liliane Admin

Nombre de messages: 9246 Age: 61 Localisation: dans la galaxie Date d'inscription: 02/05/2008
 | Sujet: RUDOLF NOUREEV Ven 8 Mai - 8:52 | |
| Rudolf Noureev, histoire d'un mythe au parcours d'insoumis LE MONDE | 07.05.09 | 16h39 • Mis à jour le 07.05.09 | 18h49
Rudolf Noureev is dead ! C'est le titre du spectacle de l'écrivain et interprète Christophe Fiat à l'affiche des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis. Dead, Noureev ? Il bouge encore. Le danseur et chorégraphe le plus photographié au monde, mort du sida en 1993 à 54 ans, suscite toujours la passion. Une salle de l'exposition qui se tient à partir du 9 mai au Centre national du costume de scène et de la scénographie (CNCS), à Moulins (Allier), autour de ses costumes et photos, n'est consacrée qu'à des couvertures de journaux de tous les pays du monde ayant fait leur "une" avec cette superstar.
Comment un danseur classique, aussi génial soit-il, a-t-il pu devenir un mythe ? Noureev était beau, charismatique, séducteur et sexy en diable, déterminé à décrocher la gloire. "Personne ne m'arrive à la cheville", disait-il. "C'est vrai qu'il était extraordinaire, se souvient René Sirvin, journaliste au Figaro, qui fut le premier à interviewer Noureev, le 18 mai 1961. Mais il avait beau créer des émeutes, il a fallu l'événement de l'aéroport du Bourget pour que la presse mondiale en parle."
L'événement du Bourget, c'est le passage à l'Ouest le plus incroyable qu'un artiste ait effectué. Une "évasion", selon René Sirvin, dans la lignée des romans d'espionnage de la guerre froide. On est le 16 juin 1961. En tournée à Paris avec le Kirov, Noureev est sommé de rentrer à Moscou. Alors qu'il va embarquer dans l'avion sous la surveillance du KGB, il se réfugie d'un bond auprès de policiers français. Le danseur soviétique bascule dans la célébrité, mais sera considéré comme un traître dans son pays. Il n'y retournera qu'en 1989.
La saga commence. Tous les bruits circulent. Entre KGB et CIA, vérités ou fictions, l'histoire de Noureev déborde d'événements rocambolesques. Rien que sa jeunesse ressemble à un film. Noureev, quatrième enfant et seul fils de Hamet et Farida Noureev, est né le 17 mars 1938, à bord du Transsibérien, dans la région du lac Baïkal. Gamin malingre et misérable, il passe son enfance à Oufa. "Il couchait sur la terre battue, était toujours affamé", raconte René Sirvin.
Cette pauvreté extrême a hanté Noureev. Pour Martine Kahane, directrice du CNCS et commissaire de l'exposition Noureev, elle est fondatrice de sa personnalité. "Parmi la centaine de costumes que nous exposons, certains sont usés à un point inimaginable, reprisés de partout. La vraie vie de celui qui a vécu parmi les grands et les riches était dans ses sacs de voyage. Ils contenaient simplement ses chaussons, ses collants, ses costumes et son thermos de thé."
Bête de scène, Noureev défraye aussi la chronique par son appétit sexuel. "C'était sa manière de décompresser, je crois", glisse Martine Kahane. Homosexuel, il devient non seulement une icône politique mais érotique. "En pleine guerre froide et expansion de la culture de masse capitaliste, il est la bonne personne au bon moment, commente Christophe Fiat. Il est emblématique de la libération sexuelle dans les années 1960. Il séduit les foules, apparaît en compagnie de femmes riches comme Jackie Kennedy, mais ses amants sont des hommes, ses escort boys." Le mythe meurt jeune, fauché par la maladie, "symbole des années sida après avoir vécu sa vie sous le signe de l'excès".
Au travail, Noureev se révèle forcené. Etoile du Kirov à la fin des années 1950, il se faisait filmer par un de ses amants pour regarder ensuite les prises et améliorer sa prestation. Directeur de la danse de l'Opéra de Paris de 1983 à 1989, il valorise le rôle du Prince dans les ballets du répertoire. Il rallonge et complexifie ses variations, en rajoute même parfois, plaçant la barre à des hauteurs techniques jamais vues.
Excessif, flamboyant, entre carnets mondains et tabloïds, possédant des maisons partout dans le monde, le côté pile de Noureev rutile. Côté face, rien ne va de soi. "Il n'aimait pas son corps, raconte Mme Kahane. Il se trouvait trop petit (1,73 m) et avait fait dessiner des modèles de pourpoint spéciaux pour allonger ses bras. Il a voulu la gloire, l'a eue et en a payé le prix."
Solitaire, mais encore, malheureux, timide et doux... "C'était un sentimental qui rêvait d'avoir une famille, se souvient Florence Clerc, danseuse étoile de l'Opéra de Paris. Je l'ai connu de très près à l'Opéra. J'appartenais aussi à sa compagnie, et l'on tournait beaucoup. Il était si séducteur qu'on ne pouvait rien lui refuser. C'était quelqu'un d'adorable." Et inspirant les plus grands. Maurice Béjart chorégraphia pour lui Le Chant du compagnon errant (1971), Martha Graham lui tailla un Lucifer (1975) sur mesure, le cinéaste britannique Ken Russell l'habilla en Valentino (1977). Noureev fut et restera un moteur à fantasmes.
Exposition Rudolf Noureev. CNCS, route de Montilly, Moulins (Allier). Tél. : 04-70-20-76-20. De 2,50 € à 5 €. Du 9 mai au 11 novembre.
Rudolf Noureev is dead, de Christophe Fiat. Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis. MC93, Bobigny (Seine-Saint-Denis). Tél. : 01-55-82-08-01. Les 16 et 17 mai.
Rosita Boisseau
http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/05/07/rudolf-noureev-histoire-d-un-mythe-au-parcours-d-insoumis_1190145_3246.html#ens_id=1190211 |
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