H A R M O N Y


 
AccueilFAQS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 REFLEXIONS SUR LE TRAVAIL D UN AUTEUR

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9685
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: REFLEXIONS SUR LE TRAVAIL D UN AUTEUR   Lun 6 Oct - 19:41

L'AUTEUR


Auteur : Jean Vilain

Tout ce que je vais dire sur l’Auteur pouvant être valable pour n’importe quel créateur, vous pouvez, si vous le désirer mettre Comédien, peintre,musicien, cinéaste...etc, à la place du mot Auteur et peinture,musique, image ou ce que vous voulez à la place d’écriture….Ceci étant dit revenons à notre sujet.

Le but de cette chronique est d’aider ceux qui se laisseraient tenter à critiquer un Auteur à le faire sans tomber dans les travers qui caractérisent généralement ce genre d’intervention.

Tout d’abord, il faut savoir que l’Auteur ( comme tout créateur) est un être fragile à la sensibilité extrême, qui éprouve le besoin irrésistible de s’exprimer par le moyen de l’écriture.

Il y a plusieurs sortes d’Auteurs…

L’Auteur honteux qui fait ses textes dans son coin, les entasse dans un tiroir quelconque et n’en parle jamais à personne….Il est évident que ce n’est pas cette catégorie d’Auteur qui fait l’objet de cette étude. ( et à vrai dire je ne vois même pas pourquoi j’en parle !)

L’Auteur que j’oserais qualifier « d’en voie de développement ». Cette catégorie d’Auteur est en général un jeune Auteur qui a beaucoup lu et qui se dit : « Pourquoi pas moi ! »
Il écrit un premier texte, puis un deuxième…Il se trouve littéralement génial et il les fait lire à sa copine Germaine qui bien sûr n’ose pas dire le contraire tout en pensant qu’elle ferait mieux de renouer avec son ex qui lui avait des projets sérieux puisqu’il se préparait à entrer dans la fonction publique ce qui est un poste sûr et à priori à l’abri du chômage….

L’Auteur en voie de développement a ceci de particulier qu’il peut soit rejoindre la catégorie des Auteurs honteux soit poursuivre son effort et rejoindre les rangs de la catégorie « Auteur en voie de reconnaissance », qui il faut bien le reconnaître est la plus nombreuse.

Il s’agit d’une catégorie d’Auteurs qui est composée d’individus qui s’échinent sur leur clavier depuis un certain nombres d’années…Leurs écrits (après la période inévitable de l’anonymat complet) trouvent un écho, faible mais favorable, non seulement dans un cercle d’intimes mais (et ceci en particulier grâce à Internet) touche un nombre de lecteurs qui peux atteindre quelques centaines…L’Auteur en voie de reconnaissance peut avoir publié ( soit à compte d’auteur, soit avoir été publié par une petite maison d’édition totalement inconnue)

C’est bien sûr de cette catégorie d’Auteurs que nous parlerons puisque je ne vois pas un Auteur publiant à des dizaines de milliers d’exemplaires vous demander des avis sur son texte….Et même si vous aviez l’outrecuidance de le lui donner, il n’en aurait strictement rien à battre puisque lui ce qu’il vise c’est le Goncourt et pas vos compliments ou votre critique à la con.

Avant de vous lancer à faire la moindre critique à un Auteur ne perdez jamais de vue que c’est un Créateur et que comme tel, consciemment ou non, il s’assimile au patron des Créateurs ; Dieu !
(cf Jacques Debronkaert dans la chanson « je suis comédien » :
….Je suis Roi, je suis Dieu
Mieux que ça
Je suis Comédien.)

J’entends déjà, vos réflexions : « Quel ego cet Auteur ! »

Eh bien non, l’Auteur n’as pas d’égaux, il n’a que des cons-frères qui ne lui viennent même pas à la cheville et qui eux ne se prennent pas pour de la merde…
Il faut bien vous rendre compte que s’il est acceptable de lui faire remarquer poliment qu’il n’y a pas de « s » à la fin de chevaux, il n’en va pas de même en ce qui concerne ce que vous appelez pompeusement, la grammaire, la syntaxe et que sais-je encore….Ce que vous, pauvres ignares d’universitaires que vous êtes (si toutefois vous l’êtes), considérez comme des fautes, des erreurs, c’est son style….

Mais qu’est-ce que vous voudriez, à la fin, qu’il écrive comme Proust, Lamartine, Hugo….Vous ne vous rendez pas compte que lui, l’Auteur il a mis des années à se débarrasser de ces modèles , qu’il a noircit des pages et des pages dont on lui a dit : « ça me fait penser à Machin »….
Il en a rien à foutre de Machin, l’Auteur.
Ce qu’il veut, c’est être lui…et que ce soit lui qu’on loue ( et même mieux qu’on achète !)….

J’en entends déjà qui pensent :

« Oui, ben dans ces conditions, Z’ont qu’a parler entre Auteurs… »
Mais vous savez bien que c’est impossible….

Avez-vous déjà laissé traîner vos oreilles au cours du pot qui suit une première de Théâtre
( là, je prends cet exemple parce que je n’ai jamais été dans une réunion d’écrivains…Mais je suppose que c’est la même chose pareille)

-Alors ?!....T’as trouvé comment ?
- Ah bien…très bien…
-…Et Moi, tu m’as trouvé bien ?

Et là, c’est l’horreur. Parce que si l’autre il a le malheur de répondre : « Bien, mieux que la dernière fois »…ça suppose que le dernière fois t’étais à chier. Si il réponds : « Pas terrible… » , il est sûr de se faire un ennemi de dix ans qui ne manquera pas de raconter partout les plus ignobles choses sur son compte…

Conclusion pas moyen de parler entre gens du métier….

Non, il a besoin de vous l’Auteur, il a besoin que vous lui disiez combien il est bien….
C’est vrai quoi, soyez honnêtes, c’est tout ce qu’il demande !


Dernière édition par Nine le Ven 18 Sep - 15:24, édité 18 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9685
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: REFLEXIONS SUR LE TRAVAIL D UN AUTEUR   Ven 14 Nov - 13:46

L'ANGOISSE DU COMPOSITEUR



La peur du mot : Le compositeur face au texte

"La qualité des créations d'un artiste est souvent proportionnelle à l'intensité de son mal de vivre."

Une triple alternative

Qu’il écrive des mélodies ou qu’il compose sur un livret d’opéra, le musicien se voit généralement confronté à trois types d’attitudes dans le rapport que sa musique établira au texte :

⭐ le mot asservit sa musique. Le compositeur renonce à la primauté du son. La force du texte s’impose à lui.

⭐ La musique recouvre les mots. Le texte est comme une table qui serait totalement dissimulée par une grande nappe et réduite au rôle de simple support au couvert musical.

⭐ La musique met le mot à nu. Elle féconde les mots pour les transmuer en voix : elle les fait chanter. Car le chant, libérant la parole de sa fonction agissante, instaure la gratuité du mot, son « inutilité » fonctionnelle. La musique devient ici l’instrument de cette libération : on ne parle plus pour agir lorsque l’on chante ; on parle pour faire « chanter » les mots, pour en révéler toute la force poétique et la richesse polysémique, sources de sensations.
Une émotion intacte

Le mot se met alors à vibrer au son de la voix, mis à nu par la musique, caressé, secoué, torturé par elle afin qu’il avoue ce qu’il a à nous dire, à nous auditeurs qui passons notre temps à recomposer la musique que le compositeur nous propose.
C’est bien pour cela que certaines mélodies, de concert ou d’opéra, nous émeuvent tant et conservent intacte, par delà les modes et bouleversements esthétiques, la faculté de tétaniser une salle entière d’auditeurs avertis ou blasés par la connaissance que procure les écoutes successives d’une même œuvre.
Cette jeunesse éternelle, propre aux chefs d’œuvre lyriques, provient du fait que chaque interprétation est une recréation, y compris lorsqu’il s’agit d’un même interprète, d’une représentation à l’autre.

Des mots fragiles comme du verre ...

Le propre du chant est d’utiliser l’instrument le plus fragile qui soit : la voix humaine. Mais il est aussi le plus variable, donc le plus riche. Chaque parole chantée résulte d’une alchimie complexe mêlant les spécificités vocales de l’interprète, justesse de on interprétation par rapport aux intentions des auteurs (du texte et de la musique), ses capacités physiques et psychologiques du moment, etc.

Il faut aussi faire intervenir la composition du public, « l’ambiance » de la salle si déterminante, en bien comme en mal. Les plus grands chanteurs en ont fait, au moins une fois dans leur carrière, la cuisante expérience.

Des mots qui relient

Le chant tisse des liens invisibles entre les différents protagonistes : entre le chanteur et le public, entre le compositeur et son interprète, entre le texte et la musique (= la prosodie), etc. Ces liens permettent à la magie du chant d’opérer, dans les meilleurs des cas sinon le « courant ne passe pas » et l’on s’ennuie ferme. C’est d’autant plus gênant que la dimension collective du public des salles d’opéra tend à décupler les émotions, malaises y compris. Personne ne se sent alors responsable puisque tout le monde l’est : chanteur, orchestre, chef d’orchestre, scénographe et…public.

Des mots artificiels

Le chant est un art ; il est donc avant tout un artifice, fruit du génie créatif de certains artistes. Mais c’est un artifice de circonstances. Une même aria peut exalter ici et laisser de marbre ailleurs. Et tout le talent du chanteur n’y pourra rien. La nécessaire communion entre le chanteur et les auditeurs, condition essentielle à la réalisation de l’artifice lyrique, ne pourra pas toujours se faire.

Des mots incertains


Cette incertitude permanente, cette remise en cause perpétuelle confèrent au chant une dimension profondément humaine. Le même mot chanté se colorera d’émotions et de significations variées selon les musiques et les voix qui l’envelopperont, avec toute la dose d’incertitude, quant à la réussite des intentions des auteurs et des interprètes, propre à toute prestation en public conjuguée à la fragilité de la voix humaine. Seule la voix est capable d’engendrer de vives émotions et de susciter des réactions parfois outrancières. On connaît les scandales multiples qui ponctuèrent la création d’opéras plus ou moins célèbres ou la carrière d’artistes lyriques renommés. Rares sont les équivalents en musique purement instrumentale. Le scandale qui entoura la création du Sacre du Printemps d’Igor Stravinsky ne fut pas imputable à la musique, qui triompha immédiatement après en version de concert mais à l’argument du ballet, jugé trop « barbare » (le sacrifice d’une jeune fille aux forces printanières) et à la chorégraphie, jugée trop lascive. Ce fait prouve que la musique n’était pas en cause dans la violence des réactions d’une partie du public du Théâtre des Champs-Elysées, ce soir de l’année 1913, mais bien le ballet.

Des mots exacerbés

La psychologie cognitive le sait bien : la musique permet de mieux mémoriser un texte et l’on se rappelle souvent des paroles par la musique, et non le contraire.
En amplifiant ou en modifiant l’articulation de la parole par un rythme qui échappe à la simple élocution, la musique transforme les mots. Ceux-ci acquièrent une vibration nouvelle et singulière qui peut révéler des sentiments et émotions étrangers à la parole normale. De plus, l’enveloppe rythmique, harmonique, mélodique et les timbres instrumentaux dégagés par l’orchestre peuvent exacerber leur contenu, explicite ou latent.
Le compositeur doit en être conscient et doit pouvoir dompter le texte avant d’y surimposer son propre discours musical, et ceci, quelle que soit la qualité dudit texte.

Des mots puissants

Le pouvoir de la musique sur les mots est tel qu’il a pu inscrire certaines œuvres lyriques au fronton de l’Histoire. Ainsi l’air fameux « Amour sacré de la patrie » enflamma à un tel point le public bruxellois du Théâtre de la Monnaie lors d’une représentation de l’opéra La Muette de Portici du compositeur français E.F.Auber, un soir de l’année 1831, qu’il provoqua des mouvements de foule dans toute la ville, amorçant la révolution qui aboutit à l’indépendance de la Belgique (occupée par les troupes néerlandaises) en l’espace de quelques jours.


Cette anecdote mise à part, le compositeur de musique vocale sait quels effets il pourra produire sur l’auditeur. La musique, art du partage par excellence, permet aux mots, portés par une voix de chair, de s’adresser à l’intimité de chacun.


Son travail implique également l’auteur du texte qui peut très bien ne pas se reconnaître dans la façon dont le musicien aura adapté son discours. D’où les réticences de certains hommes de lettres à voir leurs œuvres mis en musique. Ils savent bien qu’en introduisant un second discours, musical celui là, le compositeur risque d’altérer l’intelligence du leur voire, de le défigurer.
C’est pourquoi le compositeur doit humblement avoir peur de la puissance que son art confèrera aux mots qu’il choisit d’adapter afin de mieux les appréhender. Cette appréhension sera la condition préalable à leur sublimation par la musique.

Les compositeurs nous parlent. Pas avec des mots, mais avec des sons. Que nous disent-ils ?

- Ils nous racontent la vie et l'âme des gens et des choses. Grâce à la magie de la musique, ils partagent leurs sentiments avec nous et nous font vibrer, frissonner, rire et pleurer.

- Ils évoquent, décrivent, racontent et nous font rêver. Ils nous transmettent leurs messages au-delà du temps et de l'espace.

- Et si la plupart des compositeurs célèbres sont morts depuis longtemps, leur musique, elle, est immortelle.

Qu'est-ce qu'une chanson ?
Selon Pierre Delanoé,
"une chanson, ça vient de n'importe où. De la lecture du journal. D'une impression.
D'une colère... Une chanson, c'est une phrase qui frappe.
C'est une vision du monde, et le monde n'est pas statique.
Ma poésie consiste à transformer cette réalité."



Dernière édition par Nine le Dim 11 Oct - 12:54, édité 12 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9685
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: REFLEXIONS SUR LE TRAVAIL D UN AUTEUR   Lun 24 Nov - 13:16

Classiques de la chanson française
Les chansons françaises …





un vaste répertoire pour les amoureux de la langue, de poésie et de ses mélodies immortelles.
Maîtres incontestés des chansons d’amour et à texte, nos amis français comptent parmi leur répertoire les classiques des classiques.
Les paroles de chansons françaises décrivent tout l’éventail des émotions et sentiments humains.
Amours impossibles, désillusions patriotiques, horreurs de la guerre, fidèles amitiés…

Les grands noms de la chanson française nous ont quittés mais leurs paroles,
elles, restent.


Jacques Brel a écrit des textes d’une intensité sans pareil, des mots qui vous arrachent des larmes. «Ne me quitte pas», le hit de Brel, est une œuvre marquante, sensible et inégalée : Ne me quitte pas … Je t'inventerai des mots insensés, que tu comprendras…
Le débonnaire Georges Brassens aussi, avec ses textes grivois de franche camaraderie, a laissé sa trace dans la chanson française.
Et Léo Ferré, autre auteur à succès qui, «Avec le temps», passe à l’histoire, preuve qu’avec le temps, tout ne s’en va pas.



Témoin de ce riche héritage mais s’en distançant, un nouveau courant d’artistes fait rage : les intimistes quotidiennistes. Des auteurs-compositeurs habiles avec la langue en usent avec parcimonie pour décrire avec légèreté et langueur leur quotidien.
Qu’on aime ou pas le genre, la chanson française ne jure que par eux en ce moment …Benjamin Biolay, Vincent Derlerme, carla bruni, Camille, etc.

Au Québec aussi, il y a aussi des chansonniers et des poêtes
Gilles Vigneault qui chante le terroir, trace musicale de la nordicité.

Felix leclerc, lui, raconte avec sa guitare et ses textes mélancoliques la condition du peuple.
Et Jean-Pierre Ferland, éternel chanteur de charme…

des paroles des chansons qui font craquer les femmes de tous âges.
[/color]


Dernière édition par Nine le Mar 8 Sep - 1:36, édité 7 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9685
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: REFLEXIONS SUR LE TRAVAIL D UN AUTEUR   Lun 1 Juin - 15:29

LES POETES

Léo Ferré

Ce sont de drôles de types qui vivent de leur plume
Ou qui ne vivent pas c'est selon la saison
Ce sont de drôles de types qui traversent la brume
Avec des pas d'oiseaux sous l'aile des chansons

Leur âme est en carafe sous les ponts de la Seine
Les sous dans les bouquins qu'ils n'ont jamais vendus
Leur femme est quelque part au bout d'une rengaine
Qui nous parle d'amour et de fruit défendu

Ils mettent des couleurs sur le gris des pavés
Quand ils marchent dessus ils se croient sur la mer
Ils mettent des rubans autour de l'alphabet
Et sortent dans la rue leurs mots pour prendre l'air

Ils ont des chiens parfois compagnons de misère
Et qui lèchent leurs mains de plume et d'amitié
Avec dans le museau la fidèle lumière
Qui les conduit vers les pays d'absurdité

Ce sont des drôles de types qui regardent les fleurs
Et qui voient dans leurs plis des sourires de femme
Ce sont de drôles de types qui chantent le malheur
Sur les pianos du cœur et les violons de l'âme

Leurs bras tout déplumés se souviennent des ailes
Que la littérature accrochera plus tard
A leur spectre gelé au-dessus des poubelles
Où remourront leurs vers comme un effet de l'Art

Ils marchent dans l'azur la tête dans les villes
Et savent s'arrêter pour bénir les chevaux
Ils marchent dans l'horreur la tête dans des îles
Où n'abordent jamais les âmes des bourreaux

Ils ont des paradis que l'on dit d'artifice
Et l'on met en prison leurs quatrains de dix sous
Comme si l'on mettait aux fers un édifice
Sous prétexte que les bourgeois sont dans l'égout


Dernière édition par Nine le Mar 8 Sep - 1:24, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9685
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: REFLEXIONS SUR LE TRAVAIL D UN AUTEUR   Sam 5 Sep - 12:50

Jean-Pierre Bourtayre, compositeur.



Le métier d'auteur ou de compositeur est de plus en plus difficile car la tendance actuelle va dans le sens des auteurs-compositeurs-interprètes et donc, les gens de ma génération deviennent des dinosaures !

Qaunt aux nouveaux qui souhaitent faire ce magnifique métier, ils rencontrent aujourd'hui de nombreux obstacles. Le piratage des œuvres de l'esprit représente une réelle catastrophe pour toutes les filières musicales.

N'oublions pas que les auteurs de chansons n'exploitent personne pour créer et que si leurs chansons fonctionnent, ils font travailler toute une série de métiers :

musiciens, maisons de disques, pochettes, magasins de disques, etc.

Il faut cesser de ne voir que la partie émergée de l'iceberg, c'est à dire les auteurs et compositeurs vedettes qui marchent le mieux.
N'oublions pas que sur cent mille adhérents à la Sacem, à peine un tiers arrive à vivre de ses droits.]

En créant une chanson, nous proposons du plaisir et si ce plaisir est partagé, nous gagnons notre vie. Cela est tout à fait respectable et mérite même une certaine bienveillance.
******************

Né à Paris, le 31 janvier 1942.
Compositeur français.

Son père, Henri Bourtayre, est un compositeur à succès (il fut chanté par Tino Rossi et Luis Mariano, entre autres).
C’est donc tout naturellement que le rejeton s’intéresse à la musique.
Jean-Pierre entre au conservatoire, mais son séjour dans l’institution sera de courte durée. En effet, ses préférences allant au rock et au twist, comme la majorité des jeunes de cette génération, il se fait chasser de l'institution.

Ses premières compositions sont interprétées par Les Chats Sauvages (Oh! Lady, Cousine, 1961), puis par Dick Rivers après sa séparation d’avec le groupe (Baby John, Un homme plein d’argent, 1970).
Parmi ses premiers interprètes, figure aussi Dany Boy et ses pénitents. Bientôt, les interprètes se multiplient à une cadence folle, tout comme les succès :
Eddy Mitchell (Et s’il n’en reste qu’un, 1966), Richard Anthony (Le grand meaulnes, Qu’est-ce qui m’attend), Hugues Aufray (Adieu monsieur le professeur, 1968), Annie Philippe (Je découvre tout), Françoise Hardy (Toi je ne t’oublierais pas, 1968), France Gall (Rue de l’abricot, 1968).

Dans les années 1970, il écrit des musiques à succès pour Claude François :
Y’a le printemps qui chante, Une chanson populaire, Le téléphone pleure, Le chanteur malheureux, Toi et moi contre le monde entier, La musique américaine, Alexandrie Alexandra et Magnolias for ever.
Il collabore également avec Jacques Dutronc, Gérard Lenorman, Marie Laforêt, Nicole Croisille, Sylvie Vartan et obtient pour une de ses compositions le Grand prix de l'Eurovision en 1971 : Un banc, un arbre ou une rue, interprétée par Séverine.

En 1980, Jean-Pierre Bourtayre devient Directeur de production chez Wea.

Puis, il rejoint Jacques Revaux chez Tréma. Il met alors son talent au service de Michel Sardou.
Il signe avec Jacques Revaux les musiques de : Vladimir Ilitch (1983, c'est lui qui relève dans le film L'Aveu de Costa-Gavras, la phrase : « Lénine, réveille-toi, ils sont devenus fous »), Io Domenico (1984), Une lettre à ma femme (1985), Chanteur de jazz (1985), Musulmanes (1986), Salut (1997).
En 1992, c'est avec Michel Sardou qu'il cosigne la musique de Le Bac G.

En solo, il nous offre les musiques de Le centre du monde (1968), Le cinéma d'Audiard (1992), Ma première femme, ma femme (1994) et Selon que vous serez... (1994), entre autres !

Il occupe pendant quelques années le poste de vice-président de la SACEM. Aujourd’hui, il est toujours actif au sein de l'organisation et reste un de ses administrateurs.


Dernière édition par Nine le Ven 18 Sep - 15:23, édité 5 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9685
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: REFLEXIONS SUR LE TRAVAIL D UN AUTEUR   Sam 5 Sep - 12:55

Comment écrit-on une chanson ?…
par Claude Lemesle




A tous ceux qui attendent de ma part un éclairage simple et définitif sur le sujet, je présente à l'avance mes excuses. Il apparaît en effet que la réponse à cette question ne peut être que décevante…
Il existe tant de types de chansons différents, tant de manières de développer un thème, une histoire, de créer une atmosphère, qu'aucune recette, aucune façon idéale ne peuvent être sérieusement dégagées…
De la forme traditionnelle couplet-refrain à la litanie ponctuée par un leitmotiv, en passant par le rap ou le poème mis en musique, il existe mille et une façons de marier les mots et les mélodies.

En réalité, une chanson réussie relève d'une sorte d'alchimie mystérieuse et l'alchimie, on le sait, a toujours échappé à toutes les recherches.

Une bonne chanson est un miracle et un miracle se constate, il ne s'explique pas. Si par malheur, d'ailleurs, quelqu'un trouvait un jour la recette, créer deviendrait si ennuyeux qu'on y renoncerait tout de suite. On peut cependant essayer d'observer quelques règles élémentaires qui, sans nuire à l'inspiration, l'aident au contraire à se déployer.

Le respect, tout d'abord, de la valeur sonore du mot sur la musique, je veux parler du fameux « accent tonique » si souvent négligé, hélas, par les auteurs français dont l'ignorance superbe nous vaut parfois des « je t'aimeuh… » au lyrisme bovin.

Ensuite, il faut absolument refuser de se soumettre à la rime, ce « bijou d'un sou » comme l'écrivait Verlaine ; la rime est au service du bon parolier alors que le mauvais est à son service… « Oh ! Qui dira les torts de la rime… ». C'est vrai, cher Paul.

On doit aussi tenter de varier les métriques et ne pas s'en remettre systématiquement à l'octosyllabe et à l'alexandrin, ces deux boulevards fréquentés depuis la scolarité, sans surprise et sans ces ruptures de rythmes nécessaires au compositeur de talent. Se mettre en danger sur le plan de la forme est une exigence souvent salutaire sur le plan du fond. Souchon et Voulzy le prouvent admirablement.

Il faut aussi, me semble-t-il, éviter les mots flous, éthérés, trop généraux pour être généreux :
« Dire le maximum de choses dans le minimum de temps, en s'interdisant les mots abstraits, telle est la dure condition de l'auteur de chansons ».
Ce n'est pas moi qui ai écrit cela mais mon ami Maxime Le Forestier et il sait de quoi il parle…

Il faut mettre de la vie dans nos chansons, de la sensibilité, bien sûr, mais aussi des sensations, des parfums, des couleurs, des bruits.

L'auditeur doit pouvoir toucher, goûter, sentir, voir :

Eh oui, on y est…

Le public doit pouvoir à la fois percevoir et imaginer :

« Rien de plus cher que la chanson grise
« Ou l'indécis au précis se joint… »
(Verlaine, encore !…)


Et puis, par pitié, ne soyez pas trop précieux, ampoulé, sophistiqué, pas trop de jeu gratuit.
Cela peut séduire quelques critiques et quelques snobs, cela ne touchera personne d'autre. Ecoutez Molière :

« Vous vous êtes réglé sur de méchants modèles
« Et vos expressions ne sont point naturelles
« … Ce n'est que jeux de mots, qu'affectation pure
« Et ce n'est point ainsi que parle la nature »
(Le Misanthrope, acte 1, scène 2)

En définitive, et c'est là ce qui fait le mystère et la beauté de la chanson, essayez de faire simple sans faire banal. De très grands écrivains y ont cassé leur plume, des autodidactes sans dispositions particulières y ont admirablement réussi, telle Piaf :

« Quand il me prend dans ses bras,
« Il me parle tout bas,
« Je vois la vie en rose.
« Il me dit des mots d'amours,
« Des mots de tous les jours
« Et ça m'fait quelque chose… »

Sur le papier, cela n'a l'air de rien. En réalité, c'est l'air de tout le monde parce qu'en définitive la chanson, c'est de l'amour qui prend la parole.

A part ça, comment écrit-on une chanson ?…

Eh bien, tout simplement, en prenant un crayon et une feuille de papier et bon vent à vous ! Vous allez peut-être devenir cet alchimiste, ce faiseur de miracles. Vous allez peut-être gagner votre vie en cultivant votre rêve d'enfant, gageure invraisemblable !…. Sachez simplement qu'au-delà de la difficulté d'écrire, vous en rencontrerez une autre, celle de bénéficier sans problèmes des fruits de votre création…

Encore une fois, hélas, et ce n'est pas à l'honneur de l'Histoire, on remet en effet en question le droit absolu pour un travailleur de toucher le salaire dû à son travail. Il est actuellement de bon ton de prétendre que refuser que l'on exploite gratuitement les œuvres de l'esprit est liberticide. Mon Dieu, je crois entendre la chère madame Roland devant l'échafaud : « Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! ». Effectivement, cela continue. Par snobisme, par paresse intellectuelle ou par intérêt, on vous accuse, vous, les auteurs sans lesquels les œuvres n'existeraient pas, d'être des empêcheurs de culture alors que vous la créez. Monstrueuses divagations !…

J'espère de tout mon cœur d'ado-adulte que le bon sens l'emportera et qu'ayant un jour sans recette, sans trop de savoir faire, mais avec un immense savoir aimer, réussi à faire vivre une belle chanson, vous pourrez vous-même commencer et continuer à en vivre… Sinon, nos frères humains n'auront plus qu'à poser des larmes sur la portée des souvenirs.

Et Mozart sera mort une deuxième fois.

Claude Lemesle
http://www.artmony.biz/les-auteurs-compositeurs-f61/claude-lemesle-t2385.htm
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9685
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: REFLEXIONS SUR LE TRAVAIL D UN AUTEUR   Mar 8 Sep - 1:20

FRANCOIS BERNHEIM AUTEUR COMPOSITEUR



Et si le métier de compositeur était un "état de grâce",
"la matière vivante et première des interprètes",
"le fruit du hasard et de rencontres"…

points de vue de professionnels passionnés et modestes devant leur métier, autour d'un nom bien connu, François Bernheim, à l'occasion d'une Carte Blanche Sacem.
Compositeur et interprète, François Bernheim a donné naissance à des carrières aussi prestigieuses que celle des Poppys ou de Patricia Kaas, a composé pour Brigitte Bardot, Renaud, Viktor Lazlo, et bien d'autres.

http://www.sacem.fr/portailSacem/jsp/ep/home.do?tabId=3

http://www.artmony.biz/francois-bernheim-f99/francois-bernheim-t45.htm
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9685
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: REFLEXIONS SUR LE TRAVAIL D UN AUTEUR   Jeu 18 Fév - 10:46

Extrait tiré du Livre de Rainer Maria Rilke
"Les cahiers de Malte Laurids Brigge"
conté par Michel AUMONT dans le film "Clara et moi"
sur une musique de Benjamin Biolay.
.



« Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes,
d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux,
il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement
font les petites fleurs en s’ouvrant le matin.

Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues,
à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher,
à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci,
à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie
et qu’on ne la comprenait pas (c’était une joie faite pour un autre),
à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement,
par tant de profondes et graves transformations,
à des jours passés dans des chambres calmes et contenues,
à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers,
à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles
– et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela.

Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour,
dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant,
et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient.
Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts,
dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups.

Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs.
Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux,
et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent.
Car les souvenirs eux même ne sont pas encore cela.
Ce n’est que lorsqu’ils deviennent qu'en nous sang, regard, geste,
lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous,
ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare,
du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers. »

Rainer-Maria Rilke - Les cahiers de Malte Laurids Brigge
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9685
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: REFLEXIONS SUR LE TRAVAIL D UN AUTEUR   Dim 21 Fév - 14:12

LES POETES LEO FERRE
PAR BERNARD LAVILLIERS



LES POETES BERNARD LAVILLIERS

« La chanson est une drôle d’alchimie et son succès reste un mystère.
L’été indien en est un bon exemple.
Je ne sais par quelle magie le charme opère depuis maintenant
plus de trente ans mais force est de le constater.
C’est sans doute qu’il y a une harmonie très naturelle entre les mots,
la musique et l’interprétation.
Et pourtant, ce qui semble être un mariage très simplement réussi est en réalité,
si je me rappelle bien la genèse de la chanson,
le fruit d’un travail où l'expérience des deux auteurs a tenu une place importante. »
« La chance se mérite qu’en aval, que si on la partage ».
Claude Lemesle.

Dans L’ART D’ECRIRE UNE CHANSON,
préfacé par son ami Allain LEPREST, Claude LEMESLE,
auteur à succès de la chanson française,
nous livre les secrets de quarante années de métier.
En s’appuyant sur des textes incontournables,
il prodigue un ensemble de conseils techniques
qui vont de l’art de la rime au bon usage des émotions en passant, entre autres,
par le choix du sujet et la mise en musique.
Car écrire une chanson ne s’improvise pas, cela s’apprend, cela se cultive.
En savoir plus ici :
http://www.artmony.biz/les-auteurs-compositeurs-f61/claude-lemesle-t2385.htm
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9685
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: REFLEXIONS SUR LE TRAVAIL D UN AUTEUR   Sam 13 Mar - 22:38

L'EMBELLIE


L'embellie
Jean Ferrat


Ecris quelque chose de joli
Des vers peut-être ou de la prose
Un instant de rêve et de pause
Dans le tumulte de la vie
Ecris quelque chose de joli
Quelques mots de bleu et de rose
Un moment de métamorphose
Que tu nommerais l'embellie

L'embellie l'embellie
L'embellie l'embellie

Verse un peu de joie dans nos cœurs
Avec des riens qui vous délivrent
Un peu d'espoir et de douceur
On en a tant besoin pour vivre

Ecris quelque chose de joli
L'odeur des lilas et des roses
Chante-nous la beauté des choses
Dans les yeux de l'homme ébloui
Ecris quelque chose de joli
L'aube entre nos bras qui repose
La seconde où lèvres mi-closes
Le plaisir vient comme la pluie

L'embellie l'embellie
L'embellie l'embellie

Ces mots à peine murmurés
Dans la tendresse qu'on devine
Baigné de musique angevine
Le temps sur nous s'est refermé

Je l'aurais voulu si joli
Ce poème en bleu et en rose
Cet instant de rêve et de pause
Dans le tumulte de la vie
Je l'aurais voulu si joli
Mon amour en qui tout repose
Et que nul ne puisse ni n'ose
Douter que tu es dans ma vie

L'embellie l'embellie
L'embellie l'embellie
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9685
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: REFLEXIONS SUR LE TRAVAIL D UN AUTEUR   Mar 20 Avr - 1:57

Serge GAINSBOURG ET L'ECRITURE



Il est intéressant de souligner l'importance de la rime chez Gainsbourg.
Toujours précise, toujours stricte; la rime, élément musical par excellence,
va parfois jusqu'à phagocyter le texte, le plier à sa mesure.

Elle n'en n'est plus alors un simple accessoire mais la colonne vertébrale,
celle qui le tient debout. Comme tout joueur, Gainsbourg a ses martingales.
Orfèvre en la matière, il joue en permanence avec la notion de retour.
Cette notion, constitutive de l'écriture du texte de chanson,
y est présente à plusieurs niveaux.

D'abord le vers, je vous rappelle que le mot vers vient du latin versus,
qui signifie retourner la charrue au bout du sillon.
Ensuite au niveau du pied,
puisque le vers français issu du latin d'église est monosyllabique,
c'est le retour d'une unité de mesure qu'est la syllabe.
Enfin au niveau de la rime, le retour des sonorités identiques en fin de phrase.

Ces trois éléments rythmiques et prosodiques,
Gainsbourg les utilise de façon stricte.
Et c'est peut être là qu'il faut, au risque de choquer les puristes,
considérer Gainsbourg comme un auteur classique.

Iconoclaste dans le ton ou la forme,
Gainsbourg reste presque toujours classique dans la métrique et la prosodie.
Si, comme on l'a vu, il s'autorise une exception,
il se dépêche d'en faire un système comme pour mieux marquer la licence poétique.
Besoin de reconnaissance ou conformisme inattendu,
Gainsbourg ne s'autorise pas par exemple les audaces ou les innovations
d'un Boris Bergman vis a vis de la rime ou de la métrique.
La mesure garde le dessus. Gainsbourg tire la langue mais la ménage.

Dans Teenie Weenie Boppie, on trouve un bel exemple de ce classicisme:

Un grand Garçon en habit sudiste
Lui tend ses deux mains gantées de blanc
A son doigt une fauve améthyste
En la griffant s'est teintée de sang.

Quatrain presque pompier. N'empêche que l'écriture est fluide et que le style,
à défaut d'être novateur, s'oblige à l'esthétisme.

Gainsbourg habille ses provocations d'une élégance convenue,
comme il met un blazer bleu sur son jean.
Seulement voilà, la coupe comme la toile sont de la meilleure qualité.
Au delà du classique on est déjà dans le standard.
A peine écrites, les chansons de Gainsbourg entrent dans cette catégorie.
Hors mode même quand elles flirtent avec l'air du temps et du coup éternelles.
On ne manquera pas, à raison, d' y voir une forme de génie
(fut-il dit «mineur»).


C'est que, quel que soit le système choisi,
il y a une telle rigueur dans l'exploitation de ses contraintes
que l'exercice de style touche à la perfection,
celle qui ne recouvre l'émotion que pour mieux la faire ressentir.
Cette émotion habillée de style, elle est toujours là.
Parfois grossier, voire même scato
(eau et gaz à tous les étages, des vents des pets des poums...),
Gainsbourg ne sera jamais vulgaire. Style oblige.

Gainsbourg, homme pudique (homme pudique comme on dirait homme public)
se méfie des mots.
L'émotion il faut aller la chercher derrière. S'ils ne la disent pas, il la portent.

C'est là où je crois qu'il faut peut-être relativiser
le qualificatif d'art mineur qu'on reprend trop facilement à toutes les sauces.
Si la chanson ne demande pas forcément d'initiation à l'auditeur,
celle de Gainsbourg, comme d'ailleurs celle d'autres auteurs majeurs
(Roda-Gil, Vian, Boris Bergman, ou Jacques Duvall...) demande un travail.

Si la devise de Descartes était «J'avance masqué»;
Gainsbourg, fin lettré, a su faire du style un masque derrière lequel
il peut dire sans trahir,
oser sans offenser, choquer sans avilir.

Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9685
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: REFLEXIONS SUR LE TRAVAIL D UN AUTEUR   Mer 30 Juin - 1:59

ECRIRE UNE CHANSON
JEAN PIERRE FERLAND




Ecrire sur des glaces fondues
Bâtir des marais profonds
Sa vie, ses chagrins et les amours qu'on aurait voulu
Ça se dit écrire une chanson

Et le temps sait se charger du reste
Et le vent sait comment l'emporter
À moins qu'il se trompe d'adresse
Une chanson c'est fait pour s'oublier

Vieillir sans jamais prendre d'âge
Rêver sans jamais s'endormir
Savoir caresser une larme et savoir davantage
La laisser rouler sur un clavier

Graver en toute ressemblance
Un visage qui vient ou s'enfuit
Ne pas trop chercher d'importance
D'un métier qui ressemble à la vie

Aimer les amoureux du monde
Pleurer où ils s'embrasseront
Offrir la moitié de son coeur en cent trente secondes
Ça se dit écrire une chanson

Ecrire une chanson, savoir le goût d'aimer
Ecrire une chanson ou l'entendre chanter.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9685
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: REFLEXIONS SUR LE TRAVAIL D UN AUTEUR   Mer 8 Déc - 1:47

MUSIQUE

Isaac Stern - Saint-Saens - Introduction & Rondo Capriccioso

Un jour viendra où l'homme ne sera plus asservi aux mots pour exprimer sa pensée,
où les âmes communiqueraient sans le secours de syllabes et de voyelles.
C'est ce que fait pressentir la musique qui dit plus, en quelques portées,
que ne l'ont pu des générations de philosophes, et qui le dit mieux,
et qui va plus profondément jusqu'à l'âme des choses et au plus secret de nos sentiments.

(On est si sérieux quand on a 19 ans.
Journal 1919-1924. Paris, Fayard, 1993, p. 47)
JULIEN GREEN
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: REFLEXIONS SUR LE TRAVAIL D UN AUTEUR   

Revenir en haut Aller en bas
 
REFLEXIONS SUR LE TRAVAIL D UN AUTEUR
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» L'auteur d'une des plus belles chansons (Louise), vient de disparaître!
» Sociologie du travail
» norme du travail
» Cours de secourisme en milieu de travail
» pas de travail pas de problème

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
H A R M O N Y :: LA MUSIQUE ADOUCIT LES MOEURS :: LES COULISSES DE LA CHANSON :: LES AUTEURS COMPOSITEURS-
Sauter vers: