Coup de tonnerre dans l'histoire contemporaine de la Comédie Musicale à la française, Starmania révolutionne le genre et les pratiques du show business dès 1978.
Après Staramania, qui depuis sa création n'a jamais disparu longtemps de scène, plus rien ne sera pareil à Paris.
À l'origine de cette affaire, un projet de l'auteur-compositeur-pygmalion Michel Berger. Celui-ci porte à George Gershwin et à son frère Ira une admiration sans borne, rêve d'écrire un musical moderne qui traiterait des problèmes d'actualité et qui serait suffisamment universel pour être créé un France avant d'être repris, en version anglaise, à travers le monde. C'est la raison pour laquelle son attention se porte sur un sujet " américain" et sur un auteur vivant à Montréal.
Le sujet en question, c'est le terrorisme. En cette année 1975, on parle beaucoup de Patricia Campbell Hearst, la fille du magnat de la presse américian qui a été enlevée par une bande d'activistes d'extrème gauche. Non seulement la jeune femme n'a pas cherché à fuir de ses ravisseurs, pour autant qu'elle en ait eu l'occasion, mais, en plus, elle a décidé d'épouser leur cause et de rester à leurs côtés une fois réglée la question de la rançon.
En 1978 Berger et Plamondon sont déjà reconnus pour leurs oeuvres respectives et "Starmania" est un succès dès sa première interprétation. Sur le disque paru en 1978 on découvre Daniel Balavoine, Claude Dubois, Diane Dufresne, Eric Estève, France Gall, René Joly, Fabienne Thibeault et Nanette Workman qui campent des personnages haut en couleurs.
L'année suivante sur scène, au Palais des Congrès à Paris, Etienne Chicot remplace Claude Dubois, Grégory Ken prend le rôle tenu par Éric Estève et la troupe s'agrandit avec l'arrivée de Roddy Julienne et Violette Vial.
En 1980, le spectacle est joué à la Comédie Nationale de Montréal avec une troupe québecoise : Gilles Valiquette, Robert Leroux, Louise Forestier, Sylvie Boucher, Michel Mc Lean, Martine Saint-Clair, Jacques Blais, France Castel et Francis Martin.
En 1988, Michel Berger et Luc Plamondon mettent en scène une nouvelle version de Starmania avec, comme interprètes Norman Groulx, Richard Groulx, Renaud Hantson, Luc Laffite, Sabrina Lory, Maurane, Réjane Perry, Martine Saint-Clair et Wenta. Cette nouvelle version du spectacle fera une tournée en France puis sera jouée à Moscou et Saint-Pétersbourg.
En 1992, une version anglaise de Starmania voit le jour, rebaptisée "Tycoon", et dont les paroles sont écrites par Tim Rice. Au chant on retrouve des stars internationales comme Willy DeVille, Céline Dion, Nina Hagen, Tom Jones ou encore Cyndi Lauper.
Durant la deuxième moitié des années 1990, Starmania est monté à de nombreuses reprises, en France (au Théâtre Mogador notamment, où j'ai assisté au spectacle) et au Canada.
Mais qu'est-ce qui rend Starmania si populaire pour que ce spectacle ait été joué aussi souvent ? Certes un bon nombre de chansons ont été massivement diffusées à la radio depuis 1978, mais cela aurait-il suffit à constituer le "culte" qui existe autour de Starmania ? A mon humble avis, Starmania plait toujours car son histoire frappe par sa modernité, même si elle a été écrite il y a trente ans.
L'HISTOIRE
Ecrite dans les années 70, l'histoire de Starmania se passe dans le futur, dans les années 2000, ce qui rétrospectivement nous permet de juger la justesse des prédictions. A cette époque le monde occidental est uni sous la forme d'un pays unique, majoritairement recouvert par une ville tentaculaire, Monopolis.
Loin d'être une cité idéale, Monopolis à l'image de notre monde actuel comporte des bas fonds, des banlieues sordides et des quartiers laissés à l'abandon où les oubliés vivent en marge.
Johnny Rockfort est de ceux là, et avec son amie Sadia il dirige le gang des Etoiles Noires, dont les occupations saines et rafraichissantes englobent le vol, le pillage, le viol et plus généralement tout ce qui peut faire passer le temps à des criminels qui n'ont rien à perdre. Quand ils ne sont pas occupés à mettre à feu et à sang les beaux quartiers de Monopolis, les Etoiles Noires fréquentent un bouge répondant au doux nom d'Underground Café, où s'ennuie à mourir la serveuse automate.
C'est là que se noue un des drames de l'histoire. Cristal, présentatrice télé animant l'émission à succès "Starmania", cherche à interviewer le chef des Etoiles Noires et à comprendre son combat. La rencontre a lieu à l'Underground Café et Cristal est convertie aux thèses de Johnny Rockfort, le rejoignant au sein du gang. Ensemble ils mènent désormais la lutte, mais Sadia se voit détrônée dans son rôle prédominant, ce qu'elle n'accepte pas.
Tout cela se passe durant les élections présidentielles et le seul candidat présenté sur le disque s'avère être le médiatique business man Zéro Janvier, qui plaide pour un monde occidental fort, ordonné et sécurisé, qui ne s'occupe que de son propre sort, abandonnant le reste de la planète à ses problèmes, quitte à laisser la Terre derrière soi et à partir vivre à l'aise dans une station spaciale. Les actes de vandalisme des Etoiles Noires scandalisant la population de Monopolis, la campagne repose sur le sécuritaire, pain béni pour le démagogue Zéro Janvier. Toujours prêt à manipuler les médias, Janvier s'acoquine à l'actrice sur le retour Stella Spotlight, ex-diva qui à force de crever l'écran n'est plus que l'ombre d'elle même, et leur mariage en grande pompe étalé à la une de tous les journaux ne renforcera que le côté inéluctable de la victoire de Zéro Janvier.
Johnny Rockfort, ayant tenté de se convertir au terrorisme politique, finit trahi par Sadia, ralliée au nouveau pouvoir en place qui s'en va fêter sa victoire au Naziland, la discothèque géante de Zéro Janvier.
LES SYMBOLES-L'histoire de Starmania était, à la base, l'histoire d'une adolescente kidnappée puis devenue terroriste aux côtés de ses geôliers...cette histoire s'inspire d'un fait divers qui avait fait couler beaucoup d'encre à l'époque, l'histoire de Patricia Hearst, qui avait choisi le camp de ses kidnappeurs.
- Ziggy est un hommage appuyé à David Bowie (Ziggy Stardust...), être androgyne ne vivant que pour la musique, un peu comme Michel et France.
- Nul doute qu'en créant les étoiles noires, les deux compères aient en mémoire les actions sanglantes commises par les "Brigades rouges", fondées par Renato Curcio ou la "Bande à Baader" dont l'égérie, Ulrike Meinhof, évoque trait pour trait la machiavélique Sadia. En Itlaie, le 16 mars 1978, les lieutenants de Curcio ont kidnappé Aldo Moro, président de la démocratie chrétienne, retrouvé ensuite assasiné dans une voiture. Quant aux Brigades rouges, spécialisées dans les enlèvements et autres attentats à la bombe, elles firent trembler l'Europe pendant 5 ans.
- L'idée de Starmania se situe dans le prolongement de Dancing Disco et de l'obsession de Michel d'imaginer un scénario moderne, une vaste fresque de société où ses chansons pourraient s'enchaîner naturellement.
- Le nom de Monopolis est très certainement un clin d'oeil à Métropolis de Fritz Lang.
- Le sens du mot Starmania nous est donné dans la chanson de l'extraterrestre: après avoir contemplé la Terre depuis son télescope, il en arrive à une conclusion bien pessimiste: nous, humains si petits, ne cherchons que la gloire et la célébrité.
- L'atmosphère de Starmania rappelle quelques peu Franz Kafka ou George Orwell: l'humanité semble contaminée par la logique froide des machines, au point de perdre toute émotivité, il ne manque que l'amour à ce monde aux rouages si bien huilés et dont les êtres voient leur destin réglé d'avance.
- Zero Janvier aurait voulu être un artiste, tout comme Hitler...d'ailleurs, la boîte de Zéro ne s'appelle-t-elle pas le Naziland?