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 L'ENFER DE CLOUZOT

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Nine
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MessageSujet: L'ENFER DE CLOUZOT   Mer 16 Sep - 1:23

Paradis perdu



L'Enfer (1964) devait marquer la rencontre entre Henri-Georges Clouzot et Romy Schneider.

Elle est au centre de cette histoire couchée sur papier par le réalisateur de Quai des Orfèvres après une nuit d'insomnie :

un drame où la jalousie d'un hôtelier marié (Serge Reggiani) culmine à la névrose. Mais L'Enfer gagne littéralement le tournage. Clouzot, d'habitude précis, tergiverse, prend (trop) son temps et épuise son équipe.

Malade, Reggiani quitte le plateau au bout de trois semaines pour ne jamais revenir.

Puis, tandis qu'il filme sur une barque des ébats saphiques entre Romy Schneider et Danny Carrel, Clouzot est frappé par un infarctus.

Le film ne sera jamais achevé.

L'œuvre incomplète - démos de chansons, bootleg, rushes - pousse les fans à rêvasser devant ce qui aurait pu être, ou à les finir tout en sachant la futilité de la démarche (Jess Franco montant le Don Quichotte fragmentaire d'Orson Welles, les Beatles survivants appliquant une couche à un inédit).

Serge Bromberg, inlassable passeur de cinéphilie, se situe ici entre les deux attitudes, ressuscitant les bobines de L'Enfer dans une optique à la fois de making of et de recréation.

Il fait défiler les témoins de l'époque (dont Costa-Gavras, assistant sur le film) et comble les blancs : les rushes étant silencieux, il ajoute une B.O. jazzy ou met en scène Bérénice Béjo et Jacques Gamblin, reprenant les rôles principaux lors de lectures du script.

Ce fantasme documentaire, de reprise, respectueux, sensuel, met surtout en lumière des images fascinantes : marqué par 8 ½ et l'avant-garde contemporaine (de l'art cinétique à Boulez), Clouzot voulait rompre avec son image « classique », façonnée par les jeunes turcs de la Nouvelle Vague, qui avaient fait de lui le parangon de la « qualité française ».

On pense à Kaléidoscope, projet avorté et tout aussi expérimental d'Alfred Hitchcock. Clouzot tournera des heures d'essais, radicaux et sublimes,
avec Schneider, dédoublée, passée sous filtre ou en rouge à lèvres bleu, pour inspirer les visions de Reggiani lors de ses crises de jalousie.
Qui l'imagine ligotée à des rails sur le passage d'un train ou derrière un rideau de pluie.
Romy y est incandescente, comme une icône hitchcockienne psychédélique.

Et L'Enfer devient simplement paradis.

Un documentaire de Serge BROMBERG et Ruxandra MEDREA.
Avec Romy Schneider, Serge Reggiani...
Distribution : MK2 Éditions.
Sortie prévue le 4 NOVEMBRE.


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MessageSujet: Re: L'ENFER DE CLOUZOT   Mer 16 Sep - 1:30

Extrait de L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot,
film inachevé dont il ne reste que ses essais
Avec Romy Schneider et Serge Reggiani
Sortie en salles le 23 septembre (docu-film de Serge Bromberg)





Présenté au Festival bolognais Il Cinema ritrovato, la Mecque de la cinéphilie et de la restauration de classiques, placée sous le parrainage de Martin Scorsese, L'enfer d'Henri-Georges Clouzot, réalisé par Serge Bromberg, est un événement pour l'histoire du Septième art.

Un document exceptionnel, qui revient sur l'incroyable aventure de ce qui aurait dû être le film le plus fou et le plus ambitieux de Clouzot.


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MessageSujet: Re: L'ENFER DE CLOUZOT   Mer 16 Sep - 1:38

L’enfer, selon Clouzot



Dans le cadre de la section Cannes Classics dédiée, comme son nom l'indique, aux grands classiques du 7ème d'art, les festivaliers ont l'opportunité durant une semaine de revoir de vieux films restaurés. Cette année, on a ainsi projeté "Pierrot le fou" de Godard, "Accident" de Losey ou encore "Les vacances de monsieur Hulot" de Jacques Tati.
Ce mardi est présenté "L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot" de Serge Bromberg et Ruxandra Medrea.

Ni fiction ni vieux film, ce documentaire, qui sortira le 23 septembre, dans les salles françaises raconte le tournage insensé de "L'Enfer" de Clouzot, film inachevé et dont personne n'avait pu voir les images, jusqu'à ce mardi.


Serge Bromberg et Ruxandra Medrea


Ce documentaire, Serge Bromberg - intarissable sur cette formidable aventure - l'a réalisé comme on mène une enquête.

Et pour causes, si chacun savait qu'Henri-Georges Clouzot avait, durant le mois de juillet 1964, tourné pendant deux semaines, personne n'avait jamais vu la moindre image de ce qui aurait dû être "L'Enfer", le film le plus ambitieux du réalisateur français (soutien de la Columbia américaine et budget illimité).

«Mais tous les témoins de ce tournage s'accordaient pour le décrire comme incroyable même si tous avaient une version différente du tournage»,

raconte Serge Bromberg qui, dès lors, ne voit plus d'autre alternative que celle de retrouver ces images, pour en quelque sorte tirer l'affaire au clair.

La providence a voulu qu'il mette la main sur les 185 boîtes de bobines, ce qui représente rien moins que 16 heures d'images.



«Et là, reprend notre interlocuteur, j'ai compris».

Compris quel enfer ce fut effectivement tant pour le metteur en scène qui s'est littéralement perdu dans son projet et pour toute l'équipe du film, à commencer par les acteurs, Romy Schneider (26 ans) absolument sublime, et Serge Reggiani, carrément malmenés par un Clouzot qui s'abîme dans la recherche sans fin de la perfection et dont les doutes laissent tout un chacun dans une incompréhension totale.

Et pourtant, rappelle Serge Bromberg, «L'Enfer était à l'origine un film intimiste».

En l'occurrence l'histoire d'un homme, Marcel, patron d'une auberge de province, saisi par le démon de la jalousie. Il se met à soupçonner son épouse, Odette, puis à l'espionner, puis à la harceler.

Le film - tantôt en couleurs tantôt en noir et blanc, au gré des crises de Marcel -, devait nous faire pénétrer dans la folie, les délires de cet homme, à grand renfort d'emprunts à l'art cinétique, ce que nous montrent les essais fascinants tournés avec les deux acteurs.


«Clouzot est rentré dans sa propre folie, ce qui l'a mené à la catastrophe. C'est comme si le film qu'il avait écrit sur une obsession lui était revenu comme un boomerang».

La catastrophe, ce fut l'infarctus dont fut victime le réalisateur de Quai d'orfèvre et qui interrompit définitivement le tournage devenu de toute façon impossible de ce qui s'apparentait déjà à un film maudit.

La seule issue possible, finalement.

Pour nous raconter l'histoire de ce naufrage, Serge Bromberg a fait le choix de suivre deux pistes :

«Il y a deux histoires, d'abord celle de Clouzot qui se fixe un défi improbable qui le conduira au drame ; et puis il y a celle de ce qu'aurait été le film s'il avait été mené à son terme. Aux images existantes, et pour combler les manques, j'ai donc demander à deux comédiens Bérénice Bejo et Jacques Gamblin de jouer les scènes du scénario originale, à partir des dialogues écrits par Clouzot».

La première histoire étant construite autour des témoignages des collaborateurs du réalisateur et les fameuses images dont la découverte ne fait qu'aviver le regret de savoir ce film à jamais inachevé. Mais retrouvé.

Et devant les tâtonnements d'un Clouzot qu'on découvre tenté par l'inconnu, lui dont le nom est le symbole même d'un cinéma maîtrisé et de facture plutôt classique
«C'était sans doute le film de sa vie», estime le réalisateur,
devant la beauté éblouissante de Romy Schneider et le parfum de mystère qui enveloppe les images, on reçoit ce documentaire comme un formidable cadeau, après quarante cinq ans d'obscurité.

Par Elisabeth Bouvet


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MessageSujet: Re: L'ENFER DE CLOUZOT   Mer 16 Sep - 1:56

UN FILM MAUDIT



En 1964, Clouzot est un homme en plein bouleversement.

Dévasté par la mort de sa femme Véra, rangé par les jeunes auteurs de la Nouvelle Vague parmi les monuments du passé, défié par l'inventivité folle du "Huit et demi" de Fellini, l'auteur du Salaire de la peur est courtisé par Hollywood.

La Columbia lui offre un contrat vertigineux : budget illimité et les pleins pouvoirs… sans même lui imposer la présence contraignante d'un producteur.

Un rêve ?
Plutôt un piège.

Car sur le tournage, Clouzot va très vite se perdre.
En entamant des recherches esthétiques, tant sur le plan sonore que visuel, qui sont en tous points passionnantes mais qui vont éloigner le cinéaste et de son sujet, et de ses acteurs.

Le sujet, c'est la jalousie.

Mais c'est surtout, confesse Clouzot dans les documents d'archives où on nous le restitue, le labyrinthe des obsessions, qui vont peu à peu dévorer un homme (Serge Reggiani) marié à une très jolie femme (Romy Schneider).

Les images d'archives des rushes du tournage sont hallucinantes.
On y découvre un film tantôt en noir et blanc, d'une facture classique, évoquant la réalité du couple, tantôt en couleurs et presque psychédélique.
Il s'agit alors de la représentation fantasmée, paranoïaque, distordue du délire de jalousie qui saisit Reggiani. Ce qui nous vaut des images folles :

Romy nue, pieds et mains liées, sur une voie ferrée où déboule un train ; des femmes – dont Romy, toujours – alanguies, aux lèvres bleues, prêtes à s'offrir à la débauche ; des « coïts optiques », résultant d'effets visuels spéciaux ; des jeux de miroirs déformant ; des recherches cinétiques et chromatiques…



D'une beauté désarmante, Romy apparaît dans les images sauvées comme un objet de désir aussi trouble que silencieux.
On ne l'entendra pas.
A l'inverse de Reggiani, qui parle, entend des voix, est harcelé par un flux ininterrompu de sons, chuchotements ou cris dans la tête.

Et là aussi, le montage sonore, souligné par une bande sonore électro-acoustique que signe Gilbert Amy, est d'une créativité stupéfiante.

En somme, "L'Enfer" tel qu'on nous le donne à voir, ce n'est plus un film :
c'est un laboratoire.

Livré à l'ivresse d'un pouvoir sans limite, qui lui aura peut-être porté le coup fatal, Clouzot est bientôt rattrapé par ses propres obsessions.

Méfiant, nerveux, maniaque, insaisissable, il sombre dans des insomnies,
harcèle un entourage corvéable à merci.
Bref, le tournage vire à la poudrière.
D'autant qu'avec les acteurs, la tension tourne bientôt à la guerre.

Entre lui et Romy Schneider, ce ne sont bientôt plus qu'affrontements de cris. Quant à Reggiani, d'abord ricaneur et sur ses gardes, il ne supporte plus ce tyran.
Epuisé psychiquement autant que physiquement, Reggiani quitte le film après trois semaines de tournage.
On fait alors appel d'urgence à Jean-Louis Trintignant.
Qui partira à son tour après quelques jours, sans avoir joué la moindre scène. Clouzot s'accroche encore.

Mais un jour, alors qu'il filme une scène d'hallucination (Romy en compagnie saphique), le réalisateur s'effondre. Victime d'un infarctus.
Il s'en relèvera plus tard.
Pas "L'Enfer", immense gâchis et film dès lors mort-né…
que Claude Chabrol réalisera plus tard mais sans le génie auquel prétendait Clouzot.
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MessageSujet: Re: L'ENFER DE CLOUZOT   Mer 16 Sep - 2:24

La jalousie possède l'étonnant pouvoir d'éclairer l'être unique d'intenses rayons
et de maintenir les autres hommes dans une totale obscurité.
La valse aux adieux

Milan Kundera

KIND OF BLUE



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MessageSujet: Re: L'ENFER DE CLOUZOT   Lun 2 Nov - 12:07

L'ENFER

Voici enfin la bande annonce officielle du film retrouvé de Clouzot, l'Enfer, avec Romy Schneider comme on ne l'a jamais vue.

Prochainement en salles.


"Le film raconte l'histoire d'un homme qui est hyper jaloux, et il pense que sa femme le trompe.
Aussi bien avec des hommes qu'avec des femmes. Et à chaque fois qu'il pense que sa femme le trompe,
l'univers extérieur se déforme."

L’expérimentation, par Clouzot, qui venait de découvrir l’art cinétique, de nouveaux procédés de lumière, de couleur et de nouveaux effets, comme les distorsions chromatiques, pour transcrire à l’écran les délires paranoïaques d’un mari jaloux, laissent à penser que ce film aurait été une œuvre singulière.

Unique dans le cinéma Français.



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MessageSujet: Re: L'ENFER DE CLOUZOT   Lun 2 Nov - 12:13

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MessageSujet: Re: L'ENFER DE CLOUZOT   Lun 2 Nov - 12:36

Romy Schneider tournage au bout de l'enfer



Elle avait 25 ans.
Henri-Georges Clouzot l’avait choisie comme héroïne pour « L’enfer » dont le thème est la jalousie. Un film maudit qu’un documentaire et un livre ressuscitent aujourd’hui.

par Ghislain Loustalot - Paris Match

Clouzot voulait la bouche de Romy en gros plan, raconte la scripte, Nguyen Thi Lan.
On a d’abord filmé la langue qui tournait autour de la bouche et ce n’était jamais parfait...
J’ai l’impression que nous avons passé une journée complète sur sa bouche, peut-être plus.
Et Romy s’énervait, elle ne comprenait pas.
Après avoir tourné avec tant de soin les “Sissi”, elle se retrouvait maintenant
à faire tourner sa langue autour de sa bouche à n’en plus finir. »
Le film est baptisé «L'enfer», un titre prémonitoire

Début de l’année 1964. Henri-Georges Clouzot s’apprête à ­révolutionner le cinéma
avec un dix-septième long-métrage annoncé comme un événement
et qui bénéficie du soutien des producteurs américains de la Columbia.
Au vu des premiers rushs qu’ils jugent
« hypnotiques, incandescents, époustouflants »,
ils vont prendre la décision rarissime d’allouer à Clouzot un budget illimité.
Changement de standing pour le réalisateur qui abandonne son petit bureau.
Georges, comme l’appellent ses intimes, s’installe dans une suite au...
George V, justement, où son projet délirant va prendre corps.
Le film est baptisé « L’enfer ». Un titre prémonitoire.

Romy Schneider, 25 ans, vingt-cinq films, en est la vedette féminine.
Elle rentre des Etats-Unis où elle s’était exilée après sa rupture avec Alain Delon.
Elle vient d’y tourner sous la direction d’Otto Preminger. Elle est déjà une star.
Mais pour Georges, elle est prête à tout.
N’est-il pas le réalisateur du «Corbeau», de « L’assassin habite au 21 »,
de « Quai des Orfèvres », du « Salaire de la peur » et des « Diaboliques » ?
Ne pourrait-il devenir, à l’issue de cette expérience, son Hitchcock à elle ?
Pour Clouzot, justement, la fascination que suscite Romy s’inscrit au cœur même du film.
Elle sera un sujet d’obsession et de paranoïa idéal.

Passé maître dans l’art de ­distiller l’angoisse, Henri-Georges Clouzot veut, cette fois,
aller beaucoup plus loin, toucher du doigt une forme de paroxysme.
Son obsession ? L’obsession.
Il sort d’une grave dépression, après la maladie et la mort de Véra, son épouse et égérie.
« Pas une dépression de ­starlette, dit-il, une vraie. »
Il veut mettre en images les malaises anxieux qui l’empêchent de dormir.
Tout cela va se cristalliser autour du thème de la jalousie.
Mais comment faire vivre la terrifiante névrose morbide d’un mari tourmenté,
en l’occurrence Serge Reggiani, afin que chaque spectateur la ressente intimement ?

Au cours de la préparation du film, la jalousie est répertoriée en dizaines de fiches multicolores. Chaque couleur correspond à un état d’âme, un moment, une situation.
Une tentative de mise en équation de la folie. Un jeu dangereux.
« Il pensait sûrement qu’on n’avait jamais traité la jalousie comme il le fallait,
explique Catherine Allégret, qui fait partie du casting.
Lui, il est allé dans le gras de la douleur. »

« L’enfer » commence donc sur une histoire banale de jalousie.
La vie quotidienne sera tournée en noir et blanc,
les fantasmes ­infernaux du mari s’inscriront en couleur.
Banale histoire, en fait, oui. Sauf que la manière de la ­raconter ne doit pas l’être.
Et, à cause de cela, « L’enfer » va devenir un véritable enfer.
Il y a d’abord les essais. Ils vont durer plusieurs semaines et laisser tout le monde exsangue,
Clouzot et son cœur affaibli en premier.
« Lors de ces essais, je me rendis compte qu’il était le metteur en scène le plus difficile que j’aie jamais rencontré, confiera Romy Schneider.
Difficile, mais pas dans un sens négatif !
Cet homme ne se disait jamais satisfait, c’était un perfectionniste qui voulait que chaque ton,
chaque éclairage, chaque geste soit exactement, à la plus petite nuance près,
tel qu’il se l’était imaginé ­auparavant. Je me demandais :
“Com­ment supporteras-tu dix-huit semaines de tournage avec lui ?” »
On disait de Clouzot qu'il était cynique, impitoyable

Romy a rapidement conscience de s’être embarquée dans une entreprise de doux dingue,
dans une histoire dont elle ne parvient pas à deviner
si elle en est la victime ou le bourreau aguicheur et pervers.
Une Sissi ultra-sexy qui tromperait son mari avec des hommes et des femmes.
Mais Romy croit encore au génie du maître, qui tente de la pousser au bout d’elle-même.
Costa-Gavras, premier assistant sur la préparation du film, se souvient :
« Depuis des années déjà, les acteurs entraient sur le plateau de Clouzot les poings serrés,
car il avait la réputation d’être extrêmement dur avec eux.
On le disait cynique, impitoyable...
Cela faisait partie de son image de marque. »

De son côté, pourtant, le metteur en scène travaille comme un forcené.
Il a engagé les meilleurs techniciens de l’époque
et constitué trois équipes de tournage qui forment une véritable armée.
Il fait plancher Boulez et l’Ircam sur la bande-son,
utilise l’iconographie de l’art cinétique angoissant, dérangeant,
multiplie les effets spéciaux, tente toutes les expériences.
Et Romy subit tous les supplices.
Elle est enduite d’huile d’olive et recouverte de paillettes, grimée de fards multicolores.
Une roue de 8 mètres de diamètre, sur laquelle sont placés plusieurs projecteurs
et des filtres de couleur, tourne en permanence, l’aveugle par moments.
Elle se protège les yeux, souffre.
L’épreuve est à la limite du supportable.
Et pourtant, comme toujours, elle prend ces essais extrêmement au sérieux
, même si elle ne parvient pas à perdre son accent,
comme Clouzot le lui demande avec insistance depuis des semaines.

Pire, elle acceptera de tourner nue, alors que son contrat habituel l’interdit,
dans une scène d’un érotisme et d’une violence inouïs
– elle est attachée sur des rails de chemin de fer –,
qui ne figure même pas dans le scénario.
Dans le documentaire de Serge Bromberg, qui permet de la découvrir
sublime et tourmentée au cours de ce marathon surréaliste,
on lit parfois sur ses lèvres l’agacement et l’énervement total :
« Oh, s’il te plaît, Georges ! J’en ai marre ! »
Nguyen Thi Lan confirme :
«J’ai vu partir Romy sur des coups de colère, disant : “Non, je ne veux pas faire ça.
Tu m’emmerdes, je l’ai déjà fait !”
Elle quittait le plateau et rentrait dans sa loge en hurlant :
“Je ne veux plus te voir !” C’étaient des scènes assez démentielles.»
Le premier à craquer est Serge Reggiani

Clouzot est certainement en train d’inventer le cinéma de demain,
les images conservées en témoignent, mais la troupe a beaucoup de mal à suivre.
Il refait cinquante fois les mêmes prises, paraît être le seul à comprendre où il va. L
e tournage patine, s’enlise.
Le réalisateur, insomniaque, a pris l’habitude de réveiller ses plus proches collaborateurs en pleine nuit.
Il les épuise, ne supporte pas qu’on s’arrête de travailler le dimanche.
Le premier à craquer est Serge Reggiani.
On diagnostique une fièvre de Malte. Maladie diplomatique ? Dépression ?
L’acteur, en réalité, n’en peut plus de s’opposer à Clouzot.
Il quitte le plateau, définitivement.

Jean-Louis Trintignant est appelé à la rescousse, mais il ne reste que quelques jours.
Le tournage se poursuit, sous haute tension, jusqu’à cette journée torride de juillet,
un peu moins de trois semaines après le premier clap.
Romy Schneider et Dany Carrel ont pris place dans une barque, chemisiers largement ouverts.
On filme, loin des regards, une scène érotique entre les deux actrices,
pour laquelle elles vont devoir s’embrasser pendant des heures.
A l’arrière de l’embarcation, Clouzot tire sur sa pipe, comme d’habitude.
William Lubtchansky, assistant opérateur à l’époque, raconte :
« D’un seul coup, plein de gens se sont précipités. Clouzot venait de faire un infarctus.
Les ambulances sont arrivées et on l’a emporté à l’hôpital.
Cela a été très rapide et la production a tout de suite pris les choses en main. »
Le tournage est arrêté.

Personne n’ira jusqu’au bout de « L’enfer »,

même pas Clouzot qui survit par miracle à l’accident cardiaque.
Tout le monde est sous le choc et le restera longtemps.
Quelques années plus tard, Romy Schneider confiera à Costa-Gavras, qui la questionne :
« Non, on ne parle pas de cela. “L’enfer”, c’étaient des ­moments exceptionnels,
mais des moments un peu difficiles aussi. »

Chez Clouzot, qui ne tournera par la suite qu’un seul film et quelques documentaires avec ­Herbert Von Karajan,
la blessure ne s’est pas refermée non plus.
Sa femme, Inès, qui a permis que ce voyage au bout de « L’enfer » soit ­visible par tous,
raconte sa fin, le 12 janvier 1977.
« Il est mort dans ­notre salon en écoutant “La ­damnation de Faust”, de Berlioz.
La partition, qu’il suivait continuellement, était ouverte sur la ­table basse
à la page de la scène XV.
­Marguerite, l’héroïne de cette ­légende dramatique, était en train de chanter ces vers :
“Tout me ­paraît en deuil/Alors ma pauvre tête/Se dérange bientôt/
Mon faible cœur s’arrête/Puis se glace aussitôt.” »

«L'enfer, d'Henri-Georges Clouzot» de Serge Bromberg,
sortie en salles le 11 novembre.

Point final
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MessageSujet: Re: L'ENFER DE CLOUZOT   Lun 2 Nov - 12:47

LUMIERE DE L'ENFER



Elle n’aimait pas le mot « star »… Pourtant, vingt-sept ans après sa disparition,
elle est devenue un mythe et la référence absolue des actrices.
Quatre d’entre elles décryptent la légende Romy Schneider, au moment où L’Enfer,
film inachevé de Clouzot, fait l’objet d’un documentaire.

par Sophie Grassain
Le Figaro

En 1964, Romy Schneider croise le cinéaste Henri-Georges Clouzot, qui lui propose L’Enfer,
un drame névrotique sur la jalousie.
Terrassé par un arrêt cardiaque, il ne terminera jamais le film.
Serge Bromberg et Ruxandra Medrea font revivre ce tournage maudit
grâce à L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot
un documentaire balisé de témoignages et d’extraits où Bérénice Bejo et Jacques Gamblin lisent des scènes cruciales qui ne furent jamais filmées.

À l’époque, Clouzot y altère le son, y expérimente des images cinétiques
et se noie dans sa quête esthétique.
Pour lui, Romy est à la fois ange (l’épouse sage)
et démon (dans les visions folles de son mari, Serge Reggiani, persuadé qu’elle le trompe).
Mais surtout, elle accepte tout :
faire du ski nautique pendant des jours, porter du rouge à lèvres bleu,
se glisser nue sous un catafalque transparent.

Aujourd’hui, que reste-t-il d’elle ?
Une plastique parfaite sanglée dans un maillot de bain noir (chez Deray).
Des cheveux tirés en arrière qui lui donnaient le port de tête d’une écuyère (chez Sautet).
Des personnages où les Françaises reconnaissaient des bribes de leur existence
(Sautet, encore).
Et cette façon de s’écorcher vive sur les arêtes de chaque rôle pour se dépasser
(chez Zulawski).
« Je n’ai peur de rien, sinon de moi-même », disait-elle.

Car elle souffrait. Elle souffrait de ce qu’elle croyait être ses limites.
Mais aussi des abus d’une certaine presse avide d’intimité,
qui n’hésita pas à la crucifier lorsque les choses de la vie
(abus d’alcool et d’anxiolytiques, mort tragique de son fils David) la rattrapèrent.

L’actrice s’est grandie devant nous. Elle s’est rebellée devant nous.
Elle y a tout perdu.
Elle y a tout gagné, et, d’abord, une part d’éternité.



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MessageSujet: Re: L'ENFER DE CLOUZOT   Lun 2 Nov - 12:56

Retour en enfer !
au hasard d'un ascenseur...




Ces images-là n'avaient pas disparu, mais demeuraient secrètement gardées.
De L'Enfer (1964), oeuvre inachevée d'Henri-Georges Clouzot avec Romy Schneider
et Serge Reggiani, il reste des mois d'essais filmés et trois semaines d'un tournage dément.

Le tout bloqué chez la veuve du réalisateur.
Serge Bromberg était au moins le deux centième à tenter de la convaincre d'exploiter ce trésor.

"J'espère que vous allez me proposer quelque chose de spécial", lui lança Mme Clouzot.

Les arguments de Serge Bromberg plaisent, mais pas plus que ceux de ses prédécesseurs.
L'entretien fini, elle prend l'ascenseur avec lui et ils se retrouvent coincés... trois heures !

Libérée, elle donne son accord à Bromberg, voyant dans l'incident "quelque chose de spécial".

C'est ainsi que L'Enfer, film maudit, est devenu un documentaire béni
(sortie le 11 novembre).

SERGE BROMBERG UN PASSIONNE DE LA PELLICULE

Passionné Serge Bromberg au siège de Lobster, à Paris.
Infatigable chasseur de pellicule,
il parcourt le monde à la recherche d'oeuvres qu'on croyait perdues. A ce jour,
il possède 110 000 copies, longs- et courts-métrages confondus.

" Il n'empêche que, à l'heure du tout-numérique,
collectionner de la pellicule peut sembler une hérésie. Voire un luxe.
"Qui dit que, dans quinze ans, les fichiers numériques seront toujours compatibles ?
demande Serge Bromberg.
Pouvez-vous me citer un support autre que la pellicule qui ait duré aussi longtemps,
à part les manuscrits de la mer Morte ?"
De quoi motiver plusieurs générations de collectionneurs,
qui, en 3009,
retrouveront, peut-être, les copies perdues de la saga Indiana Jones.

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MessageSujet: Re: L'ENFER DE CLOUZOT   Mer 4 Nov - 1:26

"Elle ne savait pas que l'Enfer, c'est l'absence."
Paul Verlaine



Les 185 bobines finiront dans le placard d’un assureur pendant un demi-siècle
jusqu’à ce que Inès Clouzot, sa dernière épouse, cède les droits à Serge Bromberg.
C’est à partir des rushes originaux que le réalisateur propose un long-métrage inédit
(en salles le 4 novembre).

Une renaissance qui dévoile une Romy sidérante de beauté. Vraiment du jamais-vu!

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MessageSujet: Re: L'ENFER DE CLOUZOT   Dim 28 Fév - 13:22

CESAR DU MEILLEUR FILM DOCUMENTAIRE 2010



Notre coup de coeur de Septembre 2009.
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liliane
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MessageSujet: Re: L'ENFER DE CLOUZOT   Lun 26 Avr - 9:38

Le film "L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot" de Serge Bromberg a remporté dimanche le Prix de la critique au festival du film français de Los Angeles, a annoncé le festival.


Ce passionnant documentaire, présenté à Cannes en 2009, lève le voile sur "L'Enfer", un film que Clouzot voulait révolutionnaire, avec Romy Schneider et Serge Reggiani, et dont le tournage, devenu un véritable gouffre financier, s'arrêta au bout de trois semaines.

Le jury de critiques américains a également décerné une mention spéciale à l'acteur Eric Elmosnino pour son incarnation de Serge Gainsbourg dans "Gainsbourg (Vie héroïque)" de Joann Sfar.

Le festival COL-COA (City of Lights, City of Angels) qui s'est tenu du 19 au 25 avril à Los Angeles, est l'occasion pour le public américain et les décideurs hollywoodiens -- distributeurs, producteurs... -- de découvrir la production française. Une cinquantaine de films ont été présentés cette année.

http://www.commeaucinema.com/afp/un-documentaire-sur-clouzot-prime-au-festival-du-film-francais-a-los-angeles,182165
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