FERRAT "F" COMME FRANCE "C'est une partie de la France, c'est toute une génération
qui doit avoir beaucoup de chagrin aujourd'hui parce que
c'est un des derniers géants qui disparaît.
Il y avait Brel, il y avait Brassens,
il y avait Ferré et il y a Jean qui était le dernier des Mohicans.
C'est toute une page de la chanson française qui se tourne". Michel Drucker.
Ma France Album: Jean Ferrat - Vol.1 (1999)
De plaines en forêts de vallons en collines
Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j'ai vécu à ce que j'imagine
Je n'en finirais pas d'écrire ta chanson
Ma France
Au grand soleil d'été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d'Ardèche
Quelque chose dans l'air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
Ma France
Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France
Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont monsieur Thiers a dit qu'on la fusille
Ma France
Picasso tient le monde au bout de sa palette
Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes
Ils n'en finissent pas tes artistes prophètes
De dire qu'il est temps que le malheur succombe
Ma France
Leurs voix se multiplient à n'en plus faire qu'une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l'histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs
Ma France
Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
Pour la lutte obstinée de ce temps quotidien
Du journal que l'on vend le matin d'un dimanche
A l'affiche qu'on colle au mur du lendemain
Ma France
Qu'elle monte des mines descende des collines
Celle qui chante en moi la belle la rebelle
Elle tient l'avenir, serré dans ses mains fines
Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
Ma France
JEAN FERRAT
Cette chanson a fait l'objet d'une censure à sa sortie,
mais elle n'a pas échappé au bon gout du public de l'époque.
Chanteur totalement engagé, à tous les niveaux,
Jean Ferrat n'a jamais dévié de la route qu'il s'est tracé.
Né Jean Tenenbaum le 26 décembre 1930 à VaucressonChanteur totalement engagé, à tous les niveaux,
Jean Ferrat n'a jamais dévié de la route qu'il s'est tracé.
Basé dans un village loin du monde du show business, refusant la gloire facile,
son oeuvre est à son image :
intransigeante, ce qui n'exclut pas, loin s'en faut, une grande tendresse.
Avant d'aborder de font la musique, sa passion d'enfance,
l'adolescent abandonne les études pour travailler
afin de participer activement à la vie, modeste, de sa famille.
Toutefois, il se tourne définitivement vers la chanson au début des années 50.
Il compose, accompagne à la guitare un orchestre de jazz mais,
pendant plusieurs années, le succès n'arrive pas.
1956 marque un tournant. André Claveau,
chanteur connu de l'époque, interprète "Les yeux d'Elsa",
poème d'Aragon (indéfectible passion de Ferrat)
pour lequel le jeune homme a écrit une splendide mélodie.
Un frémissement se produit autour de Jean Ferrat,
qui fait des premières parties et enregistre un premier 45 tours.
Le début des années 60 voit le succès pointer le bout de son nez avec le titre
"Ma môme", largement diffusé sur les radios.
En 1961, il partage l'affiche de l'Alhambra avec Zizi Jeanmaire pour qui il écrit
"Eh, l'amour" et sort son premier album.
Si les récompenses pleuvent, le large public n'est pas encore au rendez-vous.
Défenseur des " maux "C'est avec son second album que le talent de Jean Ferrat éclate :
"Nuit et brouillard",
chanson qui évoque la déportation et fait écho au film d'Alain Resnais,
percute par sa justesse.
En 1964, "La montagne", extraite de son troisième 33 tours,
connaît elle aussi le succès. Le double visage artistique de l'artiste s'impose.
Les textes très engagés politiquement
(il soutient - tout en restant très critique - le parti communiste)
côtoient des chansons d'amour parmi les plus belles et troublantes du répertoire,
ainsi "Que serais-je sans toi".
La révolte de Jean Ferrat contre toute forme d'oppression ne cessera jamais.
Il est l'un des rares artistes à conserver une intégrité,
une ligne de conduite que rien ne peut faire dévier.
La célèbre moustache du chanteur, il la laisse pousser en 1967,
après un voyage à Cuba qui l'inspirera pour des chansons comme
"A Santiago" et "Guerilleros".
Son amour pour Aragon est une fois de plus à l'honneur avec plusieurs albums,
le titre "Aimer à perdre la raison" en reste l'un des plus populaires emblèmes.
En 1975 l'un de ses plus beaux textes :
"la femme est l'avenir de l'homme"
devient une expression qui entre dans le langage courant.
Retrouvailles avec AragonA 50 ans il sort un album intitulé "Ferrat 80" incluant :
"Le bilan" suivi, 5 ans plus tard de "Je ne suis qu'un cri",
reflétant le désespoir du chanteur face au décès de son épouse.
A 60 ans, la verve de Jean Ferrat est plus intacte que jamais avec l'album
"Dans la jungle ou dans le zoo".
En effet, la chanson "La jungle" parle avec férocité du capitalisme
et de ses dérives et "Le zoo" met en avant les dysfonctionnements du communisme...
Témoignage de son engagement,
les 2 albums qu'il consacre à Louis Aragon.
Le premier sort en 92 et le second en 95.
Il faut attendre 7 ans, pour son nouveau disque, " Ferrat en scène ",
un enregistrement public de 91.
Ayant depuis longtemps abandonné la scène,
chacune des apparitions télévisées de l'artiste demeure un événement.
L'amour d'un public fidèle qui a su reconnaître le talent de cet homme hors pair
tout en respectant la discrétion de l'artiste,
prouve bien que les médias n'ont rien à voir avec le succès de Jean Ferrat.
George Moustaki a souligné la grande force poétique des chansons de Ferrat,
en affirmant:
"c'était un homme engagé, mais il n'était pas un hurleur de sentences.
Il le faisait avec poésie".