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 HAROLD PINTER

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Bridget



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MessageSujet: HAROLD PINTER   Ven 26 Déc - 19:52

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Harold Pinter, le dramaturge



http://www.lemonde.fr/carnet/article/2008/12/26/harold-pinter_1135281_3382.html#ens_id=1135225&xtor=RSS-3208


La mort d'Harold Pinter n'est pas une surprise.

C'est un choc. On savait le Prix Nobel de littérature 2005 atteint d'un cancer de l'œsophage, depuis qu'il avait fait état de sa maladie, en 2002.

Mais à l'annonce de sa disparition, à 78 ans, le 24 décembre, à Londres, un grand silence s'installe :

une conscience s'est éteinte, celle d'un homme engagé sur le front de la littérature, du théâtre en premier, mais aussi sur celui de la marche du monde, dont il a dénoncé les dérives des dernières décennies avec une fermeté sans appel.

Sir Harold Pinter – puisqu'il avait été anobli par la reine Elizabeth II – venait souvent à Paris. Malgré la souffrance qui marquait son beau visage de gladiateur, il n'avait, selon ses amis, rien perdu de son élégance, de son humour et de sa galanterie.

"Il avait un côté grand seigneur, aristocrate au sens premier : parmi les meilleurs." Cette classe si souvent décrite, s'accompagnait aussi "de gestes et comportements de voyou, parfois, qui faisaient de lui un curieux mélange", selon le metteur en scène Claude Régy, qui l'a connu dans les années 1960, quand il a créé à Paris quatre de ses pièces, La Collection et L'Amant (1965), Le Retour (1966) et L'Anniversaire (1967), qui ont définitivement introduit Pinter en France, après Le Gardien, en 1961, présenté dans une mise en scène de Jean Martin.

Les années 1960, ce sont celles du grand tournant pour Harold Pinter. Celles pendant lesquelles, après avoir été comédien, jouant Roméo ou Macbeth, sous le nom de Jack ou David Baron, il a commencé à écrire des pièces. Il était inutile de lui demander pourquoi il avait choisi le théâtre. Aussi inutile que de lui demander pourquoi il pratiquait avec tant d'assiduité le cricket. Il répondait toujours par une boutade. Un proverbe chinois dit : "Les hommes montent sur les montagnes parce les montagnes sont là." L'auteur du Gardien faisait du théâtre parce que le théâtre est là


Avec Bertolt Brecht et Samuel Beckett, Harold Pinter restera comme l'un des plus grands dramaturges du XXe siècle.

On ne saurait dire aujourd'hui lesquelles, parmi ses vingt-neuf pièces, seront les plus jouées. Mais il n'y a aucun doute sur l'apport majeur de Pinter : il a introduit une perturbation dans la perception du langage, qu'il définissait lui-même ainsi : "Ce que nous entendons est une indication de ce que nous n'entendons pas."

C'est cela qui a saisi Claude Régy quand il a découvert ses pièces. "Je me souviens que Pinter était en bataille contre l'incommunicabilité, un mot très en vogue dans les années 1960. Il disait qu'on communique trop, même dans le silence, qui est agression de l'homme par l'homme. Dans l'utilisation qu'il a faite du langage, dans ses fameux silences , si on écoute, on entend le mensonge."

C'est donc un langage qui se révèle au moment où il est caché que Pinter a introduit sur les scènes. A ses débuts, il était engagé dans un mouvement de révolte contre le théâtre britannique englué dans une lecture bourgeoise et grandiloquente de Shakespeare, qui devait mener une bande d'auteurs, les "Angry Young Men", à renouveler le répertoire. Ces "jeunes hommes en colère", qui s'appelaient Edward Bond, Arnold Wesker ou Joe Orton, étaient pour la plupart issus du milieu ouvrier.

Né le 10 octobre 1930 à Londres, où ses grands-parents juifs russes avaient émigré, Pinter était fils d'un tailleur du Hackney, quartier populaire de l'East End. Son enfance cockney a été trouée par la guerre. "J'ai été évacué trois fois alors que tombaient les bombes allemandes. Le sentiment d'être bombardé ne m'a jamais quitté", dira-t-il.

En 1949, quand il devra faire son service militaire, obligatoire, il invoquera l'objection de conscience et acquittera une amende pour éviter un procès et la prison, dont était passible le manquement aux obligations. Dans cet après-guerre, Pinter s'affrontera aussi à des militants fascistes.

Mais c'est beaucoup plus tard qu'il réaffirmera publiquement son engagement. Pendant presque vingt-cinq ans, qui correspondent à la première partie de son œuvre, Harold Pinter se tient à l'écart de la politique. Le soutien qu'il apporte aux sandinistes du Nicaragua, dans les années 1980, marque le début d'une prise de parole active et virulente qui le fera militer avec Amnesty International, défendre la cause des Kurdes, et vilipender violemment George Bush et Tony Blair au moment de la guerre en Irak – un thème qui a amplement nourri le discours qu'il a livré pour la remise de son prix Nobel.

C'est au mitan des années 1980 que son théâtre, lui aussi, s'engage délibérément, avec des pièces comme Un pour la route (sur la torture), présentée par la Comédie-Française au Festival d'Avignon en 1987, ou Ashes to Ashes (sur les camps de concentration), mise en scène par l'auteur lui-même au Théâtre du Rond-Point, à Paris, en 1998.

Mais, selon le critique britannique Michael Billington, qui lui a consacré une importante biographie (non traduite en français) en 1996, la dimension politique de l'œuvre de Pinter remonte beaucoup plus loin.

Elle est présente dans les pièces des années 1960 et 1970 qui ont assuré sa renommée, comme No man's land, mis en scène par Roger Planchon, en 1979, avec Guy Tréjan et Michel Bouquet – un des plus grands interprètes de Pinter – , ou avec Delphine Seyrig, Sami Frey et Jacques Dufilho, dont Pinter appréciait particulièrement le jeu inquiétant dans Le Gardien.

Ce théâtre de parti pris n'a pas donné toute sa mesure, jusqu'ici, dans la réception de Pinter en France. A ses débuts, il a souffert du contexte du brechtisme lourd, face auquel il est apparu comme une respiration salutaire. On a alors rapproché Pinter de Beckett, qu'il admirait beaucoup, mais dont il se démarquait par l'affirmation d'un doute absolu.

Symbiose inégalée "On s'est trompé sur l'écriture de Pinter", dit Claude Régy. Quand il est devenu célèbre, il a été considéré comme un auteur psychologique, presque boulevardier, alors qu'il est d'abord subversif." C'est cette subversion qui rend "politiques" les relations entre les personnages, toujours présentés, même dans les situations les plus banales, dans une inquiétante prise de pouvoir de l'homme sur l'homme.

Son engagement transparaît aussi dans son œuvre cinématographique. Passionné de cinéma, Pinter a fait quelques apparitions à l'écran comme acteur. Mais c'est en tant que scénariste que sa contribution au septième art fut la plus notable, et d'une qualité rarement atteinte dans la compréhension, par un dramaturge, des mécanismes propres au cinéma.

Transfusant à l'écran son goût des méandres psychiques et narratifs, il a collaboré, à partir de 1964, à une quinzaine de films, aux côtés de réalisateurs aussi importants que William Friedkin (L'Anniversaire, 1968), Elia Kazan (Le Dernier Nabab, 1977), Karol Reisz (La Maîtresse du lieutenant français, 1981) ou Jerry Schatzberg (L'Ami retrouvé).

Mais c'est avec Joseph Losey qu'il parvient à trouver une symbiose inégalée, en signant les scénarios de trois films magnifiques

The Servant (1964),

Accident (1967) et

Le Messager (1971), qui obtint la Palme d'or à Cannes.

A l'initiative de Losey, Pinter est également l'auteur d'une adaptation cinématographique d'

A la recherche du temps perdu de Marcel Proust, écrite en 1972, qui figure parmi les scénarios mythiques de l'histoire du cinéma.
Le film, qui devait durer trois heures et demi, ne fut jamais réalisé.

Aujourd'hui, de jeunes metteurs en scène, tout juste nés au moment de la création des premières pièces, s'intéressent à sir Harold, dont la mort annonce une nouvelle vie pour Pinter.


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