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 LAURENT TERZIEFF

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Bridget

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MessageSujet: LAURENT TERZIEFF   Jeu 24 Sep - 21:39





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LAURENT TERZIEFF , GEANT DISCRET DU THEATRE









Fils d'une plasticienne et d'un sculpteur russe, ayant émigré en France pendant la Première Guerre mondiale, le jeune Laurent Terzieff, à neuf ans en 1944, est marqué par le spectacle des bombardements.



Adolescent passionné par la philosophie et la poésie, il assiste, fasciné, à la représentation de la Sonate des spectres de Strindberg, dirigée par Roger Blin. Il décide ensuite de devenir acteur.



Il fait ses débuts sur scène en 1953 au Théâtre de Babylone de Jean-Marie Serreau dans Tous contre tous d'Adamov, auteur-fétiche d'un acteur qui, tout au long de sa carrière, influence écrivains de pièces de théâtre contemporains (Milosz, Schisgal).



Laurent Terzieff doit une partie de son succès à Marcel Carné, une référence en fictions télévisées, dans L'affaire Weidmann, puis dans l'un des rôles principaux de Les Tricheurs, un portrait de la jeunesse des années 60.



Sa première apparition à l'écran, en 1958, lui apporte une forte notoriété, le public l'identifiant au personnage de l'étudiant bohémien et cynique.


Il continue avec Claude Autant-Lara (trois films, dont Tu ne tueras point, portrait d'un opposant consciencieux en 1961) et Clouzot avec La Prisonnière, dans lequel il interprète un artiste manipulateur qui ne s'empêche pas de dénigrer le directeur lui-même.



Partenaire de Brigitte Bardot dans À cœur joie, ce jeune homme « superbe » au regard vert joue un hooligan dans Les Garçons de Bolognini (1959), un film écrit par Pasolini qui lui confie plus tard le rôle du Centaure dans Médée.


Sollicité par les meilleurs directeurs italiens, Terzieff incarne en 1961 un révolutionnaire dans Vanina Vanini de Rossellini et apparaît en 1976 dans le Désert des Tartares de Zurlini.



En France, Buñuel le prend sur la route de Compostelle dans la Voie lactée en 1969. Terzieff croise évidemment d'autres poètes : Garrel (quatre films dont le Revealing one, tourné en plein mai 1968), et Godard (avec Détective en 1985).


Mais depuis les années 1980, il est plus rarement sur les écrans, et plus souvent au théâtre, avec sa troupe, fondée en 1961. Il apparaît tout de même dans différents rôles, comme trotskiste dans Rouge baiser, et comme anarchiste dans Germinal en 1993.


À 70 ans, l'acteur au visage émacié n'a rien perdu de son magnétisme : comme son apparence fantôme dans Mon petit doigt m'a dit... de Pascal Thomas en 2005 le prouve.


Politiquement engagé, il signe, en 1960, « La Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la Guerre d'Algérie» et, en 2002, la pétition « Pas en notre nom » contre la Guerre d'Irak.



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Bridget

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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Jeu 24 Sep - 22:14




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Laurent Terzieff: Le théâtre reflète ce qui nous est caché






"Si le théâtre se faisait homme, écrivait le critique Pierre Marcabru, il s'appellerait Laurent Terzieff . Il en est l'esprit incarné, l'âme, ce qui est au-delà de l'apparence et de la forme."

Pourtant, attablé au café de Flore devant un verre de chablis, le comédien est bel et bien là, en chair et plus encore en os, tout au plaisir de la note acidulée du vin frais.

Puis, baissant sa belle tête sculptée, il regarde en lui-même afin de répondre au plus juste. Flottant dans sa chemise blanche et dans l'air lourd d'un mois de juillet à Paris, il évoque ses convictions, sa vie, son prochain rôle (à partir du 24 septembre).

Celui de Philoctète, personnage souffrant de Sophocle, retracé à l'attention du siècle sous la plume du poète Jean-Pierre Siméon et mis en scène par Christian Schiaretti à l'Odéon.

Rencontrer Laurent Terzieff est une expérience forte, et l'on entend battre son coeur blessé derrière la peau si fine
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Laurent terzieff dans le rôle-titre de Philoctète, d'après Sophocle, à l'Odéon, à Paris, dans une mise en scène de Christian Schiaretti.







Cinquante ans après Tête d'or, de Paul Claudel, vous retrouvez le théâtre de l'Odéon, dans la peau du vieux Philoctète imaginé par Sophocle. Une boucle est bouclée. Qu'attendiez-vous de la vie à 17 ans?



Un dépassement de moi-même, y compris par l'amour. Une vie abondante. D'autant plus douloureuse, d'ailleurs, qu'elle serait abondante. Une expérimentation la plus riche possible de ce que la vie peut offrir.
Vivre, c'est repousser sans cesse ses limites vers un avenir qui est le sien et qui mourra avec soi. Vivre, c'est choisir dans l'ignorance. On est tout simplement ce que l'on fait.


Votre rencontre avec le théâtre a tout d'une scène primitive: un soir d'automne de 1949, un adolescent - vous, en l'occurrence - entre dans la salle de la Gaîté-Montparnasse, où Roger Blin présente La Sonate des spectres, de Strindberg, et connaît d'emblée son destin.
Est-ce ainsi que les choses se sont passées?



Oh ! cela n'a pas été une révélation claudélienne ! Je n'aime pas que l'on mélange les genres.
Mais c'est là que j'ai perçu quelque chose de la face invisible du monde et de sa rencontre avec sa face visible.
Tout à coup, je réalisai que les acteurs de chair et d'os pouvaient rendre tangible un monde qui existe en dehors de nos représentations habituelles.


Le théâtre, c'était une vocation, quelque chose d'irrépressible?


Je n'aime pas l'idée de passion ou de vocation. Bien sûr, si on n'est pas prêt à tout pour jouer, mieux vaut faire autre chose.
Mais je crois qu'il faut simplement se regarder dans la glace et se demander : " Est-ce que j'ai un don ? " " Que puis-je apporter aux autres ? "


Comment un garçon si jeune a-t-il pris l'initiative de pénétrer dans un théâtre?



Ma soeur Odile, de trois ans mon aînée, m'entraînait au spectacle. Elle était un peu mon grand frère. J'étais très introverti.
A 13 ans, je lisais Dostoïevski, j'écrivais des poèmes, que j'ai d'ailleurs fait parvenir à Roger Blin, qui leur a trouvé quelque chose de " pur ".
J'aimais la poésie, mais elle me rendait encore plus désespéré. Cette précocité dont vous parlez venait peut-être de la guerre, des atrocités que nous avions vues, enfants.


Vous aviez 5 ans en 1940. Comment avez-vous vécu la guerre?



Mon père, qui était russe, avait émigré lors de la Première Guerre mondiale. En tant que sculpteur, il voulait vivre à Paris. C'était l'endroit où tout se passait, où il pouvait fréquenter des artistes comme lui. Ma mère, elle, était de la région de Toulouse, où je suis né.
Quand la guerre est arrivée, ils ne savaient pas trop quoi faire de nous, mes frères et soeurs et moi. L'hiver 1941, passé à Paris, fut très froid, et la pénurie alimentaire, totale.

J'ai encore le souvenir d'images traumatisantes, de détresses, de bombardements près de la gare de Vaugirard. Les gens m'amusent quand ils disent qu'ils ne pouvaient pas savoir.
De la fenêtre de mon appartement, une nuit, j'ai vu emmener des juifs. Mes parents nous avaient raconté qu'on séparait les adultes des enfants. Je faisais des cauchemars des nuits entières.

En même temps, on voyait les Allemands à l'exercice, ou revenant du bain de la rue Blomet. Ils marchaient au pas de l'oie en chantant. Pour nous, enfants, c'étaient de beaux soldats, surtout en comparaison de nos troufions !



Comment s'est organisée votre vie par la suite?


Nous vivions à sept dans l'atelier de mon père, sans séparation entre les uns et les autres. De là est venue mon impossibilité de vivre avec quiconque. J'ai des souvenirs d'odeurs de glaise, de plâtre, de poussière, de coups du marteau, aussi.

Je m'y étais d'ailleurs essayé et j'étais assez doué pour ça ; mais, comme le dit Hegel, il vaut mieux choisir un métier opposé à celui de ses parents. Car ma mère était également céramiste.

Et ma jeune soeur Brigitte est devenue sculpteur. Elle a d'ailleurs reçu le prix Bourdelle. Naître dans une famille d'artistes a été déterminant pour ma formation, mais un peu compliqué pour résoudre mon oedipe.



Vous admirez particulièrement les plasticiens...


Personne n'est plus mystérieux qu'un peintre. Eux-mêmes ne savent pas ce qu'ils font, comme s'ils étaient détenteurs d'un don qui les dépasse. Ils vivent dans un monde de couleurs, de formes, de précarité aussi.

André Masson, que j'ai rencontré lorsqu'il faisait les décors de Tête d'or, de Claudel, était avenant, ouvert, mais très secret. Une porte était fermée.




Christian Ganet



Terzieff est-il votre nom véritable?


Bien sûr ! Dans la presse, on indique souvent qu'il s'agit d'un pseudonyme et on m'attribue le patronyme de Tchermezine. C'est totalement erroné. En fait, Tchermezine était le nom de famille de Ludmila Tcherina.
Un jour, un journaliste s'est trompé. Je m'en foutais, mais mon père en a été très affecté. Ses amis lui reprochaient de leur avoir menti. J'ai donc demandé un rectificatif, qui n'est jamais paru. Seule ma mère a été assez opiniâtre pour que le Who's Who ne propage pas l'erreur.


En 1961, pour vos débuts de metteur en scène et l'inauguration de votre compagnie, créée avec Pascale de Boysson, vous choisissez La Pensée, de Leonid Andreïev. Pourquoi ce texte si noir?



C'est un théâtre poétique et j'aime les poètes. J'en ai une image solitaire, très proche de l'univers du peintre Caspar David Friedrich. Pour moi, tout ce que nous vivons n'est qu'une partie de la réalité. L'essentiel nous est caché, ou encore caché, selon que l'on croit ou non à un au-delà de la vie.


[center]
Caspar David Friedrich Moonrise over the Sea, 1822


Par l'intuition poétique, il peut nous être révélé. Pour moi, le théâtre doit être un miroir de la réalité. Il doit refléter les deux éléments fondateurs de l'existence : le monde intérieur et le monde extérieur ; le réel, l'irréel ; le conscient, l'inconscient. Il y a des gens qui ne veulent pas refléter, mais inventer une nouvelle réalité. Cela peut-être intéressant si on est Grotowski ou Kantor. Sinon, il vaut mieux s'abstenir.



En 1960, alors que le film de Marcel Carné Les Tricheurs a fait de vous une vedette, vous signez la déclaration sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie. Pourquoi ce geste?


J'ai fait une partie de mon service militaire en 1956. Mes meilleurs amis, comme Kateb Yacine, étaient algériens. J'ai cessé de me nourrir - chose facile pour moi, je suis plutôt anorexique - afin d'être renvoyé chez moi, ce qui s'est passé.

Plus tard, j'ai été rappelé. C'était les débuts de l'OAS. Je venais de faire Tu ne tueras point, d'Autant-Lara, présenté au Festival de Venise. Je ne me voyais pas à la corvée de bois dans le bled. On m'a mis au bloc psychiatrique, puis on m'a renvoyé de nouveau.
A l'époque, il ne se passait rien, on s'enlisait dans la guerre. J'ai signé le manifeste des 121 parce que c'était un acte illégal et que seule l'illégalité pouvait faire bouger les choses.


Etiez-vous nombreux parmi les comédiens à avoir signé?

Pas chez les plus connus. Il faut savoir qu'un acteur ne pouvait pas être engagé dans une entreprise dépendant des fonds publics. Pour Alain Cuny et pour Roger Blin, qui faisaient beaucoup de radio, la situation était difficile.

Quant à moi, les producteurs me disaient : " Désolé, mais on me déconseille de vous prendre. " En fait, à ce moment, je commençais à travailler en Italie. Je venais de tourner avec Bolognini dans Les Garçons et j'entamais le tournage de Vanina Vanini, de Rossellini. Je n'ai donc pas souffert de cette mesure.


En 1969, vous tournez dans Médée, de Pasolini, et dans Ostia, de Sergio Citti, sur un scénario de Pasolini. Une aventure qui se révéla troublante.


Je ne l'ai compris que plus tard. Ostia racontait l'histoire de deux frères. Celui que je jouais se faisait assassiner à coups de barre de fer, sur la plage d'Ostie. Des années après, j'ai su que Pasolini était mort non seulement de la même manière et sur la même plage, mais encore au même endroit. Il avait écrit sa propre fin.


Vous avez fait connaître en France le théâtre anglo-saxon et américain : Murray Schisgal, Edward Albee, T. S. Eliot... Qu'est-ce qui vous attirait chez ces auteurs?


Leur travail s'apparentait à ce que Beckett, Ionesco et d'autres avaient fait dans les années 1950 et dont la veine s'était sclérosée dans une métaphysique quelque peu desséchante.
Ce théâtre, celui de James Saunders en particulier, me correspondait, car il tenait compte de l'homme jeté dans le monde et qui se bat avec la vie. Je ne pense pas que le monde soit absurde. Ce serait trop simple.


C'est ainsi que vous avez laissé de côté les classiques ?


Je n'ai jamais été très inspiré par la dialectique brechtienne ni par la relecture des classiques. C'est du travail référentiel. Je préfère expérimenter le goût de l'époque, cette intersubjectivité si importante pour le théâtre, art collectivement vécu.


En abordant Meurtre dans la cathédrale, de T. S. Eliot, vous avez frôlé l'esprit de la tragédie grecque. Vous l'affrontez pour la première fois avec Philoctète. Comment les choses se sont-elles faites?


Jean-Pierre Siméon m'a envoyé le texte il y a deux ans.
" J'ai pensé à toi en l'écrivant ", m'a-t-il dit. Il se trouve que j'avais un grand désir d'aborder la tragédie, notamment après la lecture d'Oedipus Rex, dans le spectacle de Bob Wilson.
La tragédie grecque, c'est le mal injustifié, qui s'évanouit devant tout examen raisonnable. La culpabilité sans crime - celle d'?dipe, bien sûr - nous renvoie à la culpabilité divine. Voyez la mort de John Fitzgerald Kennedy. Un seul mot court : " C'est une tragédie. " Et, pour le confirmer, son assassin est à son tour assassiné.



Qu'est-ce qui vous touche le plus dans la tragédie ?


La tragédie grecque naît cinq siècles avant Jésus-Christ, à l'époque où Athènes fleurit, où elle invente la démocratie. Ce qui m'intéresse, c'est la vision nouvelle qu'elle porte en elle : celle de l'homme responsable de ses actes. J'y retrouve ce qui me préoccupe au théâtre.



Qui est Philoctète ?

Son identité, c'est le malheur. C'est un athlète de la plainte. "Allons, pitié, c'est un sort monstrueux qui m'a rendu monstrueux", dit-il.
Et plus loin : " Les méchants s'en tirent toujours. On dirait que les dieux les protègent. " Comment respecter des dieux complices des hommes ?


Si l'on devait enclore votre vie en un mot, ce serait le mot "poésie". N'est-ce pas là votre grand amour ?


La poésie, ce n'est pas un supplément d'âme ou quelque chose pour faire joli. La poésie fait parole de ce qui ne l'était pas et le devient, de ce qui sans elle ne saurait être dit.

Elle nous relie à tous et à tout, elle nous réconcilie avec toutes choses, y compris nos rêves du jour et de la nuit. J'aime cette phrase de René Char : " Les poètes savent faire surgir les mots qui savent de nous ce que nous ignorons d'eux. "



Philoctète. L'Odéon, Théâtre de l'Europe, Paris (VIe). Du 24 septembre au 18 octobre.

http://www.lexpress.fr/culture/scene/theatre/laurent-terzieff-le-theatre-reflete-ce-qui-nous-est-cache_788249.html?p=2


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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Jeu 24 Sep - 23:18

INTERVIEW




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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Ven 25 Sep - 0:43

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DISCOURS DE REMERCIEMENT POUR LE MOLIÈRE DU MEILLEUR METTEUR EN SCÈNE 02/05/1988




http://www.ina.fr/art-et-culture/arts-du-spectacle/video/I00009219/laurent-terzieff-discours-de-remerciement-pour-le-moliere-du-meilleur-metteur-en-scene.fr.html


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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Ven 9 Oct - 2:44

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Laurent Terzieff, bouleversant Philoctète
Etoile Etoile Etoile






Laurent Terzieff, une présence magnétique et une voix extraordinaire. Crédits photo : AFP



Cinquante ans après avoir participé à la réouverture de l'Odéon avec Barrault, le comédien donne une humanité tragique au héros de Sophocle.

C'est d'abord «un souffle au loin, un râle, une voix rauque chargée de plaintes». Le grand rideau rigide qui ferme le plateau se soulève un peu.

Sous ce rideau de fer immense, paroi lisse et brillante de dalles dorées qui se moirent sous la lumière - la représentation se donne presque tout le temps pleins feux dans la salle- surgit le pauvre Philoctète.


Maigre et hâve, flottant dans son vêtement en lambeaux, pied gauche dans un linge ensanglanté, incrédule devant le groupe des jeunes gens…

Ainsi Laurent Terzieff pénètre-t-il dans l'espace de jeu, là-même où, en 1959, il avait été Cébès dans Tête d'Or de Claudel. C'était l'ère Barrault qui débutait à l'Odéon-Théâtre de France. Soirée de gala entrée dans les annales avec le Général de Gaulle et André Malraux au cœur d'une foule en robe longue et smokings…






En cet été indien, c'est plutôt en jean et tee-shirt que l'on assiste à cette création, ouverture de la saison de l'institution que dirige Olivier Py.

Public très jeune qui ne connaît pas le grand Terzieff, le héros des Tricheurs de Carné, le jeune premier qui a tourné avec Autant-Lara, Clouzot, puis Pasolini, Bunuel, Garrel, Godard, Berri, Thomas, Benchetrit, mais qui a consacré sa vie au théâtre et à la défense des grands auteurs….


Public plus âgé qui a suivi cette carrière d'engagement et admire cet interprète unique, présence magnétique, beauté sidérante, charme slave, voix extraordinaire.

Philoctète est une figure particulière de la légende de la guerre de Troie. Il est celui qui a hérité l'arc d'Héraclès ce qui l'a rendu invincible. Blessé par une de ses flèches, son pied est gagné par la gangrène et dégage une puanteur épouvantable.

Ulysse s'en débarrasse, l'abandonnant sur l'île déserte de Lemnos, en mer Égée. Le temps passe. Un oracle ayant prédit que Troie ne tomberait pas sans les flèches de l'archer légendaire, le roi d'Ithaque organise une expédition pour récupérer l'objet… il se cache et envoie Néoptolème, le fils d'Achille, s'emparer de l'arme magique en mentant.

De cet épisode, Sophocle a fait, sur le tard de sa vie, en 409 avant notre ère - il a 90 dix ans- une tragédie magnifique, lyrique, puissante, parfois critiquée par quelques doctes. Mais quelle puissance et quelle simplicité…


Une superbe scénographie





C'est cette histoire grande, belle, très humaine que reprend aujourd'hui Christian Schiaretti, directeur du Théâtre National de Villeurbanne (TNP), dans une version nouvelle signée Jean-Pierre Siméon, fondateur du Printemps des poètes, écrivain prolifique.

Sa version n'est ni traduction ni adaptation. Mais variation.

Pour l'essentiel, c'est bien Sophocle que l'on retrouve dans une langue personnelle, aux pulsations moins violentes que l'original grec.

Dans la superbe scénographie de Fanny Gamet, Schiaretti donne une rigueur profonde au poème dramatique porté par des comédiens excellents.

Jeune classe, Olivier Borle, Damien Gouy, Clément Morinière, Julien Tiphaine, chœur ardent ; Tiphaine est également l'impressionnant Héraclès ; vérité de Christian Ruché, le marchand ; force rayonnante et douceur d'enfant de David Mambouch ; interprète ultra sensible dans une intelligence du rôle d'Ulysse magnifique, Johan Leysen.

Enfin Terzieff, douloureux, inquiet, rétif, abandonné, souffrant… immense. L'écoute dans la salle est dense, les applaudissements à la fin, fracassants. La poésie éclaire notre monde…

Théâtre de l'Odéon, du mar au sam à 20heures, dim à 15heures. Jusqu'au 18 octobre. Tél. : 01 44 85 40 40. Texte publié aux Solitaires Intempestifs (10€). Reprise au TNP du 18 novembre au 23 décembre.

Puis longue tournée en France et en Suisse.!!!!!!!!

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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Sam 14 Nov - 16:24

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Terzieff, héros blessé et solitaire


Le Théâtre de l’Odéon ouvre sa saison sur une pièce rarement montée, une tragédie antique de Sophocle revue par le poète Jean-Pierre Siméon.







Philoctète est seul, trahi et abandonné par Ulysse et ses compagnons de route sur l’île déserte de Lemnos car ceux-ci ne supportaient plus les cris et les gémissements de ce pauvre vieillard qui porte une blessure incurable et puante au pied.

Philoctète est délaissé par les hommes et par les Dieux « qui sont les complices du mal ». Déçu du genre humain, il déclame : « mon âme saigne plus encore que mon corps ».

Le grand plateau de l’Odéon représente sa grotte profonde et sombre, inatteignable, que l’on entrevoit uniquement lorsque le lourd rideau de fer se lève légèrement et dont nous resterons au seuil.


C’est de cet espace non visible, clos, une sorte d’antichambre où Philoctète attend la mort comme une délivrance, que Laurent Terzieff paraît.

Sa voix douce et plaintive, son élocution si personnelle nous envoutent.

On aperçoit son visage maigre, sa ligne émaciée telle une sculpture de Giacometti. Il est ce guerrier fatigué, esseulé.
Le personnage est pathétique et l’acteur le magnifie par la maîtrise d’un jeu intense, douloureux, contrasté (il est même drôle parfois dans son désespoir).

La pièce se jouera donc en grande partie sur l’avant-scène. Les acteurs entrent par la salle et se posent devant la scène, à proximité des premiers rangs.

L’enjeu de la tragédie est la confrontation entre Philoctète et Néoptolème qui, sous les ordres d’Ulysse, doit se procurer son arc magique et ses flèches dont dépendent la prise de Troie et la victoire des Achéens. Il doit gagner la confiance du vieux guerrier au moyen de la ruse, du mensonge.

Le jeune acteur David Membouch au physique solaire a la vaillance pour interpréter ce jeune homme assuré et combatif. Il se révèle touchant dans son déchirement entre la mauvaise conduite à adopter et son aspiration à l’honneur.

Jean-Pierre Siméon compose une « variation » de la pièce antique de Sophocle qu’il réécrit avec fidélité et lui confère une puissance poétique évocatrice. Il met en lumière des problématiques contemporaines comme la place de la morale dans le parcours d’un héros, la quête d’une place, d’une patrie au milieu des hommes corrompus…


Après sa mise en scène épique et démesurée de Coriolan de Shakespeare qui fut un succès public et critique, Christian Schiaretti, revient à une forme théâtrale totalement épurée et intemporelle. Le dépouillement de la scénographie (belle et lumineuse signée Fanny Gamet) et la réduction de l’espace scénique permettent un travail précis et rigoureux.

L’uniformité des costumes, les accessoires militaires réduits à l’essentiel, rien n’encombre l’intelligibilité du texte.

Cette mise en scène est sûrement trop froide, rigide mais l’interprétation immense de Laurent Terzieff, bouleversant d’humanité, est une leçon de théâtre, un moment unique et sublime.


http://www.laboiteasorties.com/2009/10/terzieff-heros-blesse-et-solitaire/

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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Lun 26 Avr - 13:12





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Laurent Terzieff, une légende vivante du théâtre français






La 24e édition des Molières a sacré la plus grande figure du théâtre français : Laurent Terzieff.

Auréolé du Molière du meilleur comédien pour ses deux rôles dans L'Habilleur dans le théâtre privé et Philoctète pour le secteur subventionné, Laurent Terzieff a suscité émotion et consensus lors de son discours de remerciement.

"Pour le peu d'avenir que me réserve mon futur, ce Molière est un merveilleux encouragement", a-t-il lancé en recevant son Molière. "J'ai toujours oeuvré pour une mixité entre un certain théâtre privé et l'aide publique dont je dispose", a-t-il déclaré, en soulignant : "Le théâtre ne se laisse pas enfermer dans des clivages et des étiquettes."

Cette légende vivante du théâtre avait fait son retour, en octobre dernier, à l'Odéon, à Paris, en solitaire sublime dans la peau de Philoctète , une création du TNP-Villeurbanne mise en scène par Christian Schiaretti.

Il jouait ce guerrier devenu infirme, abandonné depuis dix ans par les Grecs sur un rocher insulaire, où il rumine, non sans charisme, son ressentiment. Son visage devenu émacié et creusé, son corps malingre a participé à faire de l'acteur de 74 ans un Philoctète exceptionnel.