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 LAURENT TERZIEFF

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Bridget



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MessageSujet: LAURENT TERZIEFF   Jeu 24 Sep - 21:39





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LAURENT TERZIEFF , GEANT DISCRET DU THEATRE









Fils d'une plasticienne et d'un sculpteur russe, ayant émigré en France pendant la Première Guerre mondiale, le jeune Laurent Terzieff, à neuf ans en 1944, est marqué par le spectacle des bombardements.



Adolescent passionné par la philosophie et la poésie, il assiste, fasciné, à la représentation de la Sonate des spectres de Strindberg, dirigée par Roger Blin. Il décide ensuite de devenir acteur.



Il fait ses débuts sur scène en 1953 au Théâtre de Babylone de Jean-Marie Serreau dans Tous contre tous d'Adamov, auteur-fétiche d'un acteur qui, tout au long de sa carrière, influence écrivains de pièces de théâtre contemporains (Milosz, Schisgal).



Laurent Terzieff doit une partie de son succès à Marcel Carné, une référence en fictions télévisées, dans L'affaire Weidmann, puis dans l'un des rôles principaux de Les Tricheurs, un portrait de la jeunesse des années 60.



Sa première apparition à l'écran, en 1958, lui apporte une forte notoriété, le public l'identifiant au personnage de l'étudiant bohémien et cynique.


Il continue avec Claude Autant-Lara (trois films, dont Tu ne tueras point, portrait d'un opposant consciencieux en 1961) et Clouzot avec La Prisonnière, dans lequel il interprète un artiste manipulateur qui ne s'empêche pas de dénigrer le directeur lui-même.



Partenaire de Brigitte Bardot dans À cœur joie, ce jeune homme « superbe » au regard vert joue un hooligan dans Les Garçons de Bolognini (1959), un film écrit par Pasolini qui lui confie plus tard le rôle du Centaure dans Médée.


Sollicité par les meilleurs directeurs italiens, Terzieff incarne en 1961 un révolutionnaire dans Vanina Vanini de Rossellini et apparaît en 1976 dans le Désert des Tartares de Zurlini.



En France, Buñuel le prend sur la route de Compostelle dans la Voie lactée en 1969. Terzieff croise évidemment d'autres poètes : Garrel (quatre films dont le Revealing one, tourné en plein mai 1968), et Godard (avec Détective en 1985).


Mais depuis les années 1980, il est plus rarement sur les écrans, et plus souvent au théâtre, avec sa troupe, fondée en 1961. Il apparaît tout de même dans différents rôles, comme trotskiste dans Rouge baiser, et comme anarchiste dans Germinal en 1993.


À 70 ans, l'acteur au visage émacié n'a rien perdu de son magnétisme : comme son apparence fantôme dans Mon petit doigt m'a dit... de Pascal Thomas en 2005 le prouve.


Politiquement engagé, il signe, en 1960, « La Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la Guerre d'Algérie» et, en 2002, la pétition « Pas en notre nom » contre la Guerre d'Irak.



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Bridget



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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Jeu 24 Sep - 22:14




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Laurent Terzieff: Le théâtre reflète ce qui nous est caché






"Si le théâtre se faisait homme, écrivait le critique Pierre Marcabru, il s'appellerait Laurent Terzieff . Il en est l'esprit incarné, l'âme, ce qui est au-delà de l'apparence et de la forme."

Pourtant, attablé au café de Flore devant un verre de chablis, le comédien est bel et bien là, en chair et plus encore en os, tout au plaisir de la note acidulée du vin frais.

Puis, baissant sa belle tête sculptée, il regarde en lui-même afin de répondre au plus juste. Flottant dans sa chemise blanche et dans l'air lourd d'un mois de juillet à Paris, il évoque ses convictions, sa vie, son prochain rôle (à partir du 24 septembre).

Celui de Philoctète, personnage souffrant de Sophocle, retracé à l'attention du siècle sous la plume du poète Jean-Pierre Siméon et mis en scène par Christian Schiaretti à l'Odéon.

Rencontrer Laurent Terzieff est une expérience forte, et l'on entend battre son coeur blessé derrière la peau si fine
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Laurent terzieff dans le rôle-titre de Philoctète, d'après Sophocle, à l'Odéon, à Paris, dans une mise en scène de Christian Schiaretti.







Cinquante ans après Tête d'or, de Paul Claudel, vous retrouvez le théâtre de l'Odéon, dans la peau du vieux Philoctète imaginé par Sophocle. Une boucle est bouclée. Qu'attendiez-vous de la vie à 17 ans?



Un dépassement de moi-même, y compris par l'amour. Une vie abondante. D'autant plus douloureuse, d'ailleurs, qu'elle serait abondante. Une expérimentation la plus riche possible de ce que la vie peut offrir.
Vivre, c'est repousser sans cesse ses limites vers un avenir qui est le sien et qui mourra avec soi. Vivre, c'est choisir dans l'ignorance. On est tout simplement ce que l'on fait.


Votre rencontre avec le théâtre a tout d'une scène primitive: un soir d'automne de 1949, un adolescent - vous, en l'occurrence - entre dans la salle de la Gaîté-Montparnasse, où Roger Blin présente La Sonate des spectres, de Strindberg, et connaît d'emblée son destin.
Est-ce ainsi que les choses se sont passées?



Oh ! cela n'a pas été une révélation claudélienne ! Je n'aime pas que l'on mélange les genres.
Mais c'est là que j'ai perçu quelque chose de la face invisible du monde et de sa rencontre avec sa face visible.
Tout à coup, je réalisai que les acteurs de chair et d'os pouvaient rendre tangible un monde qui existe en dehors de nos représentations habituelles.


Le théâtre, c'était une vocation, quelque chose d'irrépressible?


Je n'aime pas l'idée de passion ou de vocation. Bien sûr, si on n'est pas prêt à tout pour jouer, mieux vaut faire autre chose.
Mais je crois qu'il faut simplement se regarder dans la glace et se demander : " Est-ce que j'ai un don ? " " Que puis-je apporter aux autres ? "


Comment un garçon si jeune a-t-il pris l'initiative de pénétrer dans un théâtre?



Ma soeur Odile, de trois ans mon aînée, m'entraînait au spectacle. Elle était un peu mon grand frère. J'étais très introverti.
A 13 ans, je lisais Dostoïevski, j'écrivais des poèmes, que j'ai d'ailleurs fait parvenir à Roger Blin, qui leur a trouvé quelque chose de " pur ".
J'aimais la poésie, mais elle me rendait encore plus désespéré. Cette précocité dont vous parlez venait peut-être de la guerre, des atrocités que nous avions vues, enfants.


Vous aviez 5 ans en 1940. Comment avez-vous vécu la guerre?



Mon père, qui était russe, avait émigré lors de la Première Guerre mondiale. En tant que sculpteur, il voulait vivre à Paris. C'était l'endroit où tout se passait, où il pouvait fréquenter des artistes comme lui. Ma mère, elle, était de la région de Toulouse, où je suis né.
Quand la guerre est arrivée, ils ne savaient pas trop quoi faire de nous, mes frères et soeurs et moi. L'hiver 1941, passé à Paris, fut très froid, et la pénurie alimentaire, totale.

J'ai encore le souvenir d'images traumatisantes, de détresses, de bombardements près de la gare de Vaugirard. Les gens m'amusent quand ils disent qu'ils ne pouvaient pas savoir.
De la fenêtre de mon appartement, une nuit, j'ai vu emmener des juifs. Mes parents nous avaient raconté qu'on séparait les adultes des enfants. Je faisais des cauchemars des nuits entières.

En même temps, on voyait les Allemands à l'exercice, ou revenant du bain de la rue Blomet. Ils marchaient au pas de l'oie en chantant. Pour nous, enfants, c'étaient de beaux soldats, surtout en comparaison de nos troufions !



Comment s'est organisée votre vie par la suite?


Nous vivions à sept dans l'atelier de mon père, sans séparation entre les uns et les autres. De là est venue mon impossibilité de vivre avec quiconque. J'ai des souvenirs d'odeurs de glaise, de plâtre, de poussière, de coups du marteau, aussi.

Je m'y étais d'ailleurs essayé et j'étais assez doué pour ça ; mais, comme le dit Hegel, il vaut mieux choisir un métier opposé à celui de ses parents. Car ma mère était également céramiste.

Et ma jeune soeur Brigitte est devenue sculpteur. Elle a d'ailleurs reçu le prix Bourdelle. Naître dans une famille d'artistes a été déterminant pour ma formation, mais un peu compliqué pour résoudre mon oedipe.



Vous admirez particulièrement les plasticiens...


Personne n'est plus mystérieux qu'un peintre. Eux-mêmes ne savent pas ce qu'ils font, comme s'ils étaient détenteurs d'un don qui les dépasse. Ils vivent dans un monde de couleurs, de formes, de précarité aussi.

André Masson, que j'ai rencontré lorsqu'il faisait les décors de Tête d'or, de Claudel, était avenant, ouvert, mais très secret. Une porte était fermée.




Christian Ganet



Terzieff est-il votre nom véritable?


Bien sûr ! Dans la presse, on indique souvent qu'il s'agit d'un pseudonyme et on m'attribue le patronyme de Tchermezine. C'est totalement erroné. En fait, Tchermezine était le nom de famille de Ludmila Tcherina.
Un jour, un journaliste s'est trompé. Je m'en foutais, mais mon père en a été très affecté. Ses amis lui reprochaient de leur avoir menti. J'ai donc demandé un rectificatif, qui n'est jamais paru. Seule ma mère a été assez opiniâtre pour que le Who's Who ne propage pas l'erreur.


En 1961, pour vos débuts de metteur en scène et l'inauguration de votre compagnie, créée avec Pascale de Boysson, vous choisissez La Pensée, de Leonid Andreïev. Pourquoi ce texte si noir?



C'est un théâtre poétique et j'aime les poètes. J'en ai une image solitaire, très proche de l'univers du peintre Caspar David Friedrich. Pour moi, tout ce que nous vivons n'est qu'une partie de la réalité. L'essentiel nous est caché, ou encore caché, selon que l'on croit ou non à un au-delà de la vie.


[center]
Caspar David Friedrich Moonrise over the Sea, 1822


Par l'intuition poétique, il peut nous être révélé. Pour moi, le théâtre doit être un miroir de la réalité. Il doit refléter les deux éléments fondateurs de l'existence : le monde intérieur et le monde extérieur ; le réel, l'irréel ; le conscient, l'inconscient. Il y a des gens qui ne veulent pas refléter, mais inventer une nouvelle réalité. Cela peut-être intéressant si on est Grotowski ou Kantor. Sinon, il vaut mieux s'abstenir.



En 1960, alors que le film de Marcel Carné Les Tricheurs a fait de vous une vedette, vous signez la déclaration sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie. Pourquoi ce geste?


J'ai fait une partie de mon service militaire en 1956. Mes meilleurs amis, comme Kateb Yacine, étaient algériens. J'ai cessé de me nourrir - chose facile pour moi, je suis plutôt anorexique - afin d'être renvoyé chez moi, ce qui s'est passé.

Plus tard, j'ai été rappelé. C'était les débuts de l'OAS. Je venais de faire Tu ne tueras point, d'Autant-Lara, présenté au Festival de Venise. Je ne me voyais pas à la corvée de bois dans le bled. On m'a mis au bloc psychiatrique, puis on m'a renvoyé de nouveau.
A l'époque, il ne se passait rien, on s'enlisait dans la guerre. J'ai signé le manifeste des 121 parce que c'était un acte illégal et que seule l'illégalité pouvait faire bouger les choses.


Etiez-vous nombreux parmi les comédiens à avoir signé?

Pas chez les plus connus. Il faut savoir qu'un acteur ne pouvait pas être engagé dans une entreprise dépendant des fonds publics. Pour Alain Cuny et pour Roger Blin, qui faisaient beaucoup de radio, la situation était difficile.

Quant à moi, les producteurs me disaient : " Désolé, mais on me déconseille de vous prendre. " En fait, à ce moment, je commençais à travailler en Italie. Je venais de tourner avec Bolognini dans Les Garçons et j'entamais le tournage de Vanina Vanini, de Rossellini. Je n'ai donc pas souffert de cette mesure.


En 1969, vous tournez dans Médée, de Pasolini, et dans Ostia, de Sergio Citti, sur un scénario de Pasolini. Une aventure qui se révéla troublante.


Je ne l'ai compris que plus tard. Ostia racontait l'histoire de deux frères. Celui que je jouais se faisait assassiner à coups de barre de fer, sur la plage d'Ostie. Des années après, j'ai su que Pasolini était mort non seulement de la même manière et sur la même plage, mais encore au même endroit. Il avait écrit sa propre fin.


Vous avez fait connaître en France le théâtre anglo-saxon et américain : Murray Schisgal, Edward Albee, T. S. Eliot... Qu'est-ce qui vous attirait chez ces auteurs?


Leur travail s'apparentait à ce que Beckett, Ionesco et d'autres avaient fait dans les années 1950 et dont la veine s'était sclérosée dans une métaphysique quelque peu desséchante.
Ce théâtre, celui de James Saunders en particulier, me correspondait, car il tenait compte de l'homme jeté dans le monde et qui se bat avec la vie. Je ne pense pas que le monde soit absurde. Ce serait trop simple.


C'est ainsi que vous avez laissé de côté les classiques ?


Je n'ai jamais été très inspiré par la dialectique brechtienne ni par la relecture des classiques. C'est du travail référentiel. Je préfère expérimenter le goût de l'époque, cette intersubjectivité si importante pour le théâtre, art collectivement vécu.


En abordant Meurtre dans la cathédrale, de T. S. Eliot, vous avez frôlé l'esprit de la tragédie grecque. Vous l'affrontez pour la première fois avec Philoctète. Comment les choses se sont-elles faites?


Jean-Pierre Siméon m'a envoyé le texte il y a deux ans.
" J'ai pensé à toi en l'écrivant ", m'a-t-il dit. Il se trouve que j'avais un grand désir d'aborder la tragédie, notamment après la lecture d'Oedipus Rex, dans le spectacle de Bob Wilson.
La tragédie grecque, c'est le mal injustifié, qui s'évanouit devant tout examen raisonnable. La culpabilité sans crime - celle d'?dipe, bien sûr - nous renvoie à la culpabilité divine. Voyez la mort de John Fitzgerald Kennedy. Un seul mot court : " C'est une tragédie. " Et, pour le confirmer, son assassin est à son tour assassiné.



Qu'est-ce qui vous touche le plus dans la tragédie ?


La tragédie grecque naît cinq siècles avant Jésus-Christ, à l'époque où Athènes fleurit, où elle invente la démocratie. Ce qui m'intéresse, c'est la vision nouvelle qu'elle porte en elle : celle de l'homme responsable de ses actes. J'y retrouve ce qui me préoccupe au théâtre.



Qui est Philoctète ?

Son identité, c'est le malheur. C'est un athlète de la plainte. "Allons, pitié, c'est un sort monstrueux qui m'a rendu monstrueux", dit-il.
Et plus loin : " Les méchants s'en tirent toujours. On dirait que les dieux les protègent. " Comment respecter des dieux complices des hommes ?


Si l'on devait enclore votre vie en un mot, ce serait le mot "poésie". N'est-ce pas là votre grand amour ?


La poésie, ce n'est pas un supplément d'âme ou quelque chose pour faire joli. La poésie fait parole de ce qui ne l'était pas et le devient, de ce qui sans elle ne saurait être dit.

Elle nous relie à tous et à tout, elle nous réconcilie avec toutes choses, y compris nos rêves du jour et de la nuit. J'aime cette phrase de René Char : " Les poètes savent faire surgir les mots qui savent de nous ce que nous ignorons d'eux. "



Philoctète. L'Odéon, Théâtre de l'Europe, Paris (VIe). Du 24 septembre au 18 octobre.

http://www.lexpress.fr/culture/scene/theatre/laurent-terzieff-le-theatre-reflete-ce-qui-nous-est-cache_788249.html?p=2


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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Jeu 24 Sep - 23:18

INTERVIEW




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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Ven 25 Sep - 0:43

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DISCOURS DE REMERCIEMENT POUR LE MOLIÈRE DU MEILLEUR METTEUR EN SCÈNE 02/05/1988




http://www.ina.fr/art-et-culture/arts-du-spectacle/video/I00009219/laurent-terzieff-discours-de-remerciement-pour-le-moliere-du-meilleur-metteur-en-scene.fr.html


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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Ven 9 Oct - 2:44

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Laurent Terzieff, bouleversant Philoctète
Etoile Etoile Etoile






Laurent Terzieff, une présence magnétique et une voix extraordinaire. Crédits photo : AFP



Cinquante ans après avoir participé à la réouverture de l'Odéon avec Barrault, le comédien donne une humanité tragique au héros de Sophocle.

C'est d'abord «un souffle au loin, un râle, une voix rauque chargée de plaintes». Le grand rideau rigide qui ferme le plateau se soulève un peu.

Sous ce rideau de fer immense, paroi lisse et brillante de dalles dorées qui se moirent sous la lumière - la représentation se donne presque tout le temps pleins feux dans la salle- surgit le pauvre Philoctète.


Maigre et hâve, flottant dans son vêtement en lambeaux, pied gauche dans un linge ensanglanté, incrédule devant le groupe des jeunes gens…

Ainsi Laurent Terzieff pénètre-t-il dans l'espace de jeu, là-même où, en 1959, il avait été Cébès dans Tête d'Or de Claudel. C'était l'ère Barrault qui débutait à l'Odéon-Théâtre de France. Soirée de gala entrée dans les annales avec le Général de Gaulle et André Malraux au cœur d'une foule en robe longue et smokings…






En cet été indien, c'est plutôt en jean et tee-shirt que l'on assiste à cette création, ouverture de la saison de l'institution que dirige Olivier Py.

Public très jeune qui ne connaît pas le grand Terzieff, le héros des Tricheurs de Carné, le jeune premier qui a tourné avec Autant-Lara, Clouzot, puis Pasolini, Bunuel, Garrel, Godard, Berri, Thomas, Benchetrit, mais qui a consacré sa vie au théâtre et à la défense des grands auteurs….


Public plus âgé qui a suivi cette carrière d'engagement et admire cet interprète unique, présence magnétique, beauté sidérante, charme slave, voix extraordinaire.

Philoctète est une figure particulière de la légende de la guerre de Troie. Il est celui qui a hérité l'arc d'Héraclès ce qui l'a rendu invincible. Blessé par une de ses flèches, son pied est gagné par la gangrène et dégage une puanteur épouvantable.

Ulysse s'en débarrasse, l'abandonnant sur l'île déserte de Lemnos, en mer Égée. Le temps passe. Un oracle ayant prédit que Troie ne tomberait pas sans les flèches de l'archer légendaire, le roi d'Ithaque organise une expédition pour récupérer l'objet… il se cache et envoie Néoptolème, le fils d'Achille, s'emparer de l'arme magique en mentant.

De cet épisode, Sophocle a fait, sur le tard de sa vie, en 409 avant notre ère - il a 90 dix ans- une tragédie magnifique, lyrique, puissante, parfois critiquée par quelques doctes. Mais quelle puissance et quelle simplicité…


Une superbe scénographie





C'est cette histoire grande, belle, très humaine que reprend aujourd'hui Christian Schiaretti, directeur du Théâtre National de Villeurbanne (TNP), dans une version nouvelle signée Jean-Pierre Siméon, fondateur du Printemps des poètes, écrivain prolifique.

Sa version n'est ni traduction ni adaptation. Mais variation.

Pour l'essentiel, c'est bien Sophocle que l'on retrouve dans une langue personnelle, aux pulsations moins violentes que l'original grec.

Dans la superbe scénographie de Fanny Gamet, Schiaretti donne une rigueur profonde au poème dramatique porté par des comédiens excellents.

Jeune classe, Olivier Borle, Damien Gouy, Clément Morinière, Julien Tiphaine, chœur ardent ; Tiphaine est également l'impressionnant Héraclès ; vérité de Christian Ruché, le marchand ; force rayonnante et douceur d'enfant de David Mambouch ; interprète ultra sensible dans une intelligence du rôle d'Ulysse magnifique, Johan Leysen.

Enfin Terzieff, douloureux, inquiet, rétif, abandonné, souffrant… immense. L'écoute dans la salle est dense, les applaudissements à la fin, fracassants. La poésie éclaire notre monde…

Théâtre de l'Odéon, du mar au sam à 20heures, dim à 15heures. Jusqu'au 18 octobre. Tél. : 01 44 85 40 40. Texte publié aux Solitaires Intempestifs (10€). Reprise au TNP du 18 novembre au 23 décembre.

Puis longue tournée en France et en Suisse.!!!!!!!!

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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Sam 14 Nov - 16:24

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Terzieff, héros blessé et solitaire


Le Théâtre de l’Odéon ouvre sa saison sur une pièce rarement montée, une tragédie antique de Sophocle revue par le poète Jean-Pierre Siméon.







Philoctète est seul, trahi et abandonné par Ulysse et ses compagnons de route sur l’île déserte de Lemnos car ceux-ci ne supportaient plus les cris et les gémissements de ce pauvre vieillard qui porte une blessure incurable et puante au pied.

Philoctète est délaissé par les hommes et par les Dieux « qui sont les complices du mal ». Déçu du genre humain, il déclame : « mon âme saigne plus encore que mon corps ».

Le grand plateau de l’Odéon représente sa grotte profonde et sombre, inatteignable, que l’on entrevoit uniquement lorsque le lourd rideau de fer se lève légèrement et dont nous resterons au seuil.


C’est de cet espace non visible, clos, une sorte d’antichambre où Philoctète attend la mort comme une délivrance, que Laurent Terzieff paraît.

Sa voix douce et plaintive, son élocution si personnelle nous envoutent.

On aperçoit son visage maigre, sa ligne émaciée telle une sculpture de Giacometti. Il est ce guerrier fatigué, esseulé.
Le personnage est pathétique et l’acteur le magnifie par la maîtrise d’un jeu intense, douloureux, contrasté (il est même drôle parfois dans son désespoir).

La pièce se jouera donc en grande partie sur l’avant-scène. Les acteurs entrent par la salle et se posent devant la scène, à proximité des premiers rangs.

L’enjeu de la tragédie est la confrontation entre Philoctète et Néoptolème qui, sous les ordres d’Ulysse, doit se procurer son arc magique et ses flèches dont dépendent la prise de Troie et la victoire des Achéens. Il doit gagner la confiance du vieux guerrier au moyen de la ruse, du mensonge.

Le jeune acteur David Membouch au physique solaire a la vaillance pour interpréter ce jeune homme assuré et combatif. Il se révèle touchant dans son déchirement entre la mauvaise conduite à adopter et son aspiration à l’honneur.

Jean-Pierre Siméon compose une « variation » de la pièce antique de Sophocle qu’il réécrit avec fidélité et lui confère une puissance poétique évocatrice. Il met en lumière des problématiques contemporaines comme la place de la morale dans le parcours d’un héros, la quête d’une place, d’une patrie au milieu des hommes corrompus…


Après sa mise en scène épique et démesurée de Coriolan de Shakespeare qui fut un succès public et critique, Christian Schiaretti, revient à une forme théâtrale totalement épurée et intemporelle. Le dépouillement de la scénographie (belle et lumineuse signée Fanny Gamet) et la réduction de l’espace scénique permettent un travail précis et rigoureux.

L’uniformité des costumes, les accessoires militaires réduits à l’essentiel, rien n’encombre l’intelligibilité du texte.

Cette mise en scène est sûrement trop froide, rigide mais l’interprétation immense de Laurent Terzieff, bouleversant d’humanité, est une leçon de théâtre, un moment unique et sublime.


http://www.laboiteasorties.com/2009/10/terzieff-heros-blesse-et-solitaire/

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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Lun 26 Avr - 13:12





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Laurent Terzieff, une légende vivante du théâtre français






La 24e édition des Molières a sacré la plus grande figure du théâtre français : Laurent Terzieff.

Auréolé du Molière du meilleur comédien pour ses deux rôles dans L'Habilleur dans le théâtre privé et Philoctète pour le secteur subventionné, Laurent Terzieff a suscité émotion et consensus lors de son discours de remerciement.

"Pour le peu d'avenir que me réserve mon futur, ce Molière est un merveilleux encouragement", a-t-il lancé en recevant son Molière. "J'ai toujours oeuvré pour une mixité entre un certain théâtre privé et l'aide publique dont je dispose", a-t-il déclaré, en soulignant : "Le théâtre ne se laisse pas enfermer dans des clivages et des étiquettes."

Cette légende vivante du théâtre avait fait son retour, en octobre dernier, à l'Odéon, à Paris, en solitaire sublime dans la peau de Philoctète , une création du TNP-Villeurbanne mise en scène par Christian Schiaretti.

Il jouait ce guerrier devenu infirme, abandonné depuis dix ans par les Grecs sur un rocher insulaire, où il rumine, non sans charisme, son ressentiment. Son visage devenu émacié et creusé, son corps malingre a participé à faire de l'acteur de 74 ans un Philoctète exceptionnel.




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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Sam 3 Juil - 13:16


Disparition d'un grand homme de théâtre : Laurent Terzieff est décédé Vendredi soir 2 Juillet 2010.



PARIS — L'acteur et metteur en scène Laurent Terzieff, disparu vendredi soir à l'âge de 75 ans, a été "une grande lumière qui a traversé le théâtre" a déclaré samedi à l'AFP le comédien Fabrice Luchini, saluant une personnalité qui "a toujours placé l'art avant le vedettariat".

"Laurent Terzieff a été une grande lumière qui a traversé le théâtre. C'était un frère, un pèlerin du théâtre. Il a cultivé comme personne le théâtre de fraternité", a déclaré Fabrice Luchini, qui partageait avec Laurent Terzieff l'affiche de la pièce "Molly" de Brian Friel en 2005 au théâtre de la Gaîté-Montparnasse.

"Il aurait pu être une star. Il a préféré la découverte d'auteurs", a poursuivi le comédien.

"Il était d'une beauté absolue, d'un charme irrésistible. C'était un mystique absolu et passionné, un grand chrétien qui donnait confiance dans les êtres", a encore dit Fabrice Luchini.

"Il vous aidait à donner le meilleur de vous-même. Laurent Terzieff, c'est une mythologie, au destin fascinant et christique. Il n'aimerait pas que l'on parle de lui comme cela, mais il était tout ça. Il a toujours placé l'art avant le vedettariat", a-t-il conclu.



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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Sam 3 Juil - 13:42



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LAURENT TERZIEFF Eloge du Théâtre

Bouillon de culture - 03/02/1995 - 03min18s



LAURENT TERZIEFF à la demande de BERNARD PIVOT fait l'éloge du théâtre, en parlant beaucoup du public, responsable de la signification qu'il va donner à la pièce.

Le théâtre est un lieu où se rencontrent le monde visible et le monde invisible, façon de guérir son introversion mais aussi miroir que l'on tend aux hommes par l'expérience du langage.




http://www.ina.fr/art-et-culture/arts-du-spectacle/video/I00009309/laurent-terzieff-eloge-du-theatre.fr.html


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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Sam 3 Juil - 22:41

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663410 Adieu Poète! 663410


Laurent Terzieff est mort, hier soir, à l’âge de 75 ans.
Il a rejoint Pascale de Boysson, sa femme très aimée, compagne d’aventures théâtrales qui lui manquait si cruellement.

Laurent Terzieff s’en va de l’autre côté des nuages après avoir illuminé la scène une dernière fois dans le rôle de Philoctète (Sophocle) que lui avait offert Christian Schiaretti à l’Odéon et en tournée.
Lors de la dernière cérémonie des Molières, lors de laquelle il avait reçu la statuette pour ce rôle et pour celui qu’il tint et devait reprendre à la rentrée dans L’Habilleur, de Ronald Harwood, il avait prononcé quelques mots. Une déclaration très simple sur l’exigence morale et artistique qui fonde le métier de comédien.

Cette déclaration a été reçue avec gratitude et émotion par toute une jeunesse, heureuse d’entendre formuler au plus haut ce qui la fonde dans ce métier parfois ingrat des planches. Ce fut comme un message d’espoir, un baume au cœur d’artistes souvent blessés par la marchandisation dont leur art est l’objet, une dévaluation des ambitions qui rend toutes choses égales.

Terzieff portait dans sa chair les traces, les blessures, les illuminations des poètes auxquels il prêtait son souffle. Sa frêle constitution, son impossibilité à se nourrir convenablement, qui le faisait choisir le pain et le vin blanc à d’autres mets plus roboratifs, avaient accentué sa pâleur et sa transparence, faisant de lui un être à part. Il était pourtant bien de ce monde, quoique ayant fait le choix radical de la beauté dont il avait payé le prix.

Je l’avais rencontré il y a un an exactement et pour la première fois. Rencontre incandescente et consolante, rencontre d’une générosité et, plus encore, d’une « charité », au sens propre du terme, bouleversante. C’était au café de Flore, à Saint-Germain, où il avait ses habitudes. Puis, il était parti, voûté mais princier, dans un sourire tendre et douloureux. Il souriait toujours comme cela, allez-vous me dire… Certes. Mais ce sourire, c’était lui.

Sa mémoire restera vive longtemps et au-delà.

Et puis une suggestion : ce serait tellement beau si l’Etat ou la ville de Paris érigeait une statue de cet homme magnifique quelque part du côté de la rue du Dragon où il vivait depuis si longtemps…

le 3 Juillet 2010 Laurence Liban pour l'Express .








:star: POUR ECRIRE UN SEUL VERS :star:

Rainer Maria Rilke (1875-1926) – Les Cahiers de Malte Laurids Brigge (1910)


Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues,
à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher........










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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Lun 5 Juil - 13:30

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France Télévision rend hommage à Laurent Terzieff les 6 et 7 juillet







Suite au décès de Laurent Terzieff, France Télévisions bouleverse sa programmation les 6 et 7 juillet prochain afin de lui rendre hommage.

« Le théâtre n'est pas plus important que la vie vu que ma vie c'est le théâtre ».

C'est ce que déclarait Laurent Terzieff, figure majeure et grande voix du théâtre français décédé vendredi à 75 ans, sur France 3. Afin de lui rendre hommage, France Télévisions modifie ses programmes et propose mardi un film et mercredi une pièce de théâtre, pour retrouver l'acteur et le metteur en scène dans deux rôles emblématiques qui marquent le début et la fin d'une carrière exceptionnelle, longue de près d'un demi-siècle.

« Les Tricheurs », c'est le film qui a révélé Laurent Terzieff. Entre 1958 et 2011, son nom figure au générique de plus de soixante films, signés Carné, Bolognini, Rossellini, Demy, Autant-Lara, Clouzot, Bunuel,Garrel, Berri, Thomas, Benchetrit... Mais c'est sur les planches que depuis 1953,il a réalisé l'essentiel de son œuvre, en mettant son exigence et son immense talent d'acteur et de metteur en scène au service de textes puissants, souvent épuisés au répertoire contemporain, dont « L'Habilleur » de Ronald Harwood, sa dernière pièce.

« Les Tricheurs » sera diffusé sur France 3 mardi 6 juillet à 22:45.

« L'Habilleur » sera diffusé sur France 2 mercredi 7 juillet à 22:10.



De son côté France Culture diffusera le mardi 13 juillet à 20h "Philoctète", son tout dernier succès au théâtre qui avait été enregistré pour la radio et consacrera plusieurs émissions à Laurent Terzieff.

Au programme aussi, un extrait de Tête d'Or (1959) de Paul Claudel et Zoo story d'Edward Albee (1966, jamais diffusé).

Dès dimanche, dans Les Retours du dimanche à 18h10, la radio évoquera son parcours et rediffusera à 20h l'émission Affinités électives, dont Laurent Terzieff était l'invité en 2004.

Lundi à midi, une émission sera consacrée à Laurent Terzieff. Et du lundi 5 au vendredi 9 juillet à 20h30, sera rediffusée la série d'entretiens A voix nue donnés en 1997 à Bernard Bonaldi.


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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Mer 7 Juil - 12:15




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Arte rendra hommage à Laurent Terzieff le 17 juillet prochain








Le grand comédien Laurent Terzieff s'est éteint vendredi 2 juillet 2010 à l'âge de 75 ans. Arte a décidé de lui rendre hommage le 17 juillet prochain en rediffusant ( à 17h) le portrait que la chaîne culturelle lui avait consacré en 1996.

L'hommage de Arte.tv

En octobre 2000, Laurent Terzieff avait été interviewé par Jérôme de Missolz pour le documentaire Laurent Terzieff : le géant discret du théâtre (4x52 min), coproduit par PMP/Morgane dans le cadre de la collection "Mémoire Vivante" pour ARTE. Du 5 juillet au 5 août 2010, en exclusivité, sur arte.tv/terzieff, ARTE.TV vous propose de revivre la première heure de ce grand entretien.


http://www.tvmag.com/programme-tv/article/film/53917/l-hommage-d-arte-a-laurent-terzieff.html?sat=4&sac=0&saf=1&sj=00&sm=00&sa=0&sq=&page=1&vid=0


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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Jeu 8 Juil - 1:14

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Laurent Terzieff, adieu à une âme ardente












C'était un être qui savait tout de la souffrance humaine, de la grandeur des âmes, de leur complexité jusqu'aux plus déchirantes contradictions.

Il y avait en lui, par-delà l'engagement absolu pour la poésie, le théâtre, la foi d'un chrétien qui avait lu tous les grands textes. Il affrontait le doute dans de nombreux domaines, et celui de l'exercice de son art en particulier, mais il était porté par cette religion des cathédrales qui le tenait debout malgré toutes les difficultés.

On pense à Pascal et à Claudel dont il fut le magnifique interprète, mais on pense aussi à Rimbaud pour la ferveur à jamais adolescente qui palpitait aussi au cœur de l'homme mûr, usé par une relation radicale à la nourriture.

Il avait sa légende : olives, pain sec, vin rouge. Des carburants de privation, très liés au traumatisme de la mort de l'une de ses sœurs, disait-il, des carburants qui brûlent...

On cite Pascal, Claudel, Rimbaud, mais c'est bien sûr un homme venu du monde de Dostoïevski qui se tenait devant nous, dans la vie comme sur les plateaux.

Farouche d'apparence, il avait été d'une beauté renversante. Un jeune premier, cheveux noir, regard clair, allure d'athlète délié. Il était devenu si maigre qu'il ressemblait à Antonin Artaud, avalant ses propres joues.

La voix était demeurée la même. Un timbre unique, d'une harmonie fascinante, une voix prenante , grave, douce, crissante, dont il se jouait avec grâce se méfiant des enchantements : il savait que les dons ne sont rien si on ne les use pas au contact des poètes.



Laurent Terzieff était impressionnant. Mais il n'y avait en lui aucune superbe, aussi était-il accessible, ouvert aux autres.
Sa dernière apparition publique aura été pour la soirée des « molières » qui le saluent aujourd'hui par un communiqué du nouveau président de l'association, Pierre Lescure.

Il avait reçu un « molière » pour deux spectacles, deux productions, deux rôles. L'une dans le domaine du théâtre privé, chez Alain Mallet qui l'accompagna très souvent.

Le Rive-Gauche était devenu sa maison et le public en connaissait très bien le chemin : au premier soir, la grande salle était toujours comble. C'est là qu'il joua l'acteur shakespearien de L'Habilleur de Ronald Hartwood, avec Claude Aufaure, le compagnon de bien des spectacles, le merveilleux Claude Aufaure qui sait bien ce que peut-être une âme déchirée...

L'autre rôle, ce fut à la rentrée dernière, en plein été indien, à l'Odéon. Il avait, jouant Tête d'or de Claudel avec Alain Cuny, inauguré l'ère Barrault cinquante annnées auparavant.
Dans Philoctète, de Jean-Pierre Siméon, il donnait toute la mesure blessée de sa poésie personnelle, jouant avec de tout jeunes gens et un comédien de sa trempe, Johann Leysen. Il retrouvait enfin le théâtre subventionné grâce à Christian Schriaretti, directeur du TNP de Villeurbanne et à Olivier Py, directeur de l'Odéon.

Ce jour là, à la Maison des arts de Créteil, il avait pris la parole avec cette ampleur lyrique, sourdement revendicatrice, qui subjuguait les auditoires, les spectateurs, qui donnait sa plus haute importance au théâtre.







C'est bien cela qu'aura fait Laurent Terzieff toute sa vie durant : il aura donné de l'importance au théâtre dans un monde qui l'entendait ainsi, il y a encore vingt ans, dans un monde qui ne veut plus l'entendre, aujourd'hui...

Mais attention, il était le contraire de la gravité compassée. Avec lui, on riait. Il était drôle, savait être léger. Il ne se privait pas de causticité et ses flèches pouvaient être terribles.

Mais il y avait en lui la joie que donne la certitude d'avoir été, toute sa vie durant, sur la bonne voie, sur une belle voie.

Aux « molières » , il était apparu avec les deux poignets brisés par une mauvaise chute à propos de laquelle il donnait plusieurs versions...mais cela ne l'avait pas empêché de saisir la statuette du grand Molière...et de prendre la parole.

Ensuite, il s'était rendu à Berlin puis à Bruxelles, pour tourner quelques scènes dans le Largo Winch numéro 2 dans lequel joue aussi, emploi majordome, Nicolas Vaude qui l'admire profondément.
On riait beaucoup avec Terzieff. On pouvait être insolent : « Evidemment, vous faites un méchant ! Vous avez hérité des emplois de Daniel Emilfork ! » et il était d'accord. Parce qu'il savait tout. Et que Daniel Emilfork, d'ascendance russe comme lui -mais sa beauté était plus particulière....- était un acteur magnifique.



Dénutri, en grande faiblesse, il avait dû accepter d'être hospitalisé. Mais les soins n'auront pas suffi.
Transporté à La Salpêtrière depuis un établissement de région, il s'y est éteint vendredi 2 juillet à 22h30, par suites d'insuffisances respiratoires. Ses poumons avaient été mis à mal.

Il meurt de ne plus trouver le souffle, lui qui ne fut que souffle de son Dieu et des poètes.

Sa femme, Pascale de Boysson, compagne des jours et des travaux (traduire, mettre en scène, jouer, tout partager) s'était éteinte il y a quelques étés, en plein août, des suites d'un cancer. Il ne lui avait survécu que parce qu'il y avait encore de grands textes sur sa route.


Armelle Héliot le 3 juillet 2010 pour le Figaro


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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Jeu 15 Juil - 1:57



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HOMMAGE A LAURENT TERZIEFF



Texte dit par Laurent Terzieff lors de la conférence de presse du Printemps des Poètes en décembre 2001 à la Comédie Française, repris dans "Aux passeurs de poèmes", éd. Le Printemps des Poètes/ Scéren, 2008.






" Voué depuis toujours à tenter de percer le mystère de son existence, l’homme, dans l’éveil de sa conscience a inventé, peut être avant toute chose, la poésie.

Tout vrai poète est en quête de quelque chose d'innommé dont l'intelligibilité demeurera toujours problématique.

Le principe d'incertitude s'applique aussi et surtout à la poésie. Il n'y a poésie que lorsque le poète se trouve dans l'obligation d'inventer un langage pour évoquer une terre invisible dont il a la prescience et cela parce que le langage quotidien ne lui permet pas d'en trahir les secrets qu'il est allé pêcher dans les profon­deurs de sa conscience.

Pour traquer l'inconnu, le poète se doit de ruser avec lui ; il a recours à l'analogie et à la métaphore dont l'usage, selon Barthes, distinguait "l'écrivant" de l'écrivain.


"L'Alchimie du verbe" de Rimbaud, c'est peut-être aussi le détournement des mots de leur sens courant ; il faut faire dire aux mots autre chose que ce qu'ils disent d'habitude.
On peut aussi penser avec René Char, que les poètes savent "faire surgir les mots qui savent de nous ce que
nous ignorons d'eux".


Le lecteur de poésie participe à cette descente dans les eaux profondes de l'inexploré.
Quand Rimbaud dit: "ça veut dire ce que ça veut dire, littérale­ment et dans tous les sens", il veut dire que le sens d'un poème peut échapper à son auteur, que le lecteur peut y découvrir des vérités qui n'étaient pas dans les intentions du poète.

Quand le poème "donne à voir", comme le souhaitait Eluard, il détient une pluralité de sens.

Par ailleurs, Reverdy écrit que : "la poésie est exclusivement aux poètes qui écrivent pour eux seuls, et quelques hommes doués d'un sens que les autres n'ont pas".

Cette réflexion peut paraître élitaire ou relever de la misanthropie ; Brecht sûrement l'aurait combattue, mais il est vrai que l'univers du poète est profondé­ment solitaire, quand bien même Rimbaud et les surréalistes, pour ne citer qu'eux, ont voulu faire de la poésie un instrument de révolution sociale.

C'est là que la transmission orale du poème par le comédien peut être une passerelle entre la solitude du poète et chacun de nous.

De plus, la lecture silencieuse de la poésie n'a jamais été la seule règle. La poésie se lisait à voix haute dans les salons et se chantait dans les rues.

De nos jours, l'oralité de la poésie participe à sa diffusion. Les représentations poétiques touchent un public de plus en plus grand qui découvre ou redécouvre la Poésie, et du coup le che­min des livres.









Pour cela, il faut que le comédien ait défini pour lui-même les différents sens cachés du poème, mais sans jamais vouloir les imposer à l'auditeur.

Il faut essayer et faire en sorte que, pendant le temps de la représentation, le poème devienne la propriété de tous, et que le poète ne soit plus seulement "le roi de ses pensées", mais qu'il règne sur l'assemblée entière.


Pour que le comédien soit véritablement un passeur, et non seulement un diseur, ou un "bien disant", comme on dit péjorativement, il faut qu'il ait envie de partager, comme on partage un secret, le plaisir qu'en découvrant le poème, même si cette découverte est ancienne.
Cela suppose que le comédien ne devrait dire que occupant une place privilégiée dans son esprit.

Il faut qu'il sache nous transmettre son émerveillement, que sa voix et sa diction s'ouvrent sur un paysage de mots d'où s'élève un chant, avec son rythme, ses couleurs, ses silences, que ce paysage soit le lieu du poème où l'auditeur pourra en toute liberté, choisissant lui-même ses chemins, même les tracer..., quitte aussi à s'y perdre.



Laurent Terzieff












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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Sam 7 Aoû - 14:21

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LAURENT TERZIEFF : " Le passéisme m'effraie "


Le Monde 2 Mai 2009



Shakespearien . En 1991, dans Richard II, sous la direction d'Yves Gasc.
Le poète devenu roi était l'un des personnage qu'il avait le plus envie de jouer.





















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Nounouka



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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Sam 7 Aoû - 18:40

Sur KTO,une émission:V.I.P.
Laurent Terzieff
Diffusé le 23/05/2004 / Durée 56 mn


http://www.ktotv.com/videos-chretiennes/emissions//v.i.p.-laurent-terzieff/00016577
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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Sam 14 Aoû - 15:05

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Laurent Terzieff , sur le tournage de Largo Winch II .

Largo Winch II est donc le dernier film qu’il aura tourné. Vincent, le réalisateur du making-of du film, a eu l’occasion de l’interviewer sur le plateau de tournage, en mai dernier…





http://www.largowinch2-lefilm.com/laurent-terzieff




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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Ven 20 Aoû - 12:01

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L'envol de l'ange Terzieff




Laurent Terzieff 1997. Copyright Jean François Bauret


Il n'aurait pas voulu le deuil.
Ce qu'a semé Laurent Terzieff dans les terres mouvantes du théâtre ne disparaîtra jamais : une exigence, une humilité, une élégance, un engagement absolu, une façon d'arrêter le temps en entrant en scène.

L'artiste, mort à soixante-quinze ans de complications pulmonaires, restera dans les mémoires ce comédien total qui su transcender tous les genres, dépasser le vieux clivage public-privé.

Dans les hommages émus qui pleuvent depuis l'annonce de son décès, samedi, des mots reviennent : « lumière », « fraternité » (Fabrice Luchini), « LA voix du théâtre » (Olivier Py)...

Fièvre incandescente

On se souvient de son dernier rôle : « Philoctète », d'après Sophocle, mis en scène par Christian Schiaretti à l'Odéon.
Plus mince que jamais, telle une tige de cristal prête à se rompre, il incarnait avec une fièvre incandescente le vieux héros humilié, qu'un jeune homme, Achille, ramène à la vie.

Sa voix un brin nasillarde, passant du chuchotement au rugissement, faisait résonner chaque mot et geste de la tragédie, comme s'il jouait sur scène la vie de tous les hommes oubliés par les dieux.

On pensait alors avec bonheur que cette interprétation magistrale d'un rôle classique (il en joué très peu) dans un grand théâtre, lui vaudrait d'être découvert - à temps -par un public de lycéens. Ces jeunes seront, on l'espère, marqués à vie du sceau du théâtre.

C'est ainsi que Terzieff est tombé dans la potion magique.

Adolescent subjugué par la « Sonate des Spectres », de Strindberg, mis en scène par Roger Blin.
Au début des années 1950, il campe littéralement sur les planches, tour à tour figurant, machiniste, souffleur, avant d'obtenir son premier rôle dans « Tous contre tous », d'Adamov, monté par Jean-Marie Serreau.
Les années 1958-1959 marquent un tournant : le comédien fait un tabac au cinéma dans « Les Tricheurs », de Marcel Carné, puis au théâtre, dans « Tête d'or », de Claudel, mis en scène par Jean-Louis Barrault.

« L'acteur à la gueule d'ange » aurait pu opter pour le glamour du septième art et pour la gloire. Il opte pour le monde plus austère du théâtre.
En 1961, il fonde sa compagnie avec Pascale de Boysson (sa partenaire et compagne, disparue en 2002), passant d'un petit théâtre à l'autre (Lutèce, Lucernaire, etc.).


Un grand intellectuel

Il n'abandonne pas pour autant complètement le cinéma, sollicité par ses plus grands noms : Bolognini, Rossellini, Demy, Clouzot, Buñuel, Godard...

En cinquante ans il aura tout de même joué dans une quarantaine de films .
Mais, pour Terzieff, la priorité des priorités sera toujours la scène. Son goût pour le théâtre « vivant » le pousse à rechercher du « neuf » et à monter des auteurs contemporains - le plus souvent anglo-saxons ou d'Europe de l'Est (Albee, Schisgal, Mrozek).

Sa dernière mise en scène date de 2009. Il s'agit de « L'Habilleur », de Ronald Harwood, une pièce dans laquelle il incarnait un vieil acteur shakespearien au bout du rouleau en tournée en Angleterre pendant la guerre.
A la fin, il « mourait » dans sa loge... presque comme Molière.


Laurent Terzieff ne faisait pas partie de ces acteurs purement instinctifs.
C'était un grand intellectuel, fou de philosophie et de poésie, un homme engagé, un marxiste désespéré qu'on ne puisse conjuguer la liberté et l'égalité.

Le feu sacré ne l'empêchait pas de penser, de méditer ses spectacles et ses rôles.

Il reste un exemple et un espoir pour tous les jeunes comédiens et compagnies, qui n'ont d'autres moyens pour survivre que leur talent et leur envie de théâtre.

Ils avaient un modèle, ils gagnent un ange gardien...


PHILIPPE CHEVILLEY, Les Echos
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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Lun 23 Aoû - 15:48

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" SEUL AVEC TOUS "



"Seul avec tous", une leçon de vie de Laurent Terzieff, sortira à la rentrée







Le premier livre dans lequel Laurent Terzieff avait accepté de se dévoiler paraîtra comme prévu à la rentrée, ont annoncé lundi les Presses de la Renaissance qui évoquent "une leçon de vie murmurée avec humilité".

Les semaines précédant sa mort, l'acteur et metteur en scène travaillait encore au texte de son livre "Seul avec tous" (collection "Chemin faisant") en collaboration avec Marie-Noëlle Tranchant.

Cet ouvrage restera le dernier témoignage d'un homme d'exception qui souhaitait "réviser sa vie", revenir sur son itinéraire artistique, intérieur et spirituel, relève son éditeur.

Dans cet ouvrage, il raconte sa vie, si riche et pleine, évoque ses souvenirs de manière très intime et personnelle.

Le temps, la mise en scène, l'ignorance, la méthode, la justesse, la politique, la poésie, son épouse disparue, la beauté, l'art... autant de mots-clés qu'il développe avec cette authenticité absolue qui donne envie de le suivre.

Cet homme au charme puissant, à la haute silhouette ascétique, où la force se mêle à la grâce, offre dans ce livre une inoubliable philosophie de vie.


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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Ven 3 Sep - 1:44

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Laurent Terzieff

Le crucifié des hautes paroles








Laurent Terzieff a une très haute idée du pouvoir vibrant des mots, aussi chacun d’eux transmis par lui, ne s’élève que lesté du poids du monde.


« On n’éclaire pas sans brûler » disait Nicolas de Staël, et Laurent, immense charbon noir, aura tant et tant brûlé pour nous faire lumière et nous apporter le feu volé aux dieux et surtout à la nuit.


Émacié comme un christ flamand, avec son sourire fait des ronces des douleurs du monde, il semble toujours faire sacrifice de lui-même pour que les hautes paroles des poètes ne restent pas cachées dans leurs hautes solitudes.




Copyright Louis Garden - Wikipedia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:LTerzieff.jpg)

« Se mettre à l'écoute du monde, pour en être la caisse de résonance ». telle aura été sa trajectoire aveuglante, calciné lui-même, il dépose avec son sourire déchiré son amoureuse sagesse.



Derrière les carreaux, le vent fait danser des ombres lentes.

Les visages n’osent plus apparaître, ils sont sans doute éteints depuis si longtemps, Laurent leur redonne vie à ces enfants de Malte Laurids Brigge de Rilke, à ceux des demeures enfouies sous les orties et les violettes de Milosz, à ceux des forêts froides de Bertold Brecht.

Homme des heures graves « il prend le devant de tout adieu, comme s’il se trouvait derrière lui » (Rilke).







Le grand témoin des biefs de la douleur



Laurent Terzieff est le grand témoin des biefs de la douleur d’être au monde, de ses joies aussi, quand simplement la pluie des mots nous rafraîchit.

« Le monde triste et beau qui ressuscite soudain »



Le cinéma aura bâti une image de lui loin de sa réalité intérieure.

Certes Rossellini, Pasolini, Bunuel, Carné, Garrel ce n’est point mineur, mais Laurent Terzieff s’est avant tout voulu acteur de théâtre, adaptateur de textes inconnus en France, metteur en scène et directeur de sa troupe.

Passeur en poésie donc, mais aussi en théâtre nous faisant découvrir des auteurs rares avec sa compagnie, fondée contre vents et pas mal de marées dés 1961.


Pour elle il aura accepté des rôles alimentaires, mais l’imposture par le mensonge du cinéma des traits figés du romantique tricheur, il l’aura laissée dans les ornières des apparences.


Claudel, Schisgal, Albee, Saunders, Mrozek, Milosz, Rilke, Pirandello, Harwood, et tant d’autres sont revenus parmi nous grâce à lui.

Mais le plus beau don sera et restera celui de la poésie réincarnée, et il joue seul, maintenant que la douce et lumineuse Pascale de Boysson s’est absentée en 2002, un florilège de poèmes. Réconfort, dernier passage, la poésie aura peut-être volé sa mort, mais elle aura sauvé sa vie sa vie.







Sauvage et timide, il refuse d’être traqué par le futile et l’inutile, ne répond jamais au téléphone, mais parfois le soir, sa voix de velours sombre vous appelle, et la conversation en suspens depuis si longtemps reprend..


Cette image de Laurent qui après avoir célébré notre vénération commune Milosz, les 11 et 12 juin 1992 à la Salle Nougaro en nous donnant son spectacle comme une offrande, se réfugiait en pleurs dans ma voiture, voulant échapper au public voyeur et envahissant, quémandant une image comme un veau d’or, alors que la parole avait été donnée..




Homme de la conscience du temps



Cœur battant de rossignol, il semble qu’il est besoin de remparts de douces habitudes pour se protéger. Il lui est nécessaire d’avoir des clairières de temps, d’espace, pour ne pas se sentir traqué.


Les mots mis en scène, et Laurent tout à fait comme dans une autre vie s’avance dans une trappe de lumière






Les mots mis en scène pour dire le tragique de la vie et la maladie de l’enfance.


" Je ne vois pas de poète qui ait porté aussi loin le besoin fou d'amour, la souffrance, la barbarie, l'injustice, mais en même temps l'éblouissement devant la beauté de la vie. En premier lieu, je voudrais parler de la conscience du temps chez Milosz, le temps comme de l'éternité volée ».


Ces paroles de Terzieff sur Milosz sont presque autobiographiques.

Cette extraordinaire identification à un poète par un acteur est sans exemple, Milosz est Terzieff autant que l’inverse.

« Vie ! ô amour sans visage !

Toute cette argile a été remuée, hersée, déchiquetée, jusqu’aux tissus où la douleur elle-même trouve un sommeil dans la plaie…
Et je ne peux plus, non, je ne peux plus, je ne peux plus !
»


Cette citation du poème « La charrette », poème qui tient tant à cœur à Laurent, en dit suffisamment sur ce théâtre-miroir, lieu de fusion entre visible et invisible qui fut toute sa vie, elle en dit aussi beaucoup sur l’homme.

Homme à la solitude acceptée et bienvenue, homme libre et désenchanté, Terzieff est ce grand corps troué d’étoiles, posé parmi nous, au doux milieu de nous.

Il nous donne à manger dans sa main le pain noir, le lait et le miel sauvage de la poésie.

« Et c’est vous et c’est moi. Vous et moi de nouveau, ma vie »


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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Ven 3 Sep - 2:26

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Laurent s’est effacé sur la pointe des mots







De l'enfance ? que vos couleurs, vos voix et mon amour,
Que tout cela fut moins que l'éclair de la guêpe
Dans le vent, que le son de la larme tombée sur le cercueil,
Un pur mensonge, un battement de mon cœur entendu en rêve ?
(Milosz)




Invoquer l’enfance, perdue mais toujours présente à jamais comme initiales gravées sur l’écorce de la vie, en parlant de Laurent Terzieff, de son beau visage émacié, cela peut sembler paradoxal.

Mais jamais je ne pourrai oublier ce sourire qui montait de lui comme une brume rêveuse, parfois triste.

L’amour de Milosz et de Rilke nous avait rapprochés. Puis il y eut ses rencontres, ses longs silences et soudain yeux mi-clos les poèmes qui montaient de lui comme papillons de nuit.

Il disait n’avoir jamais voulu grandir et aussi « je suis né par les livres ». Cette irruption de la poésie en lui dès 12 ans sera cette crue merveilleuse qui nous baigne encore.


Fragile, en équilibre précaire sur la dureté du monde, il était ce funambule amoureux des mots aimant et souffrant d’un même souffle quand il les dévidait fil à fil pour nous tenir serrés dans la couverture chaude de la fraternité.

Tout en os, flottant sur notre monde, il semblait un chat noir et solitaire, craintif et audacieux, sachant depuis toujours les mystères et les irradiations des mots.

Maigre, tendu entre angoisse et délivrance, voix douce et grave ou s’échappant dans le ciel, grande carcasse d’éternel enfant qui flotte sur la scène, il n’était pas un acteur, mais celui qui traçait des cercles magiques pour nous sauver du quotidien.


Authentique et solidaire, fidèle et fait de cristaux qui songent, il semble seul, amoureux fou du théâtre et de ses compagnons de fortune et d’infortune, les poètes.

Cette poésie qui était pour lui réconciliation avec nous et les choses, nous et le néant, voix seule feuilletant le vent et la pluie, les amours et les douleurs.






Il était l’affinité élective de l’herbe des mots.






Étrange oiseau des nuées, arbre sans âge aux racines telluriques, il était l’émanation de la présence d’autres mondes.


Il ne récitait pas de la poésie, il faisait entendre des battements de cœur, les larmes du vent, l’envol des feuilles dans toutes les allées du monde.



Et pourtant il ne voulait pas laisser de traces, se méfiant de la gloire et de la récupération.
Mais le 25 avril 2010 lors des 24e cérémonies des Molières il avait été consacré par deux fois (« L'Habilleur », de Ronald Harwood et « Philoctète », de Jean-Pierre Siméon).

Mais pour lui, l’incandescent calciné, l’assoiffé d’infini, seul l’absolu importait. Il semblait un moine-soldat des mots, un jardinier tendre de la rosée du monde.

Sa parole devenait consolation et intimité du ciel, l’invisible devenait tangible, ses blessures nos guérisons.


« On est tout simplement ce que l'on fait. » disait-il
.

Il aura tant fait, car il possédait ce simple don : l’intuition poétique.

Il avait fait sienne cette phrase de René Char:

« Les poètes savent faire surgir les mots qui savent de nous ce que nous ignorons d'eux. ».

Et il aura fait de ses récitals le lieu privilégié de rencontre entre le visible et l'invisible. Par ses florilèges des échos se forment au fond de nous, se nouent en nous.


«La poésie est une passerelle entre la solitude et chacun de nous.»

Et ce qu'il nous donne à entendre il cite Adamov:

« Dans la prière l'homme cherche un autre, plus lui-même que lui, et pourtant inconnu». Ses spectacles souvent étaient des prières pour nous-mêmes.









Lui « le rouge-gorge au cœur gelé » avons-nous suffisamment su lui ouvrir notre fenêtre ?

Il veillait sur le secret de nos ombres, sur la douce lumière de la beauté.
Il était ici parmi nous et déjà ailleurs, sorte de merveilleux fantôme solitaire, conscience lucide et pure des mots et de leur vérité intérieure.


Sa présence magnétique, sa voix étrange comme cascade de pays enfui, rendait toute poésie évidente et familière.

Heine, Hölderlin, Goethe, Desnos, Aragon, Neruda, Brecht, Rilke et Milosz encore et toujours, ceux qui ne les ont point un soir entendu s’envoler au ciel étoilé porté par ce chaman ayant fait maison entre le visible et l’invisible, ne sauront plus jamais ce qu’étaient les berceuses d’infini simplement dites par un voyant.

Il savait faire vivre cette illusion qu’est le théâtre.

« Et je serai sauvé par là. Mon métier est une métaphore, le reflet de la vie des hommes. Je suis existentialiste, c’est-à-dire que j’existe par ce que fais. Et moi je fais du théâtre donc je suis par le théâtre. C’est un concept. »( Entretien Première).


Faiseur de signes, souffleur de grand vent pur, Laurent Terzieff était l’haleine des mots.

Il nous paraissait immortel, planté à la verticale de nos cœurs.

Il était notre frère silencieux qui seul avait su saisir le cri des oiseaux et des mots humains.

Il était le chant de la mer sur scène, qui montait du plus profond de nos origines, de nous-mêmes.








Rilke aurait dit de lui que de tous ses yeux il voyait l’Ouvert.


Aucune poussière n’effacera cela, et le son de la mort ne fera pas taire ce chant qui reste beau, qui monte plus haut que l’obscurité de nos nuits.


Il avait ses rituels, sa peur du dérangement et restait aux aguets de la lumière pour une seule mission « poésie sa vie entière ».

Mort à l'hôpital de la Salpêtrière de «simple» pneumonie contractée face à la froidure et à l'humidité du monde, le soir du vendredi 2 juillet 2010.

Surpris par la mort, il repose depuis dans l’ailleurs.

Il reste au milieu des chambres secrètes, les chambres d’amis, que nous lui avions toujours préparées, comme pour un ami d’enfance qui pourrait toujours revenir
.

Sa joie je m'en souviens encore, quand un jour dans sa ville natale, Toulouse (où il était né le 27 juin 1935), nous lui avions tressé avec l’ami Gérard Caussé un bouquet de fleurs des champs de musique (Arvo Pärt, Benjamin Britten…) autour de ses florilèges.

Cette joie lui donnait une sorte d’auréole ce soir-là. Lui qui pouvait être rauque et caustique, avait des émerveillements d’enfant, et dans son refuge silencieux de Bourg Saint Bernard près de Toulouse, l’ombre de son père sculpteur l’apaisait.


Le dernier soir est donc advenu pour Laurent Terzieff et les jours vont devenir très vieux sans lui.

Il faudra passer cette nuit à lire Milosz, et les élégies de Rilke (la huitième qu’il aimait tant), pour lui, pour que sa voix roule encore sur nous, que le vide se retire.

Son visage sourira peut-être et puis « un temps pauvre et long » va advenir sans lui.


Et parfois un arc-en-ciel se lèvera, en se souvenant de sa voix, de sa ferveur, de son bonheur à donner à entendre ses frères de sang, ses amis poètes.

Et nous, nous nous souviendrons de lui comme il aurait voulu que l’on s’en souvienne, lui le poème après la mort :

Dans le grand tout les comptes sont fermés.
Ainsi qui tombe ne diminue pas le chiffre sacré…
Nous profondeurs, et ciel nous sommes ! (Rilke)


Gil Pressnitzer

pour Esprits Nomades


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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Sam 25 Sep - 16:46


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Laurent Terzieff / Fabrice Luchini


Réunis en 2005 à la Gaité Montparnasse pour jouer Molly , mise en scène par Laurent Terzieff .






Fabrice Luchini de Laurent Terzieff : " Il fut un compagnon lumineux dont j'ai pu toucher la dimension unique lorsqu'il me dirigea durant un an dans Molly .
Sans doute la personne qui m'a le plus impresssionné dans ma vie
.Auprés de lui , on devenait meilleur .

Au téléphone , il y a 2 mois , il m'a dit : " Tu es parti avec ton spectacle sur Muray pour un long parcours , comme d'habitude . "

J'étais persuadé qu'il viendrait le voir en Septembre ......."



Laurent Terzieff de Fabrice Luchini jouant Knock : " Tu as réussi , Fabrice , car je ne sais toujours pas , ce soir , si Knock est un vrai médecin, un voleur ou un fou . "

Source Le Figaro Magazine .
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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Dim 26 Sep - 13:37




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L'homme ébloui


Seul avec tous de Laurent Terzieff: les Mémoires d'un géant des planches.







C'est à peine imaginable que cet immense comédien qui savait aussi bien rejeter la lumière du verbe que la produire, ce metteur en scène amoureux inconditionnel de la poésie la plus humaine, n'ait pas, jusque-là, livré au public ses ré flexions sur son métier ou évoqué sa vie hors les planches.

C'est sans doute ce qui a motivé Marie-Noëlle Tranchant, journaliste au Figaro, qui, à partir de l'automne 2009, dans le sillage des représentations de Philoctète de Jean-Pierre Siméon, d'après Sophocle, a rencontré Laurent Terzieff pour recueillir ses propos, jusqu'à la veille de sa mort, en juillet 2010.


Un seul livre l'a accompagné jusqu'au bout: une anthologie écornée de textes de Jouvet, Morceaux choisis à l'usage des anciens et nouveaux élèves du Conservatoire national d'art dramatique.



Au fil des pages, ce sont les mots intimité, générosité, intelligence qui viennent à l'esprit et qui s'y incrustent.

Après avoir évoqué son enfance toulousaine marquée par les privations alimentaires et les bombardements, les vacances dans le Tarn, ce fils d'émigrés russes, né en 1935, évoque ses premiers chocs théâtraux.

Il a à peine seize ans et découvre Vilar, Adamov et Gérard Philipe.
Viendra ensuite Roger Blin, son père spirituel, le premier à avoir monté Beckett et Genet: «Je lui dois tout !»

Adamov, qui lui offrira l'occasion de jouer sa première pièce, déclarait: «Le théâtre est un temps réinventé dans un espace transfiguré. »

Terzieff est alors un «adolescent suicidaire et torturé», boulimique de lectures. Il revient sur ses auteurs fétiches, au premier rang desquels Rilke et O.V. de Milosz (« le sens du poème est solitaire, arbitraire, ingouvernable »), et Dostoïevski, qui lui a appris que « dans l'amour il y avait deux gouffres où sombre l'homme, le gouffre de la sensualité et le gouffre de la pitié» (L'Idiot).




Provoquer l'infini



Revenant sur ses origines russes, il déclare: «S'il y a quelque chose de slave en moi, c'est peut-être un besoin de vertige, de provoquer l'infini, un sens de la démesure mais que je n'entretiens pas.»

Tout Terzieff est là. La plupart de ses propos sont d'une telle luminosité qu'on ne sait plus lequel extraire, que ce soit à propos des pièces de Claudel («et sa luxuriance poétique»), du cinéma de Pasolini ou de Bunuel, qu'il a côtoyés, du théâtre contemporain qu'il a systématiquement privilégié, parce que «s'affirme la non-permanence de l'être, sa discontinuité, l'effroi de chacun devant la perte de son identité et son angoisse dans sa recherche pour la retrouver».


Marie-Noëlle Tranchant a par ailleurs eu accès aux archives du comédien, qui se déclarait être «un pourvoyeur de textes », lui permettant de nous donner quelques extraits de ses Carnets intimes et de ses notes de lecture.

On y découvre un autre Terzieff, qui pratiquait l'aphorisme ou la formule lapidaire comme rarement.

Ainsi, «Les captatifs prennent plaisir à demander et à recevoir. Les oblatifs préfèrent offrir et donner. » À méditer.

Et ce résumé de Richard II, de Shakespeare: «C'est le drame d'un homme qui était né poète et que le destin a fait roi.»

Ailleurs: «Le théâtre résout l'angoisse du temps.»

Également engagé politiquement (il avait signé le Manifeste des 121), Terzieff vilipende au passage notre société médiatique qui n'offre plus qu'un espace incongru à la culture, et où, par exemple, le philosophe Emmanuel Levinas dispose de trois petites minutes; ce que Terzieff nomme la «cariculture».



Le tout s'achève, entre cour et jardin, par un bref manifeste pour le théâtre, rédigé en 2001.

Le volume, qui pourrait bien être le bréviaire des amoureux du théâtre, est complété par quelques photos et plusieurs reproductions de documents, et préfacé par Fabrice Luchini.



Seul avec tous de Laurent Terzieff, avec Marie-Noëlle Tranchant, Presses de la Renaissance, 206 p., 18 €.

http://www.lefigaro.fr/livres/2010/09/22/03005-20100922ARTFIG00599-l-homme-ebloui.php

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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Ven 1 Oct - 1:40

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LAURENT TERZIEFF PAR CLAUDE MAURIAC







« Laurent est un personnage de roman. D’un roman qui ne sera jamais écrit, dont l’auteur ne naîtra jamais, mais dont il est, au naturel, le héros pour ses amis fascinés.

Lourdement chargé, les poches bourrées, il dérive le long des rues, intensément présent et de façon telle que l’on se demande comment on a pu rester aussi longtemps sans le voir, comment il est resté tant de mois sans vous faire signe, alors que l’on ne peut plus se quitter, là, que l’on ne se quittera jamais ;

il n’y a plus de temps, c’est le temps du roman de Laurent, la longue et belle et mystérieuse saga Terzieff, celle de sa famille et de ses amis, dont il est le soleil et le cœur, le soleil de minuit (j’ai l’impression de ne l’avoir jamais vu que la nuit), le cœur battant de l’amitié.

Le roman où vit Laurent et que nous vivons auprès de lui, est tel que ce livre, notre livre, si même il rapportait les propos d’un personnage inconnu, serait, j’ose l’espérer, aussi intéressant pour ceux qui l’y découvriraient.

C’est, en plus équilibré et dans la réussite, le neveu de Rameau, Diderot en moins. Avec, dans les errances mêmes, plus de lest. Dans les extravagances, plus de gravité. Mais la même poésie. Et cette sorte, singulière, de génie. »

Ainsi Claude Mauriac décrit-il Laurent Terzieff ; il tente de cerner, du lycéen de Buffon à l’homme de théâtre, le mythe Terzieff, avec ses fébrilités, ses angoisses et ses passions.
Le récit d’une amitié et d’une vie de comédien, écrit avec la pudeur et la profondeur de l'auteur du Temps immobile.




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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Jeu 14 Oct - 1:29


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Laurent Terzieff, Oscar Milosz et la Lituanie








Avec la disparition de Laurent Terzieff le 3 juillet dernier, le théâtre français a perdu l’une des ses plus grandes figures.

La disparition de cet immense artiste est aussi une grande perte pour les Lituaniens.

La contribution de Laurent Terzieff à faire connaître au public français Oscar Milosz, poète lituanien d’expression française, est immense.





Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz


Dès le début des années 1970, absolument subjugué par Milosz, Laurent Terzieff avait mis en scène et joué plusieurs spectacles autant sur la prose que sur la poésie du poète.

Il avait dit de Milosz : "Je ne vois pas de poète qui ait porté aussi loin le besoin fou d'amour, la souffrance, la barbarie, l'injustice, mais en même temps l'éblouissement devant la beauté de la vie."

Laurent Terzieff portait en lui une sensibilité d’éternel exilé qui lui faisait dire ces poèmes comme s’ils étaient l’expression de sa propre âme.

Qui l’a vu interpréter les poèmes de Milosz dans un des si nombreux récitals qu’il donna au Théâtre du Lucernaire, au Théâtre Renaud-Barrault, à la Maison de la Poésie ou ailleurs ne pourra jamais oublier ni sa voix ni ses intonations si particulières, ni sa ferveur, ni l’extrême et rare beauté de la mélancolie qui s’en dégageait.


Son immense et maigre silhouette, son visage émacié, comme purifié à l’extrême par d’indicibles souffrances, incarnaient toute la tragédie des interrogations humaines.


A la demande d’André Silvaire, éditeur des œuvres de Milosz et fondateur de l’Association des Amis de Milosz, il accepta avec joie d’être membre du Comité d’honneur.

Les Cahiers de l’Association, à l’époque d’André Silvaire et depuis sous la présidence de Janine Kohler, lui ont consacré de nombreux articles et interviews, publiant aussi les morceaux choisis de ses spectacles.



Voir également l’article consacré à Milosz dans les Cahiers Lituaniens.

Laurent Terzieff était d’une grande humanité, il avait été grâce à sa passion pour les œuvres de Milosz, extrêmement concerné par la Lituanie pendant les évènements du Sajudis et jusqu’à la reconnaissance de la proclamation de l’indépendance de la Lituanie par les puissances mondiales en août 1991.


C’est pourquoi il avait généreusement offert sa participation au spectacle Liberté pour la Lituanie monté rapidement au printemps 1991 à l’initiative de sa nièce Agnès de Boysson, présidente des Echanges Culturels Européens.

Ce spectacle de soutien à la cause de la Lituanie eut lieu au Théâtre du Rond-Point/Théâtre Renaud-Barrault, prêté pour la circonstance.

Il était présidé par Vytautas Landsbergis, dont l’intervention avait pu être filmée tout spécialement pour l’occasion en Lituanie sous blocus soviétique, des artistes lituaniens alors présents en France apportèrent leur concours à cette soirée, des extraits de la pièce La porte de l’Aurore y furent joués par Jean-Christophe Mončys et Caroline Paliulis, Laurent Terzieff et sa compagnie avaient alors donné en apothéose de la soirée de larges extraits de leur dernier spectacle sur Milosz, devant une salle comble, solidaire et émue.


Une fois reconnue l’indépendance de la Lituanie, l’artiste s’était rendu à Vilnius avec sa compagnie sur l’invitation de l’ambassadeur Philippe de Suremain.


Premier artiste français d’une telle envergure à se rendre dans le pays libéré, Laurent Terzieff voulait marquer à nouveau sa solidarité avec le pays que Milosz aimait tant, lui manifester une joie partagée.


Il joua son spectacle avec Pascale de Boysson, sa compagne disparue en 2002, et Claude Aufaure, devant un public émerveillé et bouleversé.


En effet, le poète Oscar Milosz, persona non grata pendant l’ère soviétique, revenait en Lituanie !


http://www.amisdemilosz.org

http://www.cahiers-lituaniens.org

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