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 KEITH JARRETT

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Bridget

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MessageSujet: KEITH JARRETT   Jeu 4 Sep - 22:41

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etoile KEITH JARRET etoile












Keith Jarrett, est un pianiste, saxophoniste, flûtiste, percussionniste, organiste, claveciniste, guitariste et compositeur américain né le 8 mai 1945 à Allentown, en Pennsylvanie.


Biographie


Né le 8 mai 1945 à Allentown, Pennsylvanie, Keith Jarrett prend ses premières leçons de piano à trois ans.
Il donne son premier concert à sept ans et un récital de ses propres compositions à dix-sept. S’il refuse une bourse d’études à Paris chez Nadia Boulanger, il accepte celle de la Berklee School of Music à Boston où il forme son premier trio.

En 1965, parti pour New York, il enregistre avec Don Jacoby and the College all Stars et collabore avec divers musiciens (Roland Kirk, Tony Scott, …) puis fait partie des Jazz Messengers d’Art Blakey : enregistré en 1966, l’album Buttercorn lady en sera la seule trace phonographique.


Cette même année, il intègre le groupe du saxophoniste Charles Lloyd (avec Jack DeJohnette, Cecil McBee ou Ron McClure) et devient alors la nouvelle révélation du piano, volant la vedette au leader du groupe.
Tournée mondiale et prolixité phonographique, le saxophoniste n’hésite pas à laisser Jarrett jouer seul au moins une de ses propres compositions à chaque concert. Le groupe se sépare en 1968.

Keith Jarrett forme alors un trio en compagnie de Charlie Haden à la basse et Paul Motian à la batterie et commence à enregistrer sous son propre nom.


En 1970, contraint de jouer des claviers électriques, il devient le pianiste du groupe de Miles Davis tout en menant une carrière de sideman (auprès de Gary Burton, Freddie Hubbard, Paul Motian) ; son trio devient quartette en intégrant le saxophoniste Dewey Redman, issu du groupe d'Ornette Coleman.







Entre deux concerts avec Miles Davis, Jarrett enregistre son premier opus au piano solo sur ECM Facing you en 1972, prélude à une très longue association avec Manfred Eicher, producteur de la compagnie phonographique.
Trois ans plus tard, le même producteur enregistrera Jarrett seul avec son piano lors d'un concert à Cologne (The Köln Concert, 1975), l'album est un succès qui ne se démentira pas avec le temps.




http://fr.youtube.com/watch?v=jzqMJWlKMsY


Après une brève collaboration avec Jean-François Jenny-Clark (basse) et Aldo Romano (batterie), Keith Jarrett forme son second quartette, dit quartette européen, avec Jan Garbarek aux saxophones, le bassiste Palle Danielsson et le batteur Jon Christensen sans délaisser pour autant sa formation américaine.

Dissolution du quartette américain en 1976 et du Belonging Band (quartette européen) en 1979.


Inauguration en 1983 d'un nouveau trio avec l'album Tales of Another, sous le nom du contrebassiste Gary Peacock, en compagnie de Jack DeJohnette. Standards et compositions originales, la formation traverse les decennies pour atteindre le succès qu'on lui connaît encore aujourd'hui.


Dans les années quatre-vingts et quatre-vingt-dix, Keith Jarrett se consacre parallèlement à la scène classique.
Outre ses expériences d’improvisation à l’orgue baroque et au clavecin, il interprète Bach, Haendel, Mozart mais aussi Chostakovitch ainsi que des compositeurs contemporains comme Lou Harrison, Peggy Glanville-Hicks et compose lui-même pour ce répertoire des pièces pour orchestre (In the Light, 1973 ; The Celestial Hawk, 1980), de la musique de chambre (Bride of Light, 1993), ...


À la fin des années quatre-vingt-dix, atteint du syndrome de fatigue chronique, le pianiste est contraint de réduire son activité pour un temps.


Depuis 2000, Jarrett oscille entre sa formation en trio et le piano solo.

En 2004, Keith Jarrett reçoit le Léonie Sonning Music Award. Cette distinction prestigieuse est habituellement décernée à des compositeurs et interprètes de musique classique.


Avant lui, un seul musicien de jazz en avait bénéficié : Miles Davis. Igor Stravinski en avait été le premier bénéficiaire en 1959.






Le musicien



Pianiste au toucher délicat avec un style fortement inspiré de la guitare folk , Keith Jarrett a su, par ses nombreuses influences pianistiques (notamment celle de Paul Bley) et l’inspiration de différents styles, ouvrir le piano jazz à de nouveaux horizons au cours des années soixante-dix.


Ses premiers enregistrements aux cotés de Charles Lloyd témoignent déjà de ses influences empruntées à la musique folk et au free jazz. Ses improvisations et ses compositions en seront fortement marquées tout au long de sa carrière musicale .


Jarrett appartient également au monde du classique en tant que compositeur et surtout qu’interprète. Sa musique en est imprégnée : influences de Claude Debussy (principalement dans ses prestations en solo) et de la musique baroque (notamment la composition Oasis sur Personal Mountains).



Héritage de son intérêt (commun avec Debussy) pour le gamelan, l’ostinato est une caractéristique remarquable sur nombre de ses enregistrements. L’album Changeless en est l’exemple parfait : construction de compositions et improvisations sur un climat créé par un ostinato en forme de spirales (écouter aussi Spiral dance in Belonging)[2].

Enfin la transe est, selon ses propos , un état d’esprit, un comportement essentiel pour l’exécution de son art.

Son instabilité corporelle sur scène face à son clavier et ses fredonnements et cris audibles en concert et sur ses enregistrements témoignent d’une relation fusionnelle avec la réalisation de sa création.


On pourrait comparer Keith Jarrett à Miles Davis par la diversité des styles musicaux abordés lors de sa carrière : le trompettiste a suivi l’évolution du jazz puis du rock, le pianiste s’est quant à lui diversifié par l’abord de styles aussi différents que le gospel (avec Marion Williams), le jazz (notamment le ragtime et le free jazz en passant par le jazz rock), la musique classique (baroque, classique, neo-classique et contemporaine), le folk song (Restoration ruin) et la musique ethnique (Spirits).



Comparaison que l’on pourrait poursuivre par les caprices de stars opérés par ces deux mêmes musiciens au caractère narcissique (confer l comme en témoignent les exigences farfelues de Jarrett lors de ses passages à Marciac .

Source Wikipédia



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Bridget

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MessageSujet: Re: KEITH JARRETT   Jeu 4 Sep - 23:32



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"My Funny Valentine / Song" Keith Jarrett Trio



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Nine
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MessageSujet: Re: KEITH JARRETT   Ven 5 Sep - 11:33

Merci Bridget :sunny:

Du grand Art, la perfection et aussi la sensibilité c 'est Lui !

La video "Funny Valentine" est magnifique c'est tout heureux

J'ai aussi un titre que j aime tout particulièrement c 'est "when I fall in love" :star:
je ne sais pas si une vidéo existe ?

Je viens de la trouver la voilà love

http://fr.youtube.com/watch?v=33Vm9OaNCz0


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http://www.artmony.biz
Bridget

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MessageSujet: Re: KEITH JARRETT   Ven 5 Sep - 11:39




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Son site officiel :

http://keithjarrett.artistes.universalmusic.fr/


Chez Universal , sa page :

http://www.universalmusic.fr/artiste/keith--jarrett/


Keith Jarrett Solo Concert Tokyo 1984



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Bridget

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MessageSujet: Re: KEITH JARRETT   Jeu 30 Oct - 13:46




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La nouvelle vient de tomber. Keith Jarrett donnera un concert de piano solo à la Salle Pleyel le mercredi 26 novembre à 20 heures.

Intitulé "An Evening of Improvisations", le concert sera totalement acoustique, sans la moindre amplification. On sait qu'il adore le son du piano dans cette salle et a donc décidé d'aller au bout de ses idées. Promis, on se vaccine pour ne pas tousser et on prend des leçons d'apnée…



http://www.jazzman.fr/blog/2008_10_01_blogarchive.html#2354649108854907195



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MessageSujet: Re: KEITH JARRETT   Ven 31 Oct - 12:54

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Keith Jarrett : Le magicien





par Paola Genone , publié le 09/05/2005



Après un long silence, le pianiste revient avec Radiance, un album solo enregistré en 2002 au Japon, lors de deux concerts totalement improvisés. Il a reçu L'Expressmag, en exclusivité, dans son repaire du New Jersey


A une heure et demie de route de New York, un chemin sinueux, au milieu des bois et des lacs, mène à une grande propriété entièrement grillagée. C'est là, dans le New Jersey, que Keith Jarrett se cache. Sur le portail en fer qui l'isole du reste du monde, une plaque indique: «Caution. No trespassing! (Attention, ne pas franchir!)» Derrière une fenêtre, au loin, le pianiste scrute l'arrivée de ses visiteurs.


Il est 14 h 50, rien ne se passe. Mais le fax de confirmation de l'interview avait le mérite d'être clair: «Mr Jarrett accepte de vous rencontrer chez lui. Le rendez-vous aura lieu à 15 heures précises. Ne soyez ni en retard ni en avance.»

On le sait, Keith Jarrett a la réputation de ne pas se laisser approcher facilement. Toutes sortes de légendes courent sur cette résidence secrète, que seuls de rares intimes ont eu le privilège de visiter.
Ainsi, en franchissant le seuil de la maison, accueillis par Anne Rose, sa femme, on espère voir cette fameuse pièce aux baies vitrées, où le pianiste aurait installé deux Steinway face à face, l'un blanc, l'autre noir. On ne la verra jamais...

Elle n'existe pas. Mais cet après-midi exceptionnel passé en sa compagnie vaut bien plus que la visite d'une pièce imaginaire. Car si Keith Jarrett a un don, c'est bien celui de surprendre. Ce qu'il fait depuis toujours.


Dès l'âge de 3 ans, il prend des cours de piano et écrit des partitions. A 8 ans, il donne son premier concert classique, dans sa ville natale d'Allentown, en Pennsylvanie. Il y interprète Grieg, Bach, Mozart... et conclut par deux compositions personnelles, dont l'une intitulée Conscience in the Zoo.


«A l'époque, j'improvisais déjà», dit-il. A partir des années 1960, sa carrière s'apparente à une mosaïque d'expériences, menées avec une rare exigence artistique. Il passe du classique au jazz, des enregistrements sur orgue, avec Miles Davis, à l'interprétation des Variations Goldberg sur clavecin, sans que jamais l'on puisse lui reprocher la moindre légèreté.



Aucun autre musicien n'a autant assimilé et intégré le répertoire savant et profane de ces trois derniers siècles. Aucun ne mérite, plus que lui, le titre d'improvisateur. Son magnifique concert en solo de Cologne en 1975 - le disque de piano le plus vendu au monde - ou ses improvisations en trio avec Gary Peacock et Jack DeJohnette, ne sont que les fragments d'une œuvre qu'il n'a pas fini de composer.
Jarrett dit connaître les jours fastes, mais jamais les jours fériés. Rien ne l'arrête, pas même l'extrême souffrance provoquée par une maladie qui l'a cloîtré chez lui, pendant des années, l'empêchant de jouer, et définie, par les médecins, comme le «syndrome de la fatigue chronique».


Il a désespéré, il a accepté, il s'est battu, il s'en est sorti.

Depuis 1999, il a recommencé à enregistrer avec son trio et à se produire en public.
Aujourd'hui, l'homme est souriant, ironique, plein de vie. Le 8 mai, il a fêté ses 60 ans et s'offre le plus grand rêve auquel un artiste puisse aspirer: se surprendre lui-même.
Huit ans après la parution de son dernier disque en solo, La Scala, Keith Jarrett sort un double album, Radiance, enregistrement de deux concerts donnés au Japon, en 2002. Il s'agit sans doute de la plus aboutie de ses conversations avec l'instrument.
Oublié le Köln Concert. Ces cent quarante minutes de musique font de Jarrett un pianiste de l'extrême et un musicien d'une solidité rassurante.
Dans le plus profond silence de la salle, il joue une symphonie totalement improvisée, explorant toutes les «planètes harmoniques», passant d'adagios d'une lenteur quasi brucknérienne à des pics d'une vitesse vertigineuse, allant du classique à la musique contemporaine, du flamenco au jazz et au blues.


Il dit aimer la musique plus qu'autre chose. Mais ce n'est pas vrai.
Dans son bureau, les disques renvoient aux livres, les livres aux tableaux, les tableaux aux fenêtres... que Jarrett ne ferme jamais.
Dans sa bibliothèque, on remarque les écrits de Georges Gurdjieff, philosophe et occultiste français d'origine russe (1877-1949). Gurdjieff a influencé Jarrett au point que le pianiste lui a dédié un disque, Sacred Hymns. Gurdjieff enseignait que l'homme «ordinaire» est un être endormi et que seul un travail de méditation lui permet d'atteindre un certain niveau de conscience. De fait, l'état d'éveil de Keith Jarrett est surprenant.
Intimidant, presque. D'ailleurs, c'est lui qui pose la première question.




Je vois des dizaines de pages de questions dans vos mains... Vous allez me les lire?

Non... C'est juste un canevas.

Bon, parce qu'autrement je vais vous répondre par écrit.

Je dois donc improviser?

Vous avez bien vu ce qui est marqué sur l'affiche accrochée au chêne dans mon jardin: «Wild life crossing the road (La vie sauvage traverse le chemin)».

C'est votre manifeste: l'improvisation...

Oui. C'est la seule façon d'être présent et fidèle à soi-même.


Au milieu des années 1960, Miles Davis venait écouter tous vos concerts. Un soir, au club Caméléon, à Saint-Germain-des-Prés, il vous a demandé: «Comment fais-tu? Comment peux-tu jouer à partir de rien?»


Je m'en souviens très bien. Je lui ai répondu que je ne savais pas.
Mais, en réalité, la question qui se pose est plutôt de savoir si un musicien conçoit le «rien» comme un «manque de quelque chose» ou comme «un plein» qui surgit spontanément.
Quand je me suis assis au piano, lors de ces deux concerts au Japon, je n'avais aucune idée de ce que j'allais jouer.

Pas de première note, pas de thème. Le vide. J'ai totalement improvisé, du début à la fin, suivant un processus intuitif. Une note engendrait une deuxième note, un accord m'entraînait sur une planète harmonique qui évoluait constamment. Je me déplaçais dans la mélodie, les dynamiques et les univers stylistiques, pas à pas, sans savoir ce qui se passerait dans la seconde suivante. Mais la musique ne naît jamais de la musique; ce serait comme dire qu'un enfant naît d'un enfant. Rien ne se crée à partir du rien.
La musique est l'aboutissement d'années de travail et d'écoute, et cela est plus évident encore quand la création est faite dans l'instant.



Vous voulez dire que l'improvisation est plus complexe qu'on ne l'imagine?


Je dirais même qu'il s'agit d'un genre musical en soi. Lorsque je pense au concert de Cologne mais, surtout, à ceux du Japon, je m'aperçois qu'au moment où je joue il y a trois personnalités qui cohabitent en moi: l'improvisateur, le compositeur et le pianiste.

L'improvisateur est là, assis au clavier, se fiant à sa capacité à trouver un chemin musical qui le conduise de A à B. Il n'a cependant aucune idée de ce que B va être, car B est suggéré par A.
Ensuite, il y a le compositeur qui envoie du matériel sonore à l'improvisateur, si ce dernier a momentanément perdu le flux ou s'il est en panne d'idées. Il devra donc s'empresser de suggérer un B, en employant son bagage culturel et son savoir. En quelque sorte, le compositeur est une base de données.
Quant au pianiste, c'est l'exécutant. Il faut qu'il soit à l'écoute des deux autres et qu'il accomplisse sa mission: être à la hauteur technique afin de réaliser ce qu'on lui demande, donc savoir gérer le doigté, le style, l'interprétation des silences. Il doit aussi être attentif à ce qui se passe dans son corps: prévenir les crampes aux doigts, ne pas oublier de respirer...



Cela implique une vaste connaissance des styles musicaux, de la technique pianistique et une immense prise de risque.



La maxime de l'improvisateur est: la sécurité en dernier. Il suit la «pensée du tremblement».
Voilà pourquoi, souvent, pendant mes concerts, je danse avec le piano, je me lève, je me penche en arrière, je me lance sur les cordes.
Les docteurs me disent que c'est très mauvais pour mon dos et, c'est vrai, je souffre de douleurs pénibles, mais ils ne savent pas ce que je vis.
Le compositeur, lui, est plus sage: il a passé sa vie à écouter et à étudier tous les styles musicaux.
A l'âge de 18 ans, je jouais dans des pianos-bars pour payer mes cours de musique à la Berklee School. C'est à ce moment-là que j'ai appris les standards. Jusque-là, je ne connaissais que le classique. Enfin, le pianiste est celui qui juge, car il écoute les deux autres. Son boulot est d'exécuter même lorsqu'il n'est pas d'accord.



Qu'entendez-vous par là?


Parfois, le compositeur et le pianiste ne sont pas d'accord avec l'improvisateur. Je vais l'expliquer par un exemple concret: lors d'un des concerts de Tokyo, à la fin d'un morceau, une note aiguë - un mi - a résonné dans la salle.

Cette rémanence fortuite m'a donné l'inspiration pour débuter le morceau suivant. La note me paraissait si belle que j'y revenais sans arrêt, même si, selon les règles classiques, le contexte harmonique n'était pas adéquat. Plus tard, en réécoutant la bande, je me suis dit que si j'avais été au piano, en train de composer, j'aurais immédiatement censuré ce mi. Et pourtant, cette note fait toute la magie du morceau.


Il y a énormément d'improvisation dans les chants grégoriens, dans la musique pour orgue du XVIIIe siècle, dans la musique polyphonique et baroque. Pourquoi cette pratique s'est-elle perdue dans le classique?


Je viens de ce monde et je sais que, chez ces gens-là, on n'accorde pas à l'improvisation le respect qu'elle mérite.
On en a peur, terriblement peur! Et il y une autre raison: la jalousie. Les pianistes classiques sont envieux de ceux qui peuvent s'asseoir au piano et construire un discours musical riche, sans partition. Un improvisateur a la possibilité d'apprendre à se connaître, de creuser en lui-même pour découvrir sa propre musique.

Les pianistes qui ne font qu'interpréter sont des robots: au début, ils sont conditionnés, puis ils se forgent leur maniérisme. Mais, en réalité, ils ne font rien pour eux-mêmes, à part développer un immense ego. Le public reconnaît leur interprétation mais, eux, ils ne savent pas qui ils sont. Je me souviens d'un enregistrement que j'ai fait pour la radio d'un concert de Samuel Barber.
A la fin de la séance, on me demanda de rejouer la mesure 161 pour corriger une erreur. Cette mesure est placée au moment le plus extatique et passionné de l'œuvre. Comment peut-on la rejouer sans être des automates?



Pourtant, vous avez enregistré de nombreux disques du répertoire classique: Mozart, Chostakovitch, Beethoven...


Bien sûr, et je n'arrête pas de les écouter et de les rejouer.
Mais je voudrais dire ceci aux puristes: si je joue du classique, je ne dois pas penser, alors que si j'improvise mon esprit doit être totalement présent et actif.

Quand je me rends compte que mon état n'est pas propice à l'improvisation, je prends une partition de Bach et je fais ce que Bach me dit de faire. Le dernier des grands interprètes que j'aie connus était Arthur Schnabel, qui n'était pas un orthodoxe de la fidélité à la partition.
Le fait d'étaler autant de versions différentes d'une même œuvre sur la table le poussait à s'en forger une de plus: la sienne. Quant à ses fausses notes, elles n'étaient que les prérogatives de son génie.
A ce sujet, Schnabel disait avec beaucoup d'humour: «Le problème du piano, c'est que chaque bonne note est située entre deux mauvaises.»



Vous voulez dire que tout commence par des erreurs ?


Et avec l'accident.
Souvent, l'accident de l'improvisateur devient une couleur de plus sur la palette du compositeur. Lorsque j'étais enfant, j'ai entendu mon frère Chris, qui ne connaissait rien à la musique, jouer au piano des choses qui m'ont bouleversé. Il se lançait sur l'instrument sans avoir aucune idée de ce qu'il était en train de faire, en suivant exclusivement son émotion. Le résultat était «a-musical», et pourtant extraordinaire.

Pendant des années, j'ai cherché à retrouver cette zone musicale que Chris avait créée accidentellement. J'ai voulu apprendre à provoquer des accidents de façon consciente. Faire des erreurs, être maladroit. Je me disais: «Qui es-tu pour juger de ce qui sonne juste ou faux?»
Tout cela, non pas pour dégrader mon jeu, mais pour découvrir de nouveaux univers, que j'ai enfin trouvés dans Radiance. Il ne s'agit donc pas d'accidents venant du hasard...
Gurdjieff disait que l'homme est gouverné par la loi du hasard et de l'accident, mais qu'il peut renverser cette réalité en s'observant. Ces accidents musicaux sont le résultat de mon parcours philosophique.



La légende veut que vous ne prépariez jamais vos concerts...


Pour la première fois de ma vie, avant mes prestations au Japon, j'ai étudié pendant des mois.

Le concert de Cologne, qui, à l'époque, avait été pour moi un acte de liberté, était devenu ma cage. J'ai dû le tuer.
En musique, on construit des monuments d'architecture pour, ensuite, les abattre. C'est ainsi qu'on avance.
Donc, avant ces deux concerts, j'ai voulu me défaire de mes stéréotypes. Je me mettais au piano en étant conscient de ce que je ne voulais plus entendre, mais sans savoir encore ce que je voulais entendre. Cela a pris des mois: je revenais toujours à mes vieux clichés.
Dès que j'en entendais un arriver, je m'arrêtais... et recommençais. L'exercice a été épuisant. Mais il m'a permis de découvrir quelque chose d'extraordinaire!



Quoi donc ?


Une partie de moi qui n'avait jamais eu la possibilité de s'exprimer jusqu'à présent: ma main gauche.
Je l'utilisais comme on le fait dans le jazz, tel un instrument d'accompagnement qui va jouer des lignes de basse, des ostinatos, des accords.
Dans les concerts du Japon, ma main gauche improvise avec la même virtuosité, la même liberté que la droite. Je la regarde, je la sens, elle me surprend de plus en plus.



Etes-vous très exigeant avec vous-même ?


Je suis un bourreau de travail et ma santé en a fait les frais. Lorsque j'étais malade, je regardais le piano pendant des heures, sans même pouvoir le toucher. J'ai alors commencé à parler à ma maladie: «Je sais que tu es là, mais je vais continuer mon œuvre.»

Je suis guéri, j'ai changé. Un exemple: les Japonais ont beaucoup toussé pendant ces deux concerts. Avant, je serais devenu furieux. Mais là, je me suis inspiré de ces sons pour jouer. Et j'ai gardé le bruit de ces toux dans l'enregistrement.



Pourrions-nous voir vos pianos ?


Allons-y...

Nous entrons dans une salle pleine d'instruments. Au centre, ses trois pianos et son clavecin japonais sont recouverts d'un drap. Keith Jarrett s'approche du clavecin, sur lequel il a enregistré les Variations Goldberg. Il le découvre. S'assied. Et se lance dans une longue improvisation.



http://www.lexpress.fr/culture/musique/classique/le-magicien_486028.html


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MessageSujet: Re: KEITH JARRETT   Dim 18 Oct - 14:59


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Keith Jarrett / Paris/London - Testament






Le virtuose Keith Jarrett est de retour avec un nouvel album live baptisé "Paris / London Testament", disponible à partir du 5 octobre 2009.

C'est Keith Jarrett en solo que l'on retrouve sur "Testament", un double album qui inclut les enregistrements de deux concerts tout récents.

Le premier a eu lieu à la salle Pleyel à Paris, le 26 novembre 2008, et le second, le concert qui lui faisait suite, au Royal Festival Hall de Londres le 1er décembre 2008.

Les deux représentations, lumineuses et portées par l'inspiration et la technique sans faille du pianiste de génie, ont littéralement sidéré l'audience et les journalistes présents.

Pour le journal The Guardian, "Le concert a provoqué une sorte d'extase... la magie de Jarrett opère toujours majestueusement... comme avec Radiance et The Carnegie Hall Concert la musique recouvre une très large palette de sentiments".






Pourquoi ? Seul, face à son piano, sans partition, sans filet, Keith Jarrett, 64 ans, compose son testament. Magistral.

Mais encore... C'est le récit bouleversant d'un homme abandonné par sa femme, en proie au vertige, miné par la douleur physique. Lors de deux concerts enregistrés en 2008, à Paris et Londres, le pianiste livre 2 h 30 de lignes brisées, mélodies éclatées où l'explosion menace à chaque seconde. Expérimental, limpide, habité par la folie rythmique du jazz, Keith Jarrett va jusqu'au bout de son art.

http://www.lexpress.fr/culture/musique/jazz/keith-jarrett-paris-london-testament_794223.html


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MessageSujet: Re: KEITH JARRETT   Dim 18 Oct - 15:18




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Keith Jarrett, «Testament» d’un génie.


Bouleversant, le nouvel album solo du pianiste aurait pu être son dernier.






Un homme face à son piano. Sans partition, sans thème, sans filet.

Face au vertige du vide, qui seul peut engendrer le plein.

Depuis trois décennies, Keith Jarrett, 64 ans, pratique l’art périlleux de l’improvisation absolue. Un art d’équilibriste, où l’effort mental requis par la création instantanée frise l’insensé.
Le public, parfois, ne comprend pas les coups de gueule du pianiste, son exigence de silence, son besoin de respirer à l’unisson avec ceux qui l’écoutent.
C’est que la beauté a un prix: la solitude de l’un pour la communion des autres. Un prix que Keith Jarrett paie dans son dernier album, Paris/London - Testament.


Musicien secret, fuyant les interviews, le natif d’Allentown, Pennsylvanie, se livre pour une fois à un exercice auquel il est peu coutumier: la confession. Un texte de sa plume (en anglais, sans traduction française) occupe cinq pages dans la pochette de l’album. Keith Jarrett y raconte comment ces concerts enregistrés à l’automne 2008 à Paris et Londres ont pris forme.


Musique des sphères


C’est le récit, bouleversant, d’un homme seul, abandonné par son épouse, en proie au doute, affaibli par une maladie rare appelée «syndrome de fatigue chronique», miné par des douleurs physiques insoutenables (après le concert londonien, il devra faire soigner ses mains).
Un homme n’ayant plus rien à prouver, mais qui veut aller jusqu’au bout de son art, peut-être pour la dernière fois. Ces concerts allaient «soit m’aider à survivre, soit précipiter ma fin», écrit Jarrett.


Le matériel retenu pour le triple album n’a pas de nom. Aucun standard (Over the Rainbow figurait pourtant en bis à Londres), juste de la musique inventée dans l’instant. Les improvisations s’intitulent Part I, Part II, etc. Huit à Paris, douze à Londres.

Deux heures trente de création parfaite de la première à la dernière note. Comme si elle existait de toute éternité dans un autre espace-temps dont Keith Jarrett connaîtrait seul l’accès. Musique des sphères qui vient illuminer notre monde trop carré.


Salle Pleyel, le 26 novembre 2008, la soirée s’ouvre dans une atmosphère hallucinée. Les arpèges vaporeux, le flux tendu, le lyrisme continu évoquent la musique postromantique de Scriabine ou Schönberg, avec parfois une touche latine.
Paris Part IV, en revanche, semble sortir tout droit d’un concert d’avant-garde. Lignes brisées, rythmes irréguliers, textures éclatées: la tension menace d’exploser à chaque seconde, comme s’il fallait évacuer un trop-plein d’énergie.



Contrepoint de douleur



Au Royal Festival Hall, quelques jours plus tard, le pianiste rumine d’abord une humeur sombre et désespérée. Coupée au rasoir, la mélodie tourne sur elle-même sans fin.
Couchée sur le papier, cette musique-là passerait pour le grand chef-d’œuvre ultime d’un compositeur majeur. Les râles de Keith Jarrett, signature sonore inimitable, se font ici encore plus intenses et pathétiques, véritable contrepoint de douleur.



Après pareille introduction, où aller ?
Le pianiste hésite sur un sentier aux voies qui bifurquent. Ici expérimental, là limpide comme un Lied de Schubert, ailleurs habité par une folie rythmique obsessionnelle.
Alors que le set parisien n’évoquait la musique afro-américaine que par allusions, comme un monde d’innocence perdue, le concert londonien se conclut sur une envolée bluesy digne de Facing You, premier album solo du génie. La boucle est bouclée, le Testament achevé.
Vraiment ?

Keith Jarrett jouera en solo le 16 octobre prochain à la Tonhalle de Zurich. Tout n’est pas perdu.

Keith Jarrett, «Paris/London - Testament», 3 CD ECM/Phonag.


LUCA SABBATINI

http://www.tdg.ch/loisirs/disques/keith-jarrett-testament-genie-2009-10-02

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MessageSujet: Re: KEITH JARRETT   Dim 16 Mai - 14:09




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"JASMINE" - KEITH JARRETT & CHARLIE HADEN











"JASMINE" SORTI CHEZ ECM LE 3 MAI, MARQUE LES RETROUVAILLES ENTRE KEITH JARRETT ET LE CONTREBASSISTE CHARLIE HADEN.

"Jasmine" - Keith Jarrett & Charlie Haden

Les amoureux de Keith Jarrett et de son fameux quartette américain (une de ses premières formations) attendaient un tel disque depuis 1976. "Jasmine" qui sort chez ECM le 3 mai marque en effet les retrouvailles entre le pianiste génial et son contrebassiste d'alors, le non moins génial Charlie Haden.


A l'époque du Keith Jarrett Quartet (en V.O.), ces deux immenses musiciens de jazz étaient accompagnés de Paul Motian (batterie et percussions) et de Dewey Redman (saxophone).
A l'époque du Keith Jarrett Quartet surtout, les deux jazzmen n'avaient pas encore revisités, chacun à leur manière, les standards du jazz américain et bien plus encore, respectivement avec un trio (accompagné de Gary Peacock et Jack DeJohnette pour Jarrett) et un quartette (le Quartet West de Charlie Haden).

Ce sont donc deux musiciens aguerris et apaisés qui ont repris en 2007 le fil d'une conversation musicale de haute volée : invité à s'exprimer dans le documentaire Rambling Boy consacré à Hayden, Keith Jarrett en profite pour inviter son vieil ami à venir enregistrer chez lui.







Ensemble ils reprennent quelques standards inscrits dans le code génétique du jazz américain ("Body and Soul") mais aussi quelques balades plus mélancoliques ("Where Can I Go Without You"), flirtant avec une nostalgie pudiquement esquissée.


Un peu comme si les deux hommes, réunis après tant d'années dans le petit studio de Jarrett, avaient tissé, entre doigté mâtiné de folk et de classique pour le pianiste aventureux et virtuosité tout en retenue pour le contrebassiste septuagénaire, un instant de musique suspendu. Entre respect du temps passé et du chemin parcouru par l'autre, et immersion totale dans le jeu et dans l'instant.


Dans les notes qui accompagnent le disque, Keith Jarrett précise d'ailleurs : "C’est de la musique totalement spontanée, créée dans l’instant sans aucune préparation, si ce n’est cette façon que nous avons eue tous deux, tout au long de notre vie, de n’accepter aucun compromis.

Ce sont de splendides chansons d’amour interprétées par des musiciens qui essaient de faire passer le mieux possible le message qu’elles véhiculent. J’espère que vous saurez l’entendre dans ce que nous avons joué." Que Messieurs Keith Jarrett et Charlie Haden se rassurent, le message passe aisément.


1. For All We Know
2. Where Can I Go Without You
3. No Moon At All
4. One Day I'll Fly Away
5. I'm Gonna Laugh You Right Out Of My Life
6. Body And Soul
7. Goodbye
8. Don't Ever Leave Me





http://www.allomusic.com/


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MessageSujet: Re: KEITH JARRETT   Dim 16 Mai - 14:29


Une histoire simple.
Ils ne se fréquentaient plus 1977. Des « non amis » de trente ans. Quittés un peu fâchés, même, le leader du « quartet américain » ne supportant plus les comportement « addictifs » du bassiste qu’il avait embauché dans son trio dix ans plus tôt.

Mais voilà, finalement, Keith n’est pas le sublime interprète de So Tender pour rien… Lorsque Charlie le contacte pour savoir s’il accepterait de recevoir l’équipe de tournage de « Rambling Boy », le portrait documentaire que Reto Caduff réalise sur lui pour la BBC, il accepte.

C’est au tout début du mois de mars 2007. Autant le pianiste ne veut pas d’une situation où il aurait à parler en jouant, autant il accepte d’improviser deux ou trois standards en duo avec le contrebassiste dans sa grange transformée en studio. Huit jours plus tard, encore ébloui par l’évidence des retrouvailles avec un Charlie désormais « clean », Jarrett l’appelle et lui propose de revenir passer quelques jours dans sa maison du New Jersey pour mettre en boite quelques standards de plus.

Juste pour le plaisir, sans intention de publication. Pour garder trace de la chaleur retrouvée. Ils passent trois journées à parler, jouer, trainer, échanger. Ils glissent de la salle à manger au studio et retour… Et se retrouvent convaincus d’avoir mis en boîte des moments de musique rare.

Une maturation simple. Trois ans de cave. Le temps d’échanger des suggestions sur ce qui est à garder et à rejeter.

Le temps de trouver le bon assemblage, tant l’ordre des morceaux n’est pas évident, presque uniquement des ballades. C’est le pianiste qui finira par avoir une intuition à partir de l’accord inaugural de For All We Know.

Et suggérera d’enchaîner par Where Can I Go Without You, parce qu’il y entend l’un des solos les plus définitifs de sa longue carrière. Puis ce seront les deux pièces les plus courtes, puis les plus longues… Sans tenir le moindre compte des us et coutumes. Juste la conviction d’une nécessité. Charlie se rend à l’évidence, bon sang, mais c’est bien sûr. Il leur aura fallu près de trois ans pour décanter.

Une musique simple. La plus difficile, évidemment. Elle colle à la mélodie, se joue d’harmonies mouvantes comme les blés sous la brise de juin.

La pulsation ? Juste un sens du « time » effrontément partagé par les deux hommes. Charlie ancre l’histoire dans la chair de la terre, Keith joue le cerf-volant maître des airs. Ça coule comme de l’eau de roche et le feu est intérieur. Une heure plus loin, c’est simple comme le bonheur.

Il y a peu d’albums de cette envergure dans une vie d’homme.

Alex Dutilh






http://www.lesdnj.over-blog.com/article-keith-jarrett-charlie-haden-jasmine-50132971.html
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MessageSujet: Re: KEITH JARRETT   Dim 20 Juin - 15:35


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Keith Jarrett, le jazz sous les doigts








Quittez Manhattan par le Lincoln Tunnel. Encore une heure de route sur la Highway 78. Laissez Bayonne (New Jersey) sur la gauche, poursuivez toujours plus à l'ouest. Pelouses, bannières étoilées, barrières blanches. Entrez dans la forêt. Sonnez à l'heure pile. Keith Jarrett, tee-shirt gris perle de danseur, jean, ne supporte que l'exactitude.


65 ans depuis le 8 mai dernier, Keith Jarrett (né à Allentown, Pennsylvanie, en 1945), pianiste, compositeur, organiste, claveciniste, saxophoniste, musicien-musicien, inventeur d'une manière d'improviser en solo sans précédent connu, du moins en jazz, a explosé sur la scène européenne en deux concerts.

Le premier, en 1966, lors du 7e Festival de jazz d'Antibes-Juan-les-Pins. Le public d'amateurs ne jure alors que par ce jeune pianiste qui s'illustre dans le quartette du saxophoniste d'avant-garde Charles Lloyd. La deuxième fois, par un récital d'improvisation pure, le concert de Cologne (1975) qui l'ouvre au public le plus vaste.
Le Köln Concert reste à ce jour l'album de piano le plus vendu au monde.




SANS FILET



Depuis, se produisant peu en public, Keith Jarrett publie – fidèle au plus grand des petits labels, European contemporary music (ECM), à Munich, – des improvisations sans filet (au piano ou à l'orgue), des pièces de piano classique (Mozart, Bach, Chostakovitch), plus, depuis 1983, un inventaire des standards connus ou peu joués en trio, "The" Trio (Gary Peacock, contrebasse, Jack DeJohnette, batterie).






Gary Peacock, Keith Jarrett, Jack DeJohnette @ Sven Thielmann / ECM Records


Son dernier album, Jasmine (ECM) laisse à nouveau pantois. Il s'agit d'une conversation en duo qui témoigne d'autant de maîtrise que de sérénité, avec le contrebassiste Charlie Haden, autre acteur de la modernité et de l'activisme en jazz.


Sous le patio du grand parc paysager – plus bas, la maison, à gauche, le studio – pluie fine, les oiseaux font les cons, vous parlez de Jasmine : " De No Moon at All, à Don't Ever Leave Me, en passant par Body and Soul, les huit titres de votre duo avec Charlie Haden peuvent musicalement se lire comme un chant d'amour ?


– Laissez tomber. Oubliez les titres, ne cherchez pas l'histoire. Cet enchaînement est de pur hasard. En Europe, vous avez tellement tendance à sur-intellectualiser les choses.

– Si vous pouviez dire vrai…

– Entre les Européens qui pensent trop et les Américains qui ne pensent pas du tout, il doit bien y avoir une voie médiane, non ? Allons, parlons musique."


Premier point, il insiste, Jasmine ne répond à aucune commande. Simple rencontre en duo, une chance, un rendez-vous, l'émotion nue. Des chansons d'amour, jouées sans fioriture, selon un implacable tempo.

Une affaire d'amitié ? "Jusqu'à Jasmine, je ne savais pas à quel point Charlie était un ami. Parce que dans les années 1970, il se droguait, et même si nous jouions beaucoup ensemble, je n'ai jamais réussi à vraiment le connaître.


Pas comme avec ces chansons que nous avons enregistrées chez moi, en quelques heures. La musique nous a réunis. Un moment, il m'a regardé : “Keith, je ne savais pas à quel point tu tenais bien le rythme. –
Bien sûr, Charlie, nous avions toujours un batteur.” Keith a 65 ans, Charlie 72, leur batteur de l'époque, Paul Motian, bientôt 80 ans. Ensemble ou séparés, ces garçons ont changé la musique de leur temps. Ils n'ont pas vieilli. Le diable, probablement.

Sous ses airs d'extrême simplicité, Jasmine pourrait bien rencontrer un succès analogue à celui du Köln Concert. Ce serait drôle. Jasmine en est l'envers. Epure contre profusion, lenteur contre fusées.


En mars 2007, Charlie Haden séjourne à Manhattan. Petite visite à Keith Jarrett qui habite au calme, à la campagne, avec Rose Anne – et ses pianos : " On a joué six à huit heures. Le soir, Charlie racontait des blagues, tout le monde riait. Je l'ai rappelé le lendemain pour Goodbye et Don't Ever Leave Me.
Puis, pendant trois ans, par navette de courriels, de téléphones, de fax, entre la Côte ouest où il réside et ici, on a écouté, discuté, choisi, réduit à l'extrême.


Au prix de tel solo de l'un ou l'autre, pour toucher au plus juste. C'était très beau, comme processus, très humain. Aujourd'hui, nous en sommes tous deux follement heureux. Donc, attendre valait la peine. Charlie était pressé que ça sorte : “ça, quoi ?”, je lui demandais, on n'a pas un ça, on n'a pas un produit, on a de la musique sur bande magnétique."


Sur ce, foin des nervosités d'accueil, eh bien, oui ! il le dit, toute l'histoire de sa vie récente, le départ de Rose Anne après trente ans d'union, tout se déchiffre à la lettre dans l'ordre des titres : " L'amour perdu, l'amour en général, la tristesse, mais cela n'a rien à voir avec la musique…"
Silence. " Encore que…" Ce sens, ajoute-t-il, il le doit à la maîtrise des compositeurs et des paroliers des chansons : " Il n'y a pas de message, pas plus de sens que la musique elle-même. La musique parle de l'univers, il ne s'agit plus d'amour, ni de perte… Il ne s'agit que des paroles. Il s'agit de l'univers qui a besoin de trouver un sens." Voilà : "Charlie et moi, nous avons vécu assez longtemps pour savoir ce que signifie perdre."








Ils veulent conduire la musique à son terme : se placer au milieu, se laisser envelopper. Aventuriers de toutes les arches perdues, énergies dilapidées sans fond, improvisations totales, cinquante ans d'expériences des limites, tout pour rejoindre l'essence de Jasmine.


Et si l'album rencontrait du succès ? " Ce serait un signe de plus que le monde a perdu du sens. Les êtres humains perdent contact avec le monde, avec la perte. Ils ne savent même pas ce qu'ils ont perdu. Et parce qu'ils se fixent devant un écran, ils pensent tout avoir."

Ça y est, ça le reprend, sa haine des écrans, des voleurs d'images, des perturbateurs de concert, de la tyrannie du visuel. Il pratique la photographie avec ardeur.




MUSIQUE DE NUIT



Pendant ces trois ans (2007-2010), trois ans marqués par la séparation qui le hante, sinon on n'en parlerait pas, il écoute, il trie, il appelle Charlie. La nuit, toujours. C'est une musique de nuit : " Je veux l'écouter tard dans la nuit, dit-il. Il s'agit d'amour, on sent la saveur, le parfum. D'où ce titre de Jasmine ? Le jasmin fleurit la nuit, avec un parfum puissant que je ne connais pas.

– A Séville, le nom du jasmin dont le parfum se déclare la nuit, c'est “la dama de noche”, pas exactement une dame et plus qu'une femme à la fois.

– Parfait ! Si vous m'aviez dit ça plus tôt, je lui aurais donné ce titre. Peut-être lors d'une réédition…"


Brève envie de rappeler que je prendrai 15 %, mais la météo n'est pas à la rigolade, abstenons-nous. Il poursuit, pour lui-même, à haute voix : " Les meilleures chansons d'amour ont toujours été les chants qui parlent de perte." Incontrôlable mémoire, on ne se domine jamais assez, " les plus désespérés sont les chants les plus beaux, et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots " (je ravale les miens, de peur que cela sonne trop européen).


" Il y a infiniment plus d'émotion dans la perte. Je voudrais presque qu'on trouve les paroles dans l'écoute. Comme un message qui dirait de quoi il s'agit, juste pour les jeunes auditeurs, parce qu'ils ne connaissent pas ces chansons.

– Ne serait-ce point un brin contradictoire avec ce que vous disiez tout à l'heure ?

– Et alors ? J'y pensais figurez-vous, en vous le disant. La contradiction ne me fait pas peur. Pas plus que le paradoxe. Je connais les paroles de la plupart des thèmes. Quand il y a un mot lourd d'importance, dans une chanson, je sais le formuler. Comme si je chantais. J'ai reçu un appel fabuleux suivi d'un courriel de… Non, je ne dirai pas le nom, mais c'est une cantatrice vraiment très célèbre. Elle avait entendu juste un titre. Sans bien connaître mon travail, après une écoute de For All We Know, elle me dit : “Personne ne pourra jamais faire mieux avec ce morceau que la chanson que je viens d'entendre. C'est la bonne.”


Pour peu qu'on le rende vocal, le piano, à ses oreilles, est dangereux, " mais je crois maintenant avoir réussi. J'ai trouvé la façon d'aboutir. Il m'est même arrivé de comparer, non sans danger, des pièces que j'ai enregistrées en studio. J'écoutais la version qui m'avait inspiré et je me disais : “Non, je suis fou, je ne devrais pas faire ça.” Après nombre d'écoutes, j'en suis certain, la version chantée n'était pas aussi bonne."


Irait-il jusqu'à considérer le piano plus vocal qu'un saxophone ? " Maintenant, oui, il me semble. Il le devrait. Mais j'ai travaillé soixante-deux ans, disons, sans savoir que j'allais commencer à l'utiliser comme voix."

Sans savoir. Il insiste. Il insiste avec les termes même de la philosophie. Il connaît et cite les penseurs du non-savoir. Ses lectures ? Des ouvrages de science, de philosophie, des traités de pensée orientale, plus la poésie. Sa vie ? Dans le pur présent. Sa pratique ? Extralucidité doublée d'une capacité au lâcher tout. La conscience et l'abandon.

Très intéressant, le moment où il raconte qu'il laisse sa main gauche faire ce qu'il ne comprend pas. " Dans ma vie, je ne m'y retrouve plus, mais elle reste une belle vie, forte, en passe de redevenir très bonne. J'ai compris à quel point tout est éphémère. Toute illusion de permanence a disparu de mon existence. En tant qu'improvisateur, j'aurais dû le savoir. Rien n'est permanent, rien n'est figé."

Une vie d'insouciance ? " Non, elle est dangereuse, elle donne la chair de poule, elle reste fragile comme la musique."





" PUTAIN, PAS DE PHOTOS "




Cet été, Keith Jarrett donne deux concerts en France. Deux concerts en trio. A la contrebasse, le visage d'un bonze aux longues mains d'oiseau qui courent sur le manche, Gary Peacock. Jack DeJohnette, batteur historique, figurait lui aussi dans le quartette de Charles Lloyd au 7e Festival d'Antibes-Juan-les-Pins, en 1966, quand Keith Jarrett, 21 ans, sidéra l'Europe.


Le trio revient à Juan-les-Pins le 21 juillet (année du cinquantenaire). La pinède lui va comme un écrin. Deux jours plus tard, il se produit aux Nuits de Fourvière à Lyon (le 23). Sinon ? Quelques dates en Allemagne, d'autres en Italie.


En Italie ? Malgré le scandale de Pérouse en juillet 2007 ? " Bien sûr, les Italiens n'ont aucun ressentiment. Ailleurs, on me rappelle l'incident à tout bout de champ, mais eux, les Italiens, ont oublié. Ils souhaitent m'entendre et continuent de m'inviter."


L'incident de juillet 2007 ? Deux jours après, sur la terrasse de son hôtel à Nice, il en riait encore : "Oh ! écoutez, c'est simple. A Pérouse, le présentateur nous annonce – je jouais en trio avec Jack et Gary. Le jeune homme demande gentiment qu'on ne prenne pas de photos.

Les images et la musique, c'est tellement loin ! Mais nous vivons dans une domination sans précédent du visuel. Donc, nous entrons en scène et avant même d'arriver jusqu'au piano, soixante appareils et vidéos se déclenchent. Je crie : “Merde ! Lâchez vos putains d'appareils !” Ça fait des années que j'essaie d'être poli, je varie les formules, je multiplie les sourires, je me contorsionne et là, c'est parti d'un coup.

Je crois avoir crié huit fois : “Putain, pas de photos !” Le lendemain, ça faisait la “une” des journaux : “Pas de photos, putain !” Voilà. Rien de plus." Rien de plus. Juste de quoi asseoir une réputation de caprice et de mauvaise humeur.



S'adressant au Monde, en juillet 1991 : " Oui, oui. On me dit désagréable, difficile, asocial, et très prima donna. Le lendemain, les mêmes qui disent cela, exigent de moi une bonne musique.
C'est une contradiction vraiment intéressante. Je songe si peu à ma carrière que je n'ai ni agent de relations publiques , ni structure lourde derrière moi. Très peu d'interviews. Mon seul but est la musique.
Cela exige une énorme patience. Quand vous songez au temps de maturation d'un Adagio, vous devez mesurer ce que représente un effort d'improvisation totale."

Flash-back : son premier concert, en 1953, se tient au Woman's Auditorium d'Allentown. Programme ? Bach, Mozart, plus deux compositions personnelles. Il a 7 ans. En 1962, il donne un récital de ses propres œuvres. Il obtient une bourse chez Nadia Boulanger. Contre toute attente ou d'une manière très zen, il y renonce et préfère la Berklee School of Music de Boston.

Après quoi, à 20 ans, à nous deux Manhattan. Emploi de pianiste auprès des leaders (le saxophoniste Roland Kirk). Intégration des célèbres Jazz Messengers d'Art Blakey, la même année où Charles Lloyd le recrute.

Au côté du saxophoniste, free-jazz lyrique, folk, échevelé, méditatif. A chaque concert, le jeune pianiste coiffé afro a droit à un solo qui fait fureur. L'improvisation totale, le saut dans l'inconnu peut être daté d'un album-phare (Facing You, 1972).

Fruit d'une rencontre décisive avec le producteur Manfred Eicher qui vient de fonder à Munich, deux ans plus tôt, le label ECM. Manfred Eicher publie sans hiérarchie, musiques improvisées, expérimentales, classiques, ou bandes-son de Godard.

Pour Keith Jarrett, rien ne dépasse la musique : " Rien à l'instant où je joue."

Paradoxe sentimental, la musique seule : " Je me sens désormais plus libre et moins protégé. Pendant trente ans, ma femme m'a protégé, aidé, tout le temps, lors des tournées. Tout est devenu difficile parce que tout est libre. C'est ouvert et c'est plus dur, pour cette raison. Heureusement, j'ai des gens autour de moi, une équipe réduite – Manfred Eicher, Steve Cloud, mon manager… Seul le but leur importe, ils savent pourquoi ils se dévouent à cela, la musique. Ils me la rendent possible."


Dans son salon, il passe devant une toile monochrome, 54 x 54, qu'il vient de s'offrir. Titre ? In the moment. Commentaire : " Je ne sais pas pourquoi, d'un coup, j'aime le rouge." Il décrit, comme s'il se moquait, la litho de Picasso accrochée à côté, une tauromachie : " Vous voyez, soleil noir, chagrin d'amour, moi, je suis le taureau."

Ah ! On comprend mieux. Un Miura, probablement.


Francis Marmande

http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/06/20/keith-jarrett-le-jazz-sous-les-doigts_1375204_3246.html



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MessageSujet: Re: KEITH JARRETT   Mer 1 Déc - 23:39

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THE KOLN CONCERT    Etoile     Etoile     Etoile







Keith Jarrett : "The Köln Concert"

LA REFERENCE



Il y a la musique et puis il y a le jazz. Et à côté du jazz, il y a Keith Jarrett, qui n’est pas qu’un jazzman mais un génie du piano au sens le plus large. Et surtout, il y a The Köln Concert, son œuvre à la fois la plus commerciale (3,5 millions d’exemplaires vendus tout de même, soit le record absolu pour un disque du genre) et la plus saluée des connaisseurs comme le sommet artistique de ce pianiste américain, improvisateur d’exception.



"The Köln Concert" a été enregistré en 1975 lors d'un concert légendaire donné à l'Opéra de Cologne, en Allemagne.
Keith Jarrett est revenu à de nombreuses reprises sur les conditions d'enregistrement de ce concert pour lequel il était dans un très mauvais état d'esprit, en manque de sommeil, et particulièrement irrité contre la qualité du piano qui n'était pas celui qu'il avait demandé.
Les octaves extrêmes sonnant mal, il n’était pas question comme de coutume d’expérimenter sur toute l’étendue de l’instrument. Le concert faillit être annulé.

Finalement, il accepte quand même de jouer et délivre 4 pièces magistrales qui marqueront l'histoire du jazz et de la musique en général.


Ce jeu improvisé quasi "intouchable" n'est en fait que la résultante de ce qu'il expérimente depuis les années 60 et qui, à l'époque, avait déjà alerté Miles Davis qui ne manquait aucun de ses concerts.

Cette improvisation musicale est pour Keith un genre à part entière et un moyen d'expression fidèle et spontané, aboutissement d'années de travail et d'écoute mis au service d'une création de l'instant qui ne permet aucun refuge et aucune négligence. Il suit ce qu'il appelle la «pensée du tremblement».

Une note engendre une deuxième note, un accord appelle de nouvelles harmonies, le tout en évolution constante et empli de ses intuitions sans failles.








A cet égard, la première partie est un modèle du genre. Dans tout cela, ce qui est peut-être le plus remarquable, c’est l’impression laissée que, bien qu’improvisé, il n’y aurait rien à ajouter ni à retrancher du résultat.
Les notes sont placées au bon moment, les effets sont déclenchés à l’instant parfait, les idées s'enchaînent avec un naturel incroyable.
Tout coïncide et fonctionne à merveille, comme une évidence.













La seconde partie, plus longue, est moins prodigue en effets et joue davantage sur la création de climats, on y retrouve des émanations "bluesy", avant un ample mouvement introspectif, qui peut évoquer la musique répétitive chère à Terry Riley. Pour finir, le rappel reprend un ton mélodique et sentimental appuyé. Jarrett le baptisera plus tard du nom de "Memories of Tomorrow".


Au final, l'ensemble de cette oeuvre est difficilement qualifiable, chacun y trouvant une part subjective de la créativité de l'artiste, en y ressentant par moment des notes pop, jazz, ou bien classiques.


Très commenté depuis sa sortie, il aura fait couler beaucoup d'encre et enthousiasmé de nombreux auditeurs aux avis contrastés.

http://audiocity.over-blog.com/article-keith-jarrett-the-koln-concert-1975-ecm-records-53635828.html




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MessageSujet: Re: KEITH JARRETT   Dim 5 Déc - 1:07

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THE MELODY AT NIGHT , WITH YOU








1. I Loves You Porgy
2. I Got It Bad And That Ain't Good
3. Don't Ever Leave Me
4. Someone To Watch Over Me
5. My Wild Irish Rose
6. Blame It On My Youth / Meditation
7. Something To Remember You By
8. Be My Love
9. Shenandoah
10. I'm Through With Love


Dédié à sa femme Rose Anne, The Melody at night, with you est un disque intime, de nuit blanche apaisée, une déclaration d'amour aux accents fragiles quand les mots s'imposent d'eux-mêmes.


Pour tout pianiste, le solo est l'ultime saut dans le vide, l'approche d'un précipice, une plongée dans les plis du temps. On peut s'en tirer par des acrobaties de haute-voltige, par des faux-fuyants de toute sorte, des faux-semblants qui peuvent faire illusion un moment. Jarrett le sait. Il les a déjà tous pratiqués.

Souvenons-nous du fameux Köln concert et des ravages qu'il a provoqués. Ici, Jarrett accepte la mise à nu, il se dépouille devant nous, il va à l'essence du piano, moins de notes, surtout moins de notes...

Avec The Melody at night, with you, il laisse tous ses contemporains loin derrière, redevient le plus grand pianiste du monde, sans ostentation, en toute humilité.



Avec un album solo miraculeux et une réédition fulgurante, Keith Jarrett redevient le plus grand pianiste du monde.

A l'écoute des premières notes de I Love you Porgy, standard mille fois entendu ailleurs, on sait qu'il se passe quelque chose de miraculeux.








On croyait Keith Jarrett perdu pour la cause du jazz, définitivement embourbé dans les maniérismes les plus agaçants, sombrant volontiers dans un pompiérisme post-romantique, flirtant plus souvent qu'à son tour avec le kitsch, et le voilà qui revient avec un disque sidérant de grâce et d'évidence. On n'avait pas entendu ça depuis Facing you, dernier grand album solo de Jarrett qui date tout de même de 1972.


Le concept de The Melody at night, with you est d'une simplicité biblique : une poignée de standards interprétés au piano seul, dans le plus complet dénuement. Par rapport au lyrisme tendu de Facing you, l'humeur est ici au dépouillement et à la rêverie. Trop souvent "Monsieur plus" du clavier, Keith Jarrett procède ici par soustraction.


Avec un tout autre phrasé, on croirait presque entendre Monk désossant les standards avec génie.

Jarrett joue la mélodie, rien que la mélodie, et c'est bouleversant.

Avec The Melody at night, with you, il laisse tous ses contemporains loin derrière, redevient le plus grand pianiste du monde, sans ostentation, en toute humilité.
Les petits jeunes déjà starifiés n'ont qu'à bien se tenir et en prendre de la graine.

Et comme si le temps était définitivement venu de redécouvrir Keith Jarrett, voilà qu'un de ses opus magnum ressort parallèlement. Fort Yawuh, perle rare bien connue des amateurs, est un grand concert enregistré en février 1973 au Village Vanguard et publié chez Impulse!. Jarrett y est entouré de la crème des musiciens, Paul Motian, Charlie Haden, Dewey Redman...
On peut difficilement faire mieux.

Il joue free, sauvage, emporté, heurté, percussif. On avait oublié qu'il savait aussi faire ça. Le réentendre à cette intensité est un autre bonheur. A l'opposé de The Melody at night, with you et, en même temps, à hauteur d'inspiration.

Keith Jarrett The Melody at night, with you (ECM/Universal) & Fort Yawuh (Impulse!/Universal)


Thierry Jousse / Les Inrocks 30/11/1998.



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MessageSujet: Re: KEITH JARRETT   Mer 20 Juil - 14:04

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Retour sur Jazz à Juan Keith Jarrett trio






Date : 15 et 16 juillet 2011

Lieu : Juan-les-Pins (France)



Il est des lieux que tout amateur de jazz se doit d'avoir foulé un jour. Le festival Jazz à Juan en fait incontestablement partie. L'affiche de cette année limite de toute façon les hésitations. Direction le sud donc, pour découvrir cette mythique scène perchée devant la mer, au milieu d'une reposante pinède, rare pause naturelle au sein d'une ville sururbanisée.


Entre plages privées, parade de voitures de luxe et touristes en représentation, se pressent fans de jazz et locaux qui ne veulent pas rater l'événement même s'il les dépasse. Rien que pour le cadre magnifique, le déplacement vaut la peine.



Gros programme pour l'ouverture de cette 51e édition avec deux concerts et un défilé de stars

............../..............................


La soirée n'a été qu'une lente montée pour atteindre les sommets passé minuit.
Le lendemain le vent souffle sur la pinède. Keith Jarrett (photo ci-dessous) et ses deux inséparables soutiens, Gary Peacock à la contrebasse et Jack DeJohnette à la batterie, font la balance à l'abri d'une tente dressée sur la scène. Le pianiste masque difficilement son agacement face aux photographes, et pourtant il arrive à s'éclater sur les bribes de morceaux ébauchés.









L'Américain a ses humeurs et peut arrêter un concert si un élément lui déplaît. L'organisation est donc adaptée à Juan, où il a déjà joué un bon paquet de fois, n'ayant notamment pas raté avec son trio une seule édition depuis 2000, lui dont la présence est plutôt rare en Europe. Les messages de prévention sont ainsi fermement répétés deux heures plus tard avant son arrivée sur scène : portable éteint, pas de photo, pas de vidéo. Les tentes ont été démontés. Le vent est tombé.




Avec un Summertime en finesse, le duo débute subtilement la première partie. Keith Jarrett peut se laisser aller, lui qui est expressif derrière son instrument. Il se lève, se dandine, se tortille et laisse - comme sur album - laisser échapper quelques cris d'approbation.
Les dernières lueurs du jour disparaissent alors que Jack DeJohnette caresse ses fûts plus qu'il ne les frappe, fait scintiller ses cymbales, charley et ride en tête.


Même dans ses rares solos, le batteur ne hausse pas le ton et retient ses baguettes. Gary Peacock est lui aussi discret avec des passages d'improvisation justes et inspirés.


Keith Jarrett lui reste toujours aussi précis et surprenant, répondant à une mouette qui salue la performance d'un cri, frôlant les touches de son Steinway pour accompagner le ressac. Car quand Peacock et DeJohnette s'effacent, c'est bien en duo avec la mer que l'Américain se retrouve dans un romantisme absolu. L'obscurité est totale à l'entracte.



Les trois hommes reprennent leur position après une courte pause. Le triangle est formé de Jarrett, presque dos au public, et DeJohnette à l'avant de la scène quand Peacock est placé un peu en retrait. Une formation compacte qui permet au trio de jouer à un volume faible et d'être toujours à portée de coup d'oeil.


Comme la veille, le groupe nous gratifie d'un Someday My Prince Will Come à la reprise. Keith Jarrett est maintenant chaud et s'enflamme un peu plus, dansant presque, les doigts toujours accrochés à son instrument. Les morceaux s'étirent nettement plus en longueur et gagnent en intensité avant de revenir dans la douceur pour le final. Les trois musiciens se plient en deux en guise de salue et ne tardent pas à revenir pour un premier rappel vite interrompu... le pianiste se dirige vers le micro et d'aucuns craignent qu'il n'ait été fâché par le comportement d'un spectateur. Il n'en est rien, Jarrett ne fait que demander à l'ingénieur du son de modifier le son de la basse.


Souci de perfectionnisme avant un morceau qui ressemble à ses improvisations en solo, avec un motif répété de manière hypnotisante à la main gauche et une main droite très libre.


Le deuxième rappel est plus calme, laissant retomber l'engouement de ce concert passionné, poignant, poétique. Le batteur et le contrebassiste laissent le dernier mot à Jarrett dont les dernières notes vont se perdre dans les vaguelettes qui s'échouent à quelques pas de là.


Magnifique.





http://www.chroniqueselectroniques.net/article-retour-sur-jazz-a-juan-marcus-miller-herbie-hancock-wayne-shorter-keith-jarrett-trio-79725515.html



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Bridget

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MessageSujet: Re: KEITH JARRETT   Jeu 10 Nov - 11:47



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KEITH JARRETT RIO



C’est donc avec un double-album enregistré en solo au Brésil au mois d’avril 2011, que le pianiste américain célèbre le quarantième anniversaire d’un travail en commun avec ce qui reste comme son plus emblématique label.







Capté au Theatro Municipal de Rio de Janeiro devant une audience conquise d’avance, et au mitan d’une salle apparemment riche d’une réverbération naturelle passablement unique, les quinze déclinaisons du thème éponyme constituent l’épine dorsale du répertoire de trois concerts (celui qui nous occupe ici étant l’ultime date de la tournée) donnés dans le pays par Jarrett, qui s’était tenu éloigné d’Amérique du Sud depuis des lustres.


Comme on pouvait s’y attendre, l’instrumentiste virtuose alterne tendresse pudique, fièvre et passion, dans la continuité d’une inspiration qui ne lui fait jamais défaut. Les harmonies suspendues de « Rio Part II », l’atmosphère mystérieuse développée grâce à « Rio Part V », ou le romantisme du mouvement d’ouverture sont en ce sens en tous points remarquables.


On sait depuis belle lurette que, dans un effet absolu de réciprocité, le pianiste a posé (The Köln Concert, 1975) les jalons du piano en solitaire dans le jazz, mais que, de même façon, cette approche a immédiatement installé l’ancien compagnon de Miles Davis dans sa carrière de concertiste.
La totale improvisation qui sous-tend ce nouveau chef d’œuvre, l’arc mélodique qui nourrit chacune de ces articulations, gorgé de perfectionnisme, mais totalement dénué de stress, font de Rio l’une des pierres angulaires de la production discographique de Jarrett.


Et le tout confirme que Keith Jarrett, malgré les années et la maladie, reste l’une des forces de créativité indispensable à la vitalité du jazz contemporain.



Christian Larrède
http://www.music-story.com/keith-jarrett/rio/critique





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Gérardmer777

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MessageSujet: Re: KEITH JARRETT   Jeu 9 Fév - 9:20

Un autre monument dans la création de Keith Jarrett , les six albums du SUN BEAR concerts, enregistrés au Japon.(1976)



KYOTO
OSAKA
NAGOYA
TOKYO
SAPPORO
+ ENCORES....

Cette suite magistrale de concerts enregistrés avec la qualité son ECM a peu d'équivalent dans le parcours de Keith Jarrett.
C'est en quelque sorte le "Köln Concert" multiplié par six !... etoile
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Bridget

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MessageSujet: Re: KEITH JARRETT   Lun 1 Juil - 12:46

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Keith Jarrett - Gary Peacock - Jack DeJohnette

30th Anniversary Tour

lundi 01/07 2013  Salle Pleyel









Depuis la naissance du trio en 1983, il y eut une seule occasion où les trois hommes s’enfermèrent à nouveau en studio, en 1991, pour pleurer Miles Davis qui venait de disparaître…


Toutes les autres traces de leur abondante discographie sont captées en concert, partout sur la planète. Trente ans qu’ils suivent cette ligne claire : « en public » !
C’est leur éthique artistique. Jarrett, Peacock et DeJohnette, indissociables, sont convaincus que c’est ainsi qu’ils sont le plus à même de se laisser traverser par la musique, de s’étonner, d’avancer en terrain inconnu, d’accueillir l’imprévu…

Et en prenant toutes les libertés avec le grand répertoire des standards, ils le ramènent à son statut premier de chansons qu’ils chantent du bout des doigts.






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Bridget

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MessageSujet: Re: KEITH JARRETT   Dim 6 Juil - 15:35

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Keith Jarrett coupé dans son élan par les tousseurs









Salle Pleyel, vendredi 4 juillet, 20 h 10, un grand Steinway patiente calmement. A trois mètres, un micro, aussi déplumé qu'un arbre pour mise en scène de Beckett.
Ni enregistrements, ni photos, tout le monde est au courant, on se tient à carreau, Keith Jarrett, cinquante ans d'illustre carrière, fait une entrée détendue.
Applaudissements fleuris. Il n'entre pas seul.



Il entre, précédé ou suivi de ce qu'il appellera plus tard sa réputation. Ce récital d'improvisation radicale tournera au dialogue vif avec des voix et, pour finir, au départ de l'artiste avant la fin. La fin de quoi, au juste ? Le public payant – les places ne sont pas données – se fait sans doute une autre idée de la fin.



Les choses s'étaient pourtant bien engagées. Ouverture en tierces mineures galopant dans la descente comme dans la montée, avec réponses de la main gauche. Superbe phrasé, superbe son, dernière note très inattendue, vifs applaudissements.
Dans la foulée, en guise de conciliation, une sorte de blues sur un accord. Puis une ballade magnifique : voix, timbres, mélange des intentions, Keith semble libéré.
Las ! Il interrompt la séquence suivante, pour s'adresser aux tousseurs. Air connu.



Car, sur fond de basses pressions, de pollution et de clim, personne ne tousse, mais « ça » tousse en rond. Jamais du même larynx. C'est là qu'il prend le micro et parle de sa réputation. On le dit capricieux, susceptible et, en un sens, on l'attend à la mesure de cette réputation.
On le sait aussi exigeant, cherchant l'impossible, qui plus est, en public.
Après un petit topo sur « la concentration », il s'assied. Reprise à fond de trilles, déferlante du thème en croches, on croit entendre une troisième main. Toux. Micro : « Aidez-moi… »
L'appréhension se change en tension palpable. Reprise en force, tout le monde est content.



A la mi-temps, les conversations tournent autour de la « concentration certes… », « oui, mais il exagère… », d'ailleurs « tous les artistes sont plus ou moins fantaisistes… », etc. Cette histoire de l'art allègrement refaite autour de verres plutôt chers, le récital reprend.




Fugue effrénée, farandoles virevoltantes, petits gémissements, l'espace est soudain rempli. Les toux, elles, bien intégrées. Triomphe.


Enchaînement sur une mélodie aussi spontanée qu'évocatrice, et là, misère, un tousseur tousse en toux étrangère. Interruption, échanges d'amabilités en anglais, le pianiste s'en va, désolé. Les conversations s'emballent, une pasionaria tente de lever une armée en sa faveur, etc. Il revient. Nouvel incident, nouvelle disparition, nouveau retour sur le choix qu'il aurait, ceux qu'il n'a pas, « dans ces conditions, je n'ai plus de musique en moi ». Fin de partie.



Notez que ça nous change des récitals aussi bien huilés que consommés dès la dernière note. Il n'y aura pas de dernière note. Façon de parler : à la sortie, on ne parle que de « ça ».

Sans excès de souplesse, Keith Jarrett remet la musique au centre. La musique et le silence. Jusqu'à la gêne. Une de ses plus belles compositions anciennes s'intitulait Silence. Concert aussi inachevé qu'une symphonie.
Il est 22 h 10.



Francis Marmande
Journaliste au Monde




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KEITH JARRETT
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