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 JEAN FERRAT

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Nine
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MessageSujet: Re: JEAN FERRAT   Lun 15 Mar - 0:10

LA COMPLAINTE DE PABLO NERUDA
Poète chilien (1904-1973)

...Je vais dire la légende
de celui qui s'est enfuit
et fait les oiseaux des Andes
se taire au coeur de la nuit
le ciel était de velours
incompréhensiblement
le soir tombe et les beaux jours
meurent on ne sait comment ...
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MessageSujet: Re: JEAN FERRAT   Lun 15 Mar - 9:14

Le Président de la SACEM


Claude Lemesle, a rendu hommage à l'une des :

"incarnations majeures de la chanson française de la deuxième partie du XXe siècle",
mais aussi un "interprète unique" à "la voix chaude et enveloppante".
C'était aussi "l'un des mélodistes les plus accomplis de sa génération,
qui a mis en musique parmi les plus beaux textes de la langue française".
ceux d'Aragon, qui fut enchanté du résultat»

Jean Ferrat, lauréat du prix de l’académie Charles Cros en 1963
et du grand prix de la chanson de la SACEM en 1994



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MessageSujet: Re: JEAN FERRAT   Lun 15 Mar - 13:06

Les jeunes imbéciles
Jean Ferrat

Ils ont troqué leur col Mao
Contre un joli costume trois-pièces
Ils ont troqué leurs idéaux
Contre un petit attaché-case
Citoyens de Paris ma ville
La plage est loin sous les pavés
Vivez en paix dormez tranquilles
Le monde n'est plus à changer

Ce n'était alors que jeunes imbéciles
Le poil au menton
Ce n'était alors que jeunes imbéciles
Les voilà vieux cons

Ils ont troqué leur col Mao
Pour une tenue plus libérale
Le vieux slogan du père Guizot
Est devenu leur idéal
Nos soixante-huitards en colère
Reprennent un refrain peu banal
C'est enrichissez-vous mes frères
En guise d'Internationale

Ce n'était alors que jeunes imbéciles
Le poil au menton
Ce n'était alors que jeunes imbéciles
Les voilà vieux cons

Ils ont troqué leur col Mao
Et leur vieux look égalitaire
Pour un costume plus rigolo
C'est la chasuble humanitaire
Ils font la quête avec délice
Chez ceux qu'ont plus rien à donner
Et pour établir la justice
S'en remettent à la charité

Ce n'était alors que jeunes imbéciles
Le poil au menton
Ce n'était alors que jeunes imbéciles
Les voilà vieux cons

Ils ont troqué leur col Mao
Pour des tenues plus officielles
Depuis qu'ils fréquentent à gogo
Les cabinets ministériels
Ah quel plaisir en redingote
Sur le perron de l'Elysée
De se faire lécher les bottes
Par des journalistes avisés

C'est toujours avec les jeunes imbéciles
Qu'on le veuille ou non
C'est toujours avec les jeunes imbéciles
Qu'on fait les vieux cons



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MessageSujet: Re: JEAN FERRAT   Lun 15 Mar - 13:15

Les petites filles modèles
Jean Ferrat

Les Petites Filles modèles
Ne jouent plus à la poupée
Ne jouent plus à la marelle
A la corde à chat perché
Branchées grâce au Minitel
Sur le marché financier
Les Petites Filles modèles
S'amusent à boursicoter

C'est à ce jeu qu'elles excellent
Fruit de la modernité
Ah la belle ah la belle ah la belle société

Les Petites Filles modèles
Quel exemple à méditer
S'émerveillent pleins de zèle
Ces messieurs de la télé
En vantant leur grandeur d'âme
Leur louable vocation
Applaudissez messieurs dames
Leur goût des bonnes actions

C'est à ce jeu qu'elles excellent
Il faut les encourager
Ah la belle ah la belle ah la belle société

Leur prince de référence
Leur nouveau preux chevalier
C'est le golden boy en transe
Qui joue les petits Poucets
Et se taille avec vaillance
Un empire à bon marché
Sur les ogres des finances
Qu'il finit par dévorer

C'est à ce jeu qu'elles excellent
Vivent les contes de fées
Ah la belle ah la belle ah la belle société

Leur plus beau rêve de gosse
C'est un autre emprunt Giscard
Mais quand la fée Carabosse
Leur donne des cauchemars
Adieu châteaux et carrosses
C'est le krach ô désespoir
Qui voit leur champion féroce
Se flinguer sur le trottoir

C'est à ce jeu qu'elles excellent
Elles seront tôt consolées
Ah la belle ah la belle ah la belle société

Pourtant mes enfants bien sages
Méfiez-vous des aventures
Ne soyez pas trop volages
N'investissez qu'à coup sûr
Car vos tendres pucelages
Pourraient choir comme fruits mûrs
Sous les OPA sauvages
De raiders aux noyaux durs

Puisqu'à ce jeu elles excellent
Il faudra les marier
Ah la belle ah la belle ah la belle société

Puisqu'à ce jeu elles excellent
L'avenir est assuré
Ah la belle ah la belle ah la belle société

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MessageSujet: Re: JEAN FERRAT   Lun 15 Mar - 13:25

Jean Ferrat" Je vis de bouffées d’espoir "



Jean Ferrat, dans la présentation de l’exposition qui vous est consacrée " Jean des Encres, Jean des Sources ", on lit ces premiers mots " Jean Tenenbaum, dit Jean Ferrat, chanteur français, né à Vaucresson le 26 décembre 1930 ". Qui était ce petit Tenenbaum ?

Jean Ferrat. C’était un enfant heureux jusqu’à ce jour de 1941 où mon père, artisan joaillier, arrêté dans une rafle à Paris, a disparu. Il a été déporté à Auschwitz.
Les autorités françaises nous ont informés de son décès deux ans après la fin de la guerre. Je ne connaissais pas ses origines, sachant à peine qu’il venait de Russie. J’ai su qu’il était juif quand il a dû porter l’étoile jaune.

C’est un événement fondateur pour vous ?

Jean Ferrat. Je ne peux pas penser que cela n’a pas été le cas.

Quand vous écrivez et que vous chantez Nuit et Brouillard, qui fait événement,
en 1963, la chanson est très vite sujet à controverse. Pourquoi ?


Jean Ferrat. J’ai fait une émission sur Europe 1 et la chanson a eu un tel écho que Lucien Morisse, son directeur, qui avait tenu à ce que mes chansons du début soient diffusées, en particulier Ma môme, a décidé de lui consacrer tout un débat.

C’était un sujet qu’on n’avait pas l’habitude d’entendre chanter. Les gens ont été choqués dans le bon sens. Mais on m’a dit aussi que l’époque était à la réconciliation franco-allemande, sous l’égide de De Gaulle et d’Adenauer, et que ce rappel de l’holocauste n’était donc pas bien vu dans les hautes sphères.

La station lui a consacré une émission du soir dans laquelle les auditeurs intervenaient. J’ai reçu des centaines de lettres dont 90 % étaient pour la chanson et 10 % contre.

La controverse a servi la chanson, elle lui a donné de l’importance…

Jean Ferrat. Je le pense. Elle a touché des gens concernés, les témoins de l’époque, qui étaient encore nombreux, les résistants, alors qu’on assistait déjà à une résurgence de groupes néonazis en Allemagne.

Quand on relit la chanson, il y a cette phrase devenue fameuse " je twisterais les mots s’il fallait les twister ". Le twist était à l’époque la danse jeune par excellence…

Jean Ferrat. C’était la grande vague yé-yé.

Donc, vous aviez envie d’être dans le cercle de la Résistance mais aussi d’en sortir
et de toucher la jeunesse ?


Jean Ferrat. C’est exactement ça. J’ai eu des témoignages de gens heureusement surpris par cette audace. En même temps, cela me faisait drôle d’apprendre qu’en discothèque on dansait sur Nuit et Brouillard. J’en ai même été un peu inquiet parce que, lorsqu’on danse dans ce cadre, on a autre chose à faire qu’à écouter les paroles. Je craignais que le sujet soit occulté. La suite a montré que mes craintes étaient vaines.

Il y avait de votre part comme une provocation ?

Jean Ferrat. Pour moi, tout valait mieux que l’oubli, que l’oubli pour le futur. Quand j’ai écrit la chanson, finalement peu de temps après la fin de la Seconde Guerre mondiale, toute une nouvelle génération ne connaissait rien du nazisme.

L’un des débats auxquels vous allez participer s’appelle " Mémoire lycéenne de la Shoa ". De cette époque à aujourd’hui, où vous rencontrez des lycéens, des collégiens, on a l’impression que l’histoire avec cette chanson n’est jamais finie ?

Jean Ferrat. C’est un grand sujet de satisfaction, je peux le dire comme ça, que de recevoir, chaque année, des lettres venues d’établissements scolaires, dans lesquelles on me demande pourquoi j’ai écrit cette chanson, quelles raisons personnelles, politiques m’ont animé ? Je me dis que ce que j’espérais est arrivé.

Avez-vous le sentiment qu’ils le font par devoir scolaire ou qu’ils prennent l’affaire à coeur ?

Jean Ferrat. On peut se poser la question, je me la suis posée. Je crois que cela dépend du lieu, des circonstances. Mais, encore récemment, j’ai assisté à une rencontre à Antraigues où des enseignants ont affirmé qu’ils rencontraient chez les jeunes, à ce sujet, une participation, une attention qui les étonnaient.

Cette attention est-elle, à votre avis, plus forte qu’elle n’était il y a vingt ou trente ans ?

Jean Ferrat. C’est possible. Cela peut s’expliquer par l’évolution inquiétante du monde. Les jeunes ont sans doute le sentiment qu’ils manquent de repères, et que la Résistance en est un. Le mot résistance est de toutes les époques.

J’ai assisté il y a quelques années sur la place d’Antraigues à une autre rencontre entre des centaines de lycéens et Lucie Aubrac. Elle leur parlait sur une estrade, seule. C’était fantastique de les voir réagir.
Elle tentait de leur faire comprendre que la Résistance ce n’était pas que des mitraillettes et des bombes, mais aussi la petite jeune fille avec son vélo qui portait ses messages, la ménagère qui accueillait quelqu’un qui était recherché. Et elle ajoutait qu’eux aussi, à notre époque, avaient un devoir de résistance et que cela devait commencer par : " Ceci n’est pas juste ! "

Parler de l’histoire est important mais il faut toucher les gens au présent.

Y a-t-il aujourd’hui un esprit de résistance ?

Jean Ferrat. Il me semble que c’est là un motif d’espoir. Réagir est d’autant plus important que tout est fait pour que chaque velléité de résistance soit étouffée.

Vous est-il arrivé de désespérer ?

Jean Ferrat. Oui, bien sûr. Le monde ne va pas toujours dans le sens de l’espérance. On le voit aujourd’hui. Et puis, soudain, il y a une bouffée d’espoir quand les gens se lèvent. C’est très contrasté.

Ma France dont on parlera également à la Fête a été, elle, carrément interdite. Quand on lit le texte, très dénonciateur de la réaction gaulliste après mai 1968, on peut presque se dire que vous l’avez bien cherché ?

Jean Ferrat. Absolument. Je ne supportais pas la façon dont les choses avaient tourné. J’avais commencé par écrire des paroles sur le thème " pauvre France, qu’est-ce que tu es devenue ? "
Et puis, après avoir aligné quelques couplets vengeurs, je me suis dit : des gens se sont battus et ce mouvement ne disparaîtra pas comme ça, il va laisser des traces.

Tous ceux qui ont fait évoluer la condition des hommes ont dû l’imposer. Petit à petit, j’ai pris une option positive, parlant de la France que j’aimais à partir de la Révolution française.

Cette France n’est pas que politique puisqu’au début du texte vous écrivez : " Des genêts de Bretagne aux bruyères d’Ardèche… "

Jean Ferrat. Cela commence très bucolique, c’est mon côté Jean des Sources.

Les censeurs n’ont pas été très sensibles à votre côté bucolique…

Jean Ferrat. Ils l’ont été sans doute mais ils auraient bien aimé que j’en reste là. La chanson a été vite interdite.

J’étais l’invité d’une grande émission du dimanche après-midi avec Jean-Pierre Chabrol, Brel, Brassens etc. On échangeait des idées au micro. À un moment donné le chef de plateau est arrivé avec une ardoise où était écrit à la craie :
" Ordre de la direction, que Jean Ferrat chante, mais qu’il ne parle plus. " Il y a eu un tollé général et toute l’équipe a été virée. Je n’ai plus fait de télévision pendant deux ans et demi.



Les chansons sont parfois dangereuses…

Jean Ferrat. Certains doivent le penser.

À lire l’exposition, il y a un autre Ferrat que l’artiste dit engagé ?

Jean Ferrat. Bien sûr, je pense que les chansons les moins connues sont précisément les chansons dites engagées.

La trame principale, c’est plutôt les chansons d’amour, d’amour de la vie, de la nature ?

Jean Ferrat. Oui, c’est la trame principale sur la durée.

Quand on vous écoute il y a la lumière, la rivière, l’arbre et puis Picasso, Aragon, Neruda, pour un peu on dirait que vous combinez " l’écolo " et " l’intello " ?

Jean Ferrat. Écolo, même si l’on n’employait pas encore l’expression, c’était ce que l’on disait de la Montagne, dont José Bové m’a confié que, jeune, il la chantait beaucoup.

Quant aux poètes que font-ils donc d’autre, au fil des siècles, que reprendre le chant, le chant de l’homme face à lui-même et à l’univers. Pour moi, de toute façon, il n’y a pas de classification entre ces thèmes.

À Claude Villers qui vous parle des pouvoirs de la chanson vous répondez : " j’ai un certain pouvoir, mais il ne m’a pas rendu fou ". Qu’avez-vous voulu dire ainsi ?

Jean Ferrat. Le succès peut perturber considérablement l’artiste, surtout s’il survient brusquement et dans le plus jeune âge. J’en connais qui ont pété les plombs. Moi, c’est venu avec le temps, j’ai fait mon métier comme un artisan sans que cela me monte à la tête. Ce n’est pas dans ma nature.
Bien sûr, on aime être aimé, c’est une reconnaissance. Ce qui me fait plaisir en lisant les lettres que je reçois, c’est de voir que les gens m’aiment pour de bonnes raisons. Enfin, c’est moi qui les trouve bonnes !

Il n’y a jamais eu d’idolâtrie à votre égard

Jean Ferrat. Je ne prête pas le flanc à ce genre d’attitude. Je crois que cela procède de la tête, du comportement qu’on montre.

Comment expliquez ça ?

Il me semble que les gens sont conscients que je me suis toujours efforcé de garder une certaine rigueur dans ce que j’écris et dans ce que je fais.

Quand vous vous installez durablement à Antraigues, est-ce une façon d’échapper à ce que l’on appelle aujourd’hui la pression, la pression des calculs, des sollicitations, des médias ?

Jean Ferrat. Au début, c’est clair, j’ai voulu échapper à la fatigue physique et morale que provoque
cette pression du spectacle. Je me disais : Si un jour j’en éprouve le désir, je pourrais toujours remonter sur scène. Finalement, je n’en ai jamais eu assez l’envie.

Les gens ne le comprennent pas toujours très bien…

Jean Ferrat. C’est incompréhensible, je le sais, incompréhensible pour le public qui ne voit que ce qui brille du métier. Il faut le vivre pour le comprendre. Mais il y a des artistes qui, à l’inverse, ont besoin de ça, de toute cette activité, de cette frénésie, et je le comprends parfaitement.

Vous ne chantez plus, mais vous parlez. Le chanteur aurait-il cédé la place au citoyen qui parle, qui écrit, qui publie. Vous prenez la parole ?

Jean Ferrat. Les artistes, on leur demande leur avis sur tout. Moi, si je peux parler d’une chose c’est, je le crois, de la chanson. Et si je peux aider ceux qui n’ont pas ce droit à la parole c’est de mon devoir de le faire.

À propos de votre intervention dans le domaine de la chanson, disons pour la diversité culturelle, votre bataille n’est-elle pas marquée par vos propres goûts ?

Jean Ferrat. Elle l’est forcément puisque j’ai constaté depuis longtemps qu’il n’y a plus cette " chanson de paroles " comme je l’appelle, cette chanson artisanale, cette chanson qui n’a pratiquement aucun accès à la diffusion que ce soit radiophonique ou télévisée. J’ai décidé d’alerter les responsables à ce sujet et je continuerai à les secouer.

Certains ont dû vous dire que défendre cette chanson peut donner l’impression que vous ne prêtez pas d’intérêt à d’autres formes de la chanson ?

Jean Ferrat. Moi, je défends les plus déshérités, les autres n’en ont pas besoin.

Cependant vous devez les reconnaître ?

Jean Ferrat. Mais je les reconnais, je reconnais leurs qualités. Il y a des gens comme Souchon ou Cabrel, par exemple, qui sont très remarquables en écriture et qui ont un succès mérité. Mais de ceux-là, pourquoi faudrait-il en parler puisque tout baigne pour eux ?

Vous avez en fait à peu près commencé votre parcours de chanteur en même temps que Johnny Halliday. Qu’en pensez-vous ?

Jean Ferrat. C’est un artiste incontestable. On appelle cela dans notre jargon une bête de scène.
Des chansons, il y en a eu beaucoup, surtout au début, que je ne trouvais pas du tout intéressantes,
et puis il me semble qu’il s’est bonifié à ce sujet-là. Il a pris des chansons de Berger qui étaient très jolies.

Pour conclure, sur votre présence à la Fête de l’Humanité, avec votre exposition " Jean des Encres, Jean des Sources ", l’expression employée " 50 ans de Ferrat pour 100 ans d’Huma ", a-t-elle un sens pour vous ?

Jean Ferrat. Que cela corresponde effectivement au 100e anniversaire du journal me fait plaisir parce que le journal a beaucoup compté pour moi. Les idées qu’il défendait dans certaines périodes ont été un outil de résistance à des choses tragiques que la France a connues après la Seconde Guerre mondiale, je pense en particulier aux guerres coloniales.

En même temps, tout ce qu’il racontait sur ce qui se passait à l’Est me laissait mal à l’aise. J’avais du mal à supporter cette inconditionnalité. Aujourd’hui, je pense qu’il est indispensable.

Vous êtes venu, jadis, au début des années soixante-dix, à la Fête, pour chanter sur la grande scène. Cette année, après une rencontre il y a deux ans sur la chanson, vous allez vous y exprimer sous la forme d’une exposition et de rencontres avec le public. Est-ce pour vous une manière d’apporter une contribution au centenaire de l’Humanité ?

Jean Ferrat. Ce serait bien présomptueux de ma part, je suis un petit artisan, quelqu’un qui a essayé de faire ce qu’il pouvait et c’est un honneur que me fait l’Humanité de prendre ainsi mon exposition dans la Fête du centenaire, je le ressens comme cela.

Entretien réalisé par Charles Silvestre
(L'Humanité, 1 septembre 2004)


* les ITV de Jean Ferrat sont rares.


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MessageSujet: Re: JEAN FERRAT   Mar 16 Mar - 12:58

Jean Ferrat « C’était l’homme droit »


Entraigues sur Volane

Par Roland Leroy,
ancien directeur de l’Humanité.


Notre douleur, de Danièle et moi, est immense.
C’est un déchirement. Il y a quelques semaines,
nous convenions au téléphone de nous rencontrer à Entraigues et même,
peut-être, à Clermont-l’Hérault quand le printemps le permettrait.
Les souvenirs se bousculent, des rencontres publiques,
par exemple l’inauguration de l’exposition
« Jean des encres, Jean des sources »à la Fête de l’Huma,
puis des autres rencontres chaleureuses chez Colette et Jean et chez nous…
les réveillons joyeux de ses anniversaires,
notamment celui qui s’est prolongé et contredit par notre voyage à Paris
pour les obsèques d’Aragon.

Durant les vingt ans où j’ai vécu la vie de l’Huma,
les relations entre le journal et Jean s’étaient resserrées pour devenir celles des
« compagnons de route », au sens plein du mot,
partageant le pain sur une route qui est la même.

Jean, son talent, son œuvre, ont toujours exprimé ce que l’Humanité voulait,
veut toujours être, ouverte à la vie, aux femmes et aux hommes de notre temps,
à l’avenir  ; dressée contre l’injustice, la barbarie, la guerre  ; en un mot : humaine.

Jean exprimait avec force, pénétration, ce que le journal voulait dire.
Il le faisait avec son génie. « Je twisterais les mots s’il fallait les twister »…
Il a su tout dire et ne cachait pas son étonnement et sa joie quand il rencontrait
un écho à sa sensibilité, par exemple quand l’Huma accueillit positivement le Bilan…

Ma France, Sacré Félicien, les Enfants au soleil, Que serais-je sans toi…
Jean restera un grand moment de notre vie, de notre histoire…
Rien n’égale la puissance de pénétration de l’œuvre d’Aragon acquise grâce à Jean Ferrat.

Rien n’égale la finesse, la profondeur de l’expression de nos valeurs,
le souffle de liberté de l’Honnête homme au sens historique du mot,
de l’homme droit que Jean Ferrat restera pour nous,
lui qui est pour toujours le porte-voix du mouvement profond de la classe ouvrière,
au sens plein de noblesse qu’il donnait à l’expression.
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MessageSujet: Re: JEAN FERRAT   Mar 16 Mar - 23:23

L'AMOUR EST CERISE
Jean Ferrat était aussi un grand amoureux
de la vie et de ses plaisirs.


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MessageSujet: Re: JEAN FERRAT   Mer 17 Mar - 0:21

« Ferrat. C’était un honnête homme »

Par Francesca Solleville, chanteuse.

Vous l’avez connu à ses tout débuts…

Francesca Solleville. Ça a été une amitié de jeunesse qui a duré jusqu’à la vieillesse.
On s’est connu dans les cabarets au début des années soixante.
Ensuite, on était de toutes les manifs…
Je suis entrée dans le métier au moment où Aragon était mis en musique par Ferrat, Ferré.
Ce furent des années formidables.
L’ambiance était chaleureuse, fraternelle pas professionnelle dans le sens où
aucun d’entre nous ne voulait devenir célèbre.
J’aimais cette ambiance-là, faite de chaleur humaine et d’écriture.

Pourquoi, selon vous, a-t-il arrêté la scène  ?

Francesca Solleville. Au fil des jours, il s’est fatigué des tournées.
Il a arrêté la scène en 1973, il avait déjà sa maison dans l’Ardèche.
Ce qui l’a dégoûté, c’est cette amplification des moyens  :
il fallait chaque fois plus de camions, de matériel.
Cette espèce de professionnalisation, de business où on n’était connu et reconnu
que si on se trimballait avec un camion de trente tonnes…
Alors il a fait ses adieux au Palais des sports, il en avait ras-le-bol.
C’était un auteur, un compositeur et il aimait faire son métier tout seul.
Bien sûr qu’il aimait faire des disques mais plus les tournées.
C’était un être fragile.

Fragile, dites-vous, et timide aussi…

Francesca Solleville. Oui, curieusement.
Quand il a commencé à chanter, ça a marché,
malgré son peu d’enthousiasme et sa timidité.

Vous avez interprété bon nombre de ses chansons.

Francesca Solleville. Il m’a écrit beaucoup de musiques sur des textes que je lui portais.
Pour mon dernier album, il a composé la musique de Donnez-moi la phrase.

Il a accepté de le faire à cause, ou grâce, au dernier couplet de la chanson qui parle
« du jour de lessive », de ce quotidien simple qu’aimait Jean.
Pour lui, c’était ça, chanter. C’était un honnête homme, droit, sincère.
Il n’a jamais triché, ni avec les choses, ni avec les gens.

Entretien réalisé par Marie-José Sirach

Malgré le temps qui passe, je suis fier et heureux d'être toujours présent à tes côtés,
ma Fanfan, et j'espère l'être toujours."
Jean Ferrat

http://www.myspace.com/francescasolleville

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MessageSujet: Re: JEAN FERRAT   Mer 17 Mar - 14:15

Ferrat, la rime et la raison



Par Gilles Médioni (L'Express)
publié le 16/03/2010

Chanteur militant et contestataire, il avait aussi été formé à l'école du rire,
partageant avec le duo Poiret-Serrault, notamment,
l'affiche des cabarets de Saint-Germain-des-Prés, dans les années 1960.

La Montagne, Potemkine, Que serais-je sans toi ?...
Ce tendre révolté laisse une marque indélébile dans la chanson française.
Poète épris d'Aragon, artiste militant,
Jean Ferrat sera enterré ce mardi 16 mars à Antraigues-sur-Volane,
le village d'Ardèche où il vivait depuis des années.

Jean Ferrat

26 décembre 1930 Naissance à Vaucresson (Hauts-de-Seine).
1941 Déportation de son père.
1956 Met en musique Les Yeux d'Elsa, d'Aragon, chanté par André Claveau.
1964La Montagne.
1972 Derniers concerts.
1974Ferrat chante Aragon (2 millions d'exemplaires).
1991Dans la jungle ou dans le zoo.
2009Les Nos 1 de Jean Ferrat (100 000 disques vendus).
13 mars 2010
Mort à Aubenas (Ardèche).

Citoyen du temps, il se disait "homme du XXe siècle",
ui qui avait traversé des "tragédies, des hécatombes, des génocides,
des massacres colonialistes".
Avec la disparition de Jean Ferrat s'est tue la voix des ombres et des tumultes,
celle des luttes de gauche et des espoirs assassinés,
des mots d'amour et des vers d'Aragon.
Car Jean Ferrat était bien l'un des derniers chanteurs-poètes contemporains
au coeur fidèle et militant.
Ses chansons étaient descendues dans la rue, dans les usines et les manifs.
A la mairie, les mariés écoutaient Que serais-je sans toi ?
Aux enterrements, on entendait Tu aurais pu vivre encore un peu .
Il a toujours su parler de la place de l'homme dans la société avec,
entre autres, du rire. "Je suis issu de l'esprit de Jean Yanne, des Frères Jacques,
de Poiret et Serrault,
avec lesquels je partageais l'affiche des cabarets de Saint-Germain-des-Prés."

Lorsqu'il passa en vedette à l'Alhambra, en 1965, il invita, en lever de rideau,
Jean-Christophe Averty, qui cassait une télé à coups de marteau,
Pia Colombo, accueillie par un lâcher de couronnes mortuaires - on la comparait à Piaf -
et les contrepèteries subtiles de Bobby Lapointe.
En ravivant ces souvenirs, Ferrat rigolait de bon coeur.
La Montagne comme tract musical.
Et nommer l'innommable dans Nuit et brouillard.
Jean Tenenbaum (son vrai nom) y rendait hommage aux victimes de l'Holocauste -
son père est mort à Auschwitz.
Encore récemment, il allait à la rencontre des collégiens et des lycéens
pour arpenter avec eux le promenoir de sa mémoire, en témoin infatigable de l'Histoire.

Né en 1930, fils d'un joaillier juif d'origine russe et d'une vendeuse de fleurs artificielles,
Jean Ferrat entre, au lendemain du conflit mondial,
dans un laboratoire de chimie du bâtiment.
C'est à cette époque qu'il découvre le syndicalisme,
la conscience de classe et la poésie de la résistance en lisant Aragon.
Ma Môme, Federico Garcia Lorca, Potemkine et, bien sûr, Les Yeux d'Elsa
- d'après Aragon - sont nés sur le brasier de l'après-guerre,
de la rive gauche et du Théâtre national populaire (TNP) de Jean Vilar.
"Je découvrais qu'une vie était possible.
Son Avare a changé des existences, on ne l'a pas assez dit", i
nsistait-il lorsqu'on discutait avec lui.
Il était grave et tendre, concentré et drôle.
Ferrat ajoutait combien le chanteur contestataire qu'il était avait été aussi formé à l'école

Potemkine(1965), Ma France (1969), Au printemps, de quoi rêvais-tu ? (1969),
Camarade (1970), Un air de liberté (1975), Le Bilan (1980)...
Les classiques de Ferrat sont des chansons qui dérangent et provoquent
des débats sur les dérives staliniennes, la guerre du Vietnam,
Mai 68, l'invasion de la Tchécoslovaquie par les Soviétiques...
L'ORTF censure ce compagnon fidèle (non encarté) du PC ;
il lui rend la pareille :
on ne le verra plus à la télévision, ou rarement.
Interprétées d'une voix forte et enveloppante,
ses chansons rassemblent les opprimés, les méprisés, les exclus.
"Je n'ai pas été un grand militant,
mais j'ai participé à des actions pour défendre nos droits.
Et j'ai appris aux jeunes qu'il fallait résister jusqu'à son dernier souffle."

Jean Ferrat, qui vivait à Antraigues-sur-Volane (Ardèche) -
il y fut maire adjoint durant deux mandats -
rompait quelquefois le silence pour un coup de gueule,
afin de défendre le pluralisme de la chanson française,
soutenir José Bové ou le Front de gauche. Il n'écrivait plus, ou peu.
"Plus le temps passe, plus je suis exigeant et moins j'ai la force
de proposer des chansons, avouait-il.
J'ai tort, je devrais me forcer." Lui, qui affirmait
"ne pas chanter pour passer le temps", pêchait la truite, cultivait son jardin,
jouait au poker. Loin de la rage des mots, mais toujours ivre de vérité.

La voix d'Elsa

Les deux albums Ferrat chante Aragon (1974) et Ferrat 95 (1994)
rassemblent une vingtaine de poèmes d'Aragon :
Nous dormirons ensemble, Que serais-je sans toi ?,
Heureux celui qui meurt d'aimer, Carco, Complainte de Pablo Neruda, Chagall,

Epilogue...

"Je suis heureux d'avoir réussi à faire qu'un poème devienne une chanson populaire,
confiait Jean Ferrat.
Je pense, comme Antoine Vitez, que la culture ne doit pas être élitaire
mais destinée à tous." Aragon et Ferrat se sont rencontrés une vingtaine de fois.
errat adaptait Aragon en prenant des libertés.
"Il me laissait faire. Parfois, j'isolais un certain nombre de vers pour en faire un refrain
ou je privilégiais un quatrain qui synthétisait le sens du poème.
J'ai pu intervertir des phrases, les orienter dans un certain sens. Aragon demandait :
"C'est bien moi qui ai écrit ça ?"
Il ne supportait pas que la musique ajoute des pieds à ses vers.
Mais c'était un moyen de varier la mélodie des octosyllabes,
de rompre un peu la monotonie des vers réguliers."
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MessageSujet: Re: JEAN FERRAT   Jeu 18 Mar - 1:25

LA SACEM
Hommage à Jean Ferrat disparu le 13 mars 2010


A.Marouani

C’est avec une immense émotion que nous avons appris la disparition de Jean Ferrat,
qui fut durant plus d’un demi siècle l’une des voix et des plumes majeures
de la vie musicale française, tour à tour lyrique, épique,
romantique, ironique, polémique :

ce qu’on pourrait appeler une voix « debout », venue du cœur d’un homme
et d’un pays qui en arrivaient parfois à se confondre,
même s’il en exprimait les contradictions, chargée d’émotion et de vécu,
de ces petites histoires qui font la grande. L’une des plus engagées aussi,
avec son confrère Leo Ferré, dont le nom rimait si bien avec le sien
au temps des années Barclay et faisait également chanter les mots d’Aragon,
à sa manière, à hauteur d’homme.

C’était le temps où les chansons parlaient de bourgeois, de croquants, d’anars e
t de blousons noirs, et Jean y fit entrer des ouvriers, des paysans, des déportés,
des mutinés, des guerilleros, des communards, des étudiants, des profs, des peintres,
des maçons, des nomades, des demoiselles de magasin et autres minorités émouvantes
–on ne parlait pas encore de « foules sentimentales »,
mais le cœur y était- ouvrant une brèche sans pareille
dans le répertoire de la chanson populaire et nous donnant par sa gravité
et sa vérité un frisson digne d’un Félix Leclerc.

Chroniqueur sentimental et –comme on dirait aujourd’hui- « sociétal » en 45 et 33 tours,
qui veillait à jouer aussi bien sur la corde sensible que la fibre intellectuelle,
Il fut l’un des premiers à faire des « gens » ses héros, à s’inspirer de choses vues
et souvent tues, à mener contre les institutions et chapelles de son temps
un combat d’autant plus âpre qu’il était incarné par un sourire épanoui,
un œil goguenard, une voix où l’accent parisien de sa jeunesse
le disputait aux silences éloquents de sa province,
qu’il mettait –à l’image d’un Pete Seeger ou d’un Woody Guthrie-
des fleurs à son fusil et du sel à ses saillies.

Sa moustache triomphante et jubilatoire faisait, en quelque sorte,
passer le reste et disait tout ce qu’il n’écrivait pas dans ses textes,
tant les chansons se tissent aussi entre les mots,
parlait du bonheur de vivre et du devoir d’en jouir,
du malheur de l’autre et de l’urgence à ne jamais fermer
ses yeux et ses oreilles au monde « qui frappe à notre fenêtre ».

Résistant serein des transistors, révolutionnaire insidieux des platines,
il savait en digne émule de Brassens faire rougir les mots,
séduire la ménagère autant que la maîtresse de maison,
faire fredonner au maçon autant qu’au patron des refrains qui,
en d’autres circonstances, les auraient totalement opposés devant l’urne ou l’usine,
et les réunissaient ici face aux Champs Elysées de Michel Drucker
ou au Grand Echiquier de Jacques Chancel.

Ces soirs-là, on allait « chez » Ferrat, autant qu’il venait à nous,
pudique, convivial, entier : humain.
Il séduisait, par les audaces de sa timidité,
la bonne santé de son propos, son sens de l’autodérision
(L’idole à papa, où il parodiait Tino Rossi, Le jour où je deviendrai gros,
L’été de la Saint-Martin, La voie lactée, Sacré Félicien),
par ses déclarations d’amour « aragoniennes »,
même lorsqu’elle émanaient de sa plume
(Je vous aime, La femme est l’avenir de l’homme),
par son courage et son entêtement à garder le verbe haut,
en ces débuts de Cinquième République où personne,
depuis Montand et Lemarque,
ne donnait plus la parole au peuple sur les scènes de music-hall,
où la « participation » avait eu raison des barricades et la « normalisation »
des dernières illusions prolétaires.
Ferrat, lui, continuait, témoignait, interpellait,
rêvait tout haut de jours futurs et de filles longues,
de repos du guerrier et de lendemains qui chantent,
d’un monde neuf et beau comme au premier jour. Il flamboyait.

En fallait-il, de la force et de la conviction,
pour inscrire au hit-parade et autre Palmarès des Chansons de l’époque
des titres comme Potemkine, Nuit et brouillard, Maria,
Le sabre et le goupillon, Camarade, En groupe, en ligue,
en procession, Cuba si, A Santiago,
ou Ma France, un temps interdite d’antenne, Au printemps de quoi rêvais-tu ?,
et puis La commune, Un air de liberté, Dans la jungle ou dans le zoo, Le bilan.

Qui d’autre même s’y risqua, voire s’y risquerait aujourd’hui,
hors du rap et du slam, c'est-à-dire sans le secours de mélodies,
de refrains qui perdurent ?
Car loin d’être un simple « chanteur à texte », comme on le dit parfois,
il était un pur « ACI », et même, dans son cas, poète-mélodiste-interprète,
donnant à l’instar de l’ami Georges –auquel il consacra un titre-
autant à fredonner qu’à réfléchir, nous parlant par ses notes autant que par sa plume.

Le secret de Jean, enfant de la guerre, de la rive gauche,
des années noires, épris de jazz, de théâtre et de poésie,
capable d’aimer à la fois Sinatra et Brassens, Tino et Picasso,
et fut sans doute de partager judicieusement son œuvre entre
chansons de combat et chansons de charme, intimistes,
qui lui rallièrent donc tous les publics, toutes les générations,
Jusqu’à aujourd’hui :
n’obtient pas un disque de diamant qui veut,
avec sa triple anthologie récente et en pleine crise de l’industrie phonographique !

Impossible en effet d’évoquer Jean Ferrat sans penser d’abord nature, simplicité,
comme en témoignent toutes ses pochettes de disques,
c'est-à-dire Entraigues-sur-Volane,
dont on avait fini par connaître la fameuse rivière par cœur,
immortalisée par le photographe Alain Marouani,
et puis amour, à la lettre A comme Aragon.

C’est avec cette face de son répertoire, quasi naturaliste,
et une équipe de fidèles à toute épreuve -Gérard Meys,
son éditeur-producteur et alter-ego,
Alain Goraguer, sa « moitié sonore » et orchestrale,
du classique au jazz- qu’il s’imposa d’abord :
Ma môme, Deux enfants au soleil, La Montagne, C’est beau la vie,
Que serais-je sans toi, Heureux celui qui meurt d’aimer,
Je ne chante pas pour passer le temps, Aimer à perdre la raison.

Par ses chansons de combat, il mobilisait, galvanisait les foules.
Par ses chansons d’album, titres hédonistes ou nostalgiques sur les climats,
les saisons, les ombres et lumières de nos jours,
les jeux subtils de l’amour et du temps, il les séduisait,
les convertissait presque :
A l’ombre bleue du figuier, Mourir debout, Au point du jour, La matinée,
Les saisons, Les lilas, Raconte-moi la mer, Tout ce que j’aime,
On ne voit pas le temps passer,
petits poèmes symphoniques du quotidien où les orchestrations éblouissantes
de Goraguer sublimaient ces fameux mots de tous les jours portés ici à leur pinacle
(cf Pauvre Boris, dédiée à Vian).

La montagne, bien sûr inspirée par le spectacle de la vie qu’il avait choisie,
et entrée de plain-pied dans notre répertoire au même titre qu’un air du folklore,
qu’un Temps des cerises moderne à la fois prometteur et désenchanté,
synthétisait à merveille toutes ces écritures, toutes ses qualités,
de l’épicurien complice à l’écorché vif,
du tableau réaliste au peintre des horizons, rougeoyant au feu des grands soirs.
Et de nous demander en écrivant ces lignes qui donc a pris le relais,
fera « twister les mots s’il fallait les twister »,
c'est-à-dire parler à la fois au cœur et à la raison,
à la mémoire et à la conscience du public :
faire rêver en même temps que réveiller les gens.
Tout l’art de Jean –son charme- y résidait,
et l’on ne saurait clore cet hommage sans évoquer aussi celles,
de Christine Sèvres (La matinée) à Isabelle Aubret
(Deux enfants au soleil, Le bonheur, Que c’est beau la vie, j
usqu’au Dernier rêve, en son hommage),
de Juliette Gréco à Francesca Solleville et Jacqueline Dulac
(Les chevaux, un de ses plus beaux titres),
qui prolongèrent son rêve de changer le monde tout en le célébrant,
et les auteurs qu’il mit en musique, de Georges Coulonges à Henri Gougaud,
Guy Thomas, Pierre Grosz et le tandem Senlis-Delécluse, tous excellents.
De même qu’il faut citer ici la musique de Mon vieux (Daniel Guichard),

son combat permanent pour la défense du droit d’auteur
et de la francophonie si menacés, l’exception culturelle et les quotas de diffusion
de répertoire national sur les ondes,
ainsi que la diversité des programmations musicales sur le service public,
toutes causes qui nous sont chères et nous rappellent le plaisir de lui avoir remis
notre Grand Prix de la Chanson en 1994, en présence de sa « famille ».

A tous ces titres,
il rejoint aujourd’hui le panthéon de nos plus illustres sociétaires,
de Jean-Baptiste Clément à Béranger, de Francis Lemarque à Georges Brassens,
et bien sûr, Louis Aragon dont il fut le premier à magnifier
par ses notes les plus beaux vers,
ces Yeux d’Elsa qui nous éclairent et nous rappellent combien les chansons sont grandes, quand elles émanent de si belles âmes
.
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MessageSujet: Re: JEAN FERRAT   Jeu 18 Mar - 1:54

A BRASSENS
Jean Ferrat




Est-ce un reflet de ta moustache
Ou bien tes cris de "Mort aux vaches !"
Qui les séduit ?
De tes grosses mains maladroites
Quand tu leur mets dessus la patte
C'est du tout cuit
Les filles de joie, les filles de peine
Les Margoton et les Germaine
Riches de toi
Comme dans les histoires anciennes
Deviennent vierges et souveraines
Entre tes doigts

Entre tes dents juste un brin d'herbe
La magie du mot et du verbe
Pour tout décor
Même quand tu parles de fesses
Et qu'elles riment avec confesse
Ou pire encor
Bardot peut aligner les siennes
Cette façon d'montrer les tiennes
N'me déplaît pas
Et puisque les dames en raffolent
On n'peut pas dire qu'elles soient folles
Deo gratias

Toi dont tous les marchands honnêtes
N'auraient pas de tes chansonnettes
Donné deux sous
Voilà qu'pour leur déconfiture
Elles resteront dans la nature
Bien après nous
Alors qu'avec tes pâquerettes
Tendres à mon cœur, fraîches à ma tête
Jusqu'au trépas
Si je ne suis qu'un mauvais drôle
Tu joues toujours pour moi le rôle
De l'Auvergnat
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MessageSujet: Re: JEAN FERRAT   Lun 22 Mar - 12:33

HOMMAGE DU CANARD ENCHAINE


... Mais ma môme elle a vingt-cinq berges
Et j'crois bien qu'la Saint'Vierge
Des églises
N'a pas plus d'amour dans les yeux
Et ne sourit pas mieux
Quoi qu'on dise ...

Le petit Tenenbaum préférait Saint-Jean-Cap-Ferrat au Cap Nègre.
Il choisit donc Jean Ferrat pour nom de scène,
ce qui était plus facile pour un gamin de Versailles que de prendre un nom au black.

Pile une semaine après les Victoires de la musique qui ont couronné
Benjamin Biolay chanteur de l’année,
Ferrat a tiré sa révérence avec superbe.
Sans autre victoire en poche que l’émotion suscitée par sa disparition.
Un coup de blues national qui en dit long sur l’époque et sa nostalgie
d’un temps où les chanteurs étaient aussi engagés qu’engageants
et plus peuple que people.

En ces temps-là, les Brel, Brassens côtoyaient les Ferrat, Ferré,
un carré magique qui avait en commun de battre froid le bourgeois
et de fêter copains, camarades et anarchistes.
Sarko, qui connaît la musique, a rendu hommage à ce politiquement incorrect :
« Farouchement attaché à sa liberté et à son indépendance,
il a toute sa vie pensé et vécu son art comme un artisanat,
privilégiant l’authenticité et l’excellence à la facilité consumériste
des standards commerciaux » .

Parole d’expert pour applaudir en Ferrat l’anti-bling-bling, par excellence.
Sa « môme », « elle joue pas les starlettes/ elle met pas des lunettes/ de soleil/
elle pose pas pour les magazines/ elle travaille en usine/ à Créteil » .
On est loin des valeurs du Fouquet’s, même si Carla a aussi son poète,
Yeats, qu’elle fredonne en anglais, mondialisation oblige,
quand Ferrat chante Aragon en VF ?

L’Ardéchois n’était pas consumériste mais il avait une longueur d’avance sur la tendance.
Il voyait en la femme l’avenir de l’homme,
sa « Montagne » était écolo avant l’heure et, pour le rappeur Akhenaton,
il était même « l’une des racines du rap français ».

Ferrat aimait les ânes et avait baptisé le sien « Justice sociale ».
Les ânes l’avaient pourtant censuré à la radio parce qu’ils trouvaient
« Nuit et Brouillard » plombant et pas très « twist ».
Et à la télé parce qu’ils pensaient que Potemkine rime avec Lénine.
Les ânes ne goûtaient pas non plus son compagnonnage critique avec les communistes,
qui l’avaient recueilli quand son père avait été déporté à Auschwitz.

Il avait aggravé son cas dans le show-biz en devenant
moustachu chez les barbudos de Cuba
. Sa fidélité pourtant payait :
sa dernière compil’, l’automne dernier, est encore partie à 200 000 exemplaires.
Chaque fois qu’il passait à la télé, il explosait l’audience.
TF1 n’a pas pensé à l’inviter pour sauver sa « Ferme célébrités ».
France 3 n’a pas loupé le coche qui a diffusé ses obsèques en direct.

Maintenant qu’il est mort, et le communisme avec, Ferrat est sur toutes les chaînes…

Jean-Michel Thénard

Le Canard Enchaîné N° 4664 du 17 mars 2010
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MessageSujet: Re: JEAN FERRAT   Dim 2 Mai - 17:45

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MessageSujet: Re: JEAN FERRAT   Mar 15 Juin - 23:27

Jean Ferrat
"La chanson, ce n’est pas un métier facile".


Paris
10/01/2003 -

Plus de tournées depuis 1973, pas de disque depuis 1994,
Jean Ferrat est un artiste rare.
Il est un peu sorti de sa retraite ces temps derniers avec la parution de
Jean Ferrat en scène,
un spectacle enregistré en public pour la télévision en 1991.
Rencontre avec un grand personnage de la chanson,
toujours actif et très attentif à la cause de sa chère chanson "classique",
bien malmenée ces dernières années,
en raison du "mépris de la part des petits marquis
envers ce genre de création".


Pourquoi ne recommencez-vous pas à donner des concerts ?
On ne peut pas faire de scène comme ça. Il faut remettre une usine en route, il me faudrait répéter des mois avec des musiciens, recréer une logistique. Je n’en ai plus envie pour l’instant. J’ai l’impression que si je refaisais de la scène, cela m’apporterait plus de choses désagréables qu’agréables.

Même le contact avec le public ?
Le public, c’est magnifique mais ce n’est pas le plus important. Ces vingt dernières années, le travail d’écriture, d’enregistrement, voire les émissions de télévision, m’ont plus intéressé que la scène.

Vous aviez le trac ?
Je l’ai eu, terriblement. Puis il s’est petit à petit dissipé. Enfin, cela n’a plus été le trac qui détruit mes possibilités. Au début, c’était le cas : j’avais la voix qui chevrotait, les jambes aussi. Je ne suis pas un garçon très extraverti.

On a parfois l’impression que vous écrivez vos chansons dans l’instant, sous le coup de l’émotion, comme lorsque vous avez interpellé l’éditorialiste Jean d’Ormesson dans Un air de liberté, en 1975.
J’ai eu un choc quand j’ai lu l’article dans lequel M. d’Ormesson déclarait qu’avec la chute de Saigon, un air de liberté disparaissait. J’ai immédiatement pensé réagir mais ça a pris plusieurs mois avant que j’achève ce texte. J’ai souvent traité en chanson des thèmes qui ne sont pas a priori des thèmes de chansons. C’est cela ma caractéristique, je pense. Plus on écrit sur des sujets qu’on peut penser inadaptés à la chanson, plus on est sur la corde raide. C’est terriblement difficile pour ne pas déraper d’un côté ou de l’autre.

Mais souvent vos chansons, même si elles sont très écrites, contiennent des expressions très familières, comme votre fameux "pauvres petits cons"...
En effet, je privilégie souvent l’expression qui veut dire quelque chose à un langage extrêmement raffiné. "Pauvres petits cons", c’est une locution courante et il me semble qu’en l’occurrence, elle était particulièrement adaptée.

Vous êtes volontiers satirique...
Oh oui, j’ai fait des chansons satiriques, comme Jeunes imbéciles, sur les révolutionnaires soixante-huitards qui étaient sur les barricades et dont on voit où ils sont maintenant.

Vous n’avez pas aimé les révolutionnaires de Mai-68 ?
Mais si, je les aimés, j’étais avec eux ! J’ai occupé Bobino, j’ai été à la Sorbonne... Certes, je n’ai pas été sur les barricades, ce n’était déjà plus de mon âge. Ce qui était touchant, c’est le jaillissement qu’ils ont provoqué à cette époque, qui était une jouvence extraordinaire en même temps que d’une extraordinaire puérilité. Tout d’un coup, ils avaient la révélation et personne n’avait rien fait avant eux. Ils découvraient le monde du travail, l’exploitation capitaliste, des vieux qui maintenaient leur chape de plomb et contre qui personne ne s’était jamais battu ! C’était d’une fraîcheur incroyable et sympathique, mais exaspérante. Ils niaient tous les efforts, toutes les luttes, tous les combats qui avaient eu lieu avant eux et dont ils se foutaient carrément.
On a créé un comité des jeunes de la variété, avec sans arrêt des réunions. On allait dans les usines en grève distraire le peuple en lutte. Ça avait des côtés formidables et des côtés un peu énervants. Comme ça, je suis allé chanter pour les grévistes chez Renault à Billancourt.
Il y avait de tout en 68, et même des "Maos" pur jus avec leur livre rouge brandi dans la France profonde – la pensée de Mao dans la Sarthe! C’était d’une puérilité à vous faire tomber les bras. Mais il y avait quelque chose qui se passait, une certaine France en mouvement. Et il est issu de ce mouvement des choses qui ont changé le visage de la France, surtout dans le domaine des mœurs, mais aussi dans le domaine strictement syndical. Avant Mai-68, on a dit "la France s’ennuie". Elle s’était réveillée mais elle est vite retombée. Alors je suis parti en voyage aux Etats-Unis avec Eddie Barclay. Comme je suis très joueur, ça m’a beaucoup plu...


Vous jouez beaucoup ?
Je joue aux cartes - au poker, à la belote, au rami -, aux dames, à la pétanque, à la lyonnaise, à tout ce que vous voulez. Mais le casino m’ennuie un peu. Si j’y joue, c’est au vingt et un.

Avec vos chansons, on vous imaginerait plutôt puritain...
Pas du tout. J’aime rigoler avec les copains, boire un coup, jouer, tout ça...

Et vous perdez beaucoup d’argent en jouant ?
J’en ai plutôt gagné. Mais depuis quelques temps, je suis dans une mauvaise passe. Aux cartes, je me traîne...

La chanson est-elle un métier facile ?
Non, ce n’est pas un métier facile. Mais les gens ne savent pas si c’est facile ou pas; ils reçoivent ce qu’on leur donne. Et, en général, c’est les paillettes. Ils ne voient que des gens joyeux, qui gagnent des sous. Il y a une distorsion terrible dans le public, entre la réalité qu’ils perçoivent à propos de quelques-uns et la vraie condition de tous les autres, de tous les soutiers de la chanson.

Avez-vous longtemps été soutier ?
J’ai chanté sept ans avant de voir une petite lueur. Sept ans, ce n’est rien du tout à dire, mais quand on les vit journellement, qu’il faut manger, c’est long...


Mais il y a de grandes joies, aussi.
La plus grande joie, c’est de créer quelque chose qui vous semble abouti, un petit truc rond devant lequel on sait qu’on n’aurait pas pu mieux faire. Mon souci, même en parlant des choses les plus quotidiennes, les plus actuelles, les plus politiques, n’est pas d’écrire sur tel ou tel sujet mais d’apporter ma part de création.

Aviez-vous des modèles, à vos débuts ?
Dans les années d’après-guerre, les chansons de Prévert et Kosma. Puis le répertoire que chantait Montand, qui était d’une extrême qualité et qui m’a beaucoup influencé, non pas tant par son côté social ou politique, mais par la qualité des textes et des musiques dont il arrivait à faire des succès. C’est la démarche que, depuis le début, j’ai essayé de suivre.
Ce qui est pour moi un sujet de satisfaction, c’est d’avoir mis dans la rue des chansons issues de la grande poésie française, en particulier Aragon. Et je l’ai fait à l’encontre de tout ce qu’on me disait et de tout ce qu’on entend encore chez les gens de radio, chez les gens de ce métier dégueulasse, de ces marchands de merde qui tiennent aujourd’hui les propos qu’on me tenait à cette époque: "Oh, c’est bien ce que vous faites, c’est beau, mais ça n’intéressera personne. C’est pour un petit cabaret de la rive gauche..." Et moi, j’ai prouvé le contraire. Et ces connards, vous croyez que ça leur a servi de leçon ? Non, on entend la même musique : ça c’est pour les jeunes, ça c’est pour les moins de quinze ans, les jeunes beurs, les jeunes blacks, les jeunes citadins… Mais où sommes-nous? Enfin, je m’énerve. Des fois, ça déborde !

Bertrand Dicale
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MessageSujet: Re: JEAN FERRAT   Mer 4 Aoû - 10:09



Ils sont nés près de Barcelone
Ils ont grandi en Australie
Ils se sont aimés à Paris
Mais ils s'en vont encore d'ici
Les Nomades

Ils ont habité la roulotte
Les quatre planches qui cahotent
De Saint-Ouen aux Saintes-Maries
Mais ils s'en vont encore d'ici
Les Nomades

Ni la couronne d'oranger
Ni la cheminée de faux marbre
Ne leur mettent racine au pied
Ils ne sont pas comme les arbres
Les Nomades

Ils vont toujours de ville en plaine
Il n'y a rien qui les retienne
Eux c'est la route qui les mène
En dimanche comme en semaine
Les Nomades

Ils ont eu froid comme personne
Ils ont chanté mieux que nous tous
Mais c'est la route qui les pousse
Avec des fifres à leurs trousses
Les Nomades

Qu'ils soient venus du fond des âges
Tous les gitans, tous les tziganes
Un violon leur a brisé l'âme
Ils en gardent parfois des larmes
Les Nomades

Ni la peur de mourir un jour
Dans quelque ville frontalière
Sans tenir la main d'un amour
Ne les arrête sur la terre
Les Nomades

Et quand on voit sous les platanes
Passer les mulets et les ânes
On a beau être des profanes
On voudrait suivre la caravane
Des Nomades
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JEAN FERRAT

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