes, de l'acteur, mort le 2 juillet 2010.
Comment avez-vous rencontré Laurent Terzieff ?Laurent Terzieff est né à Toulouse, comme moi. Nous nous sommes rencontrés en 2003.
Je dirigeais à l'époque l'Orchestre de chambre de Toulouse. Il désirait faire un concert en hommage à sa compagne, la comédienne Pascale de Boysson, décédée d'un cancer en août 2002 à l'île de Ré. Il a choisi de dire des textes de ses trois poètes préférés - Rainer Maria Rilke, Oscar Venceslas Milosz et Bertolt Brecht -, que nous avons enlacés avec des musiques de Pergolèse et d'Arvo Pärt.
Le concert a eu lieu le 18 avril 2003 dans la Halle aux grains de Toulouse. On est ensuite resté tous les deux dans la mémoire de cette rencontre. Peu de mots, beaucoup de silence et aussi une certaine timidité.
Comment se fait-il que, après toutes ces années, vous ayez pensé à lui pour vos propres "Suites" de Bach ?En 2010, je sortais d'une énorme déception : la fin d'un travail que je menais à Salamanque, en Espagne, depuis 2005, avec la pianiste Maria Joao Pires auprès de l'Orchestre des jeunes de la Fondation Caja Duero.
La banque espagnole mécène du projet a décidé brutalement de tout arrêter à cause de la crise financière. J'avais besoin d'une chose un peu folle, qui me redonne en quelque sorte la foi.
Cela faisait longtemps que je pensais aux Suites de Bach, sans avoir jamais osé passer à l'acte. Le nom de Laurent Terzieff s'est imposé à moi pour donner à cette musique tout son poids poétique.
Peut-être parce que Bach n'a pas écrit pour l'alto l'équivalent des "Sonates et partitas pour violon seul" ou des "Suites pour violoncelle" ?Bach, on le sait, jouait de l'alto. Mais il n'a pas composé pour lui l'équivalent de ces deux chefs-d'oeuvre. Les altistes se sont facilement annexé les Sonates et partitas car beaucoup de notre littérature, assez pauvre jusqu'au XXe siècle, vient de la transposition des oeuvres pour violon.
Mais ils n'ont que très peu enregistré les six Suites, depuis toujours considérées comme la bible des violoncellistes. Ce sont pourtant les premières pièces que me jouait tous les dimanches mon professeur d'alto. C'est aussi la première partition que j'ai reçue en cadeau quand j'avais 9 ans.
En 2010, Laurent Terzieff était déjà malade. Comment l'avez-vous convaincu de travailler avec vous ?Il était épuisé : il venait de faire Philoctète, de Jean-Pierre Siméon, au Théâtre de l'Odéon, à Paris. Il a refusé l'idée de monter un spectacle mais il a, en revanche, très rapidement accepté d'enregistrer des textes pour le disque.
Il a voulu aller très vite car il se savait condamné. Il a beaucoup écouté la musique de Bach. Et nous nous sommes retrouvés le 25 mars dans son petit appartement de Saint-Germain-des-Prés, rue du Dragon, au troisième étage.
Un repaire de poète d'une autre époque, avec ses paires de bottes, ses longs manteaux suspendus aux patères. Il avait sélectionné dix-huit textes de Rilke, au plus proche de lui.
Pendant quatre heures, il les a lus et relus. C'était très émouvant. Il est mort trois mois plus tard et je me suis retrouvé seul avec ce testament.
Vous n'aviez pas encore enregistré la musique ?Non, je l'ai fait dans la foulée, dans le petit auditorium en pisé de Pigna, en Corse, tout près de ma maison de campagne de Calvi où je m'étais retiré pour travailler Bach ces deux dernières années.
Pour des raisons de durée du disque, il n'a pas été possible de garder tous les textes. J'en ai donc choisi sept en regard avec la musique. J'avais refusé d'enregistrer dans une église, dont l'acoustique flatteuse aurait trahi l'épure que je cherchais. Je voulais que le disque soit fidèle à nos deux chemins de solitude.
Bach : six suites de danses, de Gérard Caussé et Laurent Terzieff, 1 CD Virgin Classics.
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