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 LA BELLE PERSONNE de Christophe Honoré

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Bridget



Féminin Nombre de messages : 2349
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Date d'inscription : 13/05/2008

MessageSujet: LA BELLE PERSONNE de Christophe Honoré   Sam 13 Sep - 14:49

" La Belle personne " réalisé par Christophe Honoré

Téléfilm de Christophe Honoré. Scénario de Christophe Honoré et Gilles Taurand, d'après La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette (France, 2008). 95 mn. Inédit. Avec Louis Garrel : Nemours. Léa Seydoux : Junie. Grégoire Leprince-Ringuet : Otto. Esteban Carvajal-Alegria : Mathias.



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Synopsis

Junie, seize ans, change de lycée en cours d'année suite à la mort de sa mère. Elle intègre une nouvelle classe dont fait partie son cousin Matthias.
Il devient son ambassadeur auprès de sa bande d'amis. Junie est vite courtisée par les garçons du groupe, elle consent à devenir la fiancée du plus calme d'entre eux, Otto.
Mais bientôt, elle sera confrontée au grand amour, celui de Nemours, son professeur d'italien. La passion qui naît entre eux sera vouée à l'échec. Ne voulant pas céder à ses sentiments, Junie s'obstine à refuser le bonheur, car il n'est à ses yeux qu'une illusion.





« Jamais cour n'a eu tant de belles personnes » : c'est la phrase de Mme de Lafayette qui a servi de déclic au cinéaste Christophe Honoré pour imaginer cette transposition de La Princesse de Clèves de la cour royale du XVIe siècle jusqu'à une cour de lycée d'aujourd'hui.
L'idée s'incarne miraculeusement. D'abord par la vertu d'un décor, le lycée Molière du 16e arrondissement parisien, tout en galeries ouvertes et balcons : un théâtre où chacun est à la fois en représentation et à l'affût du spectacle d'autrui. Ensuite par le nombre de « belles personnes » qui s'y épient, s'y désirent et s'y empoignent. Car Christophe Honoré filme les lycéens comme des demi-dieux, avec une sorte de ravissement recueilli, élégiaque, communicatif. Une autre passerelle évidente avec le texte de référence pourrait être la peur de perdre la face devant son groupe, consubstantielle à l'adolescence.

Mais il y a mieux que ces correspondances, mieux que le respect (sans dévotion aucune) de la dramaturgie originale.
Avec ce téléfilm, ou film (il sort aussi en salles le 17 septembre), peu importe, Christophe Honoré donne une superbe application de la canonique formule d'André Bazin : « Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s'accorde à nos désirs. »La Belle Personne est en effet le portrait d'une jeunesse inventée, rêvée, fantasmée, qui n'a sans doute jamais existé nulle part. Une jeunesse qui va du prof (Louis Garrel, en élégant rongé de l'intérieur) à la « nouvelle » de la classe - Léa Seydoux, magnifique révélation, avec ses airs bouleversants d'Anna Karina. Une jeu nesse pour qui la grande affaire est l'amour. Et pour laquelle Christophe Honoré a exhumé une chanson sublime du suicidé Nick Drake, Way to blue, imprégnant tout le film de son romantisme aérien.


Louis Guichard


Télérama, Samedi 6 septembre 2008



Way To Blue

Don’t you have a word to show what may be done
Have you never heard a way to find the sun
Tell me all that you may know
Show me what you have to show
Won’t you come and say
If you know the way to blue

Have you seen the land living by the breeze
Can you understand a light among the trees
Tell me all that you may know
Show me what you have to show
Tell us all today
If you know the way to blue?

Look through time and find your rhyme
Tell us what you find
We will wait
At your gate
Hoping like the blind

Can you now recall all that you have known
Will you never fall
When the light has flown
Tell me all that you may know
Show me what you have to show
Won’t you come and say
If you know the way to blue?

http://www.nickdrake.com/way_to_blue_lyrics.html
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Bridget



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MessageSujet: Re: LA BELLE PERSONNE de Christophe Honoré   Mer 17 Sep - 23:41

.

La Belle personne De Christophe Honoré - France - 2008

Portrait tout en finesse d'une adolescente tourmentée qui refuse l'amour par peur de le gâcher. Une adaptation intemporelle très réussie de La Princesse de Clèves.

Présenté comme un film télé, un travail de transition entre Les Chansons d’amour et un projet ambitieux actuellement en préproduction (Non ma fille, tu n’iras pas danser), La Belle Personne est l’un des plus beaux films de Christophe Honoré alors que l’on s’attendait à une œuvre mineure.

Adapté du classique La Princesse de Clèves, délesté des référents cinéphiles qui parsemaient les précédents films d’Honoré, La Belle Personne est un portrait léger et cristallin de l’adolescence tourmentée, une plongée transparente dans l’opacité sentimentale d’une jeune fille qui refuse de vivre une grande histoire d’amour par peur de la gâcher, d’en être amèrement déçue.

C’est un film qui respire sans effort le mélange classicisme-modernité, qui s’inscrit dans l’esprit de la Nouvelle Vague sans avoir besoin d’en afficher les signes extérieurs, un film musical et harmonieux sans recours aux chansons, du cinéma gracieux dont la beauté et la justesse de cuisson semblent couler de source et ne pas résulter d’un labeur.

Reprenant la trame du roman, le film nous présente la belle Junie, 16 ans, qui arrive dans son nouveau lycée suite à la mort de sa mère.
Rapidement, les garçons de la classe tournent autour d’elle, mais Junie est distante, peu bavarde et d’humeur mélancolique. Elle finit par sortir avec Otto, sans être profondément amoureuse de lui. Le véritable amour surgira avec Nemours, son professeur d’italien. Mais Junie résiste à cet amour, craignant que le bonheur amoureux ne soit qu’une illusion.

Il n’y a évidemment rien de révolutionnaire à filmer la jeunesse lycéenne et les premiers tourments sentimentaux lié à cet âge. Ce qui est précieux ici, c’est la singularité du regard d’Honoré. Par exemple sa façon de rendre le film intemporel, en même temps de son temps et étranger à son temps. La Belle Personne pourrait se passer aujourd’hui, mais le cinéaste y a disposé certains accessoires typiques des années 1970 tel ce tourne-disque. Et alors que notre époque est supposée être celle du recul des tabous sexuels, que la majorité des collégiens sont censés parler couramment le porno notamment par l’entremise d’internet, Honoré se recentre avec un certain courage sur le territoire a priori désuet des sentiments, de l’amour courtois, de la passion comme cosa mentale ainsi que pourrait le dire Nemours.

Le film est nimbé d’une lumière pastel, automnale, au diapason du paysage intérieur en souffrance des trois personnages principaux. Honoré sait capter la cinégénie particulière de Léa Seydoux, Louis Garrel et Grégoire Le Prince-Ringuet, et filme à merveille leurs déplacements dans les allées du lycée, les rues de Paris, le bois de Boulogne.

Discrètement stylisée, la beauté de La Belle Personne n’est jamais ostentatoire, toujours au service des personnages et de leurs relations à la fois pures et cruelles. Comme chez Demy, la beauté des personnages et du regard posé sur eux par le cinéaste est autant intérieure qu’extérieure, naît aussi bien des physiques avantageux que du souci d’honnêteté sentimentale, du refus de manipuler, de la peur de trahir.

Enfin, alors que cette rentrée des classes et du cinéma sera à juste titre marquée par Entre les murs et sa Palme d’or, alors que les œuvres qui affichent leur métissage, leur souci social ou leur vouloir-dire politique semblent bénéficier d’une plus-value favorable auprès de la critique et du public, il faut peut-être aussi saluer le panache à rebours d’un film qui se passe entièrement dans le XVIe arrondissement.

On entend d’ici les accusations de “cinéma bourgeois” comme on avait tagué Les Chansons d’amour ou Dans Paris de films bobos. Nul militantisme pour la haute bourgeoisie, les beaux quartiers ou l’ordre ancien chez Honoré, mais peut-être le refus inconscient de mélanger la peinture universelle des êtres et des sentiments avec l’injonction sociologique, le désir plus ou moins formulé de séparer la création de l’actualité, ou, pour reprendre un vieux distinguo de Serge Daney, de ne pas confondre le monde et la société.

Les fractures sociales ne sont pas le sujet de La Belle Personne, ce qui ne le rend pas moins légitime ou moins nécessaire qu’un Entre les murs : son propos, son champ d’investigation, c’est la croyance ou non en l’amour, autre sujet d’importance au XVIIIe comme au XXIe siècles, dans le XVIe comme dans le XXe arrondissement, à Neuilly comme à Bobigny. Le cinéma français doit plutôt se réjouir de compter un Honoré aux côtés d’un Kéchiche ou d’un Cantet, comme on est heureux de constater que, bien que situé dans la haute bourgeoisie parisienne, La Belle Personne est un film superbe.

S.Kaganski
17 septembre 2008

http://www.lesinrocks.com/cine/cinema-article/la-belle-personne/?cHash=2969d3236d
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