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 LA MUSIQUE UN ROLE HUMAIN ...

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Nine
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MessageSujet: LA MUSIQUE UN ROLE HUMAIN ...   Mer 22 Juil - 1:07

La musique ne s’est jamais résumée à son industrie




Tout le ramdam sur la loi Hadopi paraît bien désuet face à ce que nous révèlent ces flûtes découvertes dans une caverne du sud-ouest de l’Allemagne, vieilles de 35 000 ans. La musique était déjà très répandue à l’époque. Elle a même fait partie, affirment des scientifiques allemands dans la revue Nature, qui ont étudié ces instruments préhistoriques - les plus anciens que l’on ait jamais découverts -, des comportements de notre espèce qui lui ont donné un avantage sur les néanderthaliens.

La mieux conservée de ces flûtes a été fabriquée dans un os d’aile de vautour de 20 cm de long. Elle dispose de cinq trous et de deux ouvertures en biseau à travers lesquelles l’instrumentiste soufflait. D’autres fragments de flutes taillées dans l’ivoire de défenses de mammouth font partie du lot. Au total, huit flûtes taillées dans l’ivoire ou des os d’oiseaux ont été découvertes dans cette caverne.

Selon le professeur Nicholas Conard (sic), de l’université de Tubingen, cela suggère que jouer de la musique était une pratique courante il y 40 000 ans, qui trouve probablement son origine 50 000 ans en arrière en Afrique. Beaucoup plus tôt qu’on ne l’imaginait jusque là. "Il devient de plus en plus évident que la musique faisait partie de la vie quotidienne, confie-t-il à BBC News. Les hommes modernes qui sont venus dans cette région avaient tout un éventail d’artefacts symboliques, un art figuratif, des représentations de créatures mythologiques, de nombreuses sortes de parures et une tradition musicale bien développée."

Pour les auteurs de l’article de Nature, "la musique a probablement contribué au maintien de larges réseaux sociaux, et de ce fait, a peut-être facilité la démographie et l’expansion territoriale des hommes modernes, relativement à une population de néanderthaliens culturellement conservatrice et plus démographiquement isolée". Comment mieux illustrer le rôle de socialisation, de civilisation et même de préservation de l’espèce humaine joué par la musique ?

Un retour au lien tribal

On touche là du bout du doigt à l’essence même de sa fonction au sein des sociétés humaines, qui est de contribuer à la création d’un lien social fort, presque tribal. On y revient d’ailleurs aujourd’hui. Depuis l’origine, la musique est une des harmonies fondamentales de l’univers dans lequel évolue notre espèce, qui peut y puiser de nombreuses ressources. Et parce qu’elle contribue si bien à préserver notre espèce, comme n’hésitent pas à l’avancer ces chercheurs allemands, elle est avant toute chose un bien commun.

Cela nous amène à considérer d’un point de vue différent la question du droit d’auteur et de ses droits voisins. Il n’est pas question de nier leur fondement, mais de même que l’urbanisation du territoire nous a coupés des rythmes de la nature et nous a amenés à négliger la préservation des espaces ruraux, 50 années de développement tout azimuth de l’industrie phonographique et de règne sans partage du phonogramme nous ont détournés de l’essence même de la musique, de sa fontion sociale, religieuse, culturelle, récréationnelle.

Elle est tout simplement devenue, aujourd’hui, une affaire de business, une simple marchandise. C’est en tout cas le seul critère autour duquel a tourné la réflexion sur le téléchargement illégal. L’enrichissement collectif que constitue, depuis une dizaine d’années, la possibilité pour tout un chacun d’accéder au répertoire le plus large sur Internet, d’échanger autour de la musique, de la partager à une échelle jamais atteinte, n’entre pas en considération. C’est pourtant faire l’impasse sur l’essentiel des bouleversements en cours dans les nouvelles pratiques musicales du genre humain.


La fin de l’ère des Beatles

La nouvelle appétence pour le spectacle vivant, et cette nouvelle culture des festivals qui émerge en Europe, et qui pousse des hordes de jeunes à franchir les frontières pour se retrouver dans une sorte de communion festive autour de multiples plateaux d’artistes, 40 ans après Woodstock, est un signe du recul du phonogramme et de la fin du rôle central qu’il a joué dans les pratiques musicales pendant plusieurs décennies. D’une certaine manière, c’est la fin de l’ère des Beatles, qui furent le premier groupe de super stars de la musique populaire à considérer qu’il pouvait se limiter à exister sur disque, et cesser de se produire sur scène (1).

On se demande aujourd’hui comment les artistes parviendront à vivre s’ils ne vendent plus de disques, de même qu’on se demandait dans les années 40 ou 50 comment les interprètes parviendraient à subsister s’ils étaient progressivement remplacés, à la maison comme à la radio, par des galettes de vinyl. On se questionne également sur l’émergence de nouvelles formes de gratuité dans l’accès à la musique sur Internet, en pleine crise économique, comme on se questionnait sur cette formidable irruption de la gratuité à la radio dans les années 30, dans une période tout aussi troublée sur le plan économique.

Mais de même que les artistes interprètes n’ont pas disparu avec l’avénement du phonogramme, à l’enregistrement duquel ils contribuent de manière essentielle, le phonogramme ne va pas disparaître avec l’avènement des nouvelles logiques de flux dématérialisés à l’oeuvre dans la consommation de musique aujourd’hui, dont il reste un des ingrédients essentiel.

Et de même que les artistes interprètes les plus populaires ont vu leurs sources de revenus provenir de plus en plus de la vente de leurs phonogrammes et de moins en moins de leurs prestations publiques dans la deuxième moitié du XXième siècle, ils tireront de plus en plus leur subsistance de ces logiques de flux dématérialisés et de moins en moins de la vente unitaire de phonogrammes, fixés ou non sur un support physique, au cours de la première moitié du XXIième siècle.

A l’épreuve du syndrome néanderthalien

Le contexte et la nature de la relation avec l’artiste, ou ceux des nouvelles expériences musicales que permettent de vivre les nouvelles technologies, joueront un rôle croissant, à l’avenir, dans la valorisation économique de la musique. Le champ des possibles est aujourd’hui illimité dans ces domaines. Et les innovations les plus probantes ne viendront probablement pas des acteurs les mieux installés jusque là dans l’économie de la musique.

Plus que tout, il semble que la musique, qui épouse mieux que quiconque l’horizontalité et la dynamique de flux des réseaux, ait un rôle majeur à jouer dans l’adaptation du genre humain aux nouvelles formes d’organisation sociale et d’intelligence collective dont la société de l’information est porteuse. Comme au bon vieux temps de la préhistoire ?

Cette dimension oubliée de la musique, les nombreux bouleversements économiques que connaît son industrie ne doivent pas nous empêcher de la retrouver, ou nous encourager à l’occulter. Bien des intérêts particuliers auront à en souffrir. Mais ce n’est certainement pas le cas de l’intérêt général. Trouver un nouvel équilibre entre les premiers et le second, c’est le défi que toute politique industrielle de la culture doit se fixer de relever aujourd’hui. En veillant à ne pas céder au conservatisme et à l’isolationnisme des néanderthaliens.

(1) cf. à ce propos le dernier ouvrage du musicien et essayiste américain Elijah Wald, "How the Beatles Destroyed Rock’ n’ Roll, An Alternative History of American Popular Music" (http://digg.com/u16ktw)

* Philippe Astor
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