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 BRADERIE DES FESTIVALS

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liliane
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MessageSujet: BRADERIE DES FESTIVALS   Sam 13 Juin - 10:08

Le festival Main Square brade ses billets et fait 8 000 heureux
LE MONDE | 12.06.09 | 16h40 • Mis à jour le 12.06.09 | 16h40

E bradant ses billets de 40 %, entre le 9 et le 11 juin, le festival Main Square, grand rendez-vous rock qui aura lieu du 2 au 5 juillet à Arras (Pas-de-Calais), a fait des heureux. "Plus de 8 000 personnes", selon Live Nation France Festival, la société organisatrice. Mais combien de mécontents ? Au premier rang, ceux qui, avant la braderie, ont payé leur billet au prix fort : de 45 euros à 60 euros la soirée, 175 euros le forfait 4 jours, pour assister aux concerts de Coldplay ou de Kanye West. "Dégoûté", "belle arnaque" : les commentaires vengeurs allaient bon train, ce week-end, sur le profil Facebook du Main Square. Ils ont été supprimés depuis du profil, mais ils circulent sur des forums comme Hiboo.com. On y trouve, accolée, la réponse - désormais effacée - de l'organisation : "Pourquoi ne vous plaignez-vous pas lorsque le pantalon que vous avez acheté en décembre se retrouve soldé de 70 % en janvier ?" Parce qu'on le fait en connaissance de cause.

Cette baisse du prix des billets, annoncée le 6 juin, a surpris. Officiellement, il s'agissait d'une "offre spéciale crise" et aussi de "reverser" au public une partie d'une subvention de 200 000 euros donnée par le département et la région. En réalité, la billetterie était catastrophique à un mois de l'événement.

DÉMARCHE INÉDITE

Pour certains producteurs de musique, une telle démarche est inédite dans l'histoire des festivals français. "Normalement c'est l'inverse, explique Christophe Davy, de Radical Production (Placebo, The White Stripes). On avantage ceux qui s'engagent les premiers alors que la programmation n'est pas forcément terminée." La concurrence ironise : "La crise, je ne l'ai pas découverte la semaine dernière, rappelle Jean-Paul Roland, directeur du festival des Eurockéennes (70 artistes en un week-end, à Belfort). Et quand on fait un cadeau, il ne doit pas se faire au détriment des autres."

Juridiquement, rien n'empêche un producteur de brader le prix des billets. Ni de le faire en exclusivité avec un vendeur, en l'occurrence Fnac.com. Sur Digitick, le principal concurrent de la Fnac, les prix n'ont pas baissé. Dans un secteur où les ventes de billets se font de plus en plus par voix numérique, le procédé n'étonne personne. Le producteur Jules Frutos, patron d'Alias (Mika, Franz Ferdinand), y voit un mauvais signe envoyé au public : "Cela donne le sentiment que les artistes sont bradés. Si le concert marche, je double les prix ?"

Live Nation n'est pas dans cette logique. Depuis le 4 juin, cette multinationale du divertissement vend au rabais des places de Madonna, fleuron de son écurie d'artistes. Jeudi 11 juin, le Main Square a annoncé qu'il revoyait définitivement tous ses tarifs à la baisse à partir du 13 juin, "tout en respectant ses fidèles festivaliers qui ont acheté leur ticket au prix fort". Mais sans prévoir de les rembourser de la différence.

Odile de Plas

http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/06/12/le-festival-main-square-brade-ses-billets-et-fait-8-000-heureux_1206214_3246.html#ens_id=1202955
Article paru dans l'édition du 13.06.09.
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MessageSujet: Re: BRADERIE DES FESTIVALS   Sam 13 Juin - 10:15

La sensation de l'été français, c'est la venue, le 16 juillet à Carhaix (Finistère), du chanteur américain Bruce Springsteen, le " Boss ", rare et cher, et ayant la réputation de fuir les festivals en général.

Carhaix est une petite ville du Centre Bretagne qui organise un rassemblement singulier dont le nom, sans logique par rapport à son propos, a d'abord fait ricaner les urbains : les Vieilles Charrues. L'expansion du festival, passé de 500 fêtards en 1992 à près de 200 000 spectateurs aujourd'hui, a été spectaculaire et a reposé sur un slogan répété par son fondateur et ancien président (aujourd'hui président d'honneur), Christian Troadec, élu maire (gauche alternative) de Carhaix depuis 2001 et conseiller régional depuis 2004 : " Vivre, décider et travailler au pays. "

Les Vieilles Charrues s'offrent Springsteen, prouvant qu'en matière de festival aussi, le militantisme paie. A chacun sa recette. Ainsi les Nuits secrètes, captivant 50 000 personnes dans les rues d'Aulnoye-Aymeries (Nord), une ville de 9 000 habitants, a cherché une démarche originale pour réussir son ancrage loin des transhumances habituelles de l'été. A 15 km de Maubeuge, en Avesnois, la cité ouvrière a été au cœur de la crise sidérurgique des années 1980, une chape de plomb que la municipalité communiste voulait casser auprès des jeunes en particulier. Pour retrouver ses valeurs par la culture, Aulnoye-Aymeries propose des têtes d'affiche gratuites – telle Marianne Faithfull, figure mythique de la pop anglo-saxonne – sur la grande scène devant 12 000 personnes. Mais la face cachée est payante : ce sont les découvertes, facturées entre 6 et 9 euros, avec l'idée culottée de ne pas connaître le contenu du programme, de parier sur un parcours secret, pour des concerts partagés par 100 personnes au maximum. Un plateau sur mesure, dans des lieux peu communs de la ville.

COIN PERDU CHERCHE TÊTE D'AFFICHE

Très différents par leur taille (près de 10 millions d'euros de budget pour les Vieilles Charrues en 2009, 900 000 euros pour les Nuits secrètes), leur histoire et leur concept, ces deux festivals ont pourtant partagé une même ambition d'origine : revaloriser un territoire. Pionnier en la matière, le festival des Eurockéennes avait marché dès 1989 sur les traces des énormes festivals anglo-saxons, avec pour proposition de base de désenclaver le Territoire de Belfort, économiquement fragile et politiquement invisible. Au milieu des champs, plus exactement sur une presqu'île, celle de Malsaucy, au bord d'un lac où nagent les canards, les Eurockéennes ont suivi l'exemple de Glastonbury, le plus gros festival rock de Grande-Bretagne, où Springsteen se produira également cette année.

Vieilles Charrues ou Nuits secrètes participent à l'extrême diversité des quelque 1 200 festivals de musiques actuelles recensés en France entre juin et septembre. Comment peut-on ingérer autant de festivals dans un si court été ? Car il n'y a pas que la musique, mais aussi la danse, le théâtre, la musique classique, le cinéma, ou le tout mêlé, sans compter les sirènes de l'étranger. Pas d'indigestion pourtant, et toujours autant d'appétit. Dans le lot, des festivités purement locales, mais aussi pléthore d'événements d'ambition régionale, voire nationale. Tous cousins, mais pas tous copains.

Depuis Woodstock, on sait que la musique populaire peut attirer les foules dans les endroits les plus reculés. Les Américains ont créé Woodstock et toutes ses déclinaisons, un art en soi, celui de poser sur des prairies des centaines de milliers de jeunes en quête de fête, de rencontres et de situations exceptionnelles – du coup de chaleur au bain de boue, en passant par l'expérimentation de nouveaux produits hallucinogènes. La France a rattrapé son retard dans les années 1990.

A côté des éléphants, comme les Francofolies de La Rochelle à la mi-juillet, une myriade de manifestations d'été a fleuri, dont beaucoup sont capables, bizarrement mais démocratiquement, d'attirer des grands noms de la chanson française ou de la pop internationale dans des endroits aussi inattendus que Malestroit, Monts, Hérouville-Saint-Clair, Clisson, Saint-Denis-de-Gastines, Montendre, Six-Fours ou Onet-le-Château…

La crise du disque (– 50 % de ventes de CD en cinq ans) peut expliquer la profusion : privés d'une part importante de leurs revenus, beaucoup d'artistes ont choisi de reprendre la route pour compenser ce manque à gagner. Mais, paradoxalement, cette multiplication d'événements va de pair avec une standardisation de leurs propositions et réduit les cités festivalières à des villes étapes. Même Carhaix n'y échappe pas.

Parfois accusés de céder au consensus mou, les choix artistiques des Vieilles Charrues parient sur les rencontres des générations. Sur l'immense prairie du site de Kerampuilh, le punk et sa maman, le rasta et son papa et des centaines de bandes de potes équipés pour trois ou quatre jours de fête, ont guinché sur Iggy Pop et Charles Trenet, The Cure et Pierre Perret, Louise Attaque et Joan Baez, comme ils le feront cette année avec NTM et Francis Cabrel, au milieu d'une marée humaine hérissée de drapeaux bretons. Autres clés de l'ambiance festive, des places à petits prix (32 euros, en 2009, pour une journée d'une vingtaine de concerts), les campings gratuits et l'accueil enthousiaste des bénévoles.

Au début des années 1990, Carhaix et ses 8 000 habitants s'assoupissaient dangereusement, dans un Centre Bretagne – le Kreiz Breizh – vieillissant. " La région était minée par l'exode rural, la désuétude des infrastructures ", explique Loïck Royant, nommé en 2009 directeur des Vieilles Charrues après six années de bénévolat. Capables aujourd'hui de fournir le nec plus ultra du gigantisme rock, les Vieilles Charrues ont commencé à faire jouer leurs premiers invités sur la remorque d'un tracteur, dans le cadre d'une fête d'étudiants à l'ambiance potache. Le bouche-à-oreille fera rapidement de la capitale du no man's land breton l'un des plus imposants lieux de rendez-vous des musiques populaires. 3 000 festivaliers en 1994, 20 000 en 1996, 100 000 en 1998, plus de 150 000 à partir des années 2000… Un succès facilité sans doute par la tradition festivalière du Grand Ouest nourrie par des événements comme l'Interceltique de Lorient ou le festival de Cornouaille à Quimper.

En décrochant Bruce Springsteen, les Vieilles Charrues ont réussi le coup de l'été. Mais il a évidemment un prix. Pharaonique. Malgré la clause de confidentialité du contrat, on estime à près de 1 million d'euros le coût du spectacle. Un record pour l'événement breton (le précédent était détenu par le concert de Johnny Hallyday, en 2006, estimé à près de 500 000 euros) et dans l'histoire des festivals français.

" Les négociations avec les Américains ont duré trois mois, raconte Jean-Philippe Quignon, codirecteur artistique des Charrues. Ils voulaient connaître le festival dans ses moindres détails. Nous leur avons même transmis un petit film sur l'histoire des Vieilles Charrues. On nous a assuré que Springsteen avait été sensible à la réussite d'un événement dans une zone rurale défavorisée. "

Si les 43 000 billets ont été rapidement vendus (49 euros la place, au lieu de 32 euros, pour cette soirée d'ouverture), le festival réalisera financièrement une opération blanche. Mais une belle campagne de com. " Le prestige de ce concert rayonne sur tout le week-end, assure Jean-Philippe Quignon. Avec le “Boss”, on franchit un cap, on marque les esprits. " Une politique de programmation qui n'est pas sans risque. " Après ce genre de nom, les gens attendent toujours plus, estime Christian Alex, directeur artistique des Eurockéennes de Belfort. Or les vedettes de ce calibre sont rares ou inaccessibles. La programmation de l'année suivante risque de pâlir en comparaison. "

S'ils ont eu accès au budget des Vieilles Charrues, les manageurs de Springsteen auront sans doute découvert que le bénévolat est ancré au cœur du festival. Ayant choisi par défi et par contrainte de se passer de subventions (les partenariats publics représentaient 1,5 % du budget 2008), les créateurs des Vieilles Charrues ont mobilisé les bonnes volontés pour à la fois construire l'économie de leur manifestation et impliquer la population.

En recrutant aujourd'hui plus de 5 000 bénévoles – seules la sécurité et la régie sont confiées à des professionnels –, les Vieilles Charrues (qui emploient dix salariés à plein-temps) réalisent des économies tout en accentuant la convivialité de l'événement. Le système permet également de nourrir financièrement l'important tissu associatif régional. Le club de foot qui va, par exemple, tenir bénévolement un des stands de galettes-saucisses, recevra ainsi de quoi s'acheter des ballons, des maillots et payer ses déplacements. Le festival dit réinjecter chaque année 100 000 euros dans les associations locales.

Dans la même logique, les Vieilles Charrues favorisent systématiquement les entreprises de la région selon la technique dite de l'"escargot". " Pour préparer les tartiflettes vendues sur place, explique Jean-Luc Martin, coprésident des Vieilles Charrues, nous achetons pommes de terre, oignons, lardons à Carhaix, puis en nous éloignant petit à petit de la ville suivant les capacités des fournisseurs. De 70 à 75 % de nos achats sont effectués dans le secteur Centre Bretagne. "

Depuis ses débuts, le festival a aussi réinvesti une partie de ses bénéfices dans un lycée Diwan, un Office de la langue bretonne, une association baptisée Mémoires du Kreiz Breizh. Dernier projet en date, mené par le festival et la communauté de communes de Carhaix (dont le président est Christian Troadec), un ambitieux Centre de valorisation des Vieilles Charrues, à la fois espace muséographique sur l'histoire du festival et centre de formation aux métiers du spectacle, censé ouvrir en 2011. On a reproché parfois au festival l'opacité de ses comptes (sur les buvettes et l'alimentation, en particulier), l'ambition politique de Christian Troadec, son activisme régionaliste. En 2001, un conflit avec la Sacem, qui contestait les montants acquittés par le festival, avait privé momentanément l'association de sa licence d'entrepreneur de spectacles, avant qu'un accord soit finalement conclu. Plus récemment, c'est l'Urssaf qui se préoccupe des avantages en nature dont profitent les bénévoles.

LE PARI DE LA GRATUITÉ

Si le festival breton est l'émanation de l'activisme associatif, celui des Nuits secrètes doit tout à la volonté de la municipalité d'Aulnoye-Aymeries. " Quand j'ai créé ce festival dans le Nord, au mois d'août, on m'a pris pour un fou ", constate Bernard Baudoux, maire (PC) depuis 1995. L'enjeu identitaire n'est sans doute pas le même dans le Nord qu'en Bretagne. A Aulnoye-Aymeries, on n'essaie pas moins de valoriser et mesurer l'impact des Nuits secrètes auprès des habitants et de la région. " D'après le cabinet chargé d'évaluer cet impact, explique Olivier Connan, le directeur cofondateur de la manifestation, un euro investi dans le festival en rapporte quatre à la ville. " Un rapport d'autant plus satisfaisant que les Nuits secrètes sont financées à près de 70 % par les subventions (615 000 euros) de la communauté d'agglomération, la région et la ville. Si les recettes propres sont minces (135 000 euros, en comptant billetterie et bars), c'est que le festival mise en grande partie sur la gratuité.

" Je suis parti de ma pratique de festivalier, revendique Olivier Connan, pour proposer quelque chose que je ne trouvais pas ailleurs. Nous sommes en ville, pas plantés dans un champ. Il fallait donc mettre en scène le festival, proposer aux habitants une pratique d'Aulnoye-Aymeries qu'ils ne soupçonnaient pas. "

Considérée parfois comme de la concurrence déloyale par d'autres festivals, la gratuité est assumée par cette mairie de longue tradition communiste. " C'est une question de mixité sociale, une façon d'offrir des vacances à ceux qui ne partent pas ", insiste le maire, M. Baudoux.

Comme tous les autres festivals, celui des Nuits secrètes est confronté à l'augmentation des coûts des spectacles – plus de 50 % en cinq ans pour les artistes anglo-saxons – et à la difficulté de s'offrir des exclusivités. Olivier Connan fouine toute l'année sur un marché international mais refuse de céder à la surenchère. 30 000 euros maximum pour le plus gros cachet. Cela le prive de beaucoup de têtes d'affiche, mais pas d'idées. " L'important est de contextualiser ces concerts, de ne pas se limiter au podium géant. L'an dernier, Camille a joué à minuit, dans un parc communal, entourée d'arbres centenaires. Le concert était très atmosphérique, unique. Cette année, le collectif Cirkus, de la chanteuse Neneh Cherry, passera dix jours sur place avec l'équipe pour préparer des spectacles intimes. "

Aux Vieilles Charrues, on reconnaît que l'enjeu se situe sur quelques têtes d'affiche de plus en plus difficiles à obtenir. " La concurrence du marché des festivals est mondiale, constate Jean-Philippe Quignon. Au Japon, en Espagne et même dans les pays de l'Est, des manifestations, souvent soutenues par de gros sponsors comme des brasseurs, peuvent se permettre des offres mirifiques. A côté, nous sommes des nains. "

Malgré la crise économique, le festival breton se félicitait, fin mai, d'une billetterie qui avait pris beaucoup d'avance sur les déjà excellents résultats de 2008. Avec 200 000 spectateurs, les Vieilles Charrues devraient afficher complet du 16 au 19 juillet.

Stéphane Davet, avec Odile de Plas
http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/06/12/ces-festivals-qui-font-bouger-la-france_1206330_3246_1.html
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