"Il faut laisser le temps au temps ..."
François Miterrand
Chronos portant une sphére armillaire.
collection Yves Saint Laurent / Pierre Berger.
Le mot « temps » provient du latin
tempus lui-même dérivé du grec
temnein, couper,
qui fait référence à une division du flot du temps en éléments finis.
Il est à noter que temples (templum) dérive également de cette racine
et en est la correspondance spatiale
(le templum initial est la division de l’espace du ciel ou du sol en secteurs par les augures).
Enfin, « atome » (insécable) dérive également de temnein.
Dans la mythologie grecque,
Chronos en grec ancien
Χρόνος est un dieu primordial personnifiant le temps.
Il apparaît essentiellement dans les traditions orphiques,
et est confondu avec Cronos, le roi des Titans dans les traditions tardives.
C'est un être immatériel, apparu à la création du monde.
Il est représenté sous les traits d'un serpent à trois têtes
(une d'homme, une de lion et une de taureau)
enlacé avec son épouse Ananké déesse de la Nécessité, de la Fatalité
autour du monde-œuf.
Ils sont censés entraîner le monde céleste dans sa rotation éternelle.
Selon la cosmogonie orphique, ils seraient les géniteurs de Chaos et Éther.
Dans la culture contemporaine,
il est surtout connu pour être représenté sous les traits d'un vieil homme sage
avec une longue barbe grise. En anglais,
il est souvent surnommé sous cette forme Father Time "Père Temps".
Le Chronos est un concept qui, adjoint à l’Aiôn et au Kairos,
permet de définir le temps.
Ces concepts sont apparus chez les Grecs.
Le Chronos est le tout du temps, relatif au présent : « Hier était le jour précédent et demain sera le jour suivant
parce que je suis aujourd’hui. »
Il est un point mouvant sur la flèche du temps qui définit les infinis à ses deux bornes.
La notion de temps est un corollaire de la notion de mouvement :
le mouvement se fait dans la durée et si le temps venait à s’arrêter plus rien ne bougerait.
Ainsi, selon Aristote,
le temps est le nombre du mouvement selon l’antérieur et le postérieur.
A contrario le temps semble ne plus faire sens quand l’idée de mouvement disparaît,
car le temps suppose la variation.
Perceptions culturelles du temps Toutes les cultures ont apporté des réponses nombreuses au questionnement sur le temps,
et la plupart d’entre elles tournent autour des mêmes thèmes,
dictés par la condition humaine :
l’immortalité des dieux ou l’éternité de Dieu,
la permanence du cosmos et la vie fugace de l’homme,
sont autant de dimensions temporelles partagées
par la plupart des peuples de la Terre.
Elles s’expriment dans le langage, dans les arts …
Le temps est un concept développé par l'être humain
pour appréhender le changement dans le monde.Un questionnement profond s’est porté sur la « nature intime » du temps :
est-ce une propriété fondamentale de notre Univers,
ou plus simplement le produit de notre observation intellectuelle,
de notre perception ?
ETERNITE ET ECHEANCEEn Occident,
précisément le temps suit un ordre tout autre et témoigne
d’une vision du monde bien différente.
La tradition judéo-chrétienne hérite elle-même de vues mystiques plus anciennes,
où le temps pur est celui des dieux et divinités.
Les hommes connaissent une vie éphémère, limitée,
un véritable « néant » au regard de l’immortalité.
La Bible présente ainsi le temps comme une révélation,
car c’est Dieu qui le crée et en offre l’« usage » aux hommes.
Bien qu’en dehors du temps,
Dieu se joue des temps historiques pour intervenir dans la destinée des hommes,
au moins par ses actions de grâces.
La volonté de Dieu s’exprime ainsi dans une dualité
toute différente des croyances indiennes :
le temps est complètement borné par la Création et l’Apocalypse,
et il est en même temps considéré comme universel, car d’origine divine.
Aussi comprend on que le temps chrétien, du point de vue de l’homme,
est un temps d’espérance, de promesse, de délivrance attendue :
sa fin même est un retour vers le divin.
À l’inverse, le temps intime de la culture hindouiste
est un temps de la permanence et de l’introspection,
où l’homme à un autre rôle à jouer dans sa destinée :
il y subit en quelque sorte moins les affres du temps.
À une moindre échelle,
chaque individu s’appuie sur sa culture historique du temps
pour se définir son propre temps psychologique.
Nul doute que le pêcheur, l’artisan et le cadre supérieur
ne partagent pas exactement la même notion de temps quotidien,
car chaque perception est le fruit de ses exigences propres.
Toutefois, les bases culturelles jouent un rôle très important
dans la perception globale du temps, en tant que rythme de vie.
En toutes ces approches le temps ne se comprend que en référence
ou par contraste à l’éternité (cf. Les Énnéades de Plotin).
Woody Allen ironise dans le même sens quand il dit :
“L’éternité c’est long... surtout sur la fin !”