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 SENSIBILITE ET RESSENTI DE LA VOIX .....

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Nine
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Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: SENSIBILITE ET RESSENTI DE LA VOIX .....   Ven 20 Fév - 11:45

L’inévitable surprise.
La voix du réveil.





Laura Pigozzi
(Nodi Freudiani, Milão)
Psicanalista, membro da Associação Nodi Freudiani (Milão), autora de artigos publicados em revistas e coletâneas internacionais. Lançará brevemente o livro A nuda voce. Vocalità, inconscio, sessualità (Antigone Edizioni).--


1. Considérations préliminaires

Un mathématicien très intéressant et contemporain, Gregory Chaitin (*1), dit dans une interview qu’une théorie mathématique est belle si elle est, à l’instar d’une femme, surprenante mais inévitable. Voilà qui me semble une excellente définition même du côté de l’art et de ce qui se déroule dans un travail analytique.

Un des moments les plus forts d’un transfert analytique se produit lorsqu’un analysant vient d’être touché, en séance, d’un petit éclair de vérité, c’est-à-dire quand il repère un lien inédit qui le concerne. Ce moment de découverte n’est plus évitable. Dans l’inéluctabilité du processus, quelque chose d’inattendu apparaît, et est perçu, dans un premier moment, et avec raison, comme gênant et malaisé. Dans ce passage, l’accord supposé entre le sujet et l’Autre, qui instituait le sens de l’expérience subjective, montre ses fausses notes, tandis qu’à sa place, fait irruption l’accordage inédit d’une différente, pour autant non définitive, harmonie. Le passage d’un accord à l’autre, d’une partition à l’autre, d’un sens à l’autre, signale qu’une vérité est impossible à atteindre, le destin humain étant l’attente pénible que quelque éclat de vérité se manifeste. « Nous restons toujours collés au sens », nous dit Lacan, parce qu’on ne se réveille jamais définitivement du sommeil du sens. Le destin humain est de se réveiller de temps en temps, dans les rares moments de grâce qui nous permettent de rêver un nouveau rêve, un nouveau sens. Pier Paolo Pasolini disait :

« La réalité n’est pas un rêve. Ce sont plusieurs rêves. »

Nous pensons au réveil dans une dimension qui reste toujours limitée, et à la fois précieuse et inaliénable. Chaque réveil est, en effet, un accès important qui libère le sujet des anciennes habitudes, répétitions et automatismes qui, désormais, ne marchent plus, n’ont plus un sens propre reconnaissable.

Étant sensible au champ symbolique de la voix, j’ai souvent constaté que l’instant du réveil d’un analysant est précédé d’un tout petit effet au niveau du corps et de l’inconscient qui produit une sensible modification vocale. La voix est perturbée par un changement de tonalité insolite, par un achoppement vocal, par une déglutition immotivée, par un enrouement de la voix. Même dans l’échange de parole, ou dans la néoformation linguistique d’un analysant, nous voyons toujours en action un effet sonore qui n’est pas seulement linguistique. Sans la voix, avec sa sonorité, son timbre, son inflexion, le lapsus aurait plus de difficultés à se produire. Le réveil du sujet est annoncé, donc, par un véritable réveil de la voix.

La « pulsion invoquante », nouveauté théorique introduite par Lacan, se teinte de nouvelles tonalités.

La voix est un lieu de l’inconscient : sa structure sonore révèle l’histoire du sujet, toujours présent dans sa voix, et même si elle semble oubliée par la conscience, elle persiste dans le timbre, dans les variations d’intonations et dans toute imperfection vocale qui montre l’insistance de l’inconscient dans ce corps de parole qui est la voix. La voix, animée par le fantasme, parle déjà avant le langage.

Même si la voix signifie le réveil, nous écoutons souvent des voix qui sonnent neutres, presque inanimées, légèrement mécaniques : voix déphonétisées, détimbrées, hibernées, voix qui ne semblent pas animée par la pulsion, et sur lesquelles, apparemment, aucun fantasme n’a laissé sa trace. Voix sans mémoire, au son monocorde, hypnotisées dans le berceau d’une répétition d’un ton toujours identique.



2. Les voix inanimées de la modernité.

Les voix inanimées de la modernité ont du mal à s’éveiller : ce sont des voix figées, appauvries de prosodie et de timbre, voix dans lesquelles le son a été isolé par rapport à l’affect. En allemand, on pourrait dire : «Stimme ohne stimmung», voix sans tonalité pulsionnelle, sans affect. J’utilise le terme affect au sens freudien, en tant que la « mise à jour » de la pulsion, ou possibilité de savoir quelque chose de la pulsion.(*2)
Dans ces voix répétitives, la pulsion et l’affect résultent détachés et les font ainsi résonner presque appauvries de gamme tonale, comme dépourvues de traces mnésiques : ce sont des voix où la pulsion est isolée de l’histoire du sujet ; voix dans lesquelles le temps ne semble pas compter, voix « sans souvenir ».

Il peut être utile de savoir que ce type de voix est le vrai rocher pour tout maître de chant : il s’agit d’une voix inéducable à la mélodie, parce qu’elle vient souvent d’un sujet très inhibé par rapport à son propre corps, un sujet qui dénie le sexuel qui l’habite. Dans ces cas-là, la voix communique des messages mortifiés de prosodie ; en l’écoutant, on s’aperçoit alors que le sujet est aliéné à ce qu’il dit, il n’est pas dans sa parole.
Cette voix, en effet, révèle aussi le non-lieu d’où parle le sujet. Les non-lieux, théorisés par Marc Augé, sont les lieux de la modernité tous semblables, les autoroutes, les aéroports, les supermarchés, les hôtels. On cultive une modernité dépourvue de oikòs.

À mon oreille (et quelquefois, comme le dit Adorno, il est nécessaire de « penser avec les oreilles ») ces voix inanimées sont de plus en plus nombreuses à cause de l’émergence de sujets affectivement faibles, de sujets dans lesquels la pulsion, en tant que détachée de l’affect, reste dans l’ombre. Ces sujets indifférents, froids, hybrides sont porteurs d’une certaine imperméabilité et d’un niveau zéro de prosodie.
Je rappelle en passant que des études récentes sur les enfants autistiques, montrent combien leurs mères sont vocalement peu prosodiques.

Ces voix perdues sont très intéressantes pour nous parce qu’elles révèlent l’enjeu de toute voix : la voix est perdue, pour tout le monde, en tant que version de l’objet a.

Pour Dora, la voix perdue était la révélation de l’absence d’un objet inconsciemment aimé.
Tandis que, dans ces cas, la voix perdue est plutôt métaphore de la perte de tout objet, de la perte de l’Autre, de la perte du monde. La neutralisation de l’affect conduit, au niveau du corps social, à une certaine catatonie de l’âme, qui, dans l’écoute, devient imperméabilisation à la voix humaine.

Le sujet est isolé et l’isolement n’est certainement pas une dimension du réveil. L’isolement est, en effet, l’abolition de la possibilité d’un contact : il s’agit d’un contact qui n’est pas simplement sexuel, mais aussi entre les représentations, tandis que ce qui crée la surprise inédite qui ouvre au réveil, est exactement le contact, entre pensées, entre pulsion et affect, entre associations, même écartées entre elles.



3. La voix qui habite le désir et l’angoisse

La voix habite un lieu entre désir et angoisse. Elle est phénomène de bord comme en témoignent les lèvres vocales qui forment la béance glottique, lieu où le son se produit. Son qui est, à son tour, résonance d’un souffle dans un tube (« se faire tube » est une métaphore utilisée pour produire une bonne émission). Vide qui est fait résonné par la voix. La voix est bord entre chair et vide.

La voix est la demeure du signifiant qui, de temps en temps, est chassé de chez lui : quand cela arrive, la voix revient à être pure vocalisation ou hurlement, comme dans les tableaux de Francis Bacon, où l’horreur du cri ne peut apparaître que voilée.
La voix fonctionne comme bord entre corps et langage.

Elle est aussi lieu d’élection pour l’agalma dans la dimension du transfert, et pour l’angoisse dans la dimension du réel, tout comme cela survient dans certains symptômes vocaux. Le symptôme, qui pour sa nature est jouissance, va vers la Chose. Le cri le plus simple dévoile une intimité obscène en tant que voix sous forme de Chose.
La voix se constitue en tant que bord entre désir et angoisse.

Tout cela se rapporte au fait que le sujet est séparé de sa voix comme d’une partie de lui-même. À propos de la séparation, Lacan nous rappelle que la séparation originaire n’est pas entre l’enfant et sa mère, mais entre l’enfant et lui-même. L’objet a est une partie séparable, qui véhicule primitivement quelque chose de l’identité du corps. Une séparation que Lacan appelle sépartition.
Donc, si dès l’origine, le sujet est séparé de sa propre voix, cela explique que la voix est toujours élusive, et c’est pour cette raison qu’elle maintient en vie le désir.

À cause de cela, la voix, tout en habitant la dimension du quotidien, est malgré tout quelque chose d’inquiétant : les sonorités personnelles sont das unheimliche pour chacun. Entre tous les objets a, la voix est la plus proche au propre évanouissement, sans doute plus que le sein, le pénis et les fèces (selles). La voix qui contourne son vide, à chaque émission, vient le dévoiler. Cette qualité d’étrangeté fait donc de la voix le support idéal du lapsus, lui-même das unheimliche de la parole.

Les artistes de la voix peuvent porter au paroxysme cet effet de séparation. Ils savent très bien que la voix n’est jamais complètement maîtrisable, au point que laryngites ou aphonies sont très communes avant une performance. Le sentiment d’étrangeté peut soutenir l’angoisse au moment où on fait face à une voix-Chose qui semble s’autonomiser et se parer (séparer) devant le sujet dans toute sa monstrueuse ingouvernabilité. La voix évoque le réel lorsqu’il ne répond plus aux ordres usuels du sujet, ou ne répond plus aux règles connues. Pendant l’émission chantée, un baissement de ton, inattendu et incontrôlable, montre l’irruption de l’angoisse du réel dans la voix qu’aucune minutieuse étude de l’intonation et du chant pourra vraiment et définitivement éliminer.
Chaque travail de la voix, qui la met en beauté, a le but impossible, autant qu’inconfessable, d’anéantir l’angoisse du réel de la voix, qui au contraire revient à chaque inévitable glissement vocal.


L’angoisse, comme le dit Lacan, entre tous les signaux est celui qui ne trompe pas parce qu’il révèle le réel pour ce qu’il est : la limite du désir.


4. La voix du réveil

Parfois la voix se constitue comme le relais privilégié d’un réveil possible, comme témoigne l’expérience des voix qui basculent constamment entre les bords de l’angoisse et du désir ; je parle des voix qui parlent, sans cesse, aux patients en état de coma.
Si la voix humaine peut soutenir le miracle d’un réveil, c’est parce qu’elle est aussi capable de « réveiller un souvenir »(*3), toute comme la fonction du chofar hébreu, tel que Lacan l’a posée, à partir des écrits de Théodore Reik. Le souvenir est un attribut du dieu juif.

Le son du chofar n’est pas un son beau, il est plutôt un son bœuf, un peu monstrueux, qui règle le passage de l’animal à l’homme. La voix-chofar rappelle ce qui s’est passé entre Dieu et son peuple et qui se présentifie chaque fois que le chofar est joué : le mugissement du chofar répète l’ancienne alliance. C’est la matière de ce son, son corps vocal avec ses tons si bas et quasiment animaux, qui produit ce souvenir.

Ainsi, le fait que le son d’une voix reconnue par l’inconscient puisse produire un réveil n’est pas si mystérieux.
La voix maternelle-paternelle, aimée tout autant que redoutée ou détestée, agit à travers le tissage d’une matière bâtie sur des traces mnésiques sonores des fantasmes du sujet.

Comme Proust nous le rappelle :

« Les parents.. baignent l’individu dans.. une
certaine manière de parler, certaines phrases consacrées, qui presque aussi inconscientes qu’une intonation, indiquent un point de vue sur la vie. »

La voix qui parle au malade, donc, est porteuse de souvenirs et de traces d’un roman familier qui peuvent rappeler à la vie le moribond, dans la mesure où elle rétablit le lien avec l’Autre. Comme le chofar, il s’agit d’une voix qui porte une inscription. Juste pour ne pas oublier la nature vocale de la loi.
Dans les voix qui se réveillent, dans les voix qui réveillent, des traces mnésiques s’inscrivent dans la prosodie : elles sont la voix de la mémoire, animée par le fantasme. Le devenir de la voix dans le sujet, c’est retrouver ses propres traces mnésiques en tant qu’inscriptions posées sur son souffle par la voix de l’Autre.

Le réveil c’est la voix qui revient à sa prosodie, la voix qui n’est plus séparée de son affect et du son souvenir.
C’est la voix-chofar que réveille du coma de la répétition indifférente, pour rappeler un lien éthique et pulsionnel.

*1 CHAITIN GREGORY J, Metamatematica, Adelphi, 2007; CHAITIN GREGORY J,. Teoria algoritmica della complessità 2006, Giappicchelli;

*2 “Si la pulsion ne s’attachant pas à une représentation ou si elle ne revenait pas au jour comme état d’affect, nous ne pourrions rien en savoir” , Freud, L’inconscient, 1915

*3 Lacan, sem X, p.290

*4 A la recherche du temps perdu, ed. de la Pléiade, p.909

---------------------------------------------- à méditer.




Dernière édition par Nine le Ven 21 Aoû - 0:49, édité 7 fois
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MessageSujet: Re: SENSIBILITE ET RESSENTI DE LA VOIX .....   Ven 20 Fév - 18:41




ODE A L'ESPOIR EN CAS DE DETRESSE ⭐





Amazing Grace (La Grâce du Ciel en français) est l'un des chants protestants les plus connus en Grande-Bretagne, en Irlande et aux États-Unis. Les paroles furent écrites par John Newton, probablement en 1760 ou 1761, et publiées par Newton et William Cowper en 1779, dans la collection des Olney Hymns.

John Newton (1725–1807) était le capitaine d'un navire négrier. Le 10 mai 1748, sur le chemin du retour, au cours d'une tempête, il a connu une "grande délivrance". Dans son journal il a écrit que le bateau risquait de couler. Après avoir survécu à cette tempête, il devint pasteur et renonça au trafic d'esclaves, au point de devenir militant de la cause abolitionniste.

La mélodie de cette chanson n'a pas été composée par Newton, et les paroles ont d'abord été chantées sur de nombreuses autres mélodies avant d'être définitivement accolées à celle-ci. Cette mélodie est celle d'un vieil air irlandais ou écossais. Selon certaines sources, elle aurait plutôt été empruntée aux esclaves eux-mêmes, car selon certaines sources, elle serait d'origine Sud-Africaine.

Chant religieux protestant à l'origine, sa mélodie est reprise avec d'autres paroles (Gloire à toi qui étais mort, Gloire à toi Jésus, ...)[1], dans la liturgie catholique, en anamnèse (Mémorial après la consécration).

Le succès de ce négro-spiritual a également provoqué une renaissance d'Amazing Grace dans le domaine de la musique celtique.
C'est aujourd'hui un des airs les plus joués à la cornemuse
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