H A R M O N Y


 
AccueilFAQS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 L'ENFER DE CLOUZOT

Aller en bas 
AuteurMessage
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 10478
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: L'ENFER DE CLOUZOT   Mer 16 Sep - 1:23

Paradis perdu



L'Enfer (1964) devait marquer la rencontre entre Henri-Georges Clouzot et Romy Schneider.

Elle est au centre de cette histoire couchée sur papier par le réalisateur de Quai des Orfèvres après une nuit d'insomnie :

un drame où la jalousie d'un hôtelier marié (Serge Reggiani) culmine à la névrose. Mais L'Enfer gagne littéralement le tournage. Clouzot, d'habitude précis, tergiverse, prend (trop) son temps et épuise son équipe.

Malade, Reggiani quitte le plateau au bout de trois semaines pour ne jamais revenir.

Puis, tandis qu'il filme sur une barque des ébats saphiques entre Romy Schneider et Danny Carrel, Clouzot est frappé par un infarctus.

Le film ne sera jamais achevé.

L'œuvre incomplète - démos de chansons, bootleg, rushes - pousse les fans à rêvasser devant ce qui aurait pu être, ou à les finir tout en sachant la futilité de la démarche (Jess Franco montant le Don Quichotte fragmentaire d'Orson Welles, les Beatles survivants appliquant une couche à un inédit).

Serge Bromberg, inlassable passeur de cinéphilie, se situe ici entre les deux attitudes, ressuscitant les bobines de L'Enfer dans une optique à la fois de making of et de recréation.

Il fait défiler les témoins de l'époque (dont Costa-Gavras, assistant sur le film) et comble les blancs : les rushes étant silencieux, il ajoute une B.O. jazzy ou met en scène Bérénice Béjo et Jacques Gamblin, reprenant les rôles principaux lors de lectures du script.

Ce fantasme documentaire, de reprise, respectueux, sensuel, met surtout en lumière des images fascinantes : marqué par 8 ½ et l'avant-garde contemporaine (de l'art cinétique à Boulez), Clouzot voulait rompre avec son image « classique », façonnée par les jeunes turcs de la Nouvelle Vague, qui avaient fait de lui le parangon de la « qualité française ».

On pense à Kaléidoscope, projet avorté et tout aussi expérimental d'Alfred Hitchcock. Clouzot tournera des heures d'essais, radicaux et sublimes,
avec Schneider, dédoublée, passée sous filtre ou en rouge à lèvres bleu, pour inspirer les visions de Reggiani lors de ses crises de jalousie.
Qui l'imagine ligotée à des rails sur le passage d'un train ou derrière un rideau de pluie.
Romy y est incandescente, comme une icône hitchcockienne psychédélique.

Et L'Enfer devient simplement paradis.

Un documentaire de Serge BROMBERG et Ruxandra MEDREA.
Avec Romy Schneider, Serge Reggiani...
Distribution : MK2 Éditions.
Sortie prévue le 4 NOVEMBRE.


Dernière édition par Nine le Dim 1 Nov - 19:55, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 10478
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: L'ENFER DE CLOUZOT   Mer 16 Sep - 1:30

Extrait de L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot,
film inachevé dont il ne reste que ses essais
Avec Romy Schneider et Serge Reggiani
Sortie en salles le 23 septembre (docu-film de Serge Bromberg)





Présenté au Festival bolognais Il Cinema ritrovato, la Mecque de la cinéphilie et de la restauration de classiques, placée sous le parrainage de Martin Scorsese, L'enfer d'Henri-Georges Clouzot, réalisé par Serge Bromberg, est un événement pour l'histoire du Septième art.

Un document exceptionnel, qui revient sur l'incroyable aventure de ce qui aurait dû être le film le plus fou et le plus ambitieux de Clouzot.


Dernière édition par Nine le Mer 16 Sep - 1:50, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 10478
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: L'ENFER DE CLOUZOT   Mer 16 Sep - 1:38

L’enfer, selon Clouzot



Dans le cadre de la section Cannes Classics dédiée, comme son nom l'indique, aux grands classiques du 7ème d'art, les festivaliers ont l'opportunité durant une semaine de revoir de vieux films restaurés. Cette année, on a ainsi projeté "Pierrot le fou" de Godard, "Accident" de Losey ou encore "Les vacances de monsieur Hulot" de Jacques Tati.
Ce mardi est présenté "L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot" de Serge Bromberg et Ruxandra Medrea.

Ni fiction ni vieux film, ce documentaire, qui sortira le 23 septembre, dans les salles françaises raconte le tournage insensé de "L'Enfer" de Clouzot, film inachevé et dont personne n'avait pu voir les images, jusqu'à ce mardi.


Serge Bromberg et Ruxandra Medrea


Ce documentaire, Serge Bromberg - intarissable sur cette formidable aventure - l'a réalisé comme on mène une enquête.

Et pour causes, si chacun savait qu'Henri-Georges Clouzot avait, durant le mois de juillet 1964, tourné pendant deux semaines, personne n'avait jamais vu la moindre image de ce qui aurait dû être "L'Enfer", le film le plus ambitieux du réalisateur français (soutien de la Columbia américaine et budget illimité).

«Mais tous les témoins de ce tournage s'accordaient pour le décrire comme incroyable même si tous avaient une version différente du tournage»,

raconte Serge Bromberg qui, dès lors, ne voit plus d'autre alternative que celle de retrouver ces images, pour en quelque sorte tirer l'affaire au clair.

La providence a voulu qu'il mette la main sur les 185 boîtes de bobines, ce qui représente rien moins que 16 heures d'images.



«Et là, reprend notre interlocuteur, j'ai compris».

Compris quel enfer ce fut effectivement tant pour le metteur en scène qui s'est littéralement perdu dans son projet et pour toute l'équipe du film, à commencer par les acteurs, Romy Schneider (26 ans) absolument sublime, et Serge Reggiani, carrément malmenés par un Clouzot qui s'abîme dans la recherche sans fin de la perfection et dont les doutes laissent tout un chacun dans une incompréhension totale.

Et pourtant, rappelle Serge Bromberg, «L'Enfer était à l'origine un film intimiste».

En l'occurrence l'histoire d'un homme, Marcel, patron d'une auberge de province, saisi par le démon de la jalousie. Il se met à soupçonner son épouse, Odette, puis à l'espionner, puis à la harceler.

Le film - tantôt en couleurs tantôt en noir et blanc, au gré des crises de Marcel -, devait nous faire pénétrer dans la folie, les délires de cet homme, à grand renfort d'emprunts à l'art cinétique, ce que nous montrent les essais fascinants tournés avec les deux acteurs.


«Clouzot est rentré dans sa propre folie, ce qui l'a mené à la catastrophe. C'est comme si le film qu'il avait écrit sur une obsession lui était revenu comme un boomerang».

La catastrophe, ce fut l'infarctus dont fut victime le réalisateur de Quai d'orfèvre et qui interrompit définitivement le tournage devenu de toute façon impossible de ce qui s'apparentait déjà à un film maudit.

La seule issue possible, finalement.

Pour nous raconter l'histoire de ce naufrage, Serge Bromberg a fait le choix de suivre deux pistes :

«Il y a deux histoires, d'abord celle de Clouzot qui se fixe un défi improbable qui le conduira au drame ; et puis il y a celle de ce qu'aurait été le film s'il avait été mené à son terme. Aux images existantes, et pour combler les manques, j'ai donc demander à deux comédiens Bérénice Bejo et Jacques Gamblin de jouer les scènes du scénario originale, à partir des dialogues écrits par Clouzot».

La première histoire étant construite autour des témoignages des collaborateurs du réalisateur et les fameuses images dont la découverte ne fait qu'aviver le regret de savoir ce film à jamais inachevé. Mais retrouvé.

Et devant les tâtonnements d'un Clouzot qu'on découvre tenté par l'inconnu, lui dont le nom est le symbole même d'un cinéma maîtrisé et de facture plutôt classique
«C'était sans doute le film de sa vie», estime le réalisateur,
devant la beauté éblouissante de Romy Schneider et le parfum de mystère qui enveloppe les images, on reçoit ce documentaire comme un formidable cadeau, après quarante cinq ans d'obscurité.

Par Elisabeth Bouvet


Dernière édition par Nine le Mer 16 Sep - 2:14, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 10478
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: L'ENFER DE CLOUZOT   Mer 16 Sep - 1:56

UN FILM MAUDIT



En 1964, Clouzot est un homme en plein bouleversement.

Dévasté par la mort de sa femme Véra, rangé par les jeunes auteurs de la Nouvelle Vague parmi les monuments du passé, défié par l'inventivité folle du "Huit et demi" de Fellini, l'auteur du Salaire de la peur est courtisé par Hollywood.

La Columbia lui offre un contrat vertigineux : budget illimité et les pleins pouvoirs… sans même lui imposer la présence contraignante d'un producteur.

Un rêve ?
Plutôt un piège.

Car sur le tournage, Clouzot va très vite se perdre.
En entamant des recherches esthétiques, tant sur le plan sonore que visuel, qui sont en tous points passionnantes mais qui vont éloigner le cinéaste et de son sujet, et de ses acteurs.

Le sujet, c'est la jalousie.

Mais c'est surtout, confesse Clouzot dans les documents d'archives où on nous le restitue, le labyrinthe des obsessions, qui vont peu à peu dévorer un homme (Serge Reggiani) marié à une très jolie femme (Romy Schneider).

Les images d'archives des rushes du tournage sont hallucinantes.
On y découvre un film tantôt en noir et blanc, d'une facture classique, évoquant la réalité du couple, tantôt en couleurs et presque psychédélique.
Il s'agit alors de la représentation fantasmée, paranoïaque, distordue du délire de jalousie qui saisit Reggiani. Ce qui nous vaut des images folles :

Romy nue, pieds et mains liées, sur une voie ferrée où déboule un train ; des femmes – dont Romy, toujours – alanguies, aux lèvres bleues, prêtes à s'offrir à la débauche ; des « coïts optiques », résultant d'effets visuels spéciaux ; des jeux de miroirs déformant ; des recherches cinétiques et chromatiques…



D'une beauté désarmante, Romy apparaît dans les images sauvées comme un objet de désir aussi trouble que silencieux.
On ne l'entendra pas.
A l'inverse de Reggiani, qui parle, entend des voix, est harcelé par un flux ininterrompu de sons, chuchotements ou cris dans la tête.

Et là aussi, le montage sonore, souligné par une bande sonore électro-acoustique que signe Gilbert Amy, est d'une créativité stupéfiante.

En somme, "L'Enfer" tel qu'on nous le donne à voir, ce n'est plus un film :
c'est un laboratoire.

Livré à l'ivresse d'un pouvoir sans limite, qui lui aura peut-être porté le coup fatal, Clouzot est bientôt rattrapé par ses propres obsessions.

Méfiant, nerveux, maniaque, insaisissable, il sombre dans des insomnies,
harcèle un entourage corvéable à merci.
Bref, le tournage vire à la poudrière.
D'autant qu'avec les acteurs, la tension tourne bientôt à la guerre.

Entre lui et Romy Schneider, ce ne sont bientôt plus qu'affrontements de cris. Quant à Reggiani, d'abord ricaneur et sur ses gardes, il ne supporte plus ce tyran.
Epuisé psychiquement autant que physiquement, Reggiani quitte le film après trois semaines de tournage.
On fait alors appel d'urgence à Jean-Louis Trintignant.
Qui partira à son tour après quelques jours, sans avoir joué la moindre scène. Clouzot s'accroche encore.

Mais un jour, alors qu'il filme une scène d'hallucination (Romy en compagnie saphique), le réalisateur s'effondre. Victime d'un infarctus.
Il s'en relèvera plus tard.
Pas "L'Enfer", immense gâchis et film dès lors mort-né…
que Claude Chabrol réalisera plus tard mais sans le génie auquel prétendait Clouzot.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 10478
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: L'ENFER DE CLOUZOT   Mer 16 Sep - 2:24

La jalousie possède l'étonnant pouvoir d'éclairer l'être unique d'intenses rayons
et de maintenir les autres hommes dans une totale obscurité.
La valse aux adieux

Milan Kundera

KIND OF BLUE