Chamfort chante Saint Laurent
L'icône de la mode, disparue l'an dernier, a inspiré le prochain disque d'Alain Chamfort.
Le musicien a composé seize chansons autour de la vie d'Yves Saint Laurent,
avec la bénédiction de son compagnon, Pierre Bergé.
C'est un disque d'artisan. Un album de petites mains, celles aux doigts de fée chères
à la haute couture.
Au fin fond d'un studio proche de Pigalle, à Paris, Alain Chamfort habille en musique
la mode et celui qui l'a incarnée pendant des décennies :
Yves Saint Laurent.
Le chanteur enregistre un nouveau CD, autour du destin du styliste disparu en juin 2008
à l'âge de 71 ans.
Il signe la plupart des musiques tandis que son parolier
Pierre-Dominique Burgaud a planché sur les textes.
« Ce projet est né il y a un an et demi, raconte Chamfort entre deux prises.
Je n'avais plus de maisons de disques et je me disais que si je faisais un album,
il fallait une valeur ajoutée.
On en manque aujourd'hui et c'est sans doute pour cela que l'on ne vend plus de disques.
Et Pierre-Dominique est arrivé avec cette idée d'Yves Saint Laurent. »
L'auteur, révélé au grand public pour son travail sur « le Soldat rose »,
avait notamment en tête un disque référence :
celui de Lou Reed et de son ex-compère du Velvet Underground John Cale, baptisé
« Songs for Drella », chef-d'oeuvre de 1990 racontant de manière impressionniste
le destin d'Andy Warhol.
« Là, on voulait quelque chose de plus biographique et chronologique,
explique Pierre-Dominique Burgaud.
Parce que c'est vraiment un personnage romanesque. »
« Ce n'est pas un disque sur la mode » Alors, « Une vie Saint Laurent »,
le titre choisi pour cet album, commence par le commencement :
la naissance d'Yves Mathieu Saint Laurent en 1936.
« Ce petit garçon, dans les rues d'Oran,
se rêve déjà élevé au rang d'icône de la vie parisienne
Pendant que les autres garçons d'Oran jouent au ballon.
Lui, est-ce déshonorant, habille ses poupées en reines »,
chante Alain Chamfort sur un piano intimiste.
« Un jour mon nom en lettres d'or brillera sur les Champs-Elysées/
Un jour mon nom en lettres d'or brûlera les lèvres du monde entier »,
poursuit l'interprète alors qu'arrivent cordes et clarinettes .
Au fil de ces 16 titres loin d'être terminés,
on avancera en musique au côté de cette icône de la mode,
notamment jusqu'au triomphe de sa première collection pour Dior en 1958.
Le début d'une gloire qui ne finira jamais pour un acteur majeur des bouleversements
de son temps.
« Ce n'est pas un disque sur la mode, mais sur l'évolution de la société »,
annonce justement Chamfort.
Une histoire du XX e siècle défilera ainsi dans nos oreilles :
Yves Saint Laurent mobilisé pour la guerre d'Algérie puis réformé pour grave dépression
en 1960 dans « Une étoile qui tombe ».
Yves Saint Laurent star des années 1970 avec paillettes, drogues et boîtes de nuit,
que dépeint « les Muses », sur des arrangements électroniques.
Yves Saint Laurent homosexuel assumé dans une époque où c'est encore un délit.
Sa rencontre avec Pierre Bergé,
objet du titre « Pas de guitare », sera l'une des grandes subtilités du disque.
« J'ai découvert Jeux interdits à la guitare, puis découvert Jeux interdits sans la guitare/
Des deux versions j'ai préféré celle dans le noir/Juste un garçon, juste sa peau,
pas de guitare », chante sobrement Chamfort.
L'artiste auto-produit ce disque, ne sait pas encore quand il sortira
mais compte l'emmener loin.
« Vu le personnage, on peut imaginer des déclinaisons dans d'autres langues
avec d'autres interprètes.
J'aimerais aussi pouvoir mettre en scène un spectacle avec des vidéos,
voire un défilé. Tout est possible. »
Le Parisien