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 LA MANUFACTURE DES REVES Y.SIMON

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Nine
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MessageSujet: LA MANUFACTURE DES REVES Y.SIMON   Jeu 12 Fév - 11:07

LA MANUFACTURE DES REVES

EDITIONS GRASSET
YVES SIMON


" De quel empilement de phrases, de lieux,
de rencontres devenons-nous les représentants,
qui ou quoi nous a faits tels que nous sommes, nous et nul autre ?
Ici, je n'ai qu'un désir : célébrer les écrivains, poètes, musiciens,
les villes et les pays - les objets -,
films et cinéastes qui un jour m'ont enveloppé de leur providentielle folie
et de leur beauté.
" De Bowie à Mitterrand, des autoroutes américaines à Kigali,
de Godard à Lynch, de Juliet Berto à Björk, de Foucault à Signoret,
Yves Simon nous offre une archéologie sentimentale, sa rencontre avec le monde.

Biographie Yves Simon est auteur, compositeur et romancier.
Il a obtenu, pour Le Voyageur magnifique, le prix des Libraires (1988),
et pour La Dérive des sentiments, le prix Médicis (1991).

Présentation de l'éditeur

Pour la première fois, Yves Simon se raconte dans un livre.
C'est l'itinéraire d'un artiste atypique,
reconnu à la fois comme romancier et auteur-compositeur de chansons.
De quel empilement de mots, de lieux, d'objets,
de rencontres sommes-nous les représentants ?
Qui et quoi nous a faits tels que nous sommes, nous et nul autre ?
Dans cet autoportrait, Yves Simon célèbre les musiciens, les écrivains,
les poètes, les villes et les pays, les films, les objets qu'il a aimés,
les personnes qu'il a croisées et qui ont influencé sa vie comme son oeuvre...

Exemplaires ou anodins, il dresse l'inventaire de ses anges de passages,
et leur rend hommage.
On rencontre ainsi, au fil des pages : François Mitterrand, un jour de confidences ;
Simone Signoret, au soir de la vie ; Chris Marker, dans un bar de Tokyo ;
Bowie, qui serre Higelin et Yves Simon contre son coeur,
dans un petit matin blême ; Serge Gainsbourg, dans une ville de province...
Mieux que personne, le romancier évoque ces figures de l'ombre,
de la marge, tous les anges de lumière...
Parmi ces figures, il y a aussi des inconnus sublimes, la jeune Lesley,
premier amour de quinze ans découvert à l'ombre de Proust ;
un père cheminot avec qui il est difficile de parler, sauf au dernier jour...

La manufacture des rêves, c'est l'âme de l'artiste qui prend et qui donne
Dans des pages généreuses, il partage avec nous, émerveillé,
le silence des grands déserts américains,
le grésillement d'un ordinateur portable, compagnon des nuits d'écriture,
la solitude du chanteur de scène...

http://www.amazon.fr/Manufacture-rêves-Yves-Simon/dp/2253112518


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MessageSujet: Re: LA MANUFACTURE DES REVES Y.SIMON   Jeu 12 Fév - 11:14

La Manufacture des rêves

LES FILLES ONT DES SENTIMENTS ...

Yves Simon résume dans La Manufacture des rêves l'ensemble de son parcours
d'auteur-compositeur, passé et à venir :

« Je n'ambitionne pas d'être le premier, mais celui qui apprend,
celui qui est toujours à mi-chemin entre un départ et une arrivée,
itinérant, errant : un passant. »


Succès public et décorations prestigieuses
(prix des Libraires pour Le Voyageur du Magnifique en 1987,
prix Médicis pour La Dérive des sentiments en 1991),
une douzaine de romans à son actif et autant d'albums :
les valises du passant sont plutôt riches.

Cet explorateur d'univers réels aussi bien qu'imaginaires retrace ici
les cartes d'un pays plus intérieur. Véritable « épreuve d'artiste (...)
et le meilleur de ce que j'ai su rencontrer, faire, aimer »,
La Manufacture des rêves renoue avec le goût d'Yves Simon pour le mouvement,
les itinéraires bis et les destinées multiples des livres précédents.

Avec nostalgie et sensualité, l'auteur y raconte ses voies et ses guides,
ses « anges », les nourritures de sa création littéraire et musicale.
Une galerie chronologique de ses chocs avec ce monde «
dont les immensités m'émeuvent »,
qui mêle souvenirs et visages (de Mitterrand à Björk)
tout en rendant hommage à ses maîtres et complices.
Kerouac, Cohen et Proust, Godard, Lynch et Fellini, Gainsbourg et Bob Dylan,
la liste est longue.

Amour et amitié, fragilité et incertitudes, aventures américaines,
guitare, addiction aux notes et à la beauté des mots :
ce livre a tout du cahier intime hétéroclite et précieux,
qui juxtapose photos, tickets de métro, coquillages et lettres...

les sources d'inspiration et les jalons d'une vie.
On savoure de part en part cet hymne original et délicat,
condensé de poésie qui s'écoute autant qu'on le lit,
empreint des phrases ciselées et lunaires qui rendent inoubliable le style d'Yves Simon.

Rien de tel pour emmener très loin, au pays des songes colorés et personnels,
parfois enfantins, que cette Manufacture des rêves ranime avec subtilité.

Jessica L. Nelson
Info Parution
Cet article est paru dans
Magazine Littéraire


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MessageSujet: Re: LA MANUFACTURE DES REVES Y.SIMON   Jeu 12 Fév - 11:16


Dans tes classeurs de lycée
Y a tes rêves et tes secrets
Tous ces mots que tu n'dis jamais
Des mots d'amour et de tendresse
Des mots de femme
Que tu caches et qu'on condamne
Que tu caches petite Anne

Dans tes classeurs de lycée
Y a du sang et y a des pleurs
Les premières blessures de ton cœur
Les premières blessures
Les premières déchirures
Qui font des bleus à ton âme
Qui font des bleus petite Anne

Dans les cafés du lycée
Faut que tu bluffes, que tu mentes
Autour des diabolos menthe
Quand tu racontes les nuits
Du dernier été
De tous ces premiers amants
Que tu n'as eus qu'en rêvant

Dans tes classeurs de lycée
Y a tes rêves et tes secrets
Tous ces mots que tu n'dis jamais
Des mots d'amour et de tendresse
Des mots de femme
Que tu caches et qu'on condamne
Que tu caches petite Anne

Y. SIMON


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MessageSujet: Re: LA MANUFACTURE DES REVES Y.SIMON   Jeu 12 Fév - 11:32



Un passage de la Manufactures des rêves
que j 'affectionne particulièrement :


... "Le monde est un vaste marché où se troquent des sentiments,
se volent les émotions de gare comme les idées de philosophes,
il est une devanture permanente où les amateurs s’approprient pollen et miel,
afin que s’accomplisse une alchimie étrange et finalement simple d’apparence :
transformer en mots, sonorités et images les paysages de leur histoire.
Insignifiants ou exemplaires,
j’ai à la fois le besoin de leur rendre hommage et d’en faire l’inventaire,
mais ce n’est pas que cela.

J’ai envie de décrypter ce qui fait sens lorsque l’on est aux aguets
pour un quelconque projet, littéraire ou artistique, un pacte avec l’invisible.
Qui, quoi, quel étrange dispositif prend en charge votre petit être
pour lui faire gravir une marche, traverser l’arc-en-ciel,
quelle métamorphose est proposée par des œuvres, un lieu de mémoire,
des visages, un climat,
afin que l’inédit vienne remplacer la grisaille dans le rodéo des jours ... "

Yves Simon


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MessageSujet: Re: LA MANUFACTURE DES REVES Y.SIMON   Mer 25 Fév - 19:43

LES SOUFFRANTES


Les souffrantes
(Aux femmes afghanes
et aux autres ....)


Derrière des grilles nommées tchadris
Des femmes sont prisonnières,
des femmes d’aujourd’hui.
Héroïnes au secret
d’une histoire délirante,
Ce sont elles les souffrantes.
Kaboul maboule
les masques foulent
L’intégrité et la beauté
Des amantes, des filles,
des femmes, des souffrantes
Notre moitié.

Où sont les yeux des Afghanes
Elles regardent ailleurs et pleurent
Où sont leurs visage ?
Elles regardent ailleurs
Vers l’intérieur.
Des chars de guerre ont défilé
Des hommes vainqueurs,
inquisiteurs d’intimité
Qui ont foulé, défiguré...
charge infâmante
Le rêve sacré des souffrantes.
Où sont les yeux des Afghanes
Elles regardent ailleurs et pleurent
Où sont leurs visages ?
Où sont leurs visages ?
La kalachnikov sur la hanche
Les hommes paradent
et se déhanchent
Recouvrant de voiles sombre
et de pénombre
Les rêves infinis des souffrantes
Derrière des grilles
nommées tchadris
Des femmes sont prisonnières,
des femmes d’aujourd’hui.
Héroïnes au secret
d’une histoire délirante,
Ce sont elles les souffrantes.
Où sont les yeux des Afghanes
Où sont les yeux des Afghanes

© 1999 - Editions Transit
Album INTEMPESTIVES


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MessageSujet: Re: LA MANUFACTURE DES REVES Y.SIMON   Dim 21 Fév - 19:47

Yves Simon à la Rhumerie, un après-midi en hiver



Yves m’a appelé ce dimanche 7 février, alors que nous marchions,
Sabine et moi, sur les quais, au niveau du Louvres.
Il nous a donné rendez-vous à 15 h 45, à la Rhumerie, boulevard Saint-Germain.
Il nous a conseillé de prendre du punch-coco, boisson selon lui la plus adaptée
à cette heure de la journée.

Ensemble, bavardant de choses et d’autres,
nous avons siroté le poison blanc et sucré.
Nous avons parlé de Benjamin Biolay,
que nous avions vu en concert la veille, au Casino de Paris,
d’Henri Miller, de Patrice-Flora Praxo,
la compagne peintre d’Yves, d’Albert Cossery, l’Egyptien,
qui lui avait offert trois de ses pochettes avant de mourir, du temps qui passe,
de la Porsche de Serge Gainsbourg qu’il a revendue il y a deux ans,
de l’impossibilité croissante de circuler en voiture à Paris,
de mon dernier roman dont je lui ai confié le manuscrit, de l’amour, de l’écriture...

En me remémorant cet après-midi, une phrase de Marcel Proust me revient,
qu’Yves a placé en exergue de son roman « Les Eternelles »,
et que je vous livre :

« Je suis arrivé à un âge où il faut prendre parti,
décider une fois pour toutes qui on veut aimer,
et qui on veut dédaigner, se tenir à ceux qu'on aime et,
pour réparer le temps qu'on a gâché avec les autres,
ne plus les quitter jusqu'à la mort. »


Une phrase que nous devrions tous nous approprier
pour enfin apprendre le discernement.

http://bruno-descamps.blogspot.com/2010/02/yves-simon-la-rhumerie-un-apres-midi-en.html
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MessageSujet: Re: LA MANUFACTURE DES REVES Y.SIMON   Lun 22 Fév - 14:11

JE TE PRIE D'OUBLIER

Je te prie d’oublier

Tu te souviendras d'un finissant
Les amours, les horreurs n’ont jamais fait semblant.
Repentances et regrets pour l’avant, pour l’après
Je te prie d’oublier ce à quoi j’ai manqué...
TU M'AS MANQUE !
Comme les astres soumis aux lois de la physique
Je suis un être tragico-biologique
Entre mon corps et mon âme, je transgresse le programme
Pour t’aimer totalement, tendrement, tragiquement.
Totalement, tendrement, tragiquement.
A noir, E blanc, I rouge, les voyelles... Et l’éternité.
Cérémonie d’adieux pour des temps révolus
Offre ta mémoire aux futurs inconnus
Emporte notre histoire dans cet étrange au-delà
Qu’est le temps qui s’éloigne où je ne serai pas.
Je te prie d’oublier ce à quoi j’ai manqué.

© 1999 - Editions Transit
ALBUM "INTEMPESTIVES"
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MessageSujet: Re: LA MANUFACTURE DES REVES Y.SIMON   Lun 7 Juin - 13:21

Yves Simon : lettre d'un inconnu
LE MONDE




Un jour déjà lointain, je reçus la lettre la plus étrange,
la plus improbable que puisse recevoir un écrivain.
Elle émanait d'un jeune homme, marié,
qu'une épouse venait brusquement de quitter.

Jusque-là, rien d'extraordinaire.

Je lus attentivement la missive et au fur et à mesure de sa lecture
un malaise grandissait en moi.
Ou cet inconnu délirait, ou, plus innocent que je ne l'imaginais,
il était en train de me demander une chose que je ne pouvais ni accepter ni exaucer.

La lettre manuscrite disait à peu près ceci :

[font=Arial Black] J'ai vingt-quatre ans et ma femme, enceinte de trois mois,
vient de me quitter emportant avec elle une valise de ses seuls effets personnels.
Ni mot de rupture ni explication, j'étais là,
tétanisé par l'énormité d'une nouvelle désolante.

Nulle dispute significative n'avait précédé une telle décision
et je me trouvai perdu dans un tumulte, à la fois de tristesse et de colère.
Petite précision :
ma femme est allemande, Berlinoise, elle se prénomme Hanna. Désemparé,
je restai plusieurs jours à attendre un coup de fil, un signe,
j'achetai un répondeur pour les heures du jour où je me trouvais absent.
Puis, je commençai à ausculter l'appartement que nous habitions,
je me mis à fouiller dans les placards, les tiroirs, l
es poches d'un manteau qu'elle avait délaissé,
afin de trouver un détail, un objet, quelque chose qui donnerait sens à ce que je pris,
jusque tard, pour une fugue passagère.

J'avais repéré depuis son départ la présence, sur sa table de chevet,
du dernier livre qu'elle ait lu,
mais j'étais passé outre,
n'entrevoyant là rien qui puisse être utile à ma quête du pourquoi.

En désespoir de cause, je le pris en main, le feuilletai, puis, en dernier ressort,
me décidai à le lire.
Il s'agissait d'Océans, un roman de vous publié quelque temps auparavant.
Je lus les aventures de votre héros Léo-Paul Kovski puis sa rencontre
et son mariage avec une jeune allemande,
Eva, et cette promesse qu'ils s'étaient faite d'appeler leur enfant,
s'il s'agissait d'une fille, Maïa, afin que son patronyme se transforme en Maïa Kovski :
folle idée de jeunes amants.
Bien m'a pris de vous lire, puisqu'à la fin du livre votre Eva
- enceinte elle aussi -
quitte son amoureux pour rejoindre l'Allemagne, son pays d'origine.
Comment alors ne pas faire le parallèle entre Hanna et Eva ?

Excusez ma brutalité, mais je suis persuadé que ma femme,
rêveuse, imaginative et pour tout dire influençable,
est bien partie à cause de votre roman.
C'est vous, en écrivant ce livre, qui l'avez fait me quitter !

Bigre !

Ce n'était pas rien d'être jugé responsable,
et de surcroît à distance, d'un deuil amoureux.
L'accusation me bouleversait.
Abasourdi que l'on me fasse porter la responsabilité d'une rupture,
sonné de me trouver complice d'une aventure qui n'était pas la mienne,
imbriqué dans des vies qui m'étaient étrangères,
j'étais pris entre abattement et orgueil.

Proclamé démiurge des lettres, l'immodestie m'envahit quelques instants,
quant à croire à la suprématie de l'écriture sur le cours des choses :

rien là pour me faire déplaisir ! Inconscient ou pas,
c'est le rêve inavoué des écrivains :
transformer le flux des vies,
que leurs mots parviennent au coeur d'inconnus afin que ceux-ci
s'en aillent triturer la matière-existence et la réduire à leurs désirs.

Je me sentais gourd,
gêné de me retrouver acteur improbable
d'une séquence de vie qui ne m'appartenait pas !
N'ayant pas encore accédé à la seconde page de la lettre de l'inconnu,
j'allais vite comprendre que je n'étais pas au bout de mes surprises.

Celle-ci, pour tout dire, me terrassa.
Jamais on ne m'avait proposé un tel marché.
Insensé ! Confondu par sa naïveté,
par l'extraordinaire croyance d'un lecteur
au pouvoir absolu des mots et du romanesque,
je relus à plusieurs reprises l'unique phrase qui, à elle seule,
était une extravagance,
celle d'un homme meurtri liant son ultime et fol espoir
à la chose la plus irrationnelle qui soit :

"Puisque vous avez su faire partir la femme que j'aime,
écrivez, s'il vous plaît, le roman qui la fera revenir !

Que répondre à un être perdu ?

Emu tout autant que fasciné par l'énormité de la demande,
je rêvai d'être à même d'écrire le subtil récit qui mettrait fin
au malheur d'un garçon qui croyait, tout comme moi,
à la puissance des phrases comme aux architectures romanesques.
Dans un premier temps, je me proposai de lui écrire l'impossibilité d'exécuter
ce qui m'était demandé.
Il fallait trancher, rien de pire que les faux espoirs,
ces mises en abîme dans le temps des croyants à qui on inculque
que demain sera meilleur qu'aujourd'hui.

Lâcheté ?

Je n'en fis rien.
Je ne me sentais pas de briser d'un coup sec toute l'espérance
que ce garçon projetait en moi.
Il me fallait gagner du temps.
Tout en sachant l'échec annoncé d'une telle entreprise,
je tentai d'ébaucher quelques lignes, un chapitre, deux chapitres,
me torturant à imaginer quelle dramaturgie délirante
pourrait faire revenir auprès de l'homme délaissé une femme en désamour.
Velléités qui s'avérèrent absurdes et inutiles.
Vaincu, à contre-coeur, j'abdiquai

Vingt ans ont passé.

Le jeune homme et sa folle demande reviennent
constamment assombrir ma mémoire.
Le roman ne fut pas écrit et mes brouillons de lettres ne partirent jamais.
Il y a comme une nausée qui monte à chaque fois en moi :
me souvenir d'être resté muet et impuissant face à une exigence insensée,
comme devant la douleur d'un jeune inconnu, éperdu de chagrin.


Yves Simon est romancier et auteur-compositeur.
Il a reçu le prix Médicis pour : La Dérive des sentiments"
et le grand prix de la chanson de l'Académie française pour son oeuvre discographique.
Dernier roman : Je voudrais tant revenir, Seuil 2007).
Dernier CD : Rumeurs (Barclay/Universal, 2007)

Yves Simon
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MessageSujet: Re: LA MANUFACTURE DES REVES Y.SIMON   Sam 27 Nov - 23:55

UN ARTICLE D'YVES SIMON
Maïakovski l’homme-poème



« La vie en jeu. Une biographie de Vladimir Maïakovski »

de Bengt Jangfeldt, éd. Albin Michel,
589 pages, 25 euros.

Paru dans Match

Quatre-vingts ans après sa mort, une somptueuse biographie
retrace enfin la vie du poète et révolutionnaire russe.
Yves Simon a été conquis.



Palpitant et épique « La vie en jeu », du Suédois Bengt Jangfeldt,
se lit comme un roman tant les rues de Moscou
regorgent d’un monde prêt à renverser le vieux régime des tsars,
tant la politique, le peuple,
les amours sont en effervescence,
tant les arts ressuscitent en de nouvelles formes.

Maïakovski y est un personnage hors du commun,
provocateur et rebelle, qui participe, avec les peintres
Malevitch et Kandinsky – à un moment où Stravinsky triomphe à Paris –,
à la grande révolution esthétique (futurisme en littérature, cubisme en peinture)
qui a enflammé le peuple russe durant les quatorze premières années du siècle dernier.

C’est une période de l’Histoire où les sentiments,
les sensations, les passions s’exacerbent,
où la jeunesse palabre sur ses fantasmes suicidaires,
avant de se reconvertir dans les arts, la politique ou le militantisme.

Ce livre sent le froid et les volcans, il foisonne,
c’est un ouragan où s’agite l’enthousiasme qui déferle dans les cœurs à chaque page lue.

On se délecte à suivre pas à pas ce grand énergumène de 1,90 mètre,
sombre et beau, joueur de billard, qui insulte, parie sur tout,
fume cent cigarettes par jour, n’a plus que des chicots noirs pour endeuiller son sourire,
qui milite, se révolte et est déjà fiché, à 15 ans, par la police tsariste.

Tout en outrance, il deviendra le grand poète russe qui sculptera la révolution
de 1917 dans ses vers décapants,
sera le héros avec Lili Brik d’une histoire d’amour d’exception
et finira par se suicider, de désespoir, à 37 ans.


Lili Brik, Riga 1921 -by A. Bohman

Le chantre de l'URSS

Ces deux-là se rencontrent en 1915 à Petrograd
(le nouveau nom de Saint-Pétersbourg),
un an après la déclaration de la Première Guerre mondiale.

Evoquant le premier recueil de poèmes publié de Maïakovski,
« Le nuage en pantalon »,
Lili Brik, la sœur aînée de celle qui deviendra Elsa Triolet, déclare haut et fort :

« Je le connais par cœur et je le considère comme une des œuvres
les plus géniales de la littérature mondiale.
Maïakovski est chez nous nuit et jour, encore brut de décoffrage,
il n’a que 22 ans et c’est un horrible voyou. »

Boris Pasternak, sous l’influence hypnotique de Maïakovski,
écrira dans ses Mémoi­res que, devant lui, il avait l’impression
d’être « insignifiant et nul ».

Lorsque notre poète rencontre Lili, elle est mariée avec Ossip Brik.
Elle est belle, courtisée, elle a conclu un accord avec son jeune époux,
avec lequel, très vite, elle n’aura plus de relations sexuelles :
qu’il la laisse vagabonder sans limites avec ses amoureux de passage.

Maïakovski est de ceux-là et,
aux premiers printemps de leur idylle,
elle ne va se consacrer qu’à lui tant sa poésie la bouleverse.
Ils sont inséparables, ils partent en excursion sur les îles du delta de la Neva,
se promènent sur la perspective Nevski, Maïakovski en haut-de-forme,
elle en grand chapeau noir à plumes.

Hélas, Lili s’agace du harcèlement incessant que son jeune amant lui inflige.
Excessif, ne lui a-t-il pas dédié, sans vergogne, son premier recueil
« A toi Lili »,
alors qu’ils se connaissaient à peine ?

Si Maïakovski accueille la révolution bolchevique du bout des doigts,
« nous sommes bien forcés d’accueillir le nouveau pouvoir
et d’entrer en contact avec lui »,
il va devenir, dans les années 20, le chantre international de son nouveau pays, l’URSS.
Il loue dans ses poèmes, au grand dam de Lili, la beauté messianique du communisme,
son nom s’exporte, il est célèbre, il voyage, Berlin, Paris, New York...

Il écrit pour le théâtre, devient réalisateur et adapte à l’écran
le « Martin Eden » de Jack London,

devenu dans le film un poète futuriste russe dont il interprète lui-même le rôle.
Ici, contrairement au roman, le héros ne se suicide pas. Maïakovski s’en explique :
« Il est dommage que la force et la grandeur de Martin Eden
soient gâtées par une fin larmoyante. »
Lorsque son ami le poète Essenine sera retrouvé pendu en 1925,
il surenchérit : «
Dans la vie, une chose est simple :
mourir. Refaire cette vie est autrement plus difficile. »

Aucun suicidé de la littérature ne trouverait-il grâce à ses yeux ?
Malade d’amour et nostalgique des années Lili,
il s’en va aimer une Nora mariée qui le maintient à distance par respect pour son mari.

Il ne peut et ne veut attendre. Alors qu’elle vient de quitter son appartement,
le 14 avril 1930, il saisit son Mauser et se tire une balle,
là où il eut toujours le plus mal, en plein cœur.
Point final

YVES SIMON

http://www.parismatch.com/Culture-Match/Livres/Actu/Maiakovski-l-homme-poeme-226406/




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MessageSujet: Re: LA MANUFACTURE DES REVES Y.SIMON   Dim 28 Nov - 0:21

Vladimir Maïakovski
Poème (1930)




Voici le dernier poème de Vladimir Maïakovski (1893-1930),
que l’on a retrouvé dans sa poche après son suicide.

I]

Elle m’aime, elle ne m’aime pas
Je trie mes mains
Et j’ai cassé mes doigts.
Alors les premières têtes des marguerites
Secouées d’une chiquenaude
sont cueillies et sans doute
éparpillées en mai
que mes cheveux gris se révèlent
sous la coupe et la douche
que l’argent des années nous enserre éternellement !
honteuse sensation banale- sentiment que j’espère
que je jure
jamais elle ne reviendra vers moi.

[II]

C’est bientôt deux heures
Pas de doute tu dois déjà dormir
Dans la nuit
La voix lactée avec ses filigranes d’argent
Je ne suis pas pressé
Et rien en moi
Ne veille ni ne t’accable de télégrammes

[III]

La mer va pleurer
La mer va dormir
Comme ils disent.
L’incident s’est cassé la gueule.
Le bateau de l’amour de la vie
S’est brisé sur les rochers du quotidien trivial
Toi et moi sommes quittes ;
pas la peine de ressasser
Les injures de chacun
Les ennuis
Et les chagrins

[IV]

Tu vois,
En ce monde tous ces sommeils paisibles,
La nuit doit au ciel
Avec ses constellations d’argent
En une si belle heure que celle-ci
Quelqu’un alors s’élève et parle
Aux ères de l’histoire
Et à la création du monde.

[V]

Je connais le pouvoir des mots ; je connais le tocsin des mots
Ce n’est pas le genre que les boîtes applaudissent
De tels mots des cercueils peuvent jaillir de terre
Et iront s’étalant avec leurs quatre pieds en chêne ;
Parfois ils vous rejettent, pas de publication, pas d’édition.
Mais les mots sacro-saints qui vous étouffent
continuent à galoper au dehors.
Vois comme le siècle nous cerne et tente de ramper
Pour lécher les mains calleuses de la poésie.
Je connais le pouvoir des mots.
Comme broutilles qui tombent
Tels des pétales à côté de la piste de danse rehaussée.
Mais l’homme avec son âme,
ses lèvres, ses os…

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